Mes petits chats,
Je vous retrouve pour une partie et donc une autre tranche de vie avec nos deux héros.
Elle est un peu longue mais j'essaye de les équilibrer au mieux les unes avec les autres. N'hésitez pas à me dire si vous trouver que c'est trop long et que la lecture en devient désagréable. Je les diviserai et je ferai plus attention pour les autres.
Pas de notes de contexte pour cette fois-ci, je vous laisse directement dans le vif du sujet. … Un petit quelque chose de différent se passe entre Bucky et Chris/Steve mais surprise. La vraie vie, c'est aussi ça :)
Je vous laisse à votre lecture et vous dit à bientôt.
Bien à vous,
ChatonLakmé
L'homme de la plage
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Dixième partie
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Début octobre
Bucky flatte gentiment l'encolure puissante du cheval gris qui, la tête basse, bronche à peine aux mouches noires qui volent autour de sa tête dans un bourdonnement incessant.
Le brun lève les yeux vers le ciel. L'air est lourd et moite, il sent l'orage de chaleur.
Un insecte vient se poser à la commissure de son œil malgré les œillères en cuir. Le cheval s'ébroue d'inconfort, renâcle bruyamment et agite vigoureusement la tête pour la faire fuir.
Assise devant lui, Sandy sursaute brusquement. Campée sur ses pattes, le corps frémissant, elle aboie d'un air un peu peureux jusqu'à ce que Bucky la fasse taire d'un claquement de langue. La chienne se rassoit devant le cheval mais plus près du brun qu'avant, les oreilles légèrement en arrière d'anxiété.
Le jeune homme vient de découvrir un point qui fait frémir la grande jument de plaisir, juste derrière son oreille gauche, quand un couple de touristes monte dans la calèche attelée derrière elle. Ses flancs sont peints aux couleurs de la Old Town Carriage Co, bordeau et jaune. C'est la même société de promenades touristiques qui lustre avec tant de soin le cuir du harnais et fait briller les attaches en métal argenté.
Le cocher, habillé d'un gilet rouge sur une chemise blanche et d'un canotier en paille orné d'un ruban noir, grimpe rapidement sur le siège.
— « Est-ce que je vous réserve le prochain tour ? », lui demande-t-il en prenant les rênes. « Nous acceptons les chiens. »
Imaginer Sandy dans la voiture, tapie au fond sans courage, le fait sourire. Bucky secoue la tête.
— « Je vous remercie mais c'est inutile, je ne faisais qu'un petit arrêt. J'aime bien les chevaux. »
— « Si vous changez d'avis, notre agence de réservation est sur F Street. »
L'homme le salue d'une main à son canotier et, d'un imperceptible mouvement de rêne, fait s'engager le cheval dans la circulation de 1st Street. Le brun regarde l'attelage s'éloigner au son du claquement des sabots ferrés sur le bitume. Il aime bien l'écouter, lent et régulier. Clap clap clap. Quand il est monté dans une des calèches de la compagnie pour la première fois, il était petit garçon et venait d'emménager à Eureka. Le cocher l'avait laissé s'installer à côté de lui. Bucky avait eu l'impression que son corps vibrait à chaque pas du cheval, une grande bête noire avec une étoile blanche sur le front. Quand il marchait et qu'il observait le mouvement ondoyant de sa croupe, le brun balançait aussi inconsciemment le bassin comme pour l'aider. Le claquement des sabots résonnait dans son ventre. Ça l'avait un peu ému.
Sandy tire sur la laisse et gémit doucement, attirée par un chien qui passe non loin d'eux. Bucky la ramène gentiment contre lui. La chienne couine à nouveau.
— « Je sais que tu n'aimes pas la laisse mais il y a trop de circulation par ici et trop de distraction pour toi. Nous sommes juste à côté du chantier de Chris. Encore un peu de patience et il te consolera de ton gros chagrin », sourit-il.
