Chapitre 23 - Vie à la moldue


— Tu as commencé à m'appeler « Draco » dans ta tête.

Elle referma son encrier puis se leva pour descendre sa valise du filet à bagages, le cœur battant.

— Oui et alors ?

Si elle n'avait rien ressenti pour lui, ce commentaire anecdotique ne l'aurait pas affectée. Draco se leva à son tour et sa présence dans son dos lui donna l'impression d'être proche d'un feu. Ce qui l'inquiétait encore plus, c'est qu'ils avaient gardé leur bijoux tout le trajet, donc il avait gardé cette information pour l'utiliser à ce moment précis. Il descendit sa valise pour elle et ne s'éloigna pas.

— C'est n'est pas la seule chose qui a changé, pas vrai ?

Elle se tourna vers lui, les sourcils froncés.

— Beaucoup de choses changent tous les jours, Malfoy.

Avec un sourire en coin, il retira sa chevalière.

— C'est un peu vague comme réponse, dit-il.

S'il ressentait ce qu'être près de lui lui faisait… La bague tomba dans la poche de son pantalon, rétablissant le lien, et elle s'écarta aussitôt pour remplir sa valise.

— Pourquoi ce silence tout à coup ?

Elle referma le couvercle de sa valise d'un coup sec.

— Parce qu'on est arrivés, répliqua-t-elle. On se retrouve au point de rendez-vous.

Tirant le Vivet et sa valise jusqu'au quai où les panaches de fumée rendaient les rares silhouettes fantomatiques, Hermione repéra ses parents près du passage en briques. Le chandail beige de son père et la chemise de sa mère tranchaient avec la cape du vieux sorcier qui patientait à côté d'eux.

Hermione les étreignit avec force et son père lui prit sa valise.

— Merci. Je sais que c'est de dernière minute. On nous a assigné ce devoir tard et on ne pourra pas travailler correctement à Poudlard.

— À cause des… Serpenters ? demanda son père.

Sous ses cheveux courts, son front était plissé.

— Serpentards, corrigea sa mère, mais le garçon, ce n'est pas son père qu'on a vu à Fleury et Bott ? Cet homme dédaigneux ?

— Si, répondit Hermione en traversant le mur de briques. Et son fils peut être assez semblable parfois, mais j'ai l'impression que…

Son père leva la main pour l'interrompre.

— Nous nous ferons notre propre avis.

Il tira sa valise dans la partie moldue de la gare de King's Cross et Hermione s'arrêta devant les portes coulissantes où elle avait donné rendez-vous à Draco. Elle ne tarda pas à repérer sa chevelure blonde qui avançait vers eux. Il avait retiré sa cape pour ne garder que son pantalon et la chemise de son uniforme.

— Il nous suit, dit-elle à ses parents.

Dans le parking, la lumière orangée des lampadaires se reflétait sur les carrosseries des voitures. Elle repéra le gris de la leur, garée toute proche. Draco les y rejoignit. Il abandonna sa valise devant leur coffre et s'installa à l'arrière. Hermione soupira et aida son père à charger les valises avant de monter derrière à son tour, la cage sur ses genoux.

Une fois les portières claquées, un petit silence s'installa.

— Hmm, maman, papa, je vous présente Draco Malfoy.

— Bienvenue parmi nous, dit son père d'un ton un peu sec.

— Enchantée de faire ta connaissance, ajouta sa mère avec un sourire un peu forcé.

« Ça, je m'en doute. »

Hermione le fusilla du regard.

« Draco Malfoy. Tu vas leur répondre correctement. »

— Le plaisir est pour moi, répondit-il d'un ton mielleux en remettant sa chevalière.

Être de nouveau séparée de lui la soulagea et elle n'insista pas. Son père tourna la clé et le moteur se mit à ronronner. Elle se tourna vers la vitre. Dans le reflet, la vision de Draco Malfoy, assis sur la banquette arrière de la voiture de ses parents lui paraissait tellement… improbable.

Ce qu'elle avait ressenti dans le train, qu'est-ce que c'était censé signifier ?

Elle savait pertinemment ce que c'était censé signifier. Cela faisait même un moment qu'elle sentait ce sentiment grandir et qu'elle espérait le voir passer. Malheureusement, ce n'était pas le cas.

Et si elle avait accepté le plan de Draco pour les mauvaises raisons ? Si elle enchaînait les choix douteux ?

Non, tout ça était ridicule. Elle restait seul maître de ses actions. Peu importait cette attirance ridicule, elle ne la laisserait aller nulle part. De toute façon, lui ne verrait ça que comme un jeu.

La voiture s'engagea bientôt dans son quartier et se gara au 8 Heathgate, devant sa petite maison à étages. La vue des murs en briques et des fenêtres blanches l'apaisa. Sa mère passa le muret pour leur ouvrir pendant que son père ouvrait le coffre. Draco sortit de la voiture et la suivit à l'intérieur sans se préoccuper de sa valise. Quand Hermione approcha de son père pour l'aider, il lui fit signe de rentrer aussi, fixant le parvis de la maison d'un air sombre.

