Tom observait le petit garçon qui s'accrochait à sa jambe comme une sangsue. Il ne l'avait encore jamais vu, ce devait être un nouveau. Une fois de plus, il ordonna au mioche de le lâcher et tenta de le repousser en lui agrippant les épaules. Mais la poigne de l'enfant était forte malgré son jeune âge et ne semblait pas vouloir le lâcher. Tom soupira, devait-il l'éjecter plus loin avec un peu de magie ? L'idée était tentante mauvaise mais il ignorait si le Ministère pouvait détecter un acte de sorcellerie si elle n'était pas faite avec sa baguette ou non. Ce ne serait pas sage de prendre ce risque.
« Lâche-moi, je suis pressé.
- Tu ne dois pas y aller. Il va t'arriver quelque chose de mal. »
L'enfant le fixait de ses grands yeux verts et larmoyant. Tom grimaça, il espérait que le mioche n'allait pas se mettre à pleurer et étaler sa morve sur ses vêtements. Ils étaient certes de deuxième main et plutôt vieux, mais l'adolescent ne voulait pas les abîmer davantage.
« Mais de quoi tu te mêles. » grogna Tom, sa mauvaise humeur ne faisant que s'accroître. « Dégage. » dit-il en poussant plus violemment l'enfant.
Le garçon tomba sur ses fesses, ses mains s'égratignant contre les graviers de la cour. Tom fit taire la pointe de remords qui le prit et s'empressa de reprendre sa route. Il ne voulait pas donner à l'enfant une nouvelle chance de le coller. Mais le petite garçon semblait avoir abandonné l'idée, le fixant de ses yeux trop verts avec horreur.
« Ne les tue pas ! » cria-t-il désespérément.
Tom l'ignora et referma la grille de l'orphelinat derrière lui. Le garçon se releva et se jeta sur les grilles, plaquant son visage entre deux barreaux. « Tu te feras attraper si tu les tues ! » put-il seulement ajouter alors que Tom disparaissait à un coin de rue.
L'adolescent fronça les sourcils. Lui ? Tuer quelqu'un ? Ce n'est pas qu'il pensait ne pas être capable d'une telle chose, Tom avait accidentellement tué Mimi Geignarde cette année en voulant faire sortir le basilic de la chambre des secrets. Mais Tom savait qu'il ne pouvait tuer personne aujourd'hui, tout d'abord ce n'était pas dans intention et ensuite, il était mineur. Il ne pouvait pas faire de magie sans être repéré par le Ministère.
Ce gosse devait avoir un pète au casque et déliré. Pas étonnant qu'il se retrouve ici s'il agissait de cette façon avec sa famille. Si le gosse continuait de le coller dans les jours à venir, Tom n'aurait d'autre choix que de faire comme pour les autres enfants, lui faire peur et se débarrasser de lui. C'est de bien mauvaise humeur qu'il monta dans le bus sensé le conduire à Little Hangleton. Avec toutes les pleurnicheries de l'enfant, il avait failli le louper.
Il oublia bien vite le garçon étrange et focalisa toutes ses pensées sur la rencontre à venir. Tom avait pensé à envoyer une lettre à son oncle avant de lui rendre visite. Mais il n'avait pu trouver les bons mots et n'avait jamais réussi à finir l'une de ses missives avant de la froisser et la jeter à la poubelle. L'adolescent ne savait même pas si Morfin Gaunt connaissait son existence ou non. Si sa se trouve, son oncle savait que sa sœur était morte dans un orphelinat et l'avait délibérément laissé là.
Tom secoua vivement la tête. « Arrête d'être aussi pessimiste. » se morigéna-t-il en descendant du bus. Les Gaunt était une famille noble, bien qu'étant ruiné d'après ses recherches. Mais son oncle restait un descendant de Serpentard, il n'avait ni femme, ni héritier. Il serait certainement heureux de le rencontrer, ou du moins soulager de savoir qu'il y aurait quelqu'un pour prendre sa relève. Avec un peu de chance, son oncle accepterait de le laisser vivre avec lui plutôt qu'à l'orphelinat.
