Chapitre 67 - Le Prince de Sang-Mêlé


Après avoir reçu le philtre de Mort Vivante, Draco s'était effondré. Incapable de le réveiller, Slughorn l'avait fait léviter jusqu'à l'infirmerie. Qu'il aille s'enfermer avec madame Pomfresh dans son bureau sans même lui prodiguer de premiers soins plongea Hermione dans une angoisse sans nom.

Elle approcha du lit où ils avaient étendu Draco. Sa chemise noire ne laissait pas apparaître ses blessures, mais sa main gauche était brûlée. Hermione prit sa main intacte entre les siennes, espérant sentir une réaction, même infime. Il demeura inerte. Ses yeux la brûlèrent. Le nom du philtre de Mort Vivante parlait pour lui-même et le professeur Slughorn leur avait rappelé la dangerosité qu'elle constituait. Une goutte suffisait... Et la brûlure sur sa peau avait sûrement laissé bien plus qu'une goutte entrer dans son sang.

— Ça va aller, dit Ron d'un ton incertain. Je suis sûr que Slughorn est compétent, c'est quand même Dumbledore qui l'a engagé...

— C'est aussi Dumbledore qui a engagé Lockhart, marmonna Harry, ce qui lui valut un regard noir de Ron, avant d'ajouter, comme si ça lui arrachait la langue : on devrait peut-être prévenir Rogue, lui au moins il sait ce qu'il fait...

— Touchant, Potter.

Tous trois sursautèrent. Le professeur Rogue se tenait derrière eux dans son habituelle cape noire. Son regard sombre s'était posé sur Draco.

— Vous n'avez rien de mieux à faire que de traîner à l'infirmerie le premier jour des cours ?

— Mieux à faire ? répéta Hermione d'un ton aigu.

Elle serra un peu plus la main de Draco. Manquer les cours lui coûtait, mais ignorer s'il se réveillerait était bien pire.

— Comme vous rendre à votre prochaine classe, répliqua le professeur Rogue. Votre présence dérange bien plus qu'elle n'aide. Fichez le camp.

Hermione se leva lentement, sans le lâcher. Elle avait encaissé toutes les injustices dont il faisait preuve à leur égard en silence jusque-là, mais cette fois, professeur ou pas, c'était trop grave.

— Certainement pas.

— Vous ne pouvez donc pas vous passer de monsieur Malfoy jusqu'à demain matin ? Ne soyez pas présomptueuse, Slughorn m'a décrit votre potion et elle est loin d'avoir la qualité requise pour mettre qui que ce soit en danger.

Hermione sentit son visage virer à l'écarlate, à moitié insultée, à moitié soulagée ; Draco irait bien. À contrecœur, et avant qu'il ne retire cent cinquante points à Gryffondor, elle obéit et suivit Harry et Ron hors de l'infirmerie. Juste avant que la porte ne se referme, elle lança un dernier regard à Draco. Étendu les yeux clos, il avait l'air plongé dans un cauchemar. Rogue l'auscultait. Ils ne pouvaient que lui faire confiance.

.*.

Draco flottait dans une espèce de nuage cotonneux. C'était une sensation agréable, jusqu'à ce qu'il réalise que le coton l'emprisonnait, dur, impossible à bouger. Draco ouvrit grand les yeux, la respiration paniquée. La vue du professeur Rogue puis de madame Pomfresh ajouta autant à sa panique qu'elle le rassura.

L'infirmière lui fit boire une potion au goût amer sur laquelle sa paralysie faillit le faire s'étouffer deux fois. Peu à peu, il retrouva le contrôle de ses muscles et dut effectuer plusieurs mouvements sous l'œil attentif de madame Pomfresh avant qu'elle ne le laisse enfin se rallonger. Le professeur Rogue prit aussitôt le relai. Alors que sa léthargie s'estompait, une douleur cuisante s'étendit de son épaule à sa jambe en passant par son dos.

— Vous appliquerez ça matin et soir pour la brûlure, dit le professeur Rogue.

