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Plusieurs jours s'étaient écoulés et absolument rien de notable ne s'était produit.
Leur cohabitation, dans le petit appartement, avait pris une routine étrange, presque absurde pour Lucius, habitué à un tout autre mode de vie. La blessure qui avait failli lui coûter la vie cicatrisait bien, grâce aux soins apportés et à sa propre détermination à se remettre sur pied. Chaque jour, il rééduquait lentement son corps, forçant ses muscles à retrouver leur souplesse et leur force.
Le fait que Loki connaisse l'existence de la magie lui permettait de pratiquer ses sorts librement, sans avoir à se cacher, ce qui, bien que déroutant, s'était avéré fort pratique.
Loki, quant à lui, semblait suivre son propre rythme, indifférent à la présence de Lucius ou peut-être simplement désireux de maintenir entre eux une certaine indépendance. De temps en temps, il s'absentait pour revenir tard dans la soirée, parfois avec des courses, parfois les mains vides. Il ne s'embarrassait jamais de justification, et Lucius, fidèle à lui-même, ne posait pas de question. Non pas que cela l'ait vraiment intéressé d'une façon ou d'une autre, mais il ne pouvait s'empêcher de remarquer que le garçon semblait aimer nourrir le mystère qui l'entourait.
Ils dormaient toujours ensemble, une routine étrange qui s'était installée sans que Lucius ne puisse vraiment l'empêcher. Ce qui l'aurait rendu fou de rage au début était devenu presque… tolérable. Les contacts prolongés et involontaires que le jeune homme lui faisait subir pendant son sommeil ne suscitaient plus en lui qu'un léger agacement, une irritation qu'il parvenait à repousser au fond de son esprit.
Lucius se réveillait toujours le premier.
C'était devenu une habitude, presque un rituel. Il ouvrait les yeux, le regard encore embué de sommeil, et se retrouvait à observer, pensif, les mèches brunes qui tombaient en désordre sur le front du garçon endormi à ses côtés. Il y avait quelque chose de fascinant dans cette vision, quelque chose qui le troublait sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus.
Loki, dans son sommeil, semblait si paisible, si innocent, une image en totale contradiction avec le garçon provocateur et insouciant qu'il était durant la journée. Lucius se surprenait parfois à se demander ce qui se cachait vraiment derrière ce masque de désinvolture, quelles histoires pouvaient bien se dérouler dans l'esprit de ce moldu qui ne ressemblait à aucun autre.
Alors que le matin naissait doucement, il l'observait sans pudeur, tentant de percer le voile de mystère qui l'entourait sans pour autant y parvenir.
Finalement, aussi étonnant que cela puisse paraitre, leur cohabitation se déroulait sans heurt majeur. Lucius n'envisageait de se débarrasser définitivement de Loki qu'une toute petite dizaine de fois par jour, mais c'était plus une habitude qu'un réel besoin. L'idée de mettre fin à cette cohabitation était là, toujours bien ancrée dans son esprit, mais elle ne portait plus la même urgence qu'au début. C'était une pensée réflexe, presque automatique, qui ne demandait plus vraiment à être réalisée.
Et, s'il fallait avouer la vérité—chose que Lucius ne ferait que sous une cuisante torture—il lui arrivait, parfois, de trouver la présence de Loki… agréable. Il détestait l'admettre, mais le garçon était intelligent, plein de répartie, et doté d'un humour subtil qui, bien que désarmant, pouvait être tout à fait charmant.
Pour un moldu, bien sûr.
Lucius se surprenait à apprécier ces moments où le garçon parvenait à lui arracher un sourire malgré lui, où il laissait échapper une remarque sarcastique qui faisait mouche. Il n'avait jamais pensé qu'il pourrait un jour tolérer—et encore moins apprécier— la compagnie d'un non-mage. Mais celui-ci ne ressemblait à aucun autre.
Il était un mystère, un paradoxe vivant, quelqu'un qui ne se laissait jamais vraiment cerner.
Lucius se surprit même à penser que, s'il avait eu quelques pouvoirs, alors il aurait pu être… un compagnon intéressant.
Cette pensée le troubla, le dérangea profondément, et il la repoussa aussitôt qu'elle lui vint à l'esprit. Mais elle restait là, latente, une idée incongrue qui revenait le hanter par moments.
Bien sûr, cela ne changeait rien à la réalité de leur situation. Lucius restait un sorcier de Sang Pur, avec des principes profondément enracinés, et Loki, malgré toute son intelligence et son charme insidieux, restait un moldu. La barrière entre eux était infranchissable, et Lucius ne comptait pas l'oublier.