Pourtant, rien ne se passa comme cela. Tom avait dû faire face à une vieille bicoque tombant en ruine, sa porte était à moitié mangé par les vers et un serpent cloué dessus se décomposait. Il espérait presque pouvoir retourner bientôt à l'orphelinat. Il ne voulait pas vivre ici, cela avait l'air horrible. Tom doutait même qu'il y ait l'eau courante dans cette maison. Pourtant, l'adolescent ne se démonta pas, il prit une profonde inspiration et toqua à la porte.
Il y eut du grabuge à l'intérieur de la cabane et quelques jurons lui parvinrent. Tom ne put retenir une grimace dégoutée de tirer son visage lorsque la porte s'ouvrit sur un homme à la chevelure grisonnante et sale, au teint grisâtre et à l'haleine puant l'alcool. Tom eut un rire désabusé, alors c'était cela sa famille. C'était plutôt décevant.
« Tu te moques de moi, sale moldu ? » siffla le sorcier. « Dégage de là, Riddle. » cracha le sorcier en refermant la porte.
Tom eut le réflexe de glisser son pied dans l'entrebâillement, sifflant de douleur lorsque la porte frappa son pied. Il savait que si son oncle refermait cette porte maintenant, alors il n'aurait plus aucune chance de lui parler. Or Tom s'en fichait à cet instant que l'homme soit une déception, il avait besoin de lui pour apprendre sa propre histoire.
« Je n'oserai pas me moquer de vous, je suis juste heureux d'enfin rencontrer ma famille. » s'excusa Tom, soupirant de soulagement lorsque Morfin cessa de pousser la porte pour lui refaire face.
« Ta famille ? » s'étonna l'homme. Puis il réalisa que Tom le comprenait, il ne pouvait donc pas être un simple moldu. « Tu parles le fourchelangue. » songea Morfin.
Comme si cela était suffisant, il s'écarta de l'entrée pour rejoindre le salon. Tom observa quelques secondes la porte toujours ouverte et comprit avec un temps de retard qu'il était invité à le suivre. L'intérieur de la cabane était à l'image de l'extérieur. Les meubles sentaient la moisissure et, les tapis étaient rongés par les rats et les poussières recouvraient les tapisseries à moitié arrachées. Tom grimaça en s'asseyant sur le fauteuil faisant face à son oncle. Il ne remettrait certainement plus jamais ce pantalon après ça.
« J'ai cru que tu étais ce moldu, tu lui ressembles. » Morfin posa un verre rempli d'un liquide ambré devant lui en avalant une gorgée du sien.
« Quel moldu ? » fit Tom, ne touchant pas au verre à l'allure suspect.
« Ce moldu qui plaisait à ma sœur, celui qui vit dans la grande maison d'en face, tu lui ressembles vraiment. Riddle. Mais il est plus vieux maintenant, n'est-ce pas ? Il est plus âgé que toi, maintenant que j'y pense.
- Riddle ? » tiqua Tom en entendant son nom de famille. « Était-ce le mari de ma mère ? »
Morfin eut un rire jaune, s'étouffant presque dans son verre. Il ignora la mine dégoutée de l'adolescent, bien trop heureux d'avoir quelqu'un avec qui craché sur le dos de sa sœur.
« Un mari ? Oh non, il n'était pas marié. Merope l'a drogué au filtre d'amour. Cette petite sotte a pensé qu'en tombant enceinte, le moldu tomberait amoureux d'elle. Mais sans le filtre d'amour, elle n'est pas restée bien longtemps son amante. » ricana-t-il. « C'est elle qui t'a envoyé me parler ? Elle a trop honte pour venir d'elle-même ?
- Elle est morte en me donnant naissance. » fit froidement Tom.
Il n'aimait pas sa mère comme le sens commun l'entendait. Elle l'avait abandonné dans un orphelinat moldu et miteux, elle avait été terriblement faible pour une sorcière et assez folle pour droguer un moldu pendant des mois voire des années. Mais elle restait la femme qui lui avait donné la vie. Mais Tom se retint de faire une remarque, il ne voulait pas vexer son oncle alors qu'il semblait si bavard à propos de sa famille.
« Cela lui ressemble bien de mourir ainsi. » rit Morfin comme si Tom venait de lui raconter une bonne blague.