Le brun s'éloigne sur le trottoir et tourne à gauche sur G Street, précédé par Sandy qui continue à tirer sur la laisse. Ils ne sont pas très loin, à peine un kilomètre. Bucky a laissé le pick-up garé sur le parking public du front de mer, juste un peu plus loin. Il avait des courses à faire en ville. Continuer à en y flâner est une idée vague. Le fait qu'il tombe sur Chris en plein travail, totalement fortuit. Ce n'est pas comme si le brun le cherchait réellement, les deux hommes se sont souhaités une bonne journée i peine quelques heures. Il a juste envie de le voir à son nouveau poste. Et il est un peu mélancolique depuis le début de la journée alors revoir Chris lui fera du bien. … Il en a juste besoin.
Bucky observe distraitement les vitrines des commerçants jusqu'au croisement de 3rd Street et de F Street. Des échafaudages métalliques montent le long de la façade d'un petit immeuble à deux étages aux lignes Art Déco, décoré de frises de faïence colorée sous les fenêtres et la corniche du toit.
Le brun se rapproche, entraîné par Sandy. Il plisse déjà les yeux pour repérer son ami. Il veut le voir. Avec son jean à la toile solide, ses chaussures de sécurité et son casque de chantier dont la seule vue lui chatouille agréablement le ventre. Il sourit toujours quand il voit Chris quitter la maison avec, coincé sous un bras. Une tentative pour cacher la manière dont il sent ses reins chauffer alors que le blond le salue en lui promettant de rentrer à une heure décente pour dîner ensemble. Les réunions de chantier s'éternisent parfois très tard.
Bucky est arrêté depuis un temps ridiculement long au passage piéton quand il le repère enfin.
Chris est au dernier étage de l'échafaudage, accompagné par un homme en chemise qui parle en faisant de grands gestes. Après une observation attentive, le jeune homme comprend qu'il désigne les fenêtres. La réponse de son ami est moins démonstrative. Bucky le voit se pencher puis s'accroupir devant un bow-window à la menuiserie fatiguée. Calme et assuré, son casque de chantier sur la tête. Le blond est en bras de chemise, les manches de son polo roulées sur ses avant-bras musclés.
Il fait chaud pourtant Bucky frissonne un peu.
Le bombers en cuir est posé sur un montant de l'échafaudage.
La boule dans son estomac grossit encore, pas vraiment douloureuse ou lestée de plomb. Elle est juste là, tout le temps depuis quelques semaines. Le brun se demande pourquoi il est venu chercher ainsi ce qui le rend à la fois heureux et un peu triste. Navré Susan, il ne sait pas être prudent. Pas dans cette situation et avec cet homme.
Bucky regarde autour de lui pour traverser.
La terrasse d'un café voisin attire son attention.
Assise à une table, une quadragénaire coiffée d'une casquette vert pastel boit un immense verre de thé glacé. Elle ne cesse de triturer le bouton d'un vieux poste de radio pour trouver une station. Ses yeux ne quittent pas Chris qui se déplace souplement sur l'échafaudage. Leurs regards se croisent, Bucky la salue d'un petit signe de tête mais elle l'invite déjà à le rejoindre d'un geste empressé.
Bien.
Voilà une rencontre parfaitement fortuite qui ne donnera pas l'impression qu'il piste son colocataire comme un chien de chasse.
— « Bonjour Mrs Alvaro. Vous êtes installée comme chez vous », sourit-il en jetant un œil au gros fauteuil releveur en velours sur lequel elle est assise.
La femme pousse et retire d'une chaise voisine un énorme cabas en paille pour se poser devant elle. Bucky se glisse à ses côtés tandis que Sandy pose sa tête sur la cuisse de sa nouvelle amie pour se faire caresser. Mrs Alvaro est une des locataires de David, le brun a fait sa connaissance un matin qu'il déposait Chris sur le chantier en voiture.
— « Bonjour niña », dit-elle tendrement. « Tu as raison, je suis presque comme chez moi. Chris a déplacé mon fauteuil ici le temps que les ouvriers interviennent sur les fenêtres de mon appartement. Il m'a promis qu'il le remontera et le redescendra pendant toute la semaine jusqu'à l'achèvement des travaux. Es fuerte. »
Bucky se mord les joues. Il n'était pas très bon en espagnol au lycée mais il comprend sans peine. Ouais, il est fort. Entre autres choses. Le brun préfère ne pas imaginer son ami arc-bouter sous le poids du fauteuil, les muscles bandés et les reins cambrés tandis qu'il traversait la rue. Bon sang, est-ce que Chris est même parvenu à faire ça seul ? Ce truc est énorme. C'est sexy, c'est –
— « Ce garçon est vraiment très bien », reprend la femme en ajustant sa casquette d'un geste coquet. « C'est une bonne chose qu'il soit devenu le collaborateur de Señor David. Il dirige très bien le chantier et les ouvriers et il est attentionné. C'est lui qui m'a proposé de m'installer ici pour que je ne sois pas dérangée par les travaux. Marlon était gentil mais Chris est une perle. »
Oui, entre autres choses toujours. Bucky indique au serveur d'un signe de tête qu'il ne consommera rien. Il pianote du bout des doigts sur la table tout en regardant son ami.