Pourtant, il ne pouvait pas ignorer que cette cohabitation avait pris une tournure inattendue. Et, si cela ne signifiait pas que Lucius baissait sa garde, cela signifiait au moins qu'il était capable de reconnaître, à contrecœur, la valeur de ce garçon si déconcertant.
Il continuait de surveiller Loki, de le scruter en quête de failles ou de véritables intentions. Mais au fond de lui, une part infime de son être appréciait ces moments de paix étrange, cette complicité qui s'était installée malgré tout entre eux deux.
Peut-être que, pour un bref instant, il pouvait se permettre de relâcher sa vigilance, de profiter de cette parenthèse inattendue… avant que la réalité ne le rattrape brutalement.
« Nous pourrions sortir. »
La proposition sortit Lucius de sa transe. Il releva les yeux vers Loki qui le regardait, la tête penchée sur le côté.
« Je veux dire… tu voulais des fringues, non ? On pourrait aller t'en acheter. »
« Je ne pense pas que sortir soit… raisonnable, actuellement. »
Loki se laissa tomber à la renverse sur le lit, les bras écartés dans un geste théâtral : « Pourquoi ? Nous sommes en plein centre-ville, entourés de centaines et de centaines de personnes. Qu'est-ce qu'il pourrait arriver ? Est-ce que tu as peur que les types qui t'ont attaqué reviennent à la charge ? »
Lucius se raidit. Il n'en avait jamais parlé mais le garçon n'était pas stupide. Il observait, déduisait, et s'amusait souvent à jouer avec les nerfs des autres. « Je n'ai pas encore retrouvé toute ma mobilité. »
Loki roula sur le lit : « Je pourrais te protéger, s'il y a un problème, tu sais. »
Un sourire moqueur traversa le visage de Lucius. L'idée que ce jeune moldu puisse le protéger était risible. Il tendit la main pour tapoter le haut du crâne du garçon : « Mais oui, mais oui. »
« Hey ! Ne te moque pas ! Je suis hyper fort ! » Loki se releva et banda ses muscles pour donner le change. Un rire grave coula de la gorge du blond. Le garçon s'immobilisa et une rougeur soudaine enflamma ses joues. Il se détourna brusquement de sorte à ce que Lucius ne puisse plus voir son expression.
« Et bien ? Qu'est ce qui ne va pas ? Vous étiez si plein d'entrain il y a quelques secondes et vous voilà tout timide. »
Un grognement embarrassé lui répondit : « Ferme-la deux secondes, tu veux ? »
L'occasion était trop bonne pour ne pas la saisir : Lucius s'approcha lentement dans le dos du garçon et plaça une main fine et délicate sur son front, feignant une inquiétude exagérée : « Vous ne vous sentez pas bien ? De la fièvre, peut-être ? »
Loki repoussa la main d'une tape agacée : « Idiot. C'est ta faute tout ça. Laisse-moi le temps de me reprendre un peu, d'accord ? Je sais que tu ne peux pas t'empêcher d'en profiter, mais je te jure que si tu fais un autre geste ou que si tu ris à nouveau comme tu viens de le faire, je ne répondrais plus de rien. »
Quand le garçon se retourna enfin, il affichait à nouveau son habituel air nonchalant, comme si l'instant de vulnérabilité n'avait jamais eu lieu : « Ça m'a surpris, c'est tout. Je ne savais pas que tu étais capable de rire. »
Ah. C'était donc cela qui l'avait tant troublé.
Lucius esquissa un sourire narquois et Loki fronça les sourcils : « Alors ? Ta réponse ? Tu m'accompagnes ou pas ?Cela fait des jours que tu es coincé ici, tu dois te sentir comme un poisson dans son bocal. »
Lucius le considéra un instant, pesant le pour et le contre. Il devait admettre que le garçon n'avait pas tort. Les exercices sur place étaient utiles, mais ils ne remplaçaient pas une véritable marche. Sortir, se déplacer, l'aiderait sans doute à accélérer sa guérison.
« Très bien. C'est d'accord. Mais nous devons rester discrets. Je n'ai aucune envie d'attirer l'attention. »
Loki sourit, visiblement satisfait d'avoir obtenu ce qu'il voulait. « Bien sûr. Je suis un expert en discrétion. Personne ne sait jamais exactement où je me trouve. »
Lucius ne répondit rien, se contentant de hocher la tête. La douleur était encore présente, mais elle était devenue supportable, une gêne plutôt qu'une entrave. Il se sentait plus confiant à l'idée de sortir, même s'il restait vigilant.
Loki lui tendit une veste légère, probablement l'une des siennes, que Lucius accepta sans commentaire.
