Stiles soupira de plaisir lorsqu'il s'affala sur son lit. Il venait de sortir d'une douche bien mérité et ne pensait plus qu'à une seule chose, passer une bonne nuit de sommeil.
Après avoir quitté le loft de Derek, Stiles s'était un peu éloigné du centre de Beacon Hills, cherchant un hôtel pas trop cher pour y passer le week-end. Ce ne fut qu'après trois heures de recherche qu'il trouva un vieux motel ayant enfin une chambre de libre, ne demandant pas d'autorisation parentale parce qu'il ne pouvait pas louer à un mineur selon la politique de l'hôtel et ne lui conseillait de retourner chez ses parents. Stiles avait même cru qu'il allait frapper la mégère et son regard hautain du lieu précédent.
Certes, il y avait des traces de moisissures sur le plafond, il avait dû nettoyer la salle de bain avant de pouvoir l'utiliser et le matelas devait certainement abriter des punaises de lit. Mais à ce stade, Stiles était juste heureux de pouvoir pioncer en paix.
Il ne lui fallut qu'une poignée de minutes pour trouver Morphée, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas si bien dormi.
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Stiles attendait déjà devant son casier que son meilleur ami arrive enfin au lycée depuis une bonne dizaine de minutes. Scott n'avait pas intérêt à être en retard, il en avait assez d'avoir des heures de colle de Harris à tous les cours. Sa semaine commençait déjà assez mal comme ça.
Heureusement pour lui, le lycanthrope arriva deux minutes avant le début des cours. Scott eut à peine le temps de rendre ses clés à Stiles que déjà, ils devaient courir vers leur salle de classe. Ils s'installèrent à leur place habituelle au même moment où la sonnerie retentissait dans le couloir. Harris sembla surpris de voir Stilinski et McCall déjà à leurs places en arrivant, mais il fit comme si ne rien était et débuta son cours.
Stiles était en train de recopier le tableau lorsqu'il sentit Scott lui tapoter le dos. Une boulette de papier atterrit sur sa table et l'hyperactif savait par avance ce qu'il y lirait.
« Ça va ? T'as des cernes horribles.
- T'inquiètes. J'ai passé le week-end à faire des recherces et de fil en aiguille, j'ai fini par lire des forums bizarres toute la nuit. Et de ton côté, Erica et Boyd ? »
Stiles aimait parler par bout de papier interposé. Il avait fini par découvrir que par l'écrit, il était bien plus dur pour Scott de dire s'il mentat ou non. Apparemment, ce n'était pas juste en écoutant les battements de cœur que son détecteur de mensonge intégré fonctionnait. C'était un mélange d'odeurs, de mouvements du visage et de gestes. Instinctivement, le loup combinait tous les signaux et soufflait à Scott s'il s'agissait de mensonges ou de la vérité.
Or dans cette situation, Stiles était dos à Scott, sa fatigue et son stress lié à son week-end devait supplanter toute autre odeur et son cœur battait un rythme de toute façon irrégulier à cause de la fatigue et de son hyperactivité. Il avait oublié ses médicaments chez son père. Il allait bien devoir y retourner un jour, ne serait-ce que pour récupérer des vêtements et ses affaires de cours.
Donc, Scott ne détecta pas son mensonge et lui écrivit un petit résumé de son week-end de recherches avec Isaac. Visiblement, ils en étaient toujours à la case départ. Erica et Boyd n'avaient laissé aucune trace derrière eux. Stiles griffona rapidement qu'il demanderait à Danny s'il pouvait localiser l'un de leurs portables avant de se reconcentrer sur le cours.
Franchement, il doutait que Danny accepte. Mais peut-être que si c'est Jackson qui le lui demande, alors il dirait oui. Ou alors Stiles devra une nouvelle fois demander à Derek de se déshabiller devant le pauvre lycéen en échange de cette faveur. Stiles soupira, ça lui paraissait bien plus impossible de convaincre Derek que Danny.
A la pause du midi, Stiles se sépara de ses amis. Il préférait vérifier le plus tôt possible l'état de sa Jeep, il rejoindrait les autres plus tard au réfectoire. L'hyperactif fit trois le tour de sa voiture avant d'en inspecter l'intérieur minutieusement. Tout semblait parfait. Il y avait au moins une chose qui fonctionnait comme il le voulait.