L'adolescent attendit qu'il se calme, droit sur son siège et le regard froid. Puis, Morfin se pencha en avant et cessa subitement de rire.
« Pourquoi es-tu là ? Tu veux me voler ? Prendre mon héritage ? »
Tom détourna le regard, observant la pièce miteuse. Il doutait qu'il y ait un quelconque héritage à réclamer auprès de cette famille. Morfin ne comprit pas le sens de cette inspection, il semblait penser que l'adolescent cherchait quelque chose.
« Tu n'auras pas la bague. Elle est à moi. » cracha Morfin et lui jetant son verre à la figure.
Tom parvint de justesse à se pencher sur le côté, évitant de justesse le verre qui se brisa derrière lui. Quelques gouttes de whisky s'écrasèrent sur ses cheveux et ses vêtements, un éclat de verre coupant sa joue. L'adolescent agit avant même de le réaliser, lançant sa magie vers son oncle et le désarmant. Sa baguette vola de sa main vers celle de Tom qui l'empoigna avec force. Il se félicita d'avoir commencé l'apprentissage de la magie sans baguette, bien que sa maitrise soit des plus rudimentaires pour l'instant.
« Stupefix ! » cria-t-il en tenant la baguette de son oncle. L'homme tomba du fauteuil, raidi par le sort.
Tom avait le souffle court, toujours aussi surpris par la vitesse à laquelle Morfin était passé de l'amusement à la colère et la méfiance. Il observa un moment l'homme à terre, le regard perdu. Le comportement de son oncle ressemblait à celui de Walburga Black, une Serpentard âgée d'un an de plus que lui. Elle aussi passait d'émotions opposées les unes aux autres en seulement quelques secondes et leurs regards tintés de folie étaient les mêmes. Était-ce donc cela que les Sang-Pur appelait la folie de la consanguinité. Tom en était presque heureux que sa mère est épousée un moldu plutôt qu'un de ses cousins. Il ne voulait pas finir par sombrer dans une telle folie.
Tom se ressaisit en entendant des sifflements derrière lui. Il se retourna, la baguette dressée devant lui et soupira de soulagement en voyant un serpent crachoter dans sa direction. Il avait eu peur de voir un autre Fourchelangue l'attaquer par derrière et qui n'aurait pas été aussi fou et faible que Morfin.
« Pars d'ici si tu ne veux pas finir comme le serpent sur la porte. » siffla Tom.
Le serpent se replia sur lui-même, comme s'il allait attaquer. Mais il finit par se détendre et filer vers un trou derrière le fauteuil. Tom soupira, il n'avait pas imaginé que sa rencontre avec sa dernière famille finirait ainsi. Il ne prit pas la peine de libérer Morfin, préférant quitter cette bicoque le plus vite possible.
Une fois à l'extérieur, Tom prit une profonde inspiration, n'ayant pas eu conscience que l'air dans la cabane avait été aussi nauséabonde. Il prit le chemin du retour, déçu d'avoir dû prendre le bus pendant si longtemps pour une rencontre aussi décevante. Son regard détaillait les alentours et l'adolescent eut un sourire en observant une large bâtisse se dresser un peu plus loin. Non, Morfin n'était pas sa dernière famille s'il croyait ses dires.
Là, à seulement quelques dizaines de mètres se trouvait son père. Tom eut un rire amer en songeant qu'il avait cherché pendant tant d'année à retrouver ses origines paternelles, tout cela pour les trouver par hasard aussi proche que celles de sa mère. Pourtant, la haine que vouait Morfin au moldu et le sort qui avait été réservé à sa mère retint Tom. Si ce moldu avait abandonné une femme enceinte de lui, ce n'était certainement pas pour voir son fils débarqué devant lui quinze ans plus tard.
Tom hésita longtemps, debout au milieu du chemin de terre face au large portail noir. « De toute façon, je ne suis plus à ça près. » songea Tom. Si son père l'acceptait, alors il aurait gagné une place dans une famille riche, même s'il s'agissait de moldus. Sinon, il retournerait à sa vie actuelle, sans famille et sans attache, comme il l'avait toujours été.
