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Lucius grinça des dents quand la douleur fulgurante irradia son avant-bras gauche. D'un geste violent, il plaqua sa main sur sa Marque, sentant la brûlure qui s'y manifestait. Sous l'intensité de la douleur, son souffle se bloqua dans sa poitrine.

Merde.

Où était le garçon ?

Il fit quelques pas précipités dans l'appartement, mais une vague de vertige le prit et il trébucha contre une chaise, se rattrapant de justesse à la table.

Le Maître les convoquait. Et il était impatient: cela pouvait se ressentir dans la manière dont il avait lancé son sort pour appeler ses partisans.

Quelque chose de grave se préparait.

Lucius connaissait les plans du Seigneur et cet appel ne pouvait signifier qu'une chose : ils allaient attaquer. Pas un petit raid comme ils en avaient pris l'habitude ces derniers temps, mais une véritable offensive, violente et sans merci.

Où était passé ce putain de gamin?

Lucius priait intérieurement pour qu'il ne soit pas pris dans la bataille. Comment pourrait-il se défendre, seul, contre une armée de sorciers déterminés à semer la destruction ?

La douleur s'amplifia encore et, dans un accès de rage, il balaya d'un revers de main furieux tout ce qui se trouvait sur la table. Il s'était trop éloigné du pouvoir, ces dernières semaines, pour savoir exactement de quoi il en retournait.

Il voulait retourner auprès de son Maître, pour protéger le moldu, mais il savait que c'était encore trop tôt. Il ne s'était pas encore débarrassé de tous les traîtres. Ils le croyaient mort, là-bas, et c'était une bonne chose. Cela lui donnait un avantage, une chance de frapper dans l'ombre.

Révéler tout de suite ses cartes, se dévoiler maintenant, ne lui apporterait que des ennuis. Il avait besoin de temps, de calculer ses prochaines actions avec soin.

Merde !

Il sentait la fureur gronder en lui. Il avait besoin d'un exutoire. De libérer sa colère une bonne fois pour toute avant qu'elle ne le consume.

Sans réfléchir, il s'empara d'un couteau de cuisine posé sur le comptoir, et le planta violemment dans son avant-bras. La douleur remplaça la douleur. Mais celle-ci, au moins, lui appartenait.

Il haïssait l'être impuissant qu'il était devenu au contact du gamin. Il retira l'acier de ses chairs pour le replanter immédiatement, encore plus profondément.

C'était sa souffrance et il en était le maître.

Le sang coula en rigoles le long de son poignet et le serpent de sa marque ondula lentement dans sa chair, comme s'il se moquait de son désespoir.

Comme s'il se nourrissait de ses tourments. Avide et insatiable.

Lucius serra les dents, regardant avec une haine viscérale ce symbole qui le liait à son Maître et qui, en cet instant, lui rappelait amèrement son impuissance.

Merde !

Il savait que cela ne résoudrait rien. Rien ne disait que l'attaque aurait lieu dans cette ville, mais rien ne garantissait non plus que ce ne serait pas le cas. Le seul fait certain était que, si les Mangemorts arrivaient jusqu'ici, ils ne laisseraient aucun témoin. Pas de prisonnier, pas de survivant.

Il pensa à son fils. Drago était faible et vulnérable. Si influençable. Lucius n'avait jamais eu envie de l'impliquer dans ses activités mais le Seigneur ne lui en avait pas laissé le choix.

Il relâcha le couteau qui tomba dans un bruit sourd sur le sol. Le sang continuait de couler à flot de sa blessure.

Il n'avait pas pu tenir la promesse qu'il s'était faite à lui-même lorsque son héritier était né ; il ne voulait pas devenir le père qu'il avait eu.

Abraxas Malfoy, cet homme de pierre, dur et impitoyable, lui avait inculqué la piété filiale à coups de fouet sur le dos. Cette éducation s'était gravée à jamais dans sa peau et avait façonné son caractère.