Son téléphone sonna entre ses mains et Stiles s'empressa de répondre. Il n'y avait que les membres de la meute qui connaissait ce numéro ainsi que les patrons des emplois où il avait postulé. Un numéro inconnu ne pouvait donc que signifier qu'il s'agissait d'une réponse à l'un de ses CV. Stiles ne pensait pas avoir une réponse aussi rapidement.
Cependant il fut bien rapidement déshillusionné. Bordel, pourquoi de tous les postes auxquels il avait postulé, ce devait être cette grand-mère bizarre qui lui réponde en premier. Stiles ne sut trop comment, mais il réussit à convaincre son interlocutrice qu'il ne pourrait commencer que d'ici trois semaines. La dame lui proposa donc de se rencontrer à la fin du mois, ce serait une perte de temps pour tous les deux de faire un entretien d'embauche plus tôt si elle trouvait quelqu'un avant cette date.
Stiles raccrocha et soupira de soulagement. Pour rien au monde il ne voudrait travailler pour elle. Son annonce Facebook était déjà étrange, mais sa façon de parler l'avait tout bonnement mit incroyablement mal à l'aise. Entre sa façon de l'appeler « mon mignon » et son insistance sur le fait de bien prendre soin d'elle et de la sortir de sa solitude, Stiles ne pouvait qu'imaginer que la grand-mère était célibataire depuis un moment. Elle devait être définitivement désespérée pour racoler de cette façon un mineur.
Stiles savait que jamais il n'accepterait l'offre, même s'il obtenait un entretien. C'était plus comme une sorte d'âpat qu'il se lançait à lui-même. Il avait trois semaines pour trouver un boulot, passer cette date il devrait retourner chez son père ou aller chez cette dame étrange lui proposant repas et logis en échange de ses services. Sa façon de prononcer ce mot avait donné des frissons au garçon. Il refusait de tomber dans un piège aussi flagrant, non merci pour lui.
« Stiles, ça va ? »
L'hyperactif sursauta et attrapa son t-shirt à l'emplacement de son cœur alors qu'on toquait à la fenêtre de sa Jeep. Il n'avait pas vu Scott lui faire signe à travers la fenêtre depuis deux bonnes minutes. Stilinski s'empressa de descendre de la voiture et passa son bras par-dessus les épaules de son ami pour se diriger vers le réfectoire.
Stiles n'eut aucun mal à détourner l'attention du lycanthrope. Il n'avait pas entièrement menti plus tôt dans la matinée, il avait effectivement fait des recherces sur les manticores ce week-end. Scott ne remarqua même pas que Stiles n'avait pas répondu à sa question, déjà absorbé par les informations sur la créature surnaturelle rodant à Beacon Hills.
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Stiles attendait depuis plus de deux heures, caché derrière quelques buissons que son père ne quitte la maison. Il savait que le shérif travaillait de nuit cette semaine-là, il n'était qu'une question de minutes avant que Noah ne quitte la maison. Et comme s'il lisait dans ses pensées, Stiles vit la voiture du shérif sortir de la cour, elle passa devant lui avant de disparaître au loin.
Stiles avait garé sa Jeep un peu plus loin sur un chemin de terre partant dans la forêt. Caché par les arbres, le shérif n'avait pas pu la voir depuis la route. L'hyperactif attendit une dizaine de minutes supplémentaires afin d'être certain que son père n'allait pas réapparaître à cause d'un oubli.
Stiles escalada la façade de la maison jusqu'à atteindre le rebord de sa fenêtre. Lui qui se plaignait toujours des loups-garous impolis passant par les fenêtres plutôt que par les portes, voilà qu'il les copiait. Lorsqu'il l'avait mis à la porte, Noah ne lui avait lancé que les clés de sa Jeep, pas celles de la porte d'entrée. Stiles faisait donc avec les moyens du bord.
Une fois devant sa fenêtre, il se retrouva bien bête à fixer la vitre sans avoir aucune idée de comment l'ouvrir. Scott disait qu'il suffisait de forcer un peu et que le loquait sautait tout seul. Mais voilà cinq minutes que Stiles poussait et tirait dans tous les sens et la fenêtre était toujours aussi fermée.
Soudain, la fenêtre s'ouvrit en grand et le visage de Peter Hale apparut en face de Stiles. Sous le coup de la surprise, l'hyperactif faillit tomber en arrière, mais fut rattrapé inextrémisse par le col de sa chemise par Peter. Mais qu'est-ce que ce psychopathe faisait chez lui pour pouvoir lui ouvrir la fenêtre.
« C'est la première fois que je vois quelqu'un entrer par effraction dans sa propre maison. » sourit Peter comme si toute cette situation était normale.