Hermione se hâta de les rejoindre et entra le salon au moment où sa mère appuyait sur l'interrupteur. Draco leva les yeux vers les abat-jour des lampes qui venaient d'illuminer la pièce.

— Vous êtes au courant que vous n'avez pas le droit d'utiliser notre magie, quand même ?

— Ce n'est pas de la magie, c'est de l'électricité, répliqua Hermione. Ce que tu saurais si tu avait pris la peine de mettre les pieds dans un cours d'étude des moldus.

— Hilarant, Granger.

L'ambiance ne fit qu'empirer jusqu'au repas. Même les doux tons bleus du salon et le gratin de ses parents ne suffirent pas à alléger l'ambiance. Hermione mâchait son morceau de pomme de terre gratiné en fixant les valises. Elles avaient soulevé un problème épineux. En entrant, son père avait dit « Nous te ferons un lit dans le salon. » et Draco avait répondu « Non merci. Une chambre ira très bien. ».

Le problème étant que l'étage ne disposait que de sa chambre, de celle de ses parents et d'une troisième pièce aménagée en bureau. Un bureau bien trop fourni pour accueillir un matelas.

— Je peux lui laisser ma chambre, dit enfin Hermione pour casser le silence. Ça ne me dérange pas.

— Certainement pas, répliqua son père.

Retour à la case départ. Du coin de l'œil, elle vit Draco déposer sa chevalière à côté de son assiette.

« Inviter sans avoir la capacité d'accueillir correctement, c'est courant chez les moldus ? »

« Il y a un très bon canapé dans le salon. »

« C'est hors de question. On parle de passer une semaine entière ici. Je ne dormirai pas à la vue de parfaits inconnus. »

Elle fit la moue, mais son argument n'était pas complètement déraisonnable.

« Comme si je m'amusais à donner des arguments déraisonnables. Tu sais Granger, il y a une solution simple à notre problème. »

« Je vais convaincre mon père de te laisser ma chambre. »

« Allez je suis grand seigneur. Puisqu'on est censés travailler ensemble nuit et jour, j'accepte de partager ta chambre. »

Une soudaine chaleur remonta dans son cou jusqu'à enflammer son visage. Aux regards de ses parents, elle devinait quel à point elle était écarlate. Elle ramena ses cheveux en avant. Ils ne lui semblaient pas assez épais tout à coup.

« Tu es bien silencieuse. Je m'attendais à ce que tu refuses tout net. Tu faiblis Granger ? »

— Bon, ça suffit, il prend ma chambre, lança-t-elle. On ne peut décemment pas lui demander de dormir dans le salon. Je me m'arrangerai.

— Non, c'est moi qui vais m'arranger, répondit son père en se levant pour ramasser les assiettes.

— Et si tu lui faisais visiter ? proposa sa mère.

Une façon polie de demander qu'ils les laissent réfléchir à une solution tranquille. La culpabilité de leur imposer Malfoy pour une semaine entière la fit obéir sans protester. Il avait remis sa chevalière. Elle l'amena dans la cuisine où il ouvrit les placards et les tiroirs sans la moindre gêne, frôla le fin rideau qui décorait la porte de la cuisine puis se tourna vers elle.

Elle ressortit. Elle avait besoin de temps, de faire la part dans le fouillis qui encombrait son esprit. Elle ne pouvait pas se laisser balader par ses remarques. Dès le début, il avait dit qu'il trouverait très amusant de tester ce que ressentait une personne amoureuse de lui. Elle ne lui ferait pas ce plaisir.

À l'étage, elle lui désigna la chambre de ses parents, lui montra leur petite pièce de travail, puis poussa sa valise jusqu'à sa propre chambre. Draco s'avança vers son bureau installé dans le renforcement de la fenêtre et tapota sur la cage du Vivet. La lumière des réverbères tombait sur l'oiseau, son petit cactus rond et un set de crayons.

Toujours à l'entrée de sa chambre, Hermione le regarda revenir vers elle. Il passa son bras par-dessus son épaule et referma la porte dans son dos. Puis resta penché vers elle.

Très bien. Il savait. Le lien avait trahi ce qu'elle ressentait, peut-être même avant qu'elle ne se l'admette.

— Peu importe ce que tu crois savoir, Malfoy, je ne suis pas…

— Ce n'est pas ce que je crois savoir. C'est ce que je sais.

Du pouce, il retira sa chevalière et la déposa dans sa main. Le lien se rétablit instantanément.

— Ça y est, tu as oublié Weasley ?

Elle prit sa main, y remit la chevalière et la lui enfonça dans la poitrine pour l'éloigner d'elle.

— Ne te donne pas trop d'importance. Ron est quelqu'un que j'aime. Ce n'est pas parce que j'éprouve une bête attirance pour toi que j'ai oublié tout ce que tu as fait. Et pour ta gouverne, ton attitude envers mes parents n'arrange pas ton cas.

Draco demeura un instant silencieux.

— Mouais. Non, je ne suis pas convaincu.

En redescendant les escaliers pour terminer la visite, Hermione secoua la tête, mi-amusée, mi-exaspérée.