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ACTE II

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Et tu arracheras mon cœur de tes mains

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Bien évidemment, ils n'en avaient plus reparlé. Ni le lendemain, ni les jours qui suivirent.

Le sujet du baiser ne semblait pas tabou, pourtant, aucun des deux n'avait eu le courage ou l'envie de revenir dessus. Ils continuaient de dormir entrelacés l'un à l'autre, mais ils ne s'étaient plus laissés aller au point de s'embrasser de nouveau. Ce n'était pas qu'il y ait une gêne entre eux - au contraire - mais ils avaient simplement repris leurs habitudes, comme si de rien n'était.

Leur contact était cependant peut-être devenu plus tendre, bien que toujours extrêmement chaste. Dire que cela convenait à Lucius aurait peut-être été exagéré. Disons plutôt qu'il était un homme infiniment patient quand il le fallait et qu'il savait que sa proie finirait par tomber d'elle-même dans ses filets, tôt ou tard.

Il n'avait qu'à attendre, tranquillement, et laisser les choses se dérouler naturellement.

Avec le temps, leur relation se développait et évoluait petit à petit vers quelque chose de plus intime. Grâce au téléphone moldu que Loki lui avait offert, ils ne passaient pas une seule heure sans rester en contact, échangeant des messages ou des appels. Les photos commençaient elles aussi à se multiplier dans son téléphone. Lucius les regardait régulièrement, sans trop savoir pourquoi il faisait ça.

Le garçon lui avait même présenté quelques amis moldus, des gens simples mais étonnamment loyaux envers le jeune homme et, contre toute attente, il avait toléré leur présence un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait pensé.

Cela n'effaçait pas son point de vue profondément ancré sur la supériorité des Sang-Purs, bien entendu. Cependant, il arrivait désormais à imaginer un avenir dans lequel il pourrait exploiter le savoir-faire de ces non-mages pour monter une société lucrative de téléphones pour sorciers. Il était persuadé que ce business ferait un tabac dans le monde magique.

Lucius savait que cette étrange parenthèse de paix et de normalité ne pourrait pas durer. Ce n'était qu'une question de temps avant que tout ne s'effondre brutalement autour d'eux, mais il souhaitait encore en profiter, tant qu'il le pouvait.

Il se contentait donc d'attendre, de laisser le temps faire son œuvre. Pourtant, une chose était certaine : son monde était en train de se transformer et il n'était pas encore sûr de ce que cela signifierait pour son avenir. Mais il savait aussi qu'il n'était plus aussi certain de vouloir que les choses reviennent à ce qu'elles étaient avant.

Il n'aurait probablement pas le choix, bien sûr. Son destin avait été tracé le jour où il avait rejoint son Maître. Il n'y avait pas de retour en arrière possible. Pourtant, en présence du garçon, il avait pour la toute première fois de sa vie l'impression d'avoir son libre-arbitre.

Il ne se contentait pas, naturellement, de se laisser vivre au jour le jour. Ses blessures étaient désormais totalement cicatrisées et, avec cette guérison, était revenu son instinct de chasseur, affuté et implacable.

Il avait commencé à traquer les quatre traitres restants, ceux qui avaient osé se retourner contre lui. La disparition soudaine du premier avait sans doute instillé le doute et la méfiance parmi eux. Ils seraient désormais plus sur leurs gardes, mais Lucius savait qu'il avait encore de la marge. Il connaissait ses anciens alliés mieux que quiconque et il était certain qu'ils ne commenceraient véritablement à s'inquiéter qu'à la deuxième disparition.

Il ne se pressait pas, prenant le temps de planifier chaque étape avec soin. La patience était une vertu, surtout lorsqu'il s'agissait de traquer ses ennemis. Lucius savait que précipiter les choses serait une erreur.

Il s'assit à la table, s'empara d'un stylo et traça rapidement quelques mots sur une feuille de papier. Il la roula avec soin, avant de la sceller d'un geste sûr. Il restait un Malfoy, après tout et, même s'il s'était temporairement éloigné du pouvoir, il n'avait jamais perdu ses contacts dans l'ombre ; Des relations précieuses qu'il entretenait depuis des années, des alliances formées dans la clandestinité, où la loyauté n'était jamais garantie, mais où le respect mutuel et l'argent suffisaient à garantir la coopération. Et riche, Malfoy l'était indubitablement.

Il avait emprunté le hibou à une connaissance. Juste le temps de préparer une ou deux petites choses. C'était une magnifique créature au plumage sombre. Lucius attacha le parchemin à la patte de l'oiseau, murmura quelques mots pour le calmer, puis le laissa s'envoler dans la nuit.

Un sourire glacé effleura ses lèvres.

La chasse était ouverte.