« J'ai oublié mes clés. » Ce n'était pas réellement un mensonge, en effet, Stiles avait oublié de mettre ses clés dans son sac avant de vouloir fuguer. Bien qu'au final, ce fut son père qui le mit à la porte. Quoi qu'il en soit, Stiles savait comment mentir sans trop alarmer les sens du loup-garou.
« La porte était ouverte. Il semblerait que ton père le savait. »
La poitrine de Stiles se serra. Son père avait laissé la porte ouverte. Il espérait certainement qu'il revienne, mais l'hyperactif ne le ferait pas. Il était assez grand pour savoir que lui et son père avaient dit des choses qu'ils ne pensaient pas sous le coup de la colère. Mais Stiles ne reviendrait pas, c'était mieux ainsi. Il ne mettait plus la vie de son père en danger désormais.
« Bien, merci Peter. Maintenant si tu veux bien partir de ma chambre. » le poussa Stiles vers la fenêtre. Visiblement, lui aussi s'était habitué à voir les loups-garous ne passer que par là.
Comme à son habitude, Peter ricanna avant de lui obéir. Il exaspérait Stiles avec sa façon de ne jamais rien prendre au sérieux.
Une fois seul, Stiles s'assit un instant sur son lit afin de reprendre ses esprits. Mais le doute continuait de le titiller, alors il rouvrit la fenêtre et composa le numéro de Peter. Une sonnerie quelque peu lointaine se fit entendre, si Stiles avait bien localiser le son, ça venait de l'arrière du jardin, près de la remise.
« Peter je sais que t'es là ! » cria-t-il. « Dégage avant que je ne dise à Derek que tu me harcèles. »
Un rire rauque se fit entendre, puis des bruits de course s'éloignèrent vers la forêt. Bien, Stiles était enfin seul.
Il chercha au fond de son armoire sa grosse valise de voyage et deux sacs de courses dans la cuisine. Il espérait seulement que son père n'allait pas lui en vouloir de ne lui en laisser aucun.
Livres de cours, vêtements de rechange, les médicaments pour son hyperactivité, crayons, stylos, quelques comics, son DM de mathématiques à rendre pour la semaine prochaine, des affaires de douche, une trousse à pharmacie qu'il cachait sous son lit, les maigres économies de sa tirelire Captain America, quelques photos, le portrait de famille qui trônait depuis le décès de sa mère sur sa table de nuit, des livres sur les créatures surnaturelles, quelques dvd pour ne pas trop s'ennuyer le soir, une veste de pluie, un sac de randonnée qu'il n'avait jamais utilisé (on ne savait jamais), des piles de rechange pour sa lampe torche, son oreiller et sa couette. Stiles emportait tout ce qui lui passait par la main et il était bien heureux que la porte d'entrée était ouverte. Il se voyait mal passer par la fenètre avec tout ça.
Une fois ses affaires empaquetées, le jeune homme s'arrêta un instant devant son bureau. Son téléphone était posé bien en évidence au centre de ce dernier. Visiblement, son père savait qu'il reviendrait prendre quelques affaires si ce n'était pour revenir définitivement vivre sous son toit.
Cependant Stiles n'était pas assez bête pour prendre le smartphone. Il se doutait que son père tenterait de le géolocaliser grâce à son statut de shérif. Visiblement, il n'avait pas réussi à le déverrouiller pour l'instant et Stiles en fut soulagé. Il y avait tant de preuves de l'existence du surnaturel dans ce petit objet que tous ses efforts pour cacher la vérité auraient été vains si son père y avait eu accès. A la place, l'hyperactif transféra toutes ses données sur sa carte SD avant de la retirer et de réinitialiser l'appareil.
Puis, Stiles brisa la carte sim en deux avant de la jeter. Il fourra le portable dans sa poche et attrapa sa valise. Il la tira tant bien que mal dans les escaliers puis jusqu'à sa Jeep. Soupirant de frustration en pensant qu'il allait devoir faire de même avec les deux autres sacs et sa couverture.
Deux allers-retours plus tard, Stiles fourra son dernier sac dans le coffre de sa voiture. Bien, il avait fini plus tôt que prévu d'embarquer toutes ses affaires. Il fit un dernier aller-retour afin de vérifier qu'il n'avait rien oublié ou fait tomber sur le chemin. Une fois dans le couloir de la maison, il hésita. Devait-il prendre ses clés ou non ?
