Il y avait des choses que Peter était capable de comprendre tandis que d'autres n'entraient pas dans cette catégorie-là. Ces choses en question étaient fort heureusement peu nombreuses.
Mais celles qu'il avait sous les yeux lui posaient une colle, à tel point qu'il en fronçait les sourcils de frustration. Il voyait tout cela avec un regard d'adulte qui dans sa vie avait tout perdu pour que le contenu de ces pages le touche réellement. Alors non, il n'arrivait pas à comprendre… A ressentir suffisamment d'empathie pour se mettre à la place de Scott et, par extension, tenter d'expliquer ou de justifier ses agissements… Qui n'étaient devenus que folie. Ah il avait vrillé, l'on pouvait le dire. Et pour quelqu'un qui avait déjà perdu la tête dans sa vie, Peter se montrait très critique.
Disons qu'il n'arrivait pas à croire que son alpha, ce gamin… Ait mordu son meilleur ami, un humain qu'il savait ne pas vouloir la morsure, pour une question de… Jalousie. Peter ne voyait pas ce que cela pouvait être d'autre dans la mesure où le carnet qu'il avait dans les mains ne traduisait que cette idée. Bien sûr qu'en découvrant les mots d'Allison, Scott avait été jaloux: mais son geste, son acte… Ce qu'il avait fait exposait une facette de sa personnalité jamais vue jusqu'alors. Et c'était si pervers que Peter jugeait que lui-même n'avait jamais atteint ce niveau-là – et il fallait le faire. En outre, l'ancien alpha découvrait là, au travers de ces pages, une vérité qui donnait du crédit à l'image de la folie de Scott. Heureusement qu'Allison était bavarde à l'écrit et qu'elle avait tenu son journal intime de façon aussi sérieuse… Une mine d'or d'informations qui permettait de comprendre ce qui avait pu transformer le gentil petit alpha en bête assoiffée du sang de son meilleur ami.
Peter décida au bout d'un moment qu'il serait bon de partager sa découverte littéraire avec son neveu. Puisqu'il gardait Stiles en sécurité au loft, sans doute serait-il plus utile de s'y rendre rapidement. Derek ne viendrait certainement pas rendre visite à Scott d'ici un moment, notamment parce qu'il devait s'occuper des gens logeant actuellement chez lui – dont la banshee qui les avait rejoints la veille. Tout ce petit monde apprécierait sans doute beaucoup de comprendre ce qui les avait menés dans cette situation cauchemardesque.
Peter chargea donc les métamorphes les plus robustes de la meute présents de ne pas baisser leur garde concernant Scott pendant son absence, qu'il promit de ne pas faire durer plus longtemps que nécessaire. Bien qu'il ne fasse pas complètement confiance à la moitié d'entre eux tant il se trouvait lui-même fiable, Peter se glissa à l'intérieur de sa voiture et démarra. Il voulait être celui qui ferait découvrir à Derek la réelle folie amoureuse de Scott, ainsi que tous les travers qu'il avait pu entrevoir dans le journal d'Allison. Puis, dans la foulée, si Stiles était en état, il pourrait l'interroger pour essayer de voir si certaines informations pouvaient être recoupées. Le jour de la morsure, Scott avait semblé persuadé que Stiles était au courant de ce que contenait le journal, sous-entendant qu'il avait indirectement participé à son écriture… En d'autres termes, qu'il avait été plus proche d'Allison que l'on aurait pu le deviner. Et celle-ci n'avait pas tari d'éloges à son égard entre les pages… Pour ne pas dire autre chose. Il y avait donc anguille sous roche et Peter considérait que démêler le vrai du faux n'était pas une mauvaise idée. Puis s'il pouvait en profiter pour titiller l'hyperactif, le mettre mal à l'aise et en tirer quelques grimaces… Peter n'allait pas se gêner. Il fallait bien qu'il se laisse un peu aller à exprimer sa nature la plus profonde – celle d'un emmerdeur pur et dur.