Il tapa sur un bocal rempli d'une mixture épaisse. Draco passa une main sur ses yeux. L'infirmerie était éclairée, mais dehors, la lune était haute dans le ciel.

— C'était un geste... très héroïque, poursuivit-il d'un ton moqueur. Un effet secondaire du lien que vous a imposé le Vivet ?

S'il y avait bien quelqu'un qu'il détestait décevoir, c'était Rogue. Un ami de son père, un ami que Lucius respectait, qu'il tenait en estime. Et qui avait toujours été du côté de Draco, du moins jusqu'à aujourd'hui.

— Je sais ce que vous pensez, répliqua-t-il d'un ton amer. Épargnez-moi la leçon. La dernière volonté de mon père était que je m'éloigne d'elle et je ne l'ai pas respectée, alors rien de ce que vous direz ne changera quoi que ce soit.

Rien. Rien ne le ferait changer d'avis, mais est-ce que sa décision cesserait un jour de le torturer ? Il détourna le regard. Peu importait que le professeur Rogue affiche du dégoût, du mépris ou de la désapprobation, il ne voulait pas le savoir, il ne voulait pas le voir.

— J'en déduis que c'était bien vous qui étiez visé par cette potion, dit Rogue.

Draco fronça les sourcils et se décida à l'affronter. Rogue ne réalisait la cassure entre les Serpentards et lui que maintenant ?

— J'étais persuadé que tous ses... partisans savaient, pour moi et Hermione.

— J'ai visiblement été tenu à l'écart des détails, répondit lentement Rogue. Tout comme des événements qui ont entouré la mort de votre père.

— Je ne peux pas vous aider. Ils ont fait en sorte que je ne m'en rappelle pas.

Rogue leva sa baguette et l'examina à nouveau, l'air de plus en plus préoccupé.

— Que deviez-vous absolument oublier ?

— Vous ne pouvez pas lever le sortilège d'Amnésie ?

— Pas sans risquer des dommages irréversibles.

À défaut de mieux, Draco lui décrivit le peu dont il se souvenait ; son père, le sang, ses dernières paroles, puis se redressa sur le lit de l'infirmerie, les sourcils froncés. Il venait d'admettre sa relation avec une née-moldue, admettre trahir la volonté de son père, admettre qu'il était mort par sa faute. Pourquoi Rogue ne réagissait pas ?

— Et au sujet d'Hermione ?

— Si vous vous attendez à des félicitations, Draco...

— Ce n'est pas ce que j'ai reçu jusqu'ici.

— Ne me faites pas croire que leur réaction vous surprend.

— C'est la vôtre que je ne comprends pas. Vous n'allez pas me dire que je fais une erreur, que je mérite ce qui m'arrive, que je trahis mon sang ?

— La seule chose qui m'importe concernant votre sang, c'est qu'il ne rentre plus en contact avec un philtre de Mort Vivante. Pour le reste, faites-en ce que vous voulez.

D'un coup de baguette, Rogue fit disparaître les fioles.

— Je connais l'avis de votre père sur le sujet, j'ai eu la stupidité de le suivre aveuglément lorsque j'étais jeune et je regrette chaque jour les événements qui en ont découlé. Heureux de voir que vous avez choisi un chemin différent.

Il quitta l'infirmerie, sa cape noire flottant derrière lui, et Draco resta un instant trop choqué pour bouger. S'il lisait entre les lignes, cela signifiait qu'il s'était trouvé... dans une situation semblable à la sienne ? Rogue ? Rogue dont son père avait critiqué les choix tout comme il l'avait fait pour lui. Et il avait regretté de l'avoir écouté ?

Rogue amoureux ?

De qui ?

Draco se recoucha, l'esprit bouillonnant de questions mais étrangement apaisé. Le professeur Rogue n'était pas un Gryffondor, il était quelqu'un que son père estimait, quelqu'un qui le comprenait, et lui approuvait son choix.