Tom, sûr de sa décision, finit par pousser la grille et s'aventurer sur le petit sentier joliment entretenu et entouré de diverses fleurs. L'adolescent finit par arriver devant une grande porte de bois. Il empoigna le heurtoir et frappa trois lourds coups, attendant que quelqu'un vienne lui ouvrir en reculant d'un pas.
Tom était à la fois excité à l'idée d'enfin rencontrer l'un de ses parents, mais aussi anxieux que son père puisse ne pas apprécier de le voir. Pourtant, à voir cette adolescent le dos droit, l'expression neutre et le regard froid, jamais un œil extérieur aurait pu se douter de toute sa nervosité.
La porte s'ouvrit sur une femme à l'air sévère, un chignon gris se dressait au-dessus de sa tête et elle se reposait sur une canne finement ornée pour marcher. La femme fronça les sourcils en voyant Tom, comme si elle ne comprenait pas comment ce jeune homme à l'allure si semblable à son fils pouvait se tenir devant elle.
« Vous êtes ? » fit-elle de façon très impolie, sans aucune salutation.
« Bonjour madame, je suis venu parler à Mr Riddle. » fit Tom qui n'avait appris de Morfin que le nom de son père qui était évidemment le même que le sien. « Est-il présent ?
- Nous ne rencontrons personne sans rendez-vous. » répondit sèchement la vieille femme, déjà prête à claquer la porte au garçon.
« Je suis son fils ! » s'exclama Tom, paniqué à l'idée de perdre la seule chance qu'il avait de parler à son père. Maintenant qu'il était là, il était hors de question de reculer alors qu'il était aussi proche du but.
La femme se figea dans son mouvement, déjà à moitié retourné vers sa maison. Elle se retourna lentement, Tom n'arrivant pas à déchiffrer son expression lorsqu'elle lui fit à nouveau face. Était-ce de la déception ? Ou bien de la haine ? Ou du dégout peut-être ? Une chose était certaine, cette nouvelle ne l'enchantait pas.
« Mon fils est au salon, suivez-moi. »
Il s'agissait donc de sa grand-mère, Tom était quelque peu déçu de cette première rencontre bien qu'il ne se soit pas attendu à grand-chose. L'adolescent suivit la vieille femme à travers le couloir, observant les tapisseries et les tableaux exposés aux murs. Cela le fit grincer des dents, Tom se sentait amer en songeant qu'il aurait pu vivre ici si sa mère n'avait pas été assez naïve pour cesser l'ensorcellement de son père. Il aurait préféré qu'elle n'ait jamais eu à faire ça, mais cela aurait été toujours plus agréable que de vivre à l'orphelinat.
« Tom, tu as de la visite. Je serai à la cuisine si tu as besoin de moi. »
Tom observa son père plier soigneusement son journal avant de se lever pour le rencontrer. Il grinça des dents en songeant que sa mère lui avait donné le même prénom qu'un moldu, comme si son nom de famille inconnu n'était pas assez humiliant à porter au sein de la maison Serpentard.
L'homme lui ressemblait beaucoup, Tom avait l'impression de se regarder dans un miroir qui aurait le pouvoir de le montrer avec vingt ans de plus. Seuls leurs yeux différaient, son père avait les yeux noisette alors que les siens étaient bleus aussi sombre qu'un saphir. Il était propre sur lui, dénotant de sa précédente rencontre avec son oncle, ses joues étaient fraichement rasées, ses cheveux coiffé et plaqué en arrière et ses vêtements luxueux n'avaient aucuns plis.
« Bonjour » L'homme lui tendit la main, le regard curieux. « Je crois que nous ne nous connaissons pas encore. Enchanté de vous rencontrer, Tom Riddle.
- Tom Riddle Jr. » fit l'adolescent avec amusement en tendant sa main vers celle tendue de son père.
Pourtant il ne put jamais lui la serré, le moldu la retirant vivement en découvrant l'identité de son interlocuteur. Ils fronçaient désormais tous les deux les sourcils dans une expression froide, l'homme devenait agressif alors que le plus jeune était simplement déçu. Alors ce serait comme avec Morfin, aucune famille n'attendait Tom à Little Hangleton, visiblement.
« Vous êtes le fils de cette salope ! » accusa le moldu. « Je ne vous veux pas ici, sortez !