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Loki désigna du doigt une boutique de seconde main: « On pourrait aller ici. »
Lucius observa la devanture avec un méprit évident, ses yeux passant en revue les articles exposés avec un dédain à peine dissimulé. Il laissa son regard parcourir la rue avant de désigner, à son tour, un magasin quelques dizaines de mètres plus loin, une enseigne beaucoup plus sophistiquée. « Je préfère vous laisser toutes ces excellentes affaires et me diriger par là-bas. »
Le garçon plissa les yeux : « Tu as une sacrée bonne vue ! À moins que ça ne soit son odorat : tu dois probablement repérer l'or et les trucs coûteux des mètres à la ronde. »
Lucius haussa un sourcil moqueur : « Vous en parlez comme si votre vue était mauvaise… »
Loki éclata de rire : « Sérieusement ? Tu poses vraiment la question ? Ma vision est la pire du monde. Je ne vois absolument rien, même si c'est à trois centimètres sous mon nez. Quoi ? Ne me dis pas que tu n'avais pas remarqué mes lentilles ? »
« Des lentilles ? » Lucius avait froncé les sourcils, intrigué, avant de se pencher sur le garçon, le fixant droit dans les yeux. Leur nez se touchaient presque et le sang sembla affluer à nouveau violement dans les joues de Loki : « Ne t'approche pas comme ça sans prévenir ! Merlin ! Tu veux que j'ai une attaque cardiaque ? »
« Merlin ? » Lucius répéta le mot, surprit.
Une seconde s'écoula avant qu'il ne réplique : « Quoi ? Je n'ai pas le droit de jurer comme toi ? »
Lucius se redressa lentement, ses yeux toujours fixés sur Loki, une lueur de suspicion dans le regard. Oui, le garçon avait peut-être entendu cette expression quelque part. C'était... plausible. Mais cette réponse… n'avait pas été aussi spontanée qu'elle aurait dû l'être.
Il recula de quelques pas, laissant la distance se rétablir entre eux. « Peut-être. » dit-il finalement d'un ton plus mesuré. Il regarda un instant la silhouette du garçon avancer sans lui, se frayant un chemin dans la foule, avant de le suivre sans un mot de plus.
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Ce ne fut que quand ils sortirent de la boutique que Lucius sut avec certitude qu'ils n'étaient pas seuls.
Sans perdre une seconde, il attrapa d'une main ferme le coude de Loki et le traina à l'écart de la rue principale, dans une petite artère adjacente.
« Qu'est-ce que tu… ? »
Mais avant qu'il ne puisse protester davantage, il plaqua sa main sur la bouche du jeune homme avant de se fondre un peu plus dans les ombres.
Loki sembla comprendre immédiatement la gravité de la situation, car il imita rapidement Lucius et se recula discrètement, jusqu'à ce que son corps touche celui de son compagnon. Ils restèrent ainsi, pressés l'un contre l'autre, dans le silence, sans bouger.
Enfin, ils entendirent ce qu'ils redoutaient : des pas, discrets, résonnèrent faiblement sur le pavé et une voix nasillarde s'éleva dans la ruelle : « Lucius Malfoy. Sort donc de ton trou à rat que l'on puisse finir ce que nous avons commencé. »
Ce n'était qu'une question de secondes avant qu'ils ne soient découverts.
Lucius passa un bras protecteur autour du ventre de Loki pour se pencher sur son épaule. Ses longs cheveux blonds tombèrent en cascade le long du visage du garçon. « Ce sont mes problèmes. Restez à couvert derrière moi. » Murmura-t-il à son attention.
Loki releva la tête vers l'arrière et leurs yeux se croisèrent : « Je peux m'en occuper, si tu veux. » Il semblait calme et il n'y avait pas la moindre trace d'hésitation dans sa voix.
Un sourire narquois effleura les lèvres de Lucius : « Merci, mais ce sont mes adversaires. Vous n'avez rien à voir là-dedans. Je vous demanderai seulement de ne pas regarder ce que je vais faire. »
Le garçon ne détourna pas les yeux et son regard s'ancra encore plus profondément dans celui du blond. « Ne fais rien d'inutile. »
Lucius plaça une main glacée sur les yeux du jeune homme pour couvrir sa vue : « Je vous le promet. Rien que je n'estime nécessaire. » C'était, bien sûr, se donner un désavantage certain en limitant sa mobilité. Mais il ne pouvait se résoudre à laisser le garçon être témoin de ce qu'il s'apprêtait à faire. Il ne voulait pas qu'il le voie en action, qu'il soit le spectateur de la brutalité dont il était capable.
Il ne voulait pas qu'il soit… perverti par sa vengeance.
Lucius sentit le léger tremblement dans le corps de Loki contre le sien, mais il ne savait pas si c'était dû à la peur ou à la tension du moment.