— « Il fait du bon travail alors ? »
— « Bien sûr qu'il le fait ! Il a toujours le sourire, il ne se plaint jamais même quand il écoute les doléances du couple Oliviera qui est d'une terrible mauvaise foi. Es adorable ! » Elle esquisse une petite moue. « Et il est charmant à regarder pour ne rien gâcher. »
Mrs Alvaro glousse doucement comme si elle avait dit quelque chose d'incroyablement audacieux.
Bucky lui jette un regard en coin.
Chris a environ trente-cinq ans, peut-être plus. Sa voisine frôle probablement la cinquantaine. On a vu des couples plus mal assortis.
Il se mord douloureusement les joues. Il pense vraiment à n'importe quoi.
Le brun l'écoute distraitement continuer à pérorer sur ses voisins et opine régulièrement en guise d'acquiescement. Tout ce qu'il retient est combien Chris est hermoso, amable, educado, beaucoup d'autres adjectifs dont il devine sans peine le sens. Et que la fille soltera de Mrs Alvaro qui termine ses études à l'université de Chico va bientôt lui rendre visite.
— « Mariana doit arriver à la fin de la semaine et Chris m'a dit qu'il viendrait vérifier l'étanchéité des fenêtres samedi après-midi. Es perfecto ! »
Bucky se pince l'arête du nez. Il est fatigué. Il a mal dormi la nuit passée et il ne devrait pas avoir l'impression de lutter contre le monde entier. C'est pourtant le cas, encore et encore. Ce n'est pas comme s'il pouvait réellement enfermer Chris chez eux pour qu'ils restent ensemble, juste tous les deux sans personne d'autre. Il a promis à Susan d'être responsable. L'entendre de la bouche d'une autre personne, presque une inconnue pour eux, fait quand même mal.
Mrs Alvaro se projette avec ravissement sur La Rencontre dans son appartement.
Le brun se mord les joues pour ne pas lui répliquer que samedi après-midi, après sa visite, Chris et lui resteront ensemble en ville avant d'aller boire un café sur le front de mer. Juste tous les deux.
Bucky suit son ami du regard, ce dernier est en train de descendre les échafaudages. Chris récupère sa veste en cuir avant de l'enfiler. Le brun sourit stupidement. Il est tellement séduisant dans ce blouson.
Le jeune homme est encore pendu au barreau de l'échelle quand il le remarque. Son visage s'illumine sous son casque de chantier. Oh que c'est bon. Mrs Alvaro n'a rien remarqué, Bucky trouve ça dommage.
Il se lève, range sa chaise avant d'arranger les plis de son jean.
— «Vous partez déjà ? »
— « Oui, j'ai un rendez-vous », s'excuse Bucky et il savoure puérilement l'ambiguïté.
Mrs Alvaro lui adresse une œillade entendue, le brun se contente de hausser les épaules. S'enfoncer encore dans son mensonge serait dangereux et malaisant pour Chris. Il ne veut pas ça. La quadragénaire rit doucement et se réinstalle confortablement dans son fauteuil, les mains croisées sur son ventre.
— « C'est bien. Es bueno », dit-elle en hochant la tête. «Soyez galant et attentif, les femmes aiment ça. »
Oh seigneur, il laisse tomber.
Chris descend enfin de l'échafaudage. Il serre la main de l'homme à la chemise bleue et traverse la route pour les rejoindre. Mrs Alvaro replace coquettement la visière de sa casquette verte. Bucky distingue un logo brodé dessus et il esquisse un sourire un peu méchant. Elle est horrible et la couleur jure beaucoup avec ses cheveux teints en couleur acajou.