Le lendemain matin, Draco se sentait plus éveillé qu'il ne l'avait été au cours des dernières semaines malgré les tiraillements de la brûlure. Une brève visite de Slughorn lui appris que Blaise avait plaidé l'accident. Pour éviter de s'attirer plus d'attention, Draco insista pour que personne ne soit sanctionné, ce qui sembla soulager Slughorn car il s'empressa d'abonder dans son sens. Entre sa potion de la veille et sa miséricorde, le vieux professeur semblait l'apprécier de plus en plus.

Après avoir changé ses bandages et appliqué l'onguent, madame Pomfresh le libéra et Draco descendit directement à la Grande Salle. Bien évidemment, les Serpentards étaient déjà installés. Il longea la table, les yeux fixés sur un coin vide, et passa à côté d'eux sans leur accorder un regard.

— Déjà réveillé ? lança Pansy d'un ton qui sonnait déçu.

Ils éclatèrent de rire. Draco s'installa un peu plus loin, tentant de paraître le plus indifférent possible. La table des professeurs était vide, mais plusieurs groupes d'élèves déjeunaient le long des quatre autres. Il se tendit quand Pansy, Blaise, Théodore, Crabbe et Goyle se levèrent. S'ils comptaient l'humilier, il aurait préféré que ce ne soit pas en public. Du mouvement de l'autre côté de la salle, alors que les Serpentards approchaient de lui, attira son regard. Du côté des Gryffondors, Harry et Ron venaient de se lever. La bouche entrouverte, Hermione s'empressa de les imiter.

Les voir se porter à son secours ne l'enchantait pas plus que d'être soudain encadré par ses camarades de dortoir.

— Vous vous trompez de sens, lança Pansy lorsque les Gryffondors arrivèrent face à eux, la sortie est par là.

Ron lui répondit par un coup de coude qui l'obligea à s'écarter et s'installa sur le banc sous les yeux ronds de tous les élèves autour. Harry fit tranquillement le tour pendant qu'Hermione s'asseyait en face de Draco.

— Fichez le camp de notre table, dit Blaise.

Draco s'apprêtait à lui faire remarquer qu'il n'avait pas la moindre autorité, mais Hermione lui tendit un toast beurré.

— Un petit peu de changement ? lança une voix enjouée. C'est une bonne idée.

Ginny avait visiblement laissé ses amies qui la fixaient depuis les Gryffondors pour venir s'installer avec eux. Quand Théodore fit un geste vers elle, Ron sortit sa baguette.

— On est trois préfets, au cas où ça vous aurait échappé, les informa Hermione.

— Si ce n'est pas suffisant, on peut toujours aller demander à McGonagall ce qu'elle en pense, suggéra Harry en s'asseyant à côté de Draco, les sourcils haussés.

Cette dernière venait d'entrer dans la Grande Salle en compagnie du professeur Chourave. Sachant qu'aucun professeur ne leur donnerait gain de cause, les Serpentards finirent par s'éloigner. Draco mordit dans son toast en les défiant de lui réclamer le moindre remerciement. Il ne leur avait pas demandé d'aide.

— Ne fais pas cette tête, dit Hermione. Harry et Ron disaient que tu ne quitterais jamais ta table, mais que rien ne nous empêchait de bouger.

— C'est sympa ici aussi, décida Ginny en se servant un jus de pomme. On m'a raconté que tu avais reçu une potion dangereuse, tu es déjà assez rétabli pour quitter l'infirmerie ?

— Visiblement, répondit Draco.

Hermione secoua la tête.

— Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'ils aient pu faire une chose pareille.

— Je comprends, je pense, dit Ron.

Tous se tournèrent vers lui. Le bout de ses oreilles prit une teinte rouge.

— Quand on était en quatrième année... Comment dire... J'arrive après cinq frères. Quoi que je fasse, ils l'ont déjà fait et en mieux, et même si je voulais me rebeller... je passerais après Fred et George. Des fois, j'avais l'impression que mon seul accomplissement était d'être l'ami d'Harry Potter et quand il y a eu le Tournoi des Trois Sorciers, je t'en voulais à mort, mon pote. Je sais que c'est stupide, mais je ne l'ai réalisé que quand je t'ai vu face au dragon. Je suppose que pour les Serpentards, c'était pareil. Ils restaient près de toi en t'enviant, à la différence qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'être amis avec toi, pas si ça ne leur rapportait rien, ajouta-t-il à l'intention de Draco.