Il jeta un œil à la silhouette endormie dans le lit. Ce garçon restait un mystère pour lui. Il s'approcha et effleura d'un geste tranquille les mèches brunes en bataille. Il avait la fâcheuse impression que les réponses à ses questions, quand elles arriveraient, lui déplairaient fortement.

Mais il n'était pas encore temps de s'en inquiéter. Pour l'instant, il pouvait continuer à jongler entre ses plans de vengeance et cette relation intrigante qu'il entretenait avec Loki. Après tout, il savait mieux que quiconque comment jouer sur plusieurs tableaux à la fois.

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Lucius se faufila parmi les ombres.

Comme il s'y était attendu, l'homme l'avait suivi. Cela avait été un jeu d'enfant. Si facile qu'il n'y avait presque pas de challenge. Se débarrasser de celui-ci porterait un coup dur aux membres restant. Il avait presque honte d'être celui qui les avait formés, tant ils se faisaient piéger facilement.

Il transplana de quelques mètres, prenant bien soin de laisser sa signature magique apparente, comme une invitation claire à son poursuivant. Ne leur avait-il pourtant pas inculqué de ne jamais hésiter, de ne jamais perdre de temps et de régler chaque problème immédiatement, sans laisser traîner les choses inutilement ?

Ce jeune homme, s'il avait eu ne serait-ce qu'une once de discernement, aurait dû tuer Lucius dès qu'il l'avait vu. Mais non, il avait préféré le suivre bêtement, dans l'espoir de découvrir où il allait, ou peut-être même de le capturer vivant pour le torturer.

Lucius observa le jeune Mangemort qui avançait maladroitement, le regard fixé sur les traces magiques laissées par son ancien mentor. Le garçon ne devait pas avoir plus de 25 ans, tout juste l'âge de Drago ou de Loki. La jeunesse, pensa Lucius avec une froide indifférence, faisait décidément commettre bien des erreurs.

Il ne ressentait aucune culpabilité, juste une froide satisfaction, une certitude que justice lui serait rendue selon ses propres termes.

Celui-ci était le plus stupide, le plus crédule du groupe, et Lucius n'avait aucune intention de se salir les mains pour quelqu'un d'aussi insignifiant. Il avait d'autres moyens, bien plus efficaces, pour se débarrasser de cette vermine.

Il s'engouffra dans la forêt et suivi silencieusement le chemin sinueux qui serpentait entre les arbres. Il savait exactement où il se rendait. Et il savait exactement ce qui allait s'y passer.

Il marqua un temps d'arrêt, se fondant dans un coin obscur, et observa son poursuivant apparaître à quelques mètres de là, exactement à l'endroit où il s'était tenu quelques instants plus tôt. Bien. Ils n'étaient plus très loin du nid, de toute façon.

Lorsqu'il atteignit une petite clairière, il s'arrêta et se retourna, observant attentivement les alentours. La lumière de la lune filtrait à travers les branches, éclairant faiblement le sol couvert de mousse. Il se décala de quelques pas sur la gauche et mesura mentalement la distance qu'il devrait parcourir pour atteindre son objectif. Tout était calculé. Il connaissait ce terrain par cœur, chaque pierre, chaque racine, chaque tronc d'arbre. Il avait tout prévu.

Bien. C'était parfait.

Un craquement retentit en face de lui et la silhouette noire qu'il attendait apparu entre les arbres.

Il recula de trois pas, forçant sa cible à avancer d'autant, puis, sans laisser à l'homme le temps de faire le moindre geste, il lança son sort.

C'était un sortilège tout simple. Un Repulso.

Le corps du Mangemort fut projeté en arrière avec une force brute, mais au lieu d'entendre ses os se briser à l'impact, celui-ci fut étonnamment doux, presque silencieux. Un bruit soyeux, comme si quelque chose de moelleux avait amorti sa chute.

Lucius sourit.

Et il n'y avait rien de bon dans ce sourire.

Il avança d'un pas, se plaçant juste à la lisière des ombres, pour mieux voir son ancien disciple se débattre dans le piège. C'était une réaction stupide. Il observa avec un intérêt détaché les fils qui tressautaient à mesure que le prisonnier bougeait. Il repensa à la clochette près de son lit, dans son manoir, qui lui servait à appeler ses serviteurs. Le principe était exactement le même, à la différence que ce ne serait pas un employé docile qui viendrait lui rendre une petite visite.

Lucius avisa un rocher et s'assit nonchalamment dessus. Tout en lustrant sa baguette d'un air ennuyé, il écouta avec une indifférence cruelle les invectives que son (futur-ex) collègue lui lançait. Il était exceptionnellement vindicatif pour quelqu'un qui allait bientôt mourir. Il devait probablement encore ignorer dans quelle horreur il était tombé.

Quelque chose frémit dans les arbres.

