Chapitre 21 - Retour glacé
Un froid glacé engourdissait tout son corps, pénétrant jusqu'à ses os. Hermione ouvrit la bouche pour reprendre de l'air, luttant contre le poids qui entravait ses mouvements. En face d'elle, un Viktor Krum trempé lui adressa un sourire incertain. L'eau submergea son visage et elle se mit à battre des pieds avec force.
Tout lui revint en un flash ; les recherches à la bibliothèque, le professeur McGonagall qui les convoquait, elle et Ron, les explications sur leur rôle et la pointe d'inquiétude quand on les avait endormis.
Le lac se ridait de vagues, mais aucune autre tête que les leurs n'émergeait.
« Potter est encore dessous. Quand comptais-tu me dire que tu allais disparaître ? »
Elle se débattit vers la rive, suivie par Krum.
« Tu t'es inquiété ? »
« Bien sûr que oui ! Que va-t-il m'arriver s'il t'arrive quelque chose ? »
Krum l'aida à remonter sur le ponton et Hermione repoussa les cheveux qui tombaient sur le visage en prenant des grandes bouffées d'air. Une serviette se posa sur ses épaules et elle s'y emmitoufla pour calmer les tremblements.
« Ce n'est pas comme si les professeurs allaient laisser quoi que ce soit m'arriver. Je ne t'ai pas prévenu parce que ça me semblait évident, mais compter sur ton intelligence était peut-être une erreur ? »
Elle ne prêta pas d'attention à son indignation, toute son attention tournée vers le lac. Harry ne remontait pas. Il était supposé ramener Ron avec lui.
« En ce qui me concerne, il peut le laisser couler. Il peut couler avec. »
Hermione s'avança vers le bord du ponton mouillé, scrutant les remous. Le temps imparti était déjà écoulé. Des minutes entières passèrent encore, avant que deux têtes crèvent la surface du lac. Ron et la petite sœur de Fleur. Harry émergea à son tour.
À cet instant seulement, Hermione respira à nouveau.
— Tu as un scarrrabée dans les cheveux, Herrr-mio-neu, dit Krum.
Elle le chassa distraitement et se hâta vers Harry et Ron. Lorsqu'ils remontèrent dans la salle commune de commune de Gryffondor, une véritable effusion les accueillit. Épuisée par le contrecoup, Hermione demeura en retrait. Plusieurs fois, elle capta le regard de Harry, avec l'impression qu'il voulait lui dire quelque chose. Et chaque fois, les autres Gryffondors le happèrent d'un tourbillon de félicitations et de compliments. Elle finit par monter se coucher. Peut-être était-ce dû aux heures passées à comater dans les profondeurs du lac, mais le sommeil la fuyait. Elle ferma les yeux, son corps encore bercé par les courants de l'eau et les pensées qui traversaient Malfoy.
.*.
Il ne reparlèrent plus du lac jusqu'à un matin où la voix de Malfoy raisonna dans son esprit alors qu'elle enfilait son uniforme :
« Il y a un article sur toi dans la Gazette du Sorcier. »
Elle marqua une pause puis enfila sa deuxième chaussure.
« Et qu'est-ce que cette bonne femme a encore trouvé à raconter ? »
« Pour te faire la version courte, que tu es une intrigante qui joue avec les sentiments de Potter, Krum et un élève de Beauxbâtons. Vu ton attrait pour les champions, elle suggère qu'il s'agit d'un proche de Delacour. »
Hermione enfonça trois gros manuels dans son sac et descendit dans la salle commune déserte.
« Ses articles ne volaient déjà pas bien haut, mais là on racle les abysses. »
Les premiers élèves qu'elle croisa ne lui accordèrent pas la moindre attention, mais plus elle se rapprochait de la Grande Salle plus les regards se firent lourds et les murmures, collants. Elle remonta les tables le menton haut. À celle des Gryffondors, Ron lisait la Gazette de Seamus par-dessus son épaule avec une moue dégoûté. Elle s'assit à côté de lui.
— Hermione ? dit-il en tournant les yeux du journal. Euh…
— Je sais, on m'a prévenu.
— Oh.
En face d'eux, Harry s'avança sur le banc.
— Tu parles de Malfoy, pas vrai ?
Après un instant de choc, elle tourna un regard accusateur vers Ron qui se défendit aussitôt.
— Je ne lui ai rien dit !
— C'est Malfoy qui est venu me voir quand tu as disparu, précisa Harry.
Elle ouvrit la bouche mais perdit ses mots. Le bracelet brillait à son poignet mais Malfoy ne portait pas sa chevalière, elle le sentait tout proche. Alors elle s'appliqua à ne pas réfléchir au fait qu'il avait été jusqu'à approcher Harry.