Il n'y avait jamais eu de relation tendue entre les deux hommes, puisqu'il n'y avait jamais eu de relation tout court. Le vieil homme dominait et écrasait, c'était la seule chose qu'il savait faire. Et Lucius, n'ayant jamais rien connu d'autre, acceptait cela, parce que c'était la seule chose qu'il lui avait jamais apprise.

Abraxas avait été l'un des tout premiers partisans du Maître. Un fidèle serviteur, prêt à tout pour renforcer sa position et celle de sa famille. Et il avait entraîné son fils dans ce tourbillon dès son plus jeune âge.

Lucius ne s'était jamais posé la question de la légitimité ou du bien-fondé des actions qu'ils entreprenaient. Cela n'avait jamais été une option. La seule chose qu'il savait, c'était qu'il devait le faire. C'était toute sa vie. Et c'était la seule et unique façon de voir son géniteur lui adresser un semblant d'attention.

Alors, quand Drago était né, Lucius s'était promis que jamais il n'impliquerait cet enfant dans cet engrenage. Il voulait être différent, mais il semblait bien que ça ait été un cuisant échec.

Il se laissa glisser au sol, appuyant son dos contre le mur. Il ne voulait pas commettre la même erreur avec Loki. Il n'y avait plus seulement la dette de vie… ce gamin était différent de tout ce qu'il avait jamais connu et Lucius était persuadé qu'en le sauvant, il se préserverait lui-même.

Il était… sa rédemption.

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« Lucius ! Putain ! Qu'est-ce que tu as fait ? »

Lucius ouvrit les yeux. Il semblait qu'il s'était endormi à même le sol. Loki était penché sur lui, affolé, son regard fixé sur son bras ensanglanté.

« Merde, ton bras ! Mais ton bras ! Dans quel état tu t'es mis ? »

Ce n'était pas la question.

Il ouvrit grand les yeux, et avant que Loki ne puisse réagir, s'empara violemment du col du garçon, le tirant à lui avec une force brute. Le jeune homme glissa sur le sol avant de s'affaler, la tête la première, droit sur lui.

« Où étiez-vous ? » C'était un grondement menaçant.

« Quoi ? »

Le ton devint plus dur : « Où étiez-vous ! »

Loki se redressa légèrement et cligna des yeux. Ils étaient si proches que Lucius pouvait sentir la chaleur de son souffle sur son visage. Sa main maintenait toujours fermement son col, l'empêchant de reculer.

« Je… me baladais ? »

Mauvaise réponse.

L'humeur du blond, déjà sur le fil du rasoir, devint encore plus massacrante.

Sans un mot de plus, il fit pivoter brutalement le garçon, inversant leurs positions, pour l'écraser contre le mur. La tête de Loki cogna durement contre le plâtre et un grognement de douleur s'échappa de sa gorge. Mais il n'eut pas le temps d'émettre une autre plainte qu'un sort le touchait de plein fouet : « Incarcerous ! »

Des cordes jaillirent de la baguette, s'enroulant autour du corps du garçon, le clouant sans ménagement contre le mur.

Lucius le fixait, son visage déformé par une colère qu'il peinait à contrôler. Il serra davantage sa prise sur la baguette, luttant contre l'envie de déchaîner ses sortilèges sur le moldu.

« Peut-être devrais-je vous garder enchaîné ici pour être bien certain de ne pas vous retrouver, un jour ou l'autre, baignant dans votre sang ? »

Loki tenta de se libérer, mais d'un mouvement de baguette agacé, Lucius resserra encore plus les liens qui l'entravaient.

« Vous disiez donc que vous baladiez... » reprit-il dans un souffle menaçant.

Le garçon lui jeta un regard froid, défiant. « Ouais. Je me baladais. »

Lucius esquissa un sourire sans chaleur, un rictus qui ne présageait rien de bon. Ses doigts, glacés se posèrent sur le torse de son prisonnier, remontant lentement jusqu'à ses clavicules. Ils longèrent l'os avec une patience terrifiante, avant de s'enrouler autour de son cou.

« Vous vous baladiez... » Sa voix n'était plus qu'une immense étendue gelée.