Prendre cette fichue clé était si tentant. Il gardait ainsi l'assurance de toujours avoir un lieu où se réfugier. Mais Stiles refusait de mettre son père en danger si à chaque difficulté, il se réfugiait ici. De plus, ce n'était pas correct pour lui de considérer sa maison comme un hotel. Stiles était loin d'imaginer qu'à ce stade, son père serait heureux du moindre contact avec son fils, même si n'était que pour l'entendre entrer en douce la nuit et fuir au petit matin.
Faisant son choix, Stiles préféra retourner dans la cuisine et écrire sur un post-it « Ne laisse pas la porte ouverte, c'est dangereux. Je sais me débrouiller pour rentrer. » Puis, il claqua la porte derrière lui, certain de ses nouvelles résolutions.
Dans sa voiture, il ouvrit la boîte à gants et sortit le petit carnet où sa liste de tâches à accomplir était griffonnée. Stiles avait déjà payé le motel jusqu'à la fin de la semaine, il avait postulé à une trentaine d'emplois et avait il pouvait désormais barrer « Récupérer mes affaires ».
Décidant que plus il ferait de choses, mieux ça serait, l'hyperactif prit la direction du centre ville pour s'acheter un nouveau téléphone et ensuite passer à la banque retirer un peu d'argent.
Il se balada quelques minutes dans les rayons emplis d'électroménager, se souvenant avec nostalgie de la façon dont sa mère le grondait alors qu'il appuyait sur tous les boutons à sa portée. Il revoyait du coin de l'œil son père s'excuser à un vendeur du comportement de son fils alors que sa mère arrivait enfin à l'attraper alors qu'il riait à gorge déployée. Son hyperactivité avait été détectée deux mois après que le couple ait acheté leur nouvel aspirateur. Pas étonnant qu'il en fasse voir de toutes les couleurs à ses parents à ce moment-là, sans médicaments pour canaliser son énergie et son attention.
Une larme échappa à Stiles, un sourire doux sur le visage en se remémorant ces instants de joie innocente. Il s'empressa bien vite d'essuyer sa joue et pressa le pas jusqu'au rayon téléphonie. L'hyperactif lut quelques fiches présentant les produits avant de grimacer en appercevant les prix.
Il attrapa finalement le premier téléphone sous la barre des deux cents euros et qui ne semblait pas trop démodé. Stiles ne l'utiliserait que pour quelques recherches internet, prendre des photos de créatures paranormales, jouer à un jeu ou deux et parler à ses amis. Il n'avait pas besoin d'un modèle de la dernière génération. Le strict minimum suffisait.
Stiles passa rapidement en caisse et fut satisfait de pouvoir échanger son ancien téléphone en échange d'un rabais sur le prix du nouveau. Certes ce n'était que quelques dizianes d'euros, mais dans sa situation la moindre économie était importante. Vive le reconditionnement des appareils électroniques.
Une fois installé dans sa voiture, il s'empressa de placer la carte SD de son ancien téléphone et la carte sim de son portable à clapet dans le nouveau. Puis, il installa quelques applications indispensables à sa vie de tous les jours.
Quelques minutes plus tard, il accédait à ses comptes en banque et pâlit en découvrante que son compte regroupant toutes ses économies avait été vidé. Il ne lui restait plus que quatre cents euros sur son compte courant et il venait d'en dépenser une centaine pour un nouveau téléphone. N'en croyant pas ses yeux, Stiles réinstalla deux fois l'application avant d'assimiler la situation.
Il aurait dû s'y attendre. Son père gérait toutes les semaines des cas de fugues et savait très bien que dans pas mal de cas, vider les comptes en banque de son enfant le faisait immanquablement revenir à la maison. Noah avait au moins eu la gentillesse de lui laisser un peu de fond pour ne pas le laisser totalement à la rue le temps que Stiles se décide à céder au chantage.
« C'est pas grave, ne panique pas Stiles. Tu as déjà vécu pire, tu vas trouver une solution. Tu es Stiles Stilinski, tu vas forcément trouver une solution. » tentait de s'auto-convaincre l'hyperactif. Il refusait de faire une crise de panique au milieu de ce parking sans personne pour l'aider à se calmer.
Il respirait fortement et sa tête tournait, mais Stiles parvint à se ressaisir au bout de quelques longues minutes. Il savait que cette fois-ci, sa philosophie « ignorer le problème jusqu'à ce qu'il en soit complètement débarrassé » ne fonctionnerait pas. Alors il sortit son carnet de la boîte à gants et commença à lister ses dépenses indispensables.