- Je n'ai jamais connu ma mère, elle est décédée lors de l'accouchement. » expliqua Tom sans perdre son sang-froid. « J'ai appris aujourd'hui que vous êtes mon père, je voulais simplement vous rencontrer.
- Je ne veux pas de monstre comme vous ici ! » s'enragea Tom Sr, voulant que ce gosse parte de chez lui le plus rapidement possible. « C'est de l'argent que tu veux ? Tu es bien comme ta mère. Combien ?
- Pardon ? » s'offusqua Tom, n'arrivant pas à croire que son père pense réellement qu'il était venu simplement pour lui demander de l'argent.
« Combien pour que tu déguerpisses de ma vue ?
- Je vous assure que je ne veux pas d'argent, je voulais simplement vous rencontrer. Apprendre à connaître mon père. » se défendit l'adolescent en mettant ses mains devant lui dans un réflexe défensif.
« Ne m'appelle pas comme ça ! » tonna le moldu en s'approchant de Tom, le toisant de toute sa hauteur. Son visage était déformé par toute la haine que le fils de la sorcière l'ayant manipulé et violé pendant des mois lui inspirait. « Je ne suis pas ton père, pas même ton géniteur. Je ne veux plus jamais te voir, oublie-moi et dégage d'ici, monstre ! »
Tom sentit sa propre colère monter en lui. Il avait vécu toute sa vie dans un orphelinat miteux, entouré d'enfants et d'adultes le détestant pour sa différence, sa magie. Mais même chez les sorciers, il n'était pas accepté, son sang de moldu le plaçant en marge de la société. Tout cela pour quoi ? Parce que sa stupide et faiblarde de mère s'était entichée de ce moldu insipide. Il n'avait rien fait pour mériter cela, ce n'était pas juste.
Sa main se glissa par automatisme dans sa poche à la recherche de sa baguette. Il sentit le manche sculpté en crochet de sa baguette d'if. Mais il y en avait une deuxième et sans même y réfléchir, il empoigna celle-ci. Tom était trop enragé pour réfléchir et pourtant son subconscient pensait déjà aux répercussions de ses actes. Il ne pouvait pas utiliser sa propre baguette, le Ministère le saurait.
« Doloris! » susurra l'adolescent, riant en voyant son père, non, son géniteur se tordre sur le sol.
Les cris attirèrent la femme qui lui servait de grand-mère et qui visiblement n'était pas allé en cuisine mais écoutait la conversation derrière la porte. Elle était accompagnée d'un homme à l'air tout aussi âgé qu'elle, peut-être son mari. Tom ne pensait plus, il voulait simplement extérioriser toute cette colère qui l'envahissait. Alors lorsque l'homme lui asséna un coup de canne dans le dos, sa folie n'eut plus de limite. Il relâcha son sort et toute son attention se tourna vers les deux personnes ayant osé interrompre son amusement. Le corps de la femme tomba au sol touché par un éclair vert, le regard vide. Son mari ne tarda pas à suivre.
« Avada Kedavra. » répéta Tom, visant son père agonisant sur le parquet fraichement lustré.
Il rit, longtemps. Son corps se plia en deux, ses abdominaux le tiraillait et il peinait à reprendre son souffle. Tom était exalté par le sentiment de puissance qui l'envahissait. Il avait déjà tué, ce n'était pas nouveau. Mais jamais la mort n'avait été jouissive, que ce soit l'enfant qu'il avait entraîné vers les falaises lors d'un voyage scolaire dans son enfance ou Mimi Geignarde que le Basilic avait tué par son intermédiaire. Tuer de ses propres mains était totalement différent, ça n'avait rien à voir.
Au loin, un clocher sonna midi, le sortant enfin de son hilarité. Tom retrouva son calme lentement, passant une main lasse sur son visage. Il s'était laissé emporté par ses émotions et il se rendait maintenant compte que ça n'avait pas été très malin de sa part. L'adolescent prit une profonde expiration, détendant ses muscles encore crispés par son fou rire.
Tom lança quelques sortilèges sur la pièce, veillant à ce que sa présence ne puisse pas être relié au meurtre de la famille Riddle. Puis il quitta la demeure, le dos droit et le pas tranquille, comme s'il sortait d'une simple visite de courtoisie. L'adolescent jeta un coup d'œil à sa montre, il était à peine midi et si sa mémoire était bonne, le prochain bus ne passerait pas avant une bonne heure.