Quelque chose de gros.

D'énorme.

Lucius baissa négligemment les yeux sur ses ongles. Un Avada aurait été bien trop facile, trop… propre. Non, ce disciple ne méritait pas une mort rapide. Il fallait l'humiliation : celui d'un sort de troisième année par exemple. Pour vaincre un mangemort qui espérait naïvement devenir le bras droit du Seigneur.

Un ricanement narquois secoua son corps : un son sans joie, rempli de mépris. L'homme s'était tu. Il devait avoir compris. Mais il était trop tard déjà.

L'ombre massive d'une Acromentule glissa silencieusement dans la clairière.

Le prisonnier se débattit vigoureusement : « Malfoy ! Lucius ! Je t'en prie ! Tu connais mon père, hein ? »

Lucius resta immobile. Une patte immense glissa silencieusement à côté de lui, en direction de la toile.

« Malfoy ! Espèce d'enfoiré ! » hurla l'homme d'une voix brisée par la terreur. Il se débattait avec une vigueur frénétique, mais chaque mouvement ne faisait que resserrer davantage les fils autour de lui.

Lucius ne bougea pas un muscle. Ses yeux froids observaient la scène avec une impassibilité totale. Il n'y avait rien de personnel dans ce qui se déroulait devant lui. C'était simplement une leçon.

« A… attends, Lucius ! On est ami non ? Je ne voulais pas te tuer, tu le sais bien, hein ? Ce sont les autres qui m'ont forcé ! Je n'ai pas eu le choix ! » Des suppliques maintenant.

Il aurait pu répondre quelque chose de cinglant, bien sûr : donner la réplique à ce dernier acte tragique, mais les Acromentules n'étaient loyales à personne d'autre qu'à elles-mêmes et ça aurait été prendre le risque de se révéler. Et Lucius n'était pas un homme suicidaire.

Il observa l'énorme corps noir et luisant, couvert d'une fine couche de poils sombres qui captaient la lumière de la lune. Ses huit pattes segmentées, longues et effilées, se déployaient souplement, parfaitement silencieuses. C'était comme si la forêt elle-même retenait son souffle, consciente de la menace mortelle qui se déplaçait en son sein.

Ses huit yeux, d'un noir profond, étaient capables de percevoir le moindre mouvement autour d'eux, offrant à la bête une vision quasi panoramique.

C'était un prédateur parfait, une machine à tuer. Non, c'était encore pire que cela. L'Acromentule ne se contentait pas de tuer ses victimes rapidement. Elle les paralysait d'abord avec son venin pour les emporter encore vivantes dans son garde-manger. Incapables de bouger, mais tout à fait conscientes de ce qui allait leur arriver.

Finalement, l'énorme créature atteignit sa proie et ses mandibules cliquetèrent d'impatience. Le mangemort tenta une nouvelle fois de se libérer. L'abdomen de l'araignée se rétracta légèrement et un immense dard scintilla un instant sous la lune avant de plonger vers sa cible.

Lucius détourna légèrement la tête, non pas par dégoût, mais simplement parce que l'issue de ce spectacle ne faisait plus aucun doute. Le cri qui suivit, un cri de pure terreur, fut rapidement étouffé par d'étranges gargouillis humides.

Ce n'était pas si désagréable à écouter.

Il se détourna finalement, s'éloignant de la scène sans un regard en arrière, tandis que l'Acromentule s'occupait de son repas.

Plus que trois.

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Le garçon se retourna dans son sommeil et son front toucha doucement les côtes de Lucius. La chaleur de sa peau se diffusa contre lui, envoyant un agréable frisson parcourir le corps du blond. Il se surprit à penser, presque malgré lui, qu'il souhaiterait que ce moment dure éternellement.

Il repoussa doucement d'une main les couvertures qui couvraient Loki et ses yeux parcoururent les arabesques noires qui se déployaient sur son torse. Chaque courbe, chaque ligne semblait avoir été tracée avec une précision presque obsessionnelle, s'enroulant autour de ses muscles bien dessinés.

Il laissa un doigt suivre les motifs noirs, contournant délicatement les cicatrices anciennes ou récentes qui parsemaient son corps. Peut-être était-ce pour cette raison qu'ils s'entendaient aussi bien. Parce qu'ils étaient tous les deux faits du même bois : façonnés par les épreuves et les douleurs.

Un grognement ensommeillé roula dans la gorge du brun et il se rapprocha instinctivement un peu plus de Lucius. « Qu'est-ce que tu crois faire, exactement ? » Sa voix était encore rauque et ses paupières s'ouvrirent difficilement.