Le brun observe son ami grimper sur le trottoir.
— « Je ne pensais pas te croiser ici ce matin »,dit Chris en lui souriant.
— « Est-ce que c'est une mauvaise chose ? »
— « Pas du tout », s'esclaffe le blond. « Je pensais juste qu'on ne se reverrait que ce soir à la maison mais c'est parfait, je m'apprêtais justement à aller déjeuner. Tu te joins à moi ? »
Son ami retire son casque de chantier en plastique blanc et ébouriffe ses cheveux d'une main. Bucky est un peu distrait. Sandy tire fort sur la laisse et couine en direction de Chris qui s'empresse de s'agenouiller pour la caresser gentiment, un beau sourire de joie aux lèvres. La chienne lui mordille doucement les doigts et frotte son museau contre le cuir de son blouson. Elle tire si fort que le brun lâche finalement la laisse. Occupée par ses retrouvailles avec son grand ami, Sandy ne risque pas de s'enfuir pour courir après un chien. Ou un oiseau. Ou une voiture.
— « Tu lui as remis la laisse ? Tu sais qu'elle n'aime pas ça », note Chris en lui jetant un regard en coin.
— « Quand elle m'obéira parfaitement dans les rues du centre-ville, je changerai d'avis », lui répond Bucky du tac-au-tac. « Elle a peur des chevaux qui tirent les calèches de Old Town Carriage Co, ça lui fait avoir des réactions incontrôlables. »
— « Ma pauvre fille, nous allons travailler ça », souffle tendrement le blond en grattant Sandy au sommet du crâne.
C'est le point magique. La chienne se couche et roule immédiatement sur le dos pour se faire papouiller le ventre. Une fois, Bucky a vu un dauphin faire la même chose dans un reportage animalier. Il avait trouvé ça mignon mais pas autant que le duo formé par son ami et Sandy.
Mrs Alvaro se penche par-dessus la table pour les regarder et elle rit doucement. Leblond se redresse et regarde l'heure sur l'écran de son portable dernier cri. Que de longues séances de coaching il a fallu faire pour que Chris arrive à en maîtriser les subtilités. Bucky a eu autant envie de l'étrangler que de l'embrasser à perdre haleine sur le canapé pour calmer ses bouderies agacées.
— « Il est treize heures passées, on devrait y aller. Tu te rappelles que j'ai rendez-vous à Providence en début d'après-midi ? »
— « La note de rappel est accrochée sur le frigo, je me souviens. Je me souviens aussi qu'on a convenu que tu devais inviter Sam et Maria pour le dernier barbecue de la saison et fêter ton nouveau poste », sourit le brun.
— « Fin de cette semaine, c'est ça ? »
— « C'est ce qu'on a convenu. Ça te laisse encore quelques jours pour trouver le meilleur endroit où cacher les clés de ta Mercedes. Sam meurt d'envie de l'essayer et de faire un dérapage devant la maison. »
Chris éclate de rire. Bucky, lui, sourit d'un air stupide.
Il entend le fauteuil de Mrs Alvaro couiner doucement, le brun tourne machinalement la tête.
La quadragénaire le dévisage sans retenu sous la visière de sa casquette verte. Son regard est insondable et le gêne. Le jeune homme lui sourit maladroitement et observe à nouveau Chris. Quoi ? Est-ce qu'il ne sourit pas correctement à son ami ? Pas comme il le devrait ? Il n'a pas le droit de le faire comme un homme amoureux alors que ça ne concerne que lui?
Il fronce légèrement les sourcils.
— « Est-ce que tu vas bien ? Tu as l'air préoccupé ? », lui demande gentiment le blond.
— « J'ai mal dormi. Tu sais, l'arrivée de l'automne, Sandy qui commence à perdre ses poils… », élude-t-il d'un ton faussement badin.
Le regard de Mrs Alvaro lui brûle le visage. Les yeux de Chris aussi mais pour une autre raison. Le jeune homme salue poliment la locataire et entraîne Bucky sur 3rd Street, son casque de chantier sous le bras. Les deux hommes rejoignent la superbe berline, garée non loin de là le long du trottoir. Assis au bord du coffre, le blond change de chaussures et range avec soin son équipement de chantier. Il hésite puis retire le bombers pour le déposer soigneusement sur la plage arrière. Bucky hausse un sourcil.