Il déambula tranquillement le long du chemin pour rejoindre le cœur du village. Il avait l'impression de flotter, un sentiment d'impunité le gonflant d'orgueil. Mais cela ne dura pas bien longtemps, une petite voix résonnant dans sa tête.
« Tu te feras attraper si tu les tues ! »
« Putain ! » jura-t-il à voix haute. Comment ce gamin avait-il pu savoir ce qui allait se dérouler alors que même lui, n'en avait pas encore conscience. « C'est juste un gosse fou. » tenta-t-il de se convaincre. Mais c'était trop tard, le doute s'était insinué en lui. Tom se maudit d'avoir été aussi impulsif. Trois moldus assassinés par des causes qu'aucun moldu ne pourrait expliquer, évidemment que cela allait attirer les autorités sorcières. Il ne leur faudrait pas longtemps pour remonter au fils de Tom Jedusor Sr, qui portait le même nom était un sorcier comme par hasard.
Tom cessa sa marche, son esprit tentant de trouver une solution à son problème le plus rapidement possible. C'est lorsqu'il se mit à tourner en rond, se rongeant l'ongle du pouce qu'il aperçut derrière la petite butte où se trouvait le manoir Riddle, la vieille cabane des Gaunt. Un sourire éclaira son visage, il avait trouvé sa solution.
Comme si le destin voulait lui faciliter la tâche, son sortilège de stupéfixions faisait toujours effet sur Morfin. Tom se pencha sur lui, savourant son regard horrifié.
« Legilimens. »
Gaunt hurla de douleur à l'intrusion qui brisa ses maigres barrières mentales. Il était bien trop faible pour réussir à résister à Tom, les années de consanguinité l'avait bien plus affaibli qu'il ne voulait bien le croire. L'adolescent déchira son esprit, lui imposant des souvenirs qu'il n'avait pourtant jamais vécu tandis que d'autres étaient effacés ou remplacés.
Lorsqu'il eut fini, Tom était haletant et son front perlait de sueur. Si Morfin était suspecté du meurtre, alors sa baguette serait vérifiée et il ne pouvait pas se permettre de laisser un autre sortilège que celui de la mort être relevé. Il avait puisé au plus profond de ses ressources pour lancer un tel sort sans aucune baguette. S'il était honnête avec lui-même, Tom n'avait même pas imaginé que cela puisse être possible.
L'adolescent jeta la baguette au pied de son oncle, puis il attrapa sa main sans rencontrer aucune résistance, l'homme s'était évanoui depuis un moment. Tom lui arracha sa bague pour laquelle il avait osé le traiter de voleur et s'était emporté si vivement contre lui un peu plus tôt. Tom avait créé un scénario de toute pièce. Morfin avait perdu sa bague pendant qu'il était ivre et à son réveil, il avait été fou de rage à cette disparition. Détestant les moldus vivant dans la jolie bâtisse d'à côté, il se persuada que le vol ne pouvait être que de leur fait. Morfin avait torturé le fil pour découvrir où la bague était caché mais il fut interrompu par les parents de ce dernier et dû tuer toute la famille avant de s'enfouir.
Ce n'était pas le meilleur scénario, songea Tom en grimaçant. Mais il ferait l'affaire et la folie de Morfin serait suffisante à convaincre que bien que n'ayant aucun sens, il était tout de même probable. C'est satisfait que Tom décida de reprendre son chemin vers l'orphelinat. Il n'était pas bon pour lui de traîner trop longtemps par ici.
Lorsqu'il arriva à destination, Tom n'avait qu'une seule idée en tête, interroger le gamin aux yeux verts de ce matin. Il avait beau retourné la question dans tous les sens, il ne comprenait pas comment il avait pu prédire ses mouvements aussi facilement. Tom n'avait jamais cru au don de voyance et la divination était bien la seule matière qu'il ne suivait pas. Or ce gamin semblait mettre à mal toutes ses croyances.