Lucius ne retira pas ses doigts, continuant de caresser doucement les motifs. « Je profite de la situation, probablement. »

Loki soupira, ses yeux s'ouvrant un peu plus, mais il ne repoussa pas la main qui l'avait réveillé. Au contraire, il se retourna pour se laisser aller contre Lucius, son corps s'accordant parfaitement à celui du blond. « Tu ne devrais pas profiter de la situation. Ce n'est pas très élégant et gentleman comme comportement. » Il avait de nouveau fermé les yeux, probablement prêt à se rendormir.

« Vraiment ? » Lucius sentait le dos du garçon contre son ventre et sa main marqua un temps d'arrêt.

« Mmmmh. » Grogna Loki. « Mais bon, maintenant que tu as commencé, tu vas être obligé de continuer. »

« Je vois. » Ses doigts reprirent leur chemin, serpentant doucement sur la chair chaude. « De toute façon, on m'a toujours trouvé un peu rustre et primaire dans mes manières. »

Un rire étouffé lui répondit : « Je ne vois absolument pas qui pourrait dire ça de toi. »

« Mes amants, principalement. »

Le silence lui répondit. Il sentit le corps du garçon se tendre contre lui. Il attendit patiemment, sachant que cela ne durerait pas. Enfin, après quelques secondes, Loki posa la question qui semblait lui bruler les lèvres : « Tu as eu beaucoup d'amants ? »

« Quelques-uns. » C'était un mensonge, évidemment. Lucius était un homme insatiable. Insatiable et tout à fait charmant. Il n'avait donc aucun mal à séduire et à ramener chez lui ses proies. Le souci venait plus tard, lorsque ses amants finissaient par découvrir son véritable caractère, son besoin de contrôle et sa froideur implacable.

Heureusement pour lui, Lucius avait horreur de s'attacher. Car s'attacher était une faiblesse et chaque faiblesse devenait une vulnérabilité.

Loki, contre toute attente, avait été le premier à le supporter sans qu'il ne l'ait d'abord baisé. C'était presque inespéré.

« Des hommes ou des femmes ? »

Décidément, le sujet intriguait le jeune homme. Il répondit avec une nonchalance feinte : « Les deux. Et vous ? »

Le garçon se racla la gorge, visiblement un peu mal à l'aise : « Pas beaucoup… des femmes surtout. Deux. Et un mec. »

Un sourire satisfait naquit sur le visage de Lucius. « Je vois. »

Le silence les enveloppa de nouveau. Il commença un décompte amusé dans sa tête : 5… 4 … 3… 2… 1...

« Et… tu faisais quoi avec eux ? »

Oh. Le sourire de Lucius s'accentua. C'était parfait. Il approcha ses lèvres de l'oreille du garçon et laissa couler de sa gorge une voix grave et vibrante : « Plein de choses. Vous voulez peut-être que je vous en montre quelques-unes ? »

Loki frissonna légèrement à ce murmure : « Heu… Ce n'est peut-être pas une bonne idée… »

« Pas de soucis. » La main de Lucius remonta lentement le long du ventre du garçon, suivant obstinément l'estafilade qui le marquait, souvenir de sa dernière sortie.

Nouveau raclement de gorge : « Oui, enfin… je veux dire… peut-être que tu pourrais m'en montrer une ou deux ?Juste pour voir ? Enfin, tu comprends, ce n'est pas le domaine que je maîtrise le mieux. C'est seulement pour apprendre. »

Le sourire de Lucius devint carnassier : « Oui. » répéta-t-il d'une voix neutre. « Uniquement pour apprendre. »

Le garçon tourna brusquement la tête vers lui et ses yeux bruns lancèrent des éclairs dans sa direction : « Tu as beau essayer de le masquer, Lucius, j'entends la moquerie dans ta voix ! »

Lucius haussa un sourcil, feignant l'innocence, mais il ne fit aucun effort pour effacer le sourire amusé qui dansait sur ses lèvres : « Absolument pas. Je suis simplement épaté par votre capacité à nier et refouler vos envies charnelles. »

Loki grogna légèrement, mécontent de la tournure que prenaient les événements : « Si tu crois que je ne sais pas que tu essayes de me manipuler… Je te vois venir depuis l'Amérique, toi et tes gros sabots. »

« Cette expression n'existe pas. »

« Elle existe, maintenant. » Le ton boudeur du jeune homme était sans appel.