Draco se retint de lever les yeux au ciel, bien sûr que les Serpentards ne le voyaient que comme un obstacle, bien sûr que sa chute les réjouissait. L'air fier avec lequel Ginny observait son frère lui donnait envie de vomir. Il venait d'avouer être un imbécile jaloux, rien de nouveau et rien qui ne méritait des applaudissements. Draco fronça les sourcils.

— Une seconde, lança-t-il à Ginny. Toi aussi, tu as eu ses frères. Qu'est-ce qui est différent pour toi ?

— C'est une fille... ? répondit Ron.

— Non, toi tais-toi, répliqua Draco sans quitter Ginny des yeux.

Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres.

— Eh bien on n'a pas le même état d'esprit, dit-elle. Ron est du genre à se demander s'il est assez bien ; assez bien pour nos parents, assez bien pour être l'ami d'Harry... Moi je me demande plutôt si Harry est un assez bon ami pour moi.

Elle s'amusa à lancer un clin d'œil à Harry qui resta brièvement bouche bée, l'air de ne pas savoir où se mettre. Draco fit la moue. C'était déjà comme ça qu'il abordait les relations sans importance : en se demandant si la relation en question lui profitait. Il croisa le regard d'Hermione. Avec elle, il avait eu bien plus à perdre qu'à gagner pourtant.

Comme, par exemple, perdre sa soirée à réviser à la bibliothèque plutôt qu'à profiter du parc du château alors que la rentrée avait eu lieu l'avant-veille, songea-t-il en tapotant la point de sa plume sur son brouillon avec un certain agacement. Pire encore, Ginny, Luna et Neville s'étaient incrustés sans la moindre gêne. Il venait de rédiger quatre paragraphes sur les sortilèges informulés et commençait à s'ennuyer ferme. Une inspiration soudaine le fit sortir son parchemin, parce qu'il ne voulait pas que les autres l'entendent. Hermione soupira, mais finit par sortir le sien avec beaucoup de mauvaise volonté.

« Ça ne peut pas attendre qu'on ait fini nos devoirs ? On a déjà une montagne de choses à rendre. »

« J'ai appris quelque chose de très intéressant au sujet du professeur Rogue. »

« Ça a le moindre rapport avec nos études ? » écrivit Hermione d'un air sévère.

« Non. »

Elle replia le parchemin sans lui laisser le temps d'argumenter. Assis à côté d'elle, Ron le lui prit des mains. Elle tenta de le récupérer, mais il le tint hors de portée et finalement, elle retourna à son devoir de métamorphose. Ron griffonna à la hâte : « Moi ça m'intéresse » alors que Harry se penchait pour lire aussi.

Draco hésita une demi-seconde avant de décider que Hermione ne se passionnerait jamais autant pour son ragot que eux.

« Rogue était amoureux d'une née-moldue. Apparemment il a choisi d'écouter mon père et de ne pas la fréquenter. Il regrette encore ce choix aujourd'hui. »

La mâchoire de Ron se décrocha alors qu'il lisait son message et Harry plissa les yeux derrière ses lunettes rondes. Ron releva finalement la tête et articula silencieusement « Rogue ? ». Satisfait de son effet, Draco se pencha sur le parchemin.

« Je ne sais pas encore qui, mais vous connaissez deux personnes qui étaient à Poudlard dans la même année que lui. »

« Tu veux demander à Sirius ? Je ne suis pas sûr qu'il s'intéressait beaucoup à Rogue. »

Harry pâlit et attrapa la plume de Ron. Il resta un moment figé au-dessus du parchemin avant de le repousser.

« Non. Reprends ce parchemin Potter. Qu'est-ce que tu sais ? »

Harry finit par écrire, avec beaucoup de réticences.