Heureusement, il avait pu payer sa chambre d'hôtel jusqu'à la fin de la semaine avant que son père ne vide ses comptes. De plus, il avait déjà fait quelques courses ce week-end et n'aurait certainement pas d'en refaire avant le début de la semaine prochaine. Les frais de cantine étaient déjà réglés pour ce trimestre et cela lui offrirait un repas gratuit par jour. Bien, il n'aurait pas à se soucier des dépenses pendant quelques jours, Stiles devait juste économiser au maximum son essence jusqu'à trouver un travail.
L'hyperactif tourna la clé de contact et grimaça lorsque l'aiguille de jauge du carburant ne se redressa que de deux barres. Visiblement Scott et Isaac n'avaient pas pris la peine de lui rembourser le demi-plein qu'ils avaient cramé pendant le week-end. Ce n'était pas grave, tenta de se rassurer Stiles, il avait toujours sa carte de bus et priviligerait ce moyen de transport jusqu'à nouvel ordre.
« Bien, la situation n'est pas aussi désespérée qu'elle semble l'être. »
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« Réunion à 17h.
- ok » Répondit Stiles au message de Derek.
Il était 15h30, avec le bus il en aurait pour une demi-heure jusqu'au loft. Il avait le temps de passer le premier entretien d'embauche qu'il avait reçu le matin même. L'hyperactif avait séché les cours pour ce rendez-vous, mais ce n'était qu'un détail.
Stiles mit son téléphone en silencieux avant de la fourrer dans sa poche. Il prit une profonde inspiration et pénétra dans le fast-food. Il se présenta au comptoir et on lui indiqua de s'installer à une table au fond du restaurant, le directeur allait arriver dans un instant.
Une fois installé, le jeune homme vérifia sa tenue dans le reflet de la vitre à sa droite et passa sa main sur quelques plis de sa chemise. Il n'avait pas de fer à repasser à l'hôtel et avait dû empiler ses manuels scolaires dessus pour qu'elle n'est plus l'air d'un chiffon froissé. Stiles avait l'impression d'avoir régressé à l'âge de pierre.
L'attente lui parut durer des heures et Stiles crut bien qu'il allait devenir fou à cause du stress si le directeur n'était pas arrivé au bout de dix longues minutes interminables. Il avait vu meilleur comme accueil mais ne s'en plaignit pas.
L'entretien se passa bien. Stiles savait se vendre sans que l'homme face à lui ne détecte ses quelques mensonges glissés par-ci, par-là. Le jeune âge de son interlocuteur l'aida également à se détendre, même pas la trentaine passée et déjà directeur. Stiles le respectait pour ça bien qu'il ne se voyait pas vouloir travailler toute sa vie dans un fast-food, même à un poste élevé.
« Bien, je pense que nous avons fait le tour des sujets importants. » sourit l'homme à la fin de l'entretien. « Avez-vous des questions ? »
Pour faire bonne figure, Stiles récita quelques questions qu'il avait lu sur un forum en préparant son entretien et pris les réponses en notes. Puis, vint la fin de l'entretien.
« Si vous m'envoyez les documents avant la fin de la journée, je pourrai les transférer aux ressources humaines d'ici demain. Le temps de faire les papiers, nous pouvons nous revoir mardi. Nous signerons le contrat, je vous ferai un tour du restaurant et vous fournirai votre uniforme.
- Quels sont les documents à fournir ? »
Stiles attrapa son stylo pour prendre en note les éléments à fournir. Il pâlit brusquement lorsque l'homme mentionna une attestation parentale et copie de la carte d'identité de son tuteur puisqu'il était encore mineur. Merde, ça allait poser soucis. Mais Stiles fit comme si ne rien était et serra fermement la main du directeur à la fin de l'entretien.
En sortant du fast-food, Stiles vit son bus arriver à l'arrêt au bout de la rue. Il s'empressa de courir dans cette direction et souffla de soulagement lorsque le chauffeur lui fit signe qu'il allait l'attendre. C'était bien la première fois que Stiles ne courrait pas en vaint derrière un bus qui lui avait fermé la porte devant son nez.
Une fois assis au fond du car et préférant rester en t-shirt durant cette chaude journée de mai, Stiles retira sa chemise qu'il fourra rageusement au fond de son sac. Il n'avait pas du tout pensé à cette fichue autorisation parentale. Il pouvait toujours en faire une fausse, mais si la supercherie était découverte, il allait avoir de gros ennuis. Et Stiles ne voulait surtout pas prendre le risque que le shérif entende parler d'un dossier concernant un adolescent suspect dans le quartier Est. Noah comprendrait immédiatement qu'il s'agissait de lui.