— « Tu ne le prends pas ? », lui demande-t-il.
— « Je préfère le laisser ici, j'ai chaud et je ne me pardonnerai jamais si je l'oubliais quelque part. Tu en as besoin ? C'est presque autant mon blouson que le tien, tu me l'empruntes régulièrement », le taquine le blond.
Bucky lui donne un coup de coude dans les côtes d'un air vexé. Et alors ? Chris lui a répété que ce n'était pas un problème, probablement parce qu'il ignore que le brun aime juste le sentir sur lui, lourd et parfumé sur ses épaules. La première fois avait été un hasard motivé par l'urgence. Les suivantes, un peu moins…
Son ami s'étire et fait rouler ses épaules sous son polo.
— « Tu as une envie particulière ? Pour le restaurant ? », précise-t-il en souriant.
Le brun se mord les joues et hausse les épaules. Il a envie de suggérer de rester déjeuner au café où est attablée Mrs Alvaro, à une table juste voisine de la sienne mais ce serait mesquin. Chris parle avec enthousiasme de la devanture d'un diner qu'il a vu le matin en arrivant sur le chantier.
Bucky acquiesce doucement même si cela l'éloigne considérablement de son pick-up.
Plusieurs kilomètres à faire à pied dans le centre-ville par une chaude journée, ce n'est pas cher payé alors que son ami l'entraîne en posant distraitement une main sur ses reins.
o0O0o
Le brun est allongé sur son lit.
Il a le cœur gros, ses yeux piquent un peu.
Les bras glissés sous sa nuque pour soutenir sa tête, il observe distraitement le plafond lambrissé de sa chambre. Le soleil commence à décliner, colorant la peinture blanc cassé de nuances d'orange, de rose et de violet.
Le jeune homme passe une main sur son visage avant de tâtonner doucement autour de lui. Quelques mouvements et il trouve le corps chaud, la fourrure douce de Sandy. La chienne est exceptionnellement couchée à ses côtés, la tête au bord du lit. Sous sa paume, il sent le rythme lent et régulier de sa respiration, le frémissement paresseux qui agite à peine son corps musclé.
Bucky sourit tristement.
Une fois par an, il peut bien faire une exception et accepter de bafouer ses propres règles. Il en a besoin, Sandy le sait et c'est la raison pour laquelle elle a forcé le passage de sa chambre pour venir se faire câliner.
Le brun a été distrait toute la journée, errant de pièce en pièce, gaspillant son temps à des futilités et sans avancer sur sa traduction.
Il y a des choses que l'on n'oublie pas, peu importe le temps qui passe.
La plage est silencieuse, à peine troublée par le cri d'une mouette.
Le ronronnement puissant de la Mercedes de Chris résonne donc bruyamment tandis qu'elle se gare devant la maison.
Sandy lève rapidement la tête et saute du lit avant de dévaler l'escalier dans un grand bruit un peu effrayant. Le brun sourit. Il sait qu'elle est déjà assise devant la porte d'entrée, se tortillant d'aise à l'idée de revoir Chris à la fin de la journée. Bucky aussi, ça le réchauffe plus agréablement encore aujourd'hui.
Il jette un regard en coin au réveil sur sa table de chevet.
Son ami rentre parfaitement à l'heure, suffisamment tôt pour qu'ils puissent boire une bière ensemble avant de commencer à préparer le dîner l'un à côté de l'autre dans la cuisine. Bucky laisse son regard errer un instant sur la table de chevet.
Derrière le réveil, appuyée contre le mur pour la faire tenir droite, il y a une photo en couleurs.
Elle représente une belle femme aux cheveux châtains coupés très court et au charmant sourire. Elle est en train de faire rire aux éclats un petit garçon brun qui se roule sur ses genoux. Bucky esquisse un sourire. De jolies rides d'expression plissent les yeux et la commissure des lèvres de la femme. Quand il était enfant, le brun les retraçait de son petit doigt et les comptait silencieusement. Il y en avait un peu plus chaque année, à chaque nouvel événement dans sa vie, heureux ou malheureux. Bucky trouvait que ça la rendait belle.