Le Mangemort apparut enfin dans leur champ de vision, un jeune homme qu'il connaissait bien, d'à peine vingt-cinq ans, encore imprégné de cette assurance présomptueuse mêlée de cruauté qui caractérisait souvent les nouvelles recrues.
Lucius ne lui laisserait aucune chance.
Il ne comptait pas se battre loyalement — il n'en voyait pas l'intérêt. Ce n'était que lui rendre la monnaie de sa pièce.
« Impedimenta ! » murmura-t-il d'une voix tranchante, et le sortilège frappa le Mangemort dans le dos, le faisant tituber et tomber à genoux, paralysé.
Lucius ne lui laissa pas le temps de se relever. Il serra davantage Loki contre lui, tandis que sa baguette traçait un autre mouvement rapide dans les airs. « Crucio ! »
Le Mangemort hurla de douleur, se tordant sous l'effet du maléfice. Lucius en ressentit une satisfaction glaciale. Il n'était pas là pour montrer de la pitié, il était là pour rappeler à ce jeune partisan la folie de s'en prendre à un homme comme lui.
Il ne se pressa pas pour en finir, mais prolongea la souffrance de son adversaire, jouant avec lui comme un chat avec une souris et lançant sort après sort sans aucun répit. « Crucio », «Diffindo»...
Tout au long du massacre, Lucius garda Loki fermement plaqué contre lui, ses doigts glacés toujours posés sur les yeux du garçon pour le protéger du spectacle horrible qui se déroulait devant eux. Mais, malgré la violence du combat, le garçon ne se débattit pas, ne tenta pas de fuir. Au contraire, il suivait les mouvements de Lucius avec une aisance surprenante, comme s'il anticipait chaque geste, chaque déplacement.
C'était comme s'ils ne formaient plus qu'un.
Finalement, quand Lucius estima que le jeune Mangemort avait suffisamment souffert, il leva une dernière fois sa baguette et le rayon vert s'écrasa sur lui sans un bruit.
Le corps s'affaissa sur le sol, sans vie.
Le silence retomba sur la ruelle, glacé, et Lucius relâcha enfin Loki, abaissant doucement sa main de ses yeux. Il ne savait pas ce qu'il avait pu ressentir, mais cela n'avait pas d'importance. Ce qui comptait, c'était que le danger était passé, que la menace avait été éliminée.
Il sentit la tension dans ses propres muscles se relâcher et dit simplement d'une voix calme : « C'est terminé. ». Il ne chercherait pas à justifier ce qu'il venait de faire ; le monde dans lequel il évoluait ne laissait pas de place à la faiblesse.
Il avait fait ce qu'il fallait, sans hésitation, et il le referait si nécessaire.
Loki mit quelques secondes pour se détacher de Lucius. Quand il le fit enfin, le blond ressentit l'air froid et humide de la ruelle le transpercer cruellement, comme si la chaleur qu'ils avaient partagée s'était brusquement évanouie.
Le garçon fit quelques pas en direction du corps, le repoussa légèrement du pied, l'observant longuement avec une indifférence troublante : « Tu n'y es pas allé de main morte… Tu ne lui as laissé aucune chance. »
Lucius ne savait pas comment prendre cette remarque. Était-ce une critique ou un compliment? En tout cas, le garçon ne semblait pas traumatisé. Sa voix était neutre, impossible à interpréter.
Comme s'il avait côtoyé la mort depuis longtemps.
Leurs yeux se croisèrent : « C'était le type qui a essayé de te tuer ? »
Lucius hocha imperceptiblement la tête et il corrigea malgré lui : « L'un de ceux qui ont essayé, oui. »
« Et tu comptes retrouver les autres ? »
Le silence se fit entre eux, puis Lucius d'acquiesça de nouveau, lentement.
Loki détourna le regard pour fixer un point invisible dans la ruelle : « Je vois. » Il était aussi indéchiffrable que lorsqu'il avait observé le cadavre.
Le blond se demanda une nouvelle fois ce que ces paroles impliquaient. Était-ce de la déception qu'il lisait dans ses yeux ? De l'impuissance ? Ou bien quelque chose de plus sombre, de plus enfoui ? Il n'en avait aucune idée. Cette incertitude le frustrait, mais il n'avait pas le temps de s'attarder dessus. « Nous ferions mieux de partir. Les autres pourraient être dans les parages. »
Il n'y avait que peu de chances pour que ce soit le cas, mais une part de lui, curieusement protectrice, refusait de prolonger l'étrange association entre Loki et la Mort — une affiliation qui, de manière troublante, semblait presque naturelle, comme si les deux avaient été créés l'un pour l'autre.
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