Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour un atelier drabble (sept minutes et un mot, ici "musique")


Edith terminait de souffler la dernière note de la berceuse lorsqu'elle remarqua que Mary se tenait sur le seuil de la porte. Presque immédiatement, elle sentit le rouge monter à ses joues. Elle tâcha toutefois de garder son calme le temps de déposer un dernier baiser sur le front d'une Marigold endormie. Mais dès qu'elle fut dans le couloir, une phrase amère lui échappa :

- Je suppose que tu m'as entendue.

- Oui, répondit Mary. C'était difficile de ne pas t'entendre.

Ses pires craintes étaient donc vérifiées. Edith prit une grande inspiration. Elle ne savait pas si Mary allait s'attaquer à sa voix, au rythme de la musique qu'elle avait à coup sûr saboté ou bien au choix de la chanson en elle-même. En revanche, elle savait que sa sœur allait à coup sûr trouver quelque chose à redire.

Du moins, c'est ce qu'elle croyait.

En réalité, une larme coula sur la joue de Mary.

C'était une vision si inhabituelle que Edith ne sut pas vraiment quoi dire ni faire. Elle resta ainsi les bras ballants, complètement médusée, jusqu'à ce que Mary se racle la gorge.

- C'était la berceuse préférée de Matthew... il voulait la chanter à Georges mais...

Elle ne termina pas sa phrase, mais elle n'en avait pas besoin. Matthew n'avait malheureusement jamais eu l'occasion de chanter cet air à son fils. Une nouvelle injustice sur une liste bien longue. Edith fit alors la seule chose qui lui semblait sensé dans cette situation : elle prit Mary dans ses bras. Et quand elle la sentit s'accrocher à elle comme pour s'empêcher de sombrer, elle songea que malgré toute leur détestation mutuelle, elles pouvaient être là l'une pour l'autre. C'était ça, être sœurs.