« Relâche-moi. Je vais soigner ton bras. » Loki semblait calme, malgré la situation, comme s'il ne considérait absolument pas Lucius comme une menace. Et… il tentait visiblement de changer de sujet.

Mais Lucius avait, comme on lui avait déjà fait remarquer, une excellente vue. Sa main s'enroula sur le col du t-shirt et il tira dessus brutalement.

Le haut du vêtement se déchira, révélant la peau dorée du garçon. Des lignes noires le parcouraient en arabesques régulières qui descendaient plus bas encore. Un tatouage, pensa Lucius avec mépris.

Le gamin le regarda avec fierté : « Quoi ? Tu es mal placé pour me faire la leçon sur mes tatouages. Tu en as un aussi, il me semble. »

Lucius releva les yeux, ancrant son regard dans celui de Loki. Sans une once de douceur, il s'empara de sa mâchoire, la compressant douloureusement dans l'étau de ses doigts.

« Je ne parle pas de cela, vous le savez très bien. »

Son autre main se faufila sous le t-shirt déchiré et ses doigts parcoururent le ventre ferme du garçon, suivant sans hésiter une longue estafilade encore fraîche qui le traversait.

« Je parle de cette blessure-là. »

Le brun frissonna sous le contact : « Comment tu as su, putain ? »

Les cordes qui l'entravaient se délièrent soudainement et son corps s'affaissa dans les bras de Lucius qui le retint fermement contre lui. « Vous puez le sang à des mètres à la ronde. »

Un ricanement lui répondit. Le garçon avait enfoui son nez dans sa chemise et il ne semblait pas décidé à s'en extraire.

Lucius laissa faire.

« Je me suis battu. » admit Loki. Sa voix était étouffée par le tissu, presque murmurée, comme une confession.

« Avec qui ? »

« Avec des mecs. C'est tout. »

L'agacement de Lucius monta d'un cran. « Quels 'mecs' ? »

Pas de réponse.

Lucius laissa ses doigts glacés glisser le long de la nuque de Loki, puis le tira légèrement en arrière pour que leurs yeux se rencontrent. « Quels 'mecs' ? » répéta-t-il froidement.

Loki lui lança un sourire goguenard et insolent. « J'sais pas. On n'a pas pris le temps de se présenter. Des potes à toi, probablement. »

Lucius garda le silence. Il était peu probable que ce garçon ait combattu des Mangemorts, et qu'il s'en soit presque sorti indemne. Pourtant, quelque chose le troublait, une pièce manquante dans ce puzzle qu'il n'arrivait pas encore à assembler.

« Expliquez. »

Le garçon se dégagea d'un simple mouvement d'épaules et se réfugia à nouveau contre la chemise de Lucius, comme pour échapper à la confrontation. « Pas envie. »

Il était obstiné.

Lucius laissa ses mains s'enfoncer dans les cheveux bruns en bataille et tira de nouveau sa tête en arrière, forçant le garçon à le regarder en face. « Vous avez mal compris. Ce n'était pas une requête. C'était un ordre. »

Les deux yeux bruns le fixèrent avec sérieux : « Et après ? Tu feras quoi si je te dis ? Tu vas aller leur casser la gueule ? »

Lucius resta silencieux.

Loki reprit en soupirant : « Ne t'inquiète pas pour ça. Je leur ai réglé leur compte. Ils n'ennuieront plus personne. Chacun ses problèmes, n'est-ce pas ? Toi les tiens et moi les miens. Je voudrais juste avoir la paix quand je suis ici, tu peux comprendre ça ? »

Lucius ne disait toujours rien. Son visage était impassible. Il réfléchissait, laissant son regard parcourir le garçon. Il n'était pas un moldu ordinaire. Était-il seulement sans pouvoir ?

Mais avant qu'il ne puisse pousser plus loin sa réflexion, Loki rompit le silence : « Tu as ruiné mon parquet avec tout ton sang. Pourquoi tu as fait ça ? »

Lucius jeta un coup d'œil indifférent à la mare brunâtre qui s'étalait sous lui. « J'ignorais où vous vous trouviez.» répondit-il, d'un ton détaché, comme si l'explication suffisait à tout justifier.