S'il avait toujours ses trois mille euros d'économie, ce ne serait pas un gros problème que d'attendre sa majorité. Mais avec trois cents euros en poche, Stiles se voyait mal attendre encore deux mois. De plus, cette histoire de majorité allait aussi poser problème pour trouver un appartement. Stiles se voyait mal rester dans sa chambre d'hôtel, bien que pas cher, jusqu'en juin. C'était une dépense qu'il ne pouvait pas se permettre. Et comme si cela ne suffisait pas, il ne lui restait plus que deux nuits payées d'avance.
Stiles colla son front à la vitre du bus, laissant son regard se perdre sur les rues de Beacon Hills alors qu'il tentait veinement de trouver une solution à ses problèmes.
Une quarante minutes plus tard et après deux changements de bus, Stiles arriva enfin au loft de Derek. Parfait, il avait trois minutes d'avance. Les autres membres de la meute étaient déjà présents, il ne manquait que Peter. Personne n'y prêta réellement attention, Derek annonçant le début de la réunion.
Chaque membre présenta les découvertes qu'ils avaient faites durant la semaine. Isaac et Scott parlèrent d'une piste menant vers une colline au Nord de Beacon Hills mais qu'ils avaient perdu en s'approchant d'une zone rocheuse. Lydia poursuivit en expliquant que les Manticores aimaient vivre dans les grottes. Derek relia les deux informations grâce à sa connaissance du terrain en précisant qu'il y avait de nombreuses creuvasses et petites grottes dans cette zone. La rousse précisa qu'il faudra en trouver une assez profonde pour accueillir trois manticores et leurs victimes et masquer leur odeur aux lycanthropes.
Stiles poursuivit sur un autre sujet en abordant les faiblesses des manticores. Il devait encore pousser ses recherces sur le sujet, mais selon ses sources, il s'agissait de la décapitation par une lame en rhodium, l'empoisonnement à la belladone ou datura, le chant d'un coucou ou, Stiles tourna un regard incertain vers l'alpha avant de poursuivre, le feu. Comme il l'avait prédit, Derek se tendit à la mention de d'immolation. Stiles lisait dans son regard qu'il était impensable pour lui de brûler vif ces créatures, même s'il s'agissait certainement du moyen le plus simple d'en finir avec elles.
« Le chant d'un coucou, sérieusement Stiles ? » se moqua Jackson sans même relever les yeux de son portable. Visiblement il préfèrait être n'importe où plutôt qu'à cette réunion.
« Ben quoi, le point faible du basilic est bien le chant d'un coq. Alors pourquoi pas celui d'un coucou ? » Seul Allison pouffa, comprenant la référence à Harry Potter. Stiles fut surpris, de la voir rire à l'une de ses blagues, c'est que la jeune femme ne lui avait pas parlé depuis plusieurs semaines. « Enfin, ce n'est pas d'une source très fiable et il s'agirait seulement du chant d'un grand Géocoucou. Autant dire que ça ressemblait à une blague, mais je n'écarte aucune possibilité. Et comme je l'ai dit, ce ne sont que des théories. Pour l'instant je dois avoir une quinzaine de points faibles tous plus bêtes les uns que les autres, il faut que j'affine tout ça.
- Continue tes recherches pour la prochaine fois. » grogna Derek qui pensait visiblement que Stiles aurait dû être plus sérieux dans des recherches et leur donner des informations plus sûres.
Stiles hocha la tête, bien que lançant un regard de défi à l'alpha. Ce n'était pas lui qui devait se taper des heures et des heures de lecture infructeuses avant de trouver un indice ne serait-ce qu'un peu probable.
« Au fait, c'est quoi du Rhodium ? » demanda Scott d'un air confu.
« Un métal rare. » répondit Lydia.
« Et très cher. » ajouta l'hyperactif. « Autant dire que si c'est le seul moyen de tuer une manticore, on n'est pas prêt d'arriver au bout du problème. »
La réunion ne dura pas bien longtemps après ça. Derek assigna des tâches à chacun de ses bêtas avant de les congédier.