L'adolescent fouilla l'orphelinat de fond en comble mais ne parvint pas à le trouver. C'est avec rage qu'il finit par rejoindre le réfectoire à 18h30. Habituellement il s'arrangeait pour voler de quoi manger dans les cuisines en menaçant l'un des orphelins chargés devant s'en occuper. Mais ce soir, Tom n'en avait pas eu le temps. Il n'avait pas vu le temps défilé et c'est la grande cloche de l'orphelinat qui le rappela à l'ordre.
Tom fulmina lorsqu'il vit le petit garçon aux yeux verts pénétrer dans le réfectoire seulement quelques minutes après lui. Ce dernier courut vers lui, s'asseyant à sa droite sans même en demander l'autorisation. Les autres enfants les regardaient avec suspicion, habituellement personne n'osait s'asseoir à la table de Riddle et cela lui convenait parfaitement. Tom fronça les sourcils en apercevant l'œil au beurre noir et les ecchymoses qui parsemaient les bras du petit garçon. Il ne doutait pas que le spectacle soit tout aussi affreux sous son t-shirt trop large pour lui et son pantalon tenant sur ses hanches grâce à une cordelette lui servant de ceinture.
Tom attrapa son menton entre ses doigts graciles, tournant son visage vers lui. Le garçon sembla mécontent de devoir se détourner de son dîner, son regard zieutant vers son assiette. Mais Tom ni fit pas attention. A la place, il sortit de sa poche un petit tube de pommade qu'il dévissa d'une main. Il appliqua un peu de produit sur le bleu autour de l'œil et massa doucement la plaie, ne portant aucun intérêt à la grimace de douleur du gamin à cause du contact.
« Tom Jedusor.
- Harry, juste Harry. » Tom hocha la tête, nombreux était les orphelins à ne pas avoir de nom de famille ici, bien que généralement la matrone de l'établissement leur en trouvait un à leur arrivée. « Enfin la vieille dame a dit que je serai Harry James. C'était mon deuxième prénom avant. »
Tom fut quelque peu perturbé par le comportement léger du garçon. Son regard semblait à la fois terriblement scrutateur mais aussi lointain et rêveur. Il avait pensé que si le garçon était bel et bien un devin, alors ce serait une bonne chose que de l'avoir à ses côtés. Mais cela semblait être tout à fait hors de son contrôle. Harry donnait l'impression de se ficher de tout ce que Tom pourrait dire, de le connaître mieux que lui-même, de pouvoir lire à travers ses intentions.
« J'ai faim.
- Oh oui, bien sûr. » Tom sortit subitement de ses pensées, relâchant enfin le menton du garçon qui s'empressa de retourner à son assiette.
« Où étais-tu, je t'ai cherché partout.
- J'étais puni, j'ai tapé Castor.
- Castor ?
- Oui, le gars qui se vante d'avoir une grande queue. Il est bête, les humains n'ont pas de queue. »
Tom ne put retenir un pouffement de rire de lui échapper, l'innocence de Harry était mignonne. Habituellement, il trouvait les autres enfants agaçants, puérils et insipides. Mais son regard émeraude et ses joues rebondies lui donnait un charme que personne d'autre ne pourrait imiter. Sa candeur n'était pas de la stupidité, Tom pouvait le deviner. Harry était adorable et cela déroutait Tom qui perdait petit à petit son indifférence pourtant à toute épreuve.
Le dîner se déroula dans un silence confortable. Tom continua d'observer le gamin du coin de l'œil, bien que ce dernier ne sembla pas le remarquer. Parfois, Harry se tournait vers lui et lui faisait un grand sourire sans aucune raison apparente avant de retourner à son assiette. « Il est étrange. » songea Tom.
Lorsque le garçon eut fini son assiette, Tom se leva et fut satisfait de voir Harry suivre le mouvement. « Viens avec moi. » ordonna-t-il et l'enfant ne rouspéta pas, le suivant docilement. Riddle l'emmena jusqu'à son dortoir et le fit asseoir sur son lit. Il se pencha pour attraper la malle glisser sous son sommier et y farfouilla quelques instants.
« Retire ton t-shirt. » dit-il pendant qu'il disposait plusieurs fioles sur sa table de chevet.