Loki leva les yeux au ciel : « Et donc ? Tu t'es dit que tu allais faire un peu de divination dans tes propres viscères ? »

Lucius resta impassible.

« Pousse-toi. Je voudrais me relever maintenant. On a un programme chargé ce soir. »

Il se recula lentement, laissant le garçon se remettre sur ses deux pieds en marmonnant : « J'en reviens pas que tu aies bousillé mon t-shirt. T'as cru que j'avais de l'argent à jeter par les fenêtres ou quoi ? »

Lucius, se redressant à son tour, répondit d'un ton sec : « Je vous en achèterai un autre. »

Loki grogna en retirant entièrement le vêtement déchiré, révélant davantage sa peau dorée. « Pas besoin. Je déconnais. J'ai suffisamment d'argent. »

Lucius ne détourna pas le regard. Voir le garçon ainsi, torse nu, confirmait les soupçons qu'il nourrissait depuis un moment : son corps, athlétique et musclé, portait des cicatrices qui n'étaient pas celles d'un simple accident. Ce n'était pas non plus le corps d'un sportif, mais celui d'un soldat.

Quelqu'un d'habitué à la violence, au combat.

Ses sourcils se froncèrent alors que son regard se posait sur le tatouage qui se dévoilait désormais entièrement : chaque arabesque se rejoignait en une forme de phénix.

Un phénix...

Un vague souvenir remonta à la surface et il pensa soudain à Albus Dumbledore, dont Severus s'était définitivement débarrassé.

Mais le jeune homme avait déjà empoigné des bandelettes et tendait ses mains dans sa direction : « Viens ici maintenant. On va réparer ce massacre. »

Plutôt que réparer, il se contenta désinfecter la plaie avant de la couvrir grossièrement, enroulant les bandages autour de son bras avec détachement. Lucius eut l'impression d'être devenu une sorte de momie contemporaine.

Quand ce fut terminé, alors que le garçon s'apprêtait à ranger son matériel, le blond lui saisit le poignet pour l'arrêter : « Ne bougez pas. »

Il s'empara à son tour d'un baume, ouvrit le couvercle d'une main et récupéra de la crème épaisse sur ses doigts. Sans un mot, il appliqua la pommade sur l'estafilade qui tranchait en deux le ventre du garçon. Loki s'agita, tentant de se dégager, mais le regard glacial que lui jeta Lucius le cloua sur place.

« Je peux le faire, tu sais… » marmonna-t-il, tentant de reprendre le contrôle de la situation.

Lucius ne répondit pas. Il était concentré, faisant passer une longue bande blanche le long des hanches du garçon, serrant l'ensemble d'un nœud parfait.

Lorsqu'il eut fini, le garçon se recula d'un pas avant de se détourner brusquement : « J'ai quelque chose pour toi... je ne pensais pas que mon achat se justifierait aussi rapidement, mais... voilà... »

Il fouilla dans un sac et en sortit un objet noir rectangulaire. Lucius haussa un sourcil, intrigué.

« Un téléphone... pour qu'on reste en contact... si jamais... si jamais tu me cherches, quoi... » expliqua Loki, un peu hésitant, comme s'il n'était pas certain de la réaction de Lucius.

C'était un objet moldu, sans aucun doute, et Lucius lui adressa un regard de dédain pur.

« Ne fais pas cette tête avant d'avoir essayé ! » protesta le garçon. « Je te jure que juste en te regardant, je peux t'entendre hurler tout un tas d'insanités. Regarde : tu appuies là et ça s'allume. »

Lucius se tenait à une certaine distance, observant avec méfiance l'appareil qui s'illuminait. Il ne comptait absolument pas utiliser un jour ce genre d'objet. Cependant, l'écran s'alluma et un petit son retentit, attirant malgré tout son attention.