Lucius pencha légèrement la tête, ses lèvres frôlant l'oreille de Loki, et il murmura d'une voix qui laissait peu de place au doute : « Bien. Et comment pourrais-je me faire pardonner cette lamentable tentative de corruption ? »

Loki frissonna à nouveau, mais il était clair qu'il ne voulait pas céder si facilement. Il garda le silence un instant, pesant ses options, avant de répondre d'un ton détaché : « Peut-être que tu pourrais commencer par me montrer un peu de respect. »

« Le respect, bien sûr. » murmura Lucius tandis que ses doigts continuaient de tracer de légers cercles sur la peau du garçon. « Navré, mais ce n'est pas un mot qui m'inspire… »

Loki roula des yeux : « Tu vois, c'est exactement ce que je veux dire. Tu es toujours en train de tourner autour du pot. »

Lucius ne put retenir un léger rire. « Très bien, très bien, » concéda-t-il en un souffle, sa main se faisant un peu plus assurée. « Je vais m'efforcer d'être plus direct, alors. Je vous propose trois autres mots, choisissez dans la liste celui qui vous plait le plus : Cartographie… Conquête… Fusion. »

Loki, pris au dépourvu, cligna des yeux, tentant de décrypter le signification concrète des propositions de son compagnon. Mais Lucius ne lui donna pas le temps de réfléchir plus longtemps et le pressa rapidement : « Alors ? Quel mot avez-vous choisi ? »

« Heu… le premier ? »

« Bien. » Sans attendre, il laissa la paume de sa main glisser lentement, effleurant la peau du garçon avec une délicatesse qui contrastait avec l'empressement dont il avait fait preuve quelques secondes auparavant.

Ses doigts traçaient des chemins invisibles sur le corps du garçon, chaque mouvement calculé pour éveiller ses sens, pour faire monter doucement la tension.

Lucius se rapprocha encore, ses lèvres frôlant l'oreille de Loki, son souffle chaud ajoutant une autre dimension à son jeu de séduction. Il laissa ses doigts continuer leur danse lente et mordilla doucement le lobe du garçon. Ce dernier expira soudainement, comme s'il avait retenu sa respiration tout ce temps.

Lucius savourait chaque seconde, aimant voir son compagnon se tendre sous ses caresses. Il continua la lente exploration de son corps. Ses doigts, légers comme une plume, descendirent le long de sa colonne vertébrale, traçant une ligne invisible qui sembla brûler la peau du jeune homme sous son passage.

Puis, il glissa sa main sous l'ourlet du pantalon, le dégageant lentement, sans jamais précipiter ses gestes.

Loki, les yeux mi-clos, se laissa faire, obéissant aux mouvements de Lucius. Il sentit le tissu se desserrer autour de ses hanches, puis glisser le long de ses jambes, découvrant peu à peu sa peau à l'air libre. Lucius accompagna le mouvement, ses doigts suivant la courbe de ses hanches, avant de descendre le long de ses cuisses.

C'était comme s'il sculptait son désir, le façonnait de ses mains pour l'emmener… plus haut.

Ses mains continuèrent leur lente descente, effleurant la peau sensible des genoux, puis glissant sur les mollets, jusqu'à atteindre les pieds. Il s'attarda là un instant, massant doucement leur plante, stimulant chaque nerf, chaque terminaison nerveuse.

Loki soupira. Cartographie, donc. Il voyait désormais parfaitement la signification du mot et peut-être qu'il en voulait beaucoup plus…

« Lucius… » Les yeux d'acier du blond se posèrent sur le garçon. « Je me suis trompé dans mon choix. »

Un sourire en coin étira les lèvres de Lucius. « Vraiment ? »

« Oui. »

Les mains du blond recommencèrent leur lente et méthodique exploration : elles quittèrent les pieds pour remonter sur les chevilles, suivirent à nouveau les mollets, les cuisses, s'attardèrent autour de l'aine… Il s'arrêta là, juste un instant, savourant l'anticipation qu'il sentait grandir chez le jeune homme.

« Et quel mot souhaitiez-vous choisir ? »

« Conquête. »

« Je vois. Un choix judicieux. »

Ses mains se placèrent de part et d'autre des cuisses du jeune homme. Elles roulèrent lentement sur ses muscles pour se positionner à l'intérieur et remonter avec une lenteur exquise vers l'érection déjà tendue du garçon.

Loki expira soudainement et son souffle saccadé trahit l'excitation qui bouillonnait en lui. Lucius ne précipita rien. Lorsqu'il atteignit enfin son objectif, ses doigts effleurèrent délicatement le sexe offert. C'était une caresse à peine perceptible, mais suffisante pour faire monter le désir en lui.

« Conquête… » murmura Lucius, comme pour lui-même, tout en laissant ses mains l'explorer avec avidité. « Ce mot vous va si bien. »

Il laissa sa main glisser le long de la verge de Loki et ses doigts tracèrent des cercles doux et concentriques autour de son gland, étalant le liquide pré-séminal qui gouttait le long du méat pour intensifier la lubrification.

Le garçon crispa ses doigts dans les draps.

« J'ai quelques questions... » murmura Lucius. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire narquois alors qu'il continuait ses caresses, implacable.