Stiles dû rejeter l'offre de son meilleur ami qui l'invita au cinéma pour voir le dernier Avengers avec les autres jeunes de la meute. Il prétexta que son père lui avait déjà envoyé des messages pour son retard, sans mentionner à aucun moment ses problèmes d'argent. Scott tiqua au mensonge, mais ne releva pas. Connaissant son meilleur ami, le loup-garou se dit simplement qu'il avait déjà dû voir illégalement sur internet le film trois ou quatre fois et le connaissait déjà par cœur.
Stiles passa rapidement aux toilettes avant de partir, laissant le temps aux autres de partir en premier. Lorsqu'il quitta le loft, le parking était désert et Stiles était satisfait de ne pas avoir à expliquer pourquoi il n'était pas venu en Jeep. De toute façon, celle-ci tombait si souvent en panne depuis un ou deux ans que cela ne devait plus étonner personne de le voir sans pendant quelques jours.
Il tourna à droite deux rues plus loin et s'engouffra dans une petite ruelle. Ce raccourci était bien pratique pour atteindre l'arrêt de bus, cela lui faisait bien gagner cinq minutes. Cependant Stiles se fustigea bien vite pour sa fainéantise lorsqu'il tomba nez-à-nez avec Peter Hale.
L'hyperactif hésita à faire demi-tour et faire comme s'il n'avait pas vu Peter, mais ce dernier le fixait droit dans les yeux et semblait même l'avoir attendu, ainsi adossé au mur les mains dans les poches. La fuite n'était donc pas une option.
« Tu n'es pas venu à la réunion. » Ce fut la seule chose qui lui vint à l'esprit, il avait pourtant bien d'autres questions à poser au loup.
« Tu vis dans un hôtel minable.
- Pardon ?
- Oh excuse-moi » sourit Peter, pas le moins du monde désolé. « Je pensais qu'on jouait à dire des évidences.
- Très drôle. » ricana amèrement Stiles en tournant les talons.
« Ton père… » Peter capta immédiatement l'attention de l'hyperactif qui se stoppa net. « Il mange aux Denny's tous les vendredis avec son adjoint. Il sait que tu ne vas jamais dans ce quartier et ne le prendra pas sur le fait. »
Stiles prit ses jambes à son coup. Ses pensées se bousculaient dans sa tête alors qu'il détallait dans les rues de Beacon Hills. Putain ! Il avait failli accepter un job dans un fast-food que son père fréquetait. A cet instant, savoir que Noah ne respectait pas le régime alimentaire imposé par son diabète était sans importance. Stiles aurait pu tomber nez-à-nez avec lui.
Il ne savait pas vraiment à quoi jouait le Hale, mais il venait de lui éviter une grosse catastrophe. L'hyperactif n'avait plus à se soucier de falsifier une autorisation parentale et de faux papiers. Son premier entretien d'embauche concluant était une cause perdue et ça le dévastait.
Stiles n'avait eu qu'une seule réponse postive à ses candidatures en une semaine et savait à quel point il allait être difficile d'obtenir d'autres entretiens. A bout de souffle, il jeta son sac au sol dans un geste rageur, jurant à voix haute.
« Merde, merde, merde ! Putain de hasard de merde ! » Il était à bout de nerd.
Une voiture s'arrêta à ses côtés et la vitre passager se baissa. Stiles faillit pleurer de frustration en voyant une nouvelle fois Peter lui faire face.
« Je te dépose ? »
Stiles ne répondit pas. Il attrapa simplement son sac, le jeta aux pieds du siège passager et s'installa à côté du lycanthrope. Aucun mot ne fut échangé, Peter savait déjà où il logeait apparemment et Stiles ne ressentait pas le besoin de partager ses pensées. Le loup-garou se contenta de monter le son de la radio, ses doigts tapant le rythme sur le volant.
Après une dizaine de minutes des plus gênantes, Peter se gara au milieu du parking désert de l'hôtel. Mais lorsque Stiles fit mine d'ouvrir la porte, il le retint en empoignant son biceps.
« Mon offre tient toujours. Le gîte et le couvert en échange de tes services. »
Stiles retira vivement son bras de la prise du loup-garou, grimaçant de douleur à cause de la prise forte de Peter. Il refusait de répondre aux avances plus que douteuses de l'homme et préférait s'enfuir lâchement vers l'entrée de l'hôtel. Il avait plus important à gérer que ce loup-garou trop envahissant.
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Stiles étaient au bout du rouleau et cela devait être plus que visible puisque ses amis lui demandèrent tour à tour tout au long de la semaine s'il allait bien. L'hyperactif comprit que l'excuse des nuits blanches pour faire des recherches ne fonctionnerait plus très longtemps lorsque même Jackson le questiona sur son état de santé entre deux piques singlantes.