« Avec ça, on peut s'appeler n'importe quand ou s'envoyer des messages. On pourra aussi aller sur internet pour regarder des films... enfin si tu veux... » poursuivit Loki, essayant de vendre l'idée.

« S'appeler ? »

« Ouais. C'est comme si tu m'envoyais un pigeon voyageur, ou... ou un hibou, mais que je le recevais immédiatement. Je peux même entendre ta voix. C'est du direct, quoi. J'ai enregistré mon numéro dans le répertoire. Tu n'as qu'à appuyer là, et ça m'appelle. »

Lucius laissa son index frôler l'écran. À peine eut-il touché l'appareil qu'une sonnerie retentit dans l'un des blousons de Loki.

« Attends, je te montre. » Il sortit de la poche de son vêtement le jumeau de l'appareil qu'il venait de donner à Lucius et porta le téléphone à son oreille : « Fais comme moi et parle. »

Lucius s'exécuta, toujours un peu perplexe.

Lorsque Loki répondit à travers l'appareil, les yeux du blond s'écarquillèrent de surprise. La voix du garçon lui parvenait clairement, sans aucune distorsion, comme s'il était juste à côté de lui.

C'était ingénieux, il devait l'admettre. Un mode de communication plus petit et pratique qu'une cheminée. Lucius regarda le téléphone avec méfiance. « Cela pourrait... avoir son utilité. » concéda-t-il à contrecœur.

« Ouais. Y a un autre avantage encore. Mais on doit s'installer sur le lit. Viens voir. »

Loki se jeta de tout son long sur le matelas avant de tapoter la place à ses côtés. « Je n'en reviens pas de faire ça avec toi... »

Lucius haussa un sourcil circonspect, mais finit par s'installer à côté de lui. Le garçon leva l'appareil à hauteur de leurs visages, et un clic retentit. Le blond cligna des yeux, surpris, tandis que le jeune homme ramenait le téléphone à lui pour observer l'écran avec attention.

Curieux, Lucius se pencha discrètement pour voir ce qui le fascinait tant.

C'était une photo. D'eux deux. Elle ne bougeait pas, mais c'était la première fois qu'il se voyait ainsi, pris sur le fait, pour ainsi dire. Il haussa un sourcil perplexe tandis que Loki lui lançait un sourire effronté. « Celle-là, elle est pour moi. Un souvenir de toi. Mais ce n'est pas ça que je voulais te montrer. »

Il se redressa légèrement, collant son corps contre celui de Lucius. « Regarde le téléphone maintenant. »

L'écran s'illumina, et des personnes que Lucius ne connaissait pas prirent vie sous ses yeux.

« C'est un film. Ça raconte une histoire. Comme dans tes livres, mais là, tu vois les héros vivre leurs aventures. »

Lucius observa l'écran sans réel intérêt : il n'avait jamais apprécié qu'on lui raconte des histoires. Son attention se détourna rapidement vers le profil sérieux de Loki, absorbé par ce qu'il voyait. La chaleur du corps du garçon contre le sien était une sensation qu'il ne trouvait pas désagréable.

Le jeune homme tourna la tête vers lui, remarquant son manque d'attention. « Tu ne regardes pas ? »

« Si. Je regarde. »

Le rouge monta aux joues du garçon, mais il ne détourna pas le regard.

Lucius glissa une main le long de sa mâchoire. Ses gestes étaient étonnamment doux. Cela faisait des années qu'il n'avait pas ressenti le désir profond d'être tendre avec quelqu'un.

Le garçon ne le repoussa pas, mais il émit un grognement presque résigné. « Arrête. Tu es marié. »

Lucius haussa un sourcil sans cesser sa caresse. « Comment le sais-tu ? »

Loki leva les yeux au ciel : « Oh, je t'en prie, tout le monde... » Il s'interrompit lorsque l'autre main de Lucius se fraya un chemin le long de ses flancs.

« Tout le monde...tout le monde… » Sa respiration devint irrégulière sous le contact. Il prit une grande inspiration pour débiter rapidement: « Tu as ton alliance à ton doigt. »

Lucius se pencha lentement sur Loki.