Tom grimaça en voyant les traces violettes sur le torse et les bras du gamin, son dos devait certainement être dans le même état. Il fit le tour du gamin pour en être sûr et siffla entre ces dents en apercevant les cicatrices bien plus anciennes qui barrait la peau caramel. Pourtant, Tom était certain que les dames de l'orphelinat n'utilisaient plus le martinet ou tout autre punition semblable depuis des années. Parfois, les enfants avaient le droit à quelques coups de baguette sur les doigts ou les mollets, mais jamais rien d'aussi barbare. Harry n'avait donc pas grandi ici, il devait être nouveau. Cela expliquait pourquoi Tom ne l'avait jamais vu auparavant.
« Pourquoi n'as-tu pas de nom de famille si tu n'as pas grandi ici ? Tu devais bien avoir une famille. » demanda Tom sans aucun tact en étalant les potions de soin sur le dos frêle. Il grimaça en sentant les vertèbres et les côtes sous ses doigts, le gamin allait devoir prendre un peu de poids s'il ne voulait pas mourir de sous nutrition.
« J'ai grandi avec mon oncle et ma tante. Mais je ne connais pas le nom de ma tante, elle avait le même que ma mère avant. Mais je ne veux pas porter le nom de mon oncle, alors j'ai dit à la vieille que je ne le connaissais pas.
- Appelle-tu toutes personnes que tu rencontres par des surnoms ridicules ? » s'amusa Tom.
« Je n'aime pas retenir les noms des gens. Pour la plupart, je ne les reverrais pas et les autres, j'aurai bien le temps de m'en souvenir plus tard.
- Souviens-toi du mien. Je ne permettrai pas que tu l'oublies.
- Je sais. » rit l'enfant, comme s'il avait déjà vécu une scène où Harry avait oublié son nom et Tom s'était énervé.
« Tourne-toi. » Harry obéit, observant le visage de Tom alors qu'il se concentrait pour ne pas lui faire de mal.
« Tu les as tués, mais tu ne te feras pas prendre, plus maintenant. » Tom cessa subitement de bouger. Il prit une profonde inspiration, il n'avait pas eu conscience d'avoir retenu son souffle à l'annonce de Harry. Puis, il reprit sa tâche comme si ne rien était alors que son esprit tournait à toute allure désormais. Harry savait, il l'avait vu et pourtant, il le laissait le toucher. « Tu n'es pas un monstre. » murmura le garçon, comme s'il pouvait lire dans son esprit.
Tom ne répondit pas, n'ayant aucune idée de ce qu'il devrait dire dans ce genre de situation. Lui qui avait habituellement le contrôle de toute situation se sentait perdu. Jamais il n'avait rencontré un garçon aussi difficile à déchiffrer que Harry. La situation était inversée et il n'aimait pas cela. Tom comprenait un peu mieux pourquoi la plupart de ses camarades de classe préféraient l'éviter plutôt que de lui parler si à chacune de leurs discussions, ils se sentaient ainsi.
« Mon oncle m'a jeté par-dessus les grilles ce matin. Est-ce que tu pourrais aussi me mettre de la pommade sur la cheville ?
- Jeté par-dessus les grilles ? » s'étonna Tom, les barrières de l'orphelinat était haute et la chute avait dû être douloureuse. « Les moldus n'ont aucune honte. » grinça-t-il des dents.
Il attrapa la jambe que le garçon lui désignait et remonta son pantalon jusqu'à son genou. Il n'y avait aucun bleu ici, visiblement le garçon avec qui il s'était battu s'était acharné sur le haut de son corps. Tom palpa la cheville, observant chaque réaction du garçon pour déterminer si ses soins seraient suffisants ou s'il allait devoir se rendre chez un médecin le lendemain. Il soupira de soulagement en constatant qu'elle n'était pas foulée, ce n'était probablement même pas une entorse.
L'adolescent attrapa une autre fiole dont la potion agirait plus en profondeur, celle pour les bleus ne serait pas suffisante. Il en tendit une autre à Harry qui l'avala sans se plaindre. « Même ses grimaces sont mignonnes. » pesta intérieurement Tom. Il fut surpris par le rire cristallin du garçon.
« Tu me trouves mignon ? Toi, tu es beau. » répondit-il sans aucune gêne.