« L'année dernière, pendant un des cours d'occlumentie... bref, j'ai vu certains souvenirs de Rogue. Mon père et Sirius... »

Il s'interrompit une nouvelle fois, comme à la recherche de comment le formuler.

« Ils se battaient contre lui. Ma mère est intervenue pour prendre sa défense. »

Draco relut plusieurs fois la dernière phrase et son visage s'illumina.

« Tu ne crois quand même pas... ta mère Potter ? »

Harry grimaça de dégoût.

« Et c'était une née-moldue ? »

« Oui. »

Ron lui reprit la plume.

« Remarque, ça expliquerait pourquoi il te déteste tout particulièrement. Et Malfoy, on peut savoir pourquoi il est allé te raconter qu'il avait une amoureuse ? »

Parce qu'il ne l'encourageait pas à suivre les dernières volontés de son père.

Draco se contenta d'une réponse évasive puis reprit son devoir de défense contre les forces du Mal. Il devrait être parfait quand Rogue le corrigerait. Il prit plus d'une heure à le terminer, Neville, Luna et Ginny avaient déjà quitté la bibliothèque, Hermione était plongée dans un ouvrage de runes, Ron gribouillait d'un air absent et à sa grande surprise, Harry était aussi concentré sur son manuel.

L'ombre de Madame Pince surgit soudain derrière lui.

— La bibliothèque ferme. Prenez soin de remettre ce que vous avez emprunté à la bonne... Qu'avez-vous fait à ce livre espèce de dépravé ?

— C'est le mien ! protesta Harry en saisissant son manuel au moment où elle tentait de s'en emparer.

Hermione s'empressa de ranger ses affaires. Fasciné par le spectacle de la bibliothécaire au bord de l'attaque, Draco réalisa qu'il ferait mieux de rassembler ses devoirs lui aussi. Le manuel serré contre lui, Harry battit en retraite.

— Tu vas te faire exclure de la bibliothèque si tu ne fais pas plus attention, lui reprocha Hermione. Tu n'avais pas mieux à faire qu'étudier ce stupide livre ?

— Ce n'est pas de ma faute si elle est complètement cinglée, répliqua Harry. Et ce qui y est écrit est intéressant. Il y a même des sorts !

Hermione renifla d'un air méfiant.

— Une seconde, de quoi est-ce que vous parlez ? intervint Draco.

— Du manuel de potions que Slughorn a donné à Harry, dit Ron. Il y a des annotations laissées par un ancien élève. C'est ce qui lui a permis de faire mieux qu'Hermione au dernier cours.

— En suivant à l'aveugle les conseils d'un certain « Prince de Sang-Mêlé », ajouta Hermione avec un rictus.

Prince de Sang-Mêlé. Ce nom, il l'avait déjà entendu, il en aurait mis la main de Wisily à couper. Mais où ? Draco tendit la main vers Harry qui lui remit le manuel. Dès les premières annotations, ses yeux écarquillèrent. Il connaissait ce nom et cette écriture.

— C'est le manuel de Rogue.

Trois « quoi ? » incrédules résonnèrent dans le couloir.

— Sa mère s'appelait Prince et son père était un moldu. C'est son écriture, ajouta-t-il en tapotant une annotation.

Draco tourna une page et ralentit le pas en tombant sur le philtre de la Mort Vivante. Parmi les commentaires et les corrections de Rogue sur les instructions, Draco découvrit certaines idées similaires à ce que lui-même avait mis en place en confectionnant la potion, mais le Rogue adolescent le devançait sur bien des points. C'était lui qui aurait dû rester leur professeur de potions, pas cette fraude de Slughorn. Il étudia deux autres recettes en diagonale, avide de ce que Rogue aurait pu lui apprendre, puis referma le livre à contrecœur pour le rendre à Harry. Celui-ci tendit la main pour le prendre, mais la laissa retomber à mi-chemin.

— Garde-le. Tu n'as qu'à me passer ton manuel à la place.