Leurs visages se rapprochèrent, le souffle de l'un se mêlant à celui de l'autre. « C'est vrai. » murmura-t-il avant que leurs lèvres ne se scellent doucement dans un baiser troublant.

Il sentit d'abord la chaleur des lèvres de Loki qui se répandit rapidement à travers son propre corps. Le baiser était léger, comme s'ils exploraient un territoire inconnu. Lucius n'avait pas embrassé ainsi depuis des années. Il était habitué aux baisers chargés d'intimidation, d'agression ou de simple obligation. Mais celui-ci était différent. Ce n'était ni un acte de domination ou de désir, mais une simple curiosité qui se transformait en quelque chose de plus profond.

Il sentit les lèvres du garçon répondre aux siennes, d'abord timidement, puis avec plus de conviction, comme s'il cherchait à s'assurer que ce qu'il ressentait était bien réel.

La main de Lucius, toujours posée sur la mâchoire du jeune homme, glissa lentement vers sa nuque, exerçant une pression légère pour prolonger l'instant. Et celles du garçon, auparavant crispées contre le matelas, se détendirent et vinrent timidement effleurer les épaules de Lucius, comme s'il cherchait à se rapprocher davantage.

Le baiser se fit plus intense.

Il n'y avait aucune précipitation, aucune urgence. Juste le besoin de savourer chaque frisson qui parcourait leurs corps. Lucius sentit le cœur de Loki battre contre sa poitrine, rapide et fort.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, ce fut avec une lenteur presque douloureuse, comme s'ils regrettaient tous deux de devoir rompre cette bulle d'intimité qu'ils avaient créée.

« Bien. » Loki se tortilla sur lui-même, essayant de reprendre contenance. « Bien. Alors je suppose que les films ne sont pas ton truc... »

Un souffle moqueur s'échappa du nez de Lucius. « Au contraire. Je pourrais en regarder chaque soir, je pense. »

Le garçon ouvrit la bouche, puis la referma presque immédiatement. Une nouvelle teinte cramoisie colora son visage.

C'était presque trop facile. Il semblait complètement déstabilisé.

Il passa une main nerveuse dans ses cheveux déjà ébouriffés et murmura : « Bon sang... qu'est-ce que je suis en train de foutre... »

Lucius se recula nonchalamment, s'appuyant contre le dossier du lit : « Je n'aurais pas dû, peut-être ? J'ai probablement mal interprété les signaux. »

« Non ! » La réponse de Loki fusa, presque paniquée, puis il baissa le ton, visiblement embarrassé par sa propre réaction. « Non, je veux dire... je... j'ai aimé, tu le sais parfaitement. Mais c'est juste que... »

« Que ? »

« Que... tu es marié ? »

Le silence les enveloppa soudainement. Lucius dardait sur le garçon un regard inquisiteur et ce dernier s'agita de nouveau dans le lit, mal à l'aise. « Et puis aussi... Oh bon sang, si je te le dis tu vas me tuer. »

« Essayez toujours. »

Loki passa à nouveau une main dans ses cheveux. C'était décidément une habitude bien charmante.

« Tu es... on n'est pas... »

« Pas quoi ? » Cette manie de ne pas finir ses phrases était exaspérante.

« Pas compatibles ? » finit par lâcher Loki, comme si le mot lui brûlait les lèvres.

Pas compatibles ? Qu'est-ce que c'était que cette excuse ?

Lucius soupira d'agacement : « Je vois. »

« Non, je ne crois pas. » C'était un souffle proche du désespoir.