Autour d'elle, les commentaires de moins en moins dissimulés lui offrirent une distraction. Quand ils quittèrent la table, un groupe de filles de Serpentard s'attarda près des doubles portes. Malfoy était avec eux.
— Qui aurait cru que Granger jouerait les allumeuses avec les champions du tournoi ? ricana Pansy.
Hermione fit signe à Ron de l'ignorer et continua de marcher sans lui prêter attention. Ils les avaient presque dépassés quand Pansy ajouta :
— C'était qui le garçon de Beauxbâtons ? Ça me surprend que Rita Skeeter n'ait pas mentionné de nom à son sujet. D'ailleurs son visage ne me disait rien, au bal.
— Mais peut-être que contrairement à cette Rita, tu pourrais te mêler de ce qui te regarde, répondit Hermione.
Pansy se mit en travers de son chemin.
— Je suis la seule à trouver ça suspicieux qu'on ne puisse pas retrouver ton cavalier ?
La tension qui la ralentissait n'était pas la sienne. Cette conséquence-là, Malfoy n'avait pas pu la prévoir, parce qu'il n'aurait pas pu deviner que Krum l'inviterait aussi au bal.
— Que tu ne sois pas capable de le retrouver, c'est ton problème. Pour ma part, ça m'arrange. Je n'ai pas l'intention de le tirer dans ces ragots stupides.
Elle se fichait de l'article comme de la première pluie, mais cette intrusion dans sa vie privée l'agaçait. Dès que le cours de potions débuta, Malfoy remit sa chevalière, les isolant enfin. La potion d'Aiguise-Méninges était inscrite sur le tableau noir, elle en parcourut les ingrédients et perdit le fil quand une tête blonde passa près d'elle dans l'allée.
Quel Scroutt avait piqué Malfoy pour qu'il aille de lui-même parler à Harry ? Et lui révèle le lien qu'il avait désespérément caché jusque-là ?
Harry et Ron revinrent avec les ingrédients. Elle brassa une poignée de scarabées et les laissa tomber dans son bol.
— Harry, murmura-t-elle alors qu'il allumait le feu sous leur chaudron. Qu'est-ce qui s'est passé avec Malfoy ?
Profitant que le professeur Rogue soit occupé à sermonner Neville, il lui raconta ce qu'elle avait manqué. C'était ce qu'elle soupçonnait, évidemment. Même là, Malfoy n'était inquiété que par sa propre survie.
Elle lui jeta un regard par-dessus son chaudron. Draco coupait ses racines de gingembre d'un geste précis.
Sa propre survie et rien d'autre, n'est-ce pas ? Mais pourquoi révéler leur lien ? Pourquoi prendre ce risque ? Et de toutes les personnes de Poudlard, c'était à Harry qu'il avait choisi de se fier.
Les jours qui suivirent, elle se plongea dans les cours pour effacer ce sentiment étrange qui l'envahissait quand Malfoy était proche. Elle prit également un abonnement à la Gazette du Sorcier, afin de ne plus dépendre de personne, la prochaine fois que Rita Skeeter déciderait de la cibler ou de cibler un de ses amis.
En revanche, elle n'avait commandé qu'un exemplaire. Quand une demi-douzaine de hiboux se posa devant elle pour lui délivrer des lettres le lendemain matin, elle haussa les sourcils.
« Du courrier de tes fans ? » commenta Malfoy.
En ouvrant la première, Hermione découvrit des lettres découpées d'un journal qui formaient une menace enfantine.
« Plutôt l'inverse, elle m'informe que Harry mérite mieux qu'une dévergondée comme moi et me conseille de retourner chez les moldus. Et celle-là est pareille. »
Elle en attrapa une troisième.
« Arrête de les ouvrir. Arrête tout de suite. »
« Tu crois vraiment que l'avis de ces bonnes femmes va me faire quelque chose ? »
Malgré tout, Hermione reposa l'enveloppe sur la petite pile.
« Leur avis peut-être pas, mais tu n'es pas chez les moldus ici. Tu as déjà vu une Bleuglante, non ? Une lettre c'est facile à piéger. Tu veux te retrouver avec un visage couvert de pustules ?»
Ron passa des enveloppes à elle.
— Tu n'ouvres pas ?
À la table des Serpentard, Draco l'observait, sa fourchette tournant dans sa main.
— Je crois… qu'il vaut mieux éviter.
L'étrange sensation dans son estomac était revenue en force.
(Et merci Elana, je suis contente que l'histoire te plaise toujours :D Je continue de répondre là comme je ne peux pas en mp)