— Je ne tiens pas à t'être redevable, merci bien.

— Je n'en ai rien à faire que tu me sois redevable, Malfoy, répliqua Harry. Le sujet m'intéresse moins que toi, c'est tout.

Draco le dévisagea, interdit. Il n'avait pas l'air de mentir, pourtant. Il comptait réellement lui céder le manuel grâce auquel il aurait pu passer pour un génie des potions ? Juste parce que le sujet l'intéressait ? Ça n'avait aucun sens. Plus bizarre encore, personne d'autre ne semblait réaliser l'absurdité de cette proposition. Avant que le trio ne se réveille, Draco lui confia son manuel.

— Tu y perds, Potter, mais ce qui est fait est fait, ne viens pas me demander de te le rendre plus tard.

— C'est ça, Malfoy. On y va ?

Cette fois, Hermione refusa de bouger. Cramponnée à son sac, elle indiqua l'opposé du couloir.

— Je ne crois pas que tu devrais dormir à ton dortoir cette année, Draco. Pas après ce qu'ils t'ont fait. On n'utilise plus la Salle sur Demande, alors... pourquoi on ne bougerait pas tes affaires là-bas ?

Draco leva un sourcil, considérant sa proposition. Les masques étaient tombés, il ne gagnerait rien à retourner à son dortoir.

— D'accord, si tu m'aides à les monter des cachots au septième étage. Je suis blessé, ajouta-t-il en désignant son bandage.

Hermione plissa les yeux, dans une expression qui voulait dire « je vois clair dans ton petit jeu » et il répondit par un sourire innocent.

Crabbe, Goyle, Blaise et Théodore se trouvaient dans les fauteuils de la salle commune de Serpentard et aucun d'eux ne lui prêta attention lorsqu'il descendit au dortoir. Draco rangea ses affaires en quelques coups de baguette et remonta sans hâte.

Ne pas attirer l'attention.

Il avait fait à peine quelques pas avec sa valise que plusieurs têtes s'étaient tournées vers lui.

— Ça y est, tu as été renvoyé de Serpentard ? lança Pansy, provoquant des rires dans toute la salle commune.

Draco se figea. S'il laissait passer une humiliation de plus, il ne devait pas s'attendre à ce que le reste de l'année soit différent. Lentement il se tourna vers le groupe de canapés depuis lequel Pansy le toisait. Que répondre ? Rien ne lui venait. En dernier retour, il se protégea derrière un sourire moqueur.

— Quoi ? répliqua Pansy.

— Oh rien, répondit Draco d'un ton plein de sous-entendus. Rien, Pansy. Qu'est-ce que tu vas t'imaginer ?

Qu'est-ce qu'il sous-entendait, il ne n'avait pas encore trouvé. Pansy ouvrit la bouche puis jeta des coups d'œil à Blaise et Théodore qui ne lui furent d'aucun secours. Se retrouver sans voix devant l'ensemble de la salle commune la mit suffisamment mal à l'aise pour qu'elle rosisse et Draco décida qu'il n'avait pas besoin de se fatiguer plus.

— Sur ce, bonne soirée. Enfin je suppose, vu que... mais ça n'a pas d'importance. Du moins j'espère.

Il quitta la salle commune dans un silence confus. Qui aurait cru que dire n'importe quoi aurait suffi à les décontenancer ? Il ne pouvait que remercier leur mauvaise conscience pour ça, même si voir une tactique aussi stupide fonctionner l'affligeait un peu. La porte de pierre s'ouvrit devant lui révélant Hermione, Harry et Ron qui l'attendaient dans le couloir des cachots.

— Vous êtes encore là, vous deux, dit-il d'un ton poli. Il ne fallait pas...

— Quand même, tu es blessé, répondit Ron. On ne pouvait pas t'abandonner à ton sort.

— Il faut bien qu'on t'aide à déplacer tes affaires jusqu'au septième étage, ajouta Harry avec un coup d'œil pour la valise enchantée qui flottait sans efforts à côté de Draco.

— C'est certain, répliqua Draco.