Le blond fronça les sourcils. « Je ne vous embrasserai plus. »

« Non ! Ce n'est pas... ce n'est pas ce que j'ai dit ! »

Lucius passa une main lasse sur son visage, sentant la frustration monter en lui. Ce garçon avait probablement décidé de le rendre fou. « Ce n'est pas ce que vous avez dit ? »

« Non ! Enfin... si, mais... je... »

« Ça suffit. » Lucius, à bout de patience, empoigna fermement le menton de Loki entre ses doigts pour forcer leurs regards à se croiser. « Avez-vous, oui ou non, envie que je vous embrasse ? »

Le garçon déglutit avec difficulté : « Peut-être ? Oui ? »

C'était suffisant pour Lucius. Sans attendre davantage, il se pencha de nouveau en avant pour s'emparer de la bouche du jeune homme. Mais cette fois, le baiser était plus exigeant, plus intense. La langue de Lucius força sans pitié les lèvres de Loki, réclamant l'accès qu'il ne lui avait pas offert plus tôt. Le garçon, loin de s'en offusquer, se contenta de céder, laissant ses bras glisser autour du cou du blond, comme s'il s'abandonnait volontairement à cette emprise.

Leur baiser devint rapidement un échange plus passionné, presque féroce. Lucius sentait la réponse de Loki, cette chaleur croissante qui émanait de son corps, la manière dont ses mains s'agrippaient à lui, le tirant plus près. Il n'y avait plus d'hésitation, plus de doute, juste un désir brut qui prenait le dessus.

Ce n'était plus un simple baiser.

C'était une acceptation réciproque de leur attirance mutuelle inexplicable.

Lucius se recula soudainement, rompant brusquement le contact. Il ne pouvait pas continuer. Il se connaissait parfaitement et savait que cela risquait de déraper s'il ne mettait pas un terme immédiat à leur proximité. Il tenta de se composer un visage indifférent, mais son essoufflement léger le trahissait, tout comme ses pupilles dilatées qu'il pouvait deviner.

Il détestait perdre le contrôle, et pourtant, c'était exactement ce qui était en train de se passer.

Loki n'était pas en meilleur état. Il se redressa légèrement dans le lit, cherchant à reprendre contenance. Il se racla la gorge, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose, mais aucun mot ne vint. Le silence dura quelques secondes de plus, le temps qu'ils se remettent tous les deux de leurs émotions.

« Vous êtes plus... intéressant que je ne le pensais. » Lucius ne faisait que rarement des compliments, et celui-ci, bien que mesuré, sonnait presque comme une véritable déclaration dans sa bouche.

Le garçon lui jeta un regard noir : « Tu n'es pas mal non plus. Je ne sais pas comment je vais dormir après ça, mais sinon, ça va. »

Lucius haussa un sourcil suggestif : « Nous pouvons rester éveillés... »

« Non ! » La réponse de Loki fut instantanée, presque paniquée, et elle arracha un sourire amusé à Lucius. Le garçon se reprit, essayant de calmer le battement frénétique de son cœur. « Non, je crois qu'on devrait vraiment aller se coucher. On... pourra... en discuter demain. »

Lucius hocha la tête en silence.

Le garçon s'allongea complètement et lui tourna le dos, cherchant à mettre une certaine distance entre eux. Le regard du blond se durcit. Cela n'allait pas fonctionner de cette façon.

Certainement pas.

Sans une once d'hésitation, il tendit les bras pour saisir la taille de son compagnon et le tirer fermement contre lui. Un gémissement rauque s'échappa des lèvres de Loki, trahissant la tension qu'il essayait de dissimuler. Décidément, ce gamin jouait avec ses nerfs.

Lucius cala son corps contre le sien, verrouillant ses mains autour du ventre de son prisonnier.

Voilà. C'était ainsi que devaient se dérouler les événements.

Il enfouit son nez dans les cheveux bruns, respirant doucement leur odeur. « Je suis tout de même impressionné par cette façon que vous avez de toujours éviter mes questions. » murmura-t-il d'une voix basse et posée.

Loki remua légèrement entre ses bras, se nichant plus confortablement contre lui. Sa respiration s'apaisait, signe que la fatigue commençait à prendre le dessus. « C'est parce que... parce que tu ne poses pas les bonnes questions... »

« Les bonnes questions ? » Lucius fronça les sourcils, mais le garçon s'était déjà endormi.

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