Loki haleta, luttant pour garder son souffle sous contrôle. « Quoi ? Maintenant ? »

« Oui, maintenant. Quel meilleur moment pour obtenir les réponses que je souhaite ? Je doute que vous puissiez me mentir… ou éluder quoi que ce soit... dans l'état où vous vous trouvez. »

Lucius changea de position pour dominer le garçon de toute sa hauteur. Voilà. C'était ainsi qu'il aimait que les choses se passent. Ses doigts fins tracèrent la courbe de la verge et son pouce joua un instant avec les veines saillantes, tendues sous la peau.

« Pose… tes putains de questions. » Il avait serré les dents pour retenir un gémissement.

Lucius sourit, gardant son regard rivé sur les moindres expressions du garçon. « Bien. J'apprécie votre docilité… »

Loki le fusilla du regard : « Docilité mon cul ! » Sa voix, bien qu'haletante, portait toujours cette nonchalance railleuse. Il releva brutalement ses hanches pour nouer ses jambes autour de la taille du blond et l'attira à lui. Lucius, surprit par ce mouvement, retint sa chute en posant une main sur le matelas, juste dans le creux du cou du garçon. Un souffle moqueur s'échappa de son nez. Décidément, tout lui plaisait chez ce gamin.

Les doigts agiles et déterminés de Loki, glissèrent sur sa ceinture, cherchant à la défaire. Mais Lucius, d'un geste sec, attrapa son poignet avant qu'il ne puisse aller plus loin. « Je suis désolé, mais seule une armée peut conquérir un pays. »

Les yeux du garçon s'ouvrirent légèrement de stupeur, puis il laissa retomber sa main sur le lit dans un éclat de rire : « Je comprends ! Alors j'ai encore choisi le mauvais mot ! »

Lucius sourit : « Navré, mais je ne fais plus ni échange, ni remboursement. » Il laissa ses mains descendre vers les testicules du jeune homme, les faisant rouler doucement entre ses doigts.

Le rire s'étrangla dans la gorge du garçon.

« Dites-moi, je suis curieux... quand exactement avez-vous découvert qu'il y avait un monde de magie autour de vous ? Qui vous l'a dit ? Comment avez-vous su ? »

« Je crois que tu te méprends sur qui je suis vraiment… »

Lucius augmenta doucement la pression sur les bourses et le garçon se tordit sur lui-même : « Attends, pas là ! Je… j'avais onze ans et je haaaan ! Je... »

« Vous aviez donc onze ans... »

Loki haleta : « Ou... oui. Et cet homme est entré dans la maison où nous étions cachés et... et il a... et c'est là que j'ai su... pour la magie… Oh merlin ne t'arrête surtout pas ! »

La demande était inutile. Lucius ne comptait certainement pas s'arrêter en si bon chemin. Son index effleura le périnée, le massant délicatement.

« Quand vous dites que vous étiez caché, pourquoi ? »

« Ma famille croyait que... que nous étions poursuivis. »

Lucius fronça les sourcils : « Par qui ? »

« Par des cinglés, probablement… est ce que tu pourrais utiliser ton autre main pour… pour tu vois ? »

Lucius sourit. Il pouvait autoriser cela. Il se redressa lentement et, tandis que sa main droite alternait les pressions entre le périnée et les testicules du garçon, les doigts de sa main gauche explorèrent la couronne de son sexe avec une minutie quasi chirurgicale.

Les membres du garçon frissonnèrent : « Oh, merlin. Tu es parfait ! »

« Vous parlez de votre famille, mais vous m'avez dit que vos parents étaient morts ? »

« Oui. Mon oncle et ma tante. Lucius... tu ne veux pas te taire deux minutes ? »

« Non. Vous avez donc vécu avec eux ? Comment sont morts vos parents ? »

Loki se cambra violemment : « Tu es vraiment le pire des connards, Lucius. »

Lucius sourit, carnassier : « Je sais. » Il se pencha en avant, laissant ses lèvres frôler la peau tendue du bas-ventre du garçon, déposant un baiser juste au-dessus de son pubis, avant de laisser sa langue tracer une ligne humide et brûlante le long de l'aine.

Une longue plainte coula de la gorge de Loki, presqu'un sanglot. « Merlin… comment tu peux… me faire ça… »

Lucius stoppa tout mouvement et un rictus cruel déforma un instant son visage : « Je peux arrêter… »

« Non ! Surtout pas ! »

« Bien. Alors répondez à ma question et je vous emmènerai là où vous voulez aller. » Il reprit, avec une lenteur volontaire, son va-et-vient sur la verge tendue.