Une bonne vingtaine de minutes plus tard, le voilà qui se gara au pied de l'immeuble de son neveu. Peter s'empara du journal intime d'Allison et entreprit de monter jusqu'à atteindre le bon étage. Mais alors qu'il tentait d'ouvrir la porte, il se heurta à une difficulté inédite: elle n'était pas ouverte. Derek ne la fermait pourtant jamais à clé, la nuit mise à part. Le vieux loup fronça légèrement les sourcils et toqua sans hésiter – il avait encore un peu de bon sens et suffisamment de sympathie pour épargner les oreilles sensibles de Derek et Isaac, tous deux loups-garous de leur état.
C'est un Derek à l'air particulièrement fatigué qui lui ouvrit. Et alors qu'il l'aurait imaginé surpris de le voir – dans la mesure où il ne l'avait pas prévenu de sa venue –, son neveu afficha un air las et le salua mollement.
- Tu as une mine radieuse, se moqua gentiment Peter.
Pour toute réponse, Derek soupira. Il n'avait vraisemblablement pas le cœur à l'humour – et n'était peut-être pas suffisamment en forme pour faire ne serait-ce que semblant de l'apprécier.
- Scott? Fit-il alors d'un ton interrogatif.
Peter reconnut bien là son neveu, à parler avec le moins de mots possibles. S'il s'agissait d'une chose qu'il avait plus ou moins cessé de faire ces temps-ci, son état actuel semblait le rendre propice au mutisme. Une manière pour lui d'affronter la situation et de palier à cette fatigue qui semblait s'ancrer dans les traits de son visage.
- Sous contrôle, répondit l'oncle avec un sourire suffisant. Il se démène comme un possédé pour se libérer, mais on le surveille étroitement.
Et il espérait qu'aucune gaffe ne serait faite en son absence, que la méfiance à l'égard du latino était toujours de mise. Jordan Parrish, à qui il avait intimé l'ordre de ne pas quitter les lieux tant qu'il ne serait pas revenu, était sa garantie personnelle. Il avait confiance en sa force et sa fermeté de chien de l'enfer.
- Et l'humain, il s'en sort? S'enquit Peter.
Il avait eu un léger écho comme quoi il s'était réveillé et allait… Allait. Impossible avec les messages qu'il avait reçus de savoir si la progression de l'état de Stiles était positive ou non.
- Il a l'air, articula Derek. Isaac est avec lui.
Le loup-garou avait fini par se réveiller, lui aussi, peu de temps après le départ de Deaton, la veille. Mais il était si fatigué qu'il en était presque méconnaissable. Il parlait peu et les seuls mots qui étaient sortis de sa bouche avaient été adressés à Stiles. Des «tu vas bien?» et compagnie, si rares et difficilement prononcés qu'il était aisé de deviner qu'il n'avait pas l'énergie d'en prononcer plus.
- Tu peux les faire descendre? J'ai du neuf, fit Peter en brandissant presque fièrement le journal d'Allison. Fais venir Lydia aussi, je suis sûre qu'elle adorerait être au courant de ce que j'ai trouvé là-dedans.
Derek le regarda d'un air peu convaincu, mais ne vit pas d'inconvénient à accéder à sa demande… Peut-être parce qu'il n'avait pas l'énergie de chercher une raison de refuser. Sans un mot, il se dirigea vers les escaliers.
Quelques minutes plus tard, trois visages pâlots firent timidement irruption dans le grand salon du loft, accompagnés par Derek – et Jackson, qui venait de sortir d'une courte sieste. Peter détailla tout ce petit monde qui arborait le même air fatigué, ces traits tendus, symboles d'une situation qui les dépassait tous… Et s'attarda sur Stiles, qui lui semblait différent sans qu'il puisse s'expliquer la raison de cette impression.
Enfin, il décida de ne pas faire patienter son public et de rentrer directement dans le vif du sujet sans un bonjour, sans une formule de politesse superflue. Peter n'était pas là pour enfiler des perles.