Le soir même, Stiles se dirigea vers une boutique de cosmétiques pour y acheter de l'anticerne. Il avait été obligé de faire le plein la veille, son niveau d'essence s'approchant dangereusement de la réserve. Il s'autorisa donc ce jour-là à utiliser sa voiture plutôt que de prendre le bus.
Stiles savait que cette solution ne serait que temporaire pour garder la face devant les autres. Scott lui avait parlé de son rythme cardique plus lent qu'à l'habitude, certainement à cause de la fatigue, et de son odeur suintant l'anxiété. L'hyperactif savait que bientôt, il ne pourrait plus garder ses problèmes pour lui. Même si la vérité n'était pas dite de sa bouche, Scott ou un autre lycanthrope finirait bien par passer par la fenêtre de sa chambre ou croiser le shérif et découvrir le pot aux roses. Il s'étonnait d'ailleurs que ce dernier n'avait toujours pas demandé de ses nouvelles en passant par Melissa.
Stiles soupira lorsqu'il rejoignit le parking abandonné qu'il occupait depuis quelques jours. Depuis qu'il ne pouvait plus se permettre de dormir à l'hôtel, Stiles occupait la banquette arrière de sa Jeep. Tous les matins, il arrivait une heure avant tous les élèves pour utiliser les douches du vestiaire du club de crosse. A la cantine, il volait tous les jours un fruit ou une barre céréale à la cantine, son petit-déjeuner pour le lendemain matin.
Le soir, lorsqu'il avait trop faim et ne pouvait pas attendre son prochain déjeuner pour avoir un vrai repas, il passait dans une petite supérette à cinq minutes du parking pour acheter un sandwich. Stiles pensait de plus en plus à investir dans un réchaud pour manger autre chose que des tranches de jambon dans du pain. Mais une nouvelle fois, ses soucis d'argent l'inquiétaient trop pour qu'il cède à la tentation.
Au bout de cinq jours, Stiles se rendit à une laverie. Il était tard le soir et aucun autre client n'était présent. L'hyperactif en profita pour s'allonger sur le seul banc présent dans la petite pièce. C'était la première fois depuis qu'il dormait dans sa voiture qu'il pouvait piquer un somme en étendant complètement ses jambes. Dormir sur la banquette arrière l'obligeait à plier ses genoux et jamais il ne se serait douter que plus que la qualité de son matelas, ce serait sa taille qui lui manquerait le plus.
Stiles était passé la veille à la laverie et jeta un regard réticent aux sièges arrière de la Jeep. Il faisait beau ce soir, alors il décida de se déplacer jusqu'à l'orée des bois pour y trouver une clairière où dormir à la belle étoile. Il avait pris avec lui un fin matelas de camping et la souplesse du sol lui éviterait certainement quelques courbatures supplémentaires.
Sa décision prise, Stiles se dirigea vers une petite clairière à une vingtaine de minutes dont il savait que la meute n'approchait pas. Le territoire de Derek s'arrêtait un demi-kilomètre plus tôt et le territoire des manticores étaient à l'opposé de la ville. Il n'y avait donc peu de chance qu'il ne se fasse prendre en plein camping sauvage par un loup-garou.
Allongé à la belle étoile, Stiles s'offrit même un petit plaisir. Il ouvrit une canette de coca qu'il s'était gardé dans un coin de son coffre et ouvrit un paquet de cookies. Il dégusta son maigre dîner en observant les étoiles, récitant à voix haute les constellations qu'il parvenait à reconnaître.
Il se remémorait les nuits passées avec ses parents à observer les étoiles au fond du jardin, allongés sur une nappe de pique-nique. Son père finissait toujours par devoir chercher une couverture au bout d'une heure ou deux, Claudia était une grande frileuse. Le jeune Stiles riait alors à gorge déployée en observant son père subvenir au moindre désir de sa mère. Noah avait toujours été follement amoureux de la jolie brune et il était évident pour son fils que cet amour ne faisait que croître de jour en jour.
« Mischief, une étoile filante ! Vite, fais un vœu ! » s'exclamait Claudia en lui montrant un coin du ciel où la comète venait de disparaître.
Stiles ferma les yeux, bercé par les voix de ses souvenirs heureux, alors que sa mère était toujours présente et qu'une relation fusionelle le liait avec son père.
Stiles souhaita pouvoir un jour rentrer à la maison.