« Un mec... les a tués. Un type que tu connais bien, je crois. D'autres questions ? »

Lucius garda le silence et ses yeux s'assombrirent. Il comprenait ce que cela impliquait. Il n'avait pas besoin de plus de détails pour savoir de qui Loki parlait. C'était son Maître, probablement lors d'un raid, qui avait tué les parents du garçon. Ils avaient tué tellement de monde durant ces dernières années de guerre… Une part de lui se sentait étrangement déstabilisée par cette révélation.

Loki, malgré l'état de désir auquel il était soumis, reprit la parole d'une voix rauque : « Qu'est-ce que tu vas faire, après ? »

Lucius accéléra légèrement son rythme : « Après quoi ? »

Loki ferma brièvement les yeux avant de les rouvrir : « Tu vas retourner auprès de lui ? »

Un nouveau silence s'installa. Finalement, le blond répondit d'une voix distante : « Oui. »

« Ah ! » Un rire froid s'échappa de la gorge du garçon, mais il n'ajouta rien de plus et se cambra violemment sous une nouvelle caresse.

Lucius l'observa attentivement, fasciné par cette intensité sauvage. Il le possédait à cet instant, mais malgré tout, il restait inaccessible, indomptable. Une vague de frustration l'envahit. Merde. Il sentit son propre sexe se tendre douloureusement. Ses mouvements devinrent un peu plus brutaux.

« Votre corps a été bien entraîné. »

Un ricanement étouffé lui répondit : « Ouais. J'fais du sport régulièrement. »

Lucius secoua la tête, insistant : « Non. C'est plus que ça. Qu'êtes-vous exactement ? Soldat ? Mercenaire ? »

Loki le fixa, son sourire narquois plaqué sur ses lèvres. « Sérieusement ? » Il rit doucement. Il passa ses bras autour du cou de Lucius, rapprochant leurs visages jusqu'à ce que leurs souffles se mêlent. « Je suis un peu tout ça à la fois, mon grand. Je suis le Merveilleux Sauveur du Monde, on ne te l'a pas dit ? »

Puis, brusquement, il relâcha Lucius et se laissa retomber sur le matelas, son sourire s'étirant encore plus. Lucius haussa un sourcil inquisiteur : « Un peu narcissique, non, comme formulation ? »

Cette fois-ci, Loki éclata franchement de rire, un rire franc et sincère qui sembla illuminer la pièce. Lucius le regarda, hypnotisé.

« Ouais. Ouais, carrément narcissique ! Mais on me l'a tellement répété que j'ai fini par le croire ! »

Lucius savait que certains moldus étaient mis dans la confidence du monde sorcier, parfois même recrutés pour combattre les partisans du Seigneur. Ce garçon pouvait très bien en faire partie.

« Vous vous battez donc contre nous ? »

Un souffle amusé : « Ouais, on peut dire ça comme ça. Disons simplement que j'ai grave envie de péter la gueule de Riddle. »

Lucius frissonna malgré lui. Ce nom, prononcé avec tant de mépris, fit résonner un sentiment de malaise en lui. Les moldus n'avaient pas encore appris à craindre le Seigneur comme le faisaient les sorciers. Ils ne comprenaient pas vraiment la terreur qu'il incarnait. C'était pour cela que ce garçon pouvait prononcer son nom avec une telle désinvolture, comme si le Maître ne valait rien.

Il fronça les sourcils et sa voix se durcit. « Ne dites jamais cela à un autre sorcier. Vous êtes réellement inconscient. » Il renforça sa prise sur le sexe de Loki, faisant glisser son pouce le long du méat du gland, mixant le plaisir et la torture. Il savoura un instant le tressaillement du corps de son partenaire.

La réponse vint avec une pointe de provocation : « Pourquoi ? Pourquoi toi, tu tolérerais que je dise ça, et pas les autres ? »

Lucius plissa le nez, agacé. « Mes... collègues ne seront pas tous aussi ouvert d'esprit que moi. Vous seriez... dépecé vivant. »

« Mmmh. » Les yeux de Loki se fermèrent à moitié, comme s'il se concentrait davantage sur les sensations que lui procurait Lucius. « Alors pourquoi es-tu si laxiste avec moi ? »

Le ton de Lucius se fit tranchant comme une lame. « Parce que je vous dois la vie. Et parce que vous m'appartenez. »

Loki rouvrit les yeux, ancrant son regard dans celui de Lucius, un sourire en coin. « Oh, je vois. Tu es sacrément présomptueux pour croire que je t'appartiens. »

Lucius se pencha dangereusement sur le garçon et ses traits se durcirent encore, presque menaçants : « Dites-moi que j'ai tort. »

Loki sourit, mais cette fois, c'était un sourire teinté d'une noirceur qu'il ne dévoilait pas souvent. « Tu as tort. Crois-moi. Tu n'as aucune envie que je t'appartienne. »

Lucius ne perdit pas son sang-froid, même lorsque le garçon se cambra de nouveau sous ses caresses. Son regard resta glacial : « Ce n'est pas comme si je vous laissais le choix. »

Loki, toujours aussi provocateur, passa à nouveau ses bras autour du cou de Lucius, son sourire ne quittant pas ses lèvres. Il se redressa légèrement, approchant son visage de celui de Lucius et l'embrassa avec une fougue inattendue. « C'est la pire erreur de ta vie. »

Lucius, loin d'être déstabilisé, répondit au baiser avec une intensité égale, presque possessive. Lorsqu'il rompit le contact, il murmura contre les lèvres de Loki : « Je ne pense pas. »

Le garçon se détacha lentement de lui : « Fais-moi jouir. Maintenant. »

Ce n'était plus une conquête. C'était une reddition totale.

Il accéléra encore le rythme de son va-et-vient, y ajoutant un subtil mouvement de rotation de son poignet pour intensifier encore le plaisir du garçon. Ce dernier, incapable de résister, ferma les yeux et s'abandonna complètement, ses mains crispées sur les draps.

Lucius pouvait sentir ses muscles se tendre sous ses doigts, pouvait percevoir chaque frémissement, chaque tressaillement. Le corps de Loki se cambra à nouveau et ses respirations devinrent plus erratiques. En sentant le sexe tressauter entre ses mains, Lucius su qu'il approchait du point de non-retour. Il ralentit légèrement ses mouvements, prolongeant l'agonie, jouant avec les nerfs du garçon et savourant le pouvoir qu'il exerçait sur son partenaire.

Alors que Loki se rapprochait de l'extase, Lucius plaça fermement son pouce sur son méat, pour bloquer toute éjaculation.

Le jeune homme lâcha un grognement frustré et ses yeux s'ouvrirent brusquement. « Lucius… »

« Uniquement quand je le décide… »

Le garçon mordit sa lèvre. « Fais-moi une promesse. »

L'autre main du blond continuait de s'activer sur le corps chaud, explorant chaque centimètre de peau : « Je ne fais jamais de promesse. »

Loki n'écouta pas : « Promet moi que… que, quand le jour viendra, tu changeras de Maître. »

Lucius se figea un instant, ses doigts suspendus dans leur course. Qu'est-ce que ce gamin disait ? Comprenait-il seulement le sens de ses propos, ou est-ce que le plaisir l'avait mené à la folie ?

Il plissa des yeux : « Et quel Maître devrais-je prendre ? »

Le garçon lui adressa un sourire carnassier : « Moi, évidemment. »

Les pupilles de Lucius se dilatèrent brutalement et sa respiration se coupa durant quelques secondes dans sa poitrine. Un désir féroce monta en lui et il dû contenir la vague destructrice qui le submergeait violemment. Ce moldu… ce moldu était décidément tout ce dont il avait besoin. Tout ce dont il avait jamais rêvé…

Il se pencha sur le garçon, s'emparant de ses lèvres avec voracité. Loki gémit sous l'assaut et ce simple son fit brûler Lucius encore plus fort. Il était insatiable, consumé par le désir. À cet instant, il lui sembla qu'il ne pourrait plus jamais se passer de ce contact, de cette chaleur, de cette présence.

Alors qu'il mordillait la chair tendre et brûlante du garçon, il pensa au Seigneur : il pourrait se glisser dans son dos, le trahir, le tuer… le détruire… le réduire à néant et prendre sa place sur le trône.

L'idée le fit frissonner de plaisir autant que d'appréhension. Il savait que ce genre de pensée était suicidaire. Il était puissant, bien entendu, mais il ne le serait jamais autant que le Maître.

Il hésita, cependant, en sentant le corps de Loki se presser contre lui, et il se demanda s'il n'était pas déjà prêt à tout pour posséder ce qu'il désirait réellement.

Loki détourna un instant la tête pour reprendre sa respiration : « Lucius… libère-moi maintenant… »

Lucius se souvint soudain qu'il retenait toujours, de son pouce, l'éjaculation du garçon. Il relâcha enfin la pression et le corps se cambra violemment sous lui, tremblant sous les vagues de plaisir qu'il ne pouvait plus contenir.

Lucius l'observa, fasciné par la vision de cet homme, si vulnérable et pourtant si puissant à la fois, cédant enfin entièrement à ses désirs.

Lorsque Loki se détendit enfin et que son corps retomba lourdement sur le matelas, Lucius relâcha lentement son emprise.

Tout cela… n'était qu'un magnifique rêve. Il le savait, tout au fond de lui…

Un sourire triste effleura ses lèvres et il laissa échapper les mots qu'il savait vrais, malgré tout ce qu'il aurait voulu croire : « Je suis désolé. Je ne peux rien vous promettre. »

Le garçon ne répondit pas.

Il s'était endormi.

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