Le brun roule lentement sur le flanc, un bras sous sa tête.
Il y avait la ride qui barrait son front quand elle était soucieuse, la petite, fine et profonde, qui se creusait entre ses sourcils quand elle était en colère. Puis les rides du sourire qui encadraient sa bouche fine. Winnifred Barnes les appelait les rides du baiser. Elle faisait sonner les siens sur les joues rebondies de Bucky en riant. Elles étaient sans doute ses préférés.
Des paroles étouffées lui parviennent, résonnant dans la cage d'escalier et la porte ouverte de sa chambre. Mêlées de couinements de plaisir et du froissement de sacs en plastique. Le brun hausse un sourcil. Chris avait un planning chargé pour la journée, il a quand même trouvé le temps d'aller faire les courses au WinCo. Leur passage au supermarché pouvait sans doute pu attendre la fin de la semaine mais le blond y est allé, probablement parce que Bucky a encore ronchonné le soir précédent sur le manque criant de bon café dans leur maison parce que sa marque préféré était en rupture de stock.
Le brun sourit tendrement. Il tombe encore un peu bêtement amoureux.
— « Tu l'aurais tellement aimé maman », murmure-t-il.
Le jeune homme se mord les joues et frotte fort son visage pour chasser sa mélancolie. Il se lève d'un bond, gagne la salle de bain et s'asperge les joues d'eau froide. Le brun repasse rapidement par sa chambre pour récupérer le blouson en cuir de Chris. Il est rentré avec après leur déjeuner, déjà sur le dos parce que le vent sur le front de mer lui donnait froid. San doute la fatigue. Bucky aurait pu le ranger dans son dressing à son retour mais il est monté avec et l'a posé à côté de lui. Sentimental.
Bucky descend lentement.
Chris s'affaire dans la cuisine en chantonnant le jingle de WinCo.
Le brun sourit. Sa mélancolie disparaît.
— « Si tu cherches ta veste, elle était dans ma chambre », dit-il d'un ton contrit en lui montrant le vêtement.
— «Ma veste, hein ? », le taquine le blond en haussant un sourcil.
Bucky roule des yeux. Il va dans l'entrée pour l'accrocher au porte-manteau, se retourne et se fige.
Une tache multicolore de couleurs vives.
Juste devant lui.
Sur le plan de travail.
Un grand et beau bouquet d'anémones.
Il déglutit.
— « … Qu'est-ce que c'est ? », croasse-t-il.
Chris referme lentement la porte du frigo. Il a le visage un peu rouge, se mordille nerveusement les joues.
— « Sam m'a dit. Je l'ai croisé à Providence, il disait qu'il devait venir te voir et il m'a… expliqué. Je suis désolé Bucky. »
Le brun secoue lentement la tête. Il a l'impression de sentir le discret parfum d'agrume des corolles, comme lorsque sa mère en rapportait du fleuriste sur Redwood Hayway. Vingt tiges arrangées en boule. La propriétaire de la boutique lui offrait toujours la dernière.
— « Tu n'y es pour rien », balbutie-t-il. « … Ma mère adorait les anémones. »
Chris rougit un peu plus. Il passe une main fébrile dans sa nuque et triture un instant la ligne fine et blanche de sa cicatrice.
— « Je sais, Sam me l'a appris aussi », reprend-il d'une petite voix. « Il m'a expliqué que cette période de l'année était douloureuse pour toi mais je voulais – j'espérais pouvoir faire quelque chose pour toi. Quand je suis passé sur Redwood Hayway, je les ai vu et ça m'a paru une bonne idée. …C'était complètement ridicule et vraiment maladroit. Je suis désolé. »
Le brun esquisse un petit sourire. Le même fleuriste que sa mère, un signe.
Il rejoint la cuisine, s'arrête devant le bouquet et secoue lentement la tête.
— « … Ne le sois pas Chris, je suis touché que tu aies pensé à moi. »
Il élude le fait que jamais personne ne lui a offert de fleurs. Même si elles ne sont pas vraiment pour lui.
Bucky se mord les joues.
Merde, il est un peu ému.
En attendant de trouver un vase, Chris a posé le bouquet dans la carafe en verre dédiée au thé glacé. C'est si adorable qu'il ne peut s'empêcher de rire.
Il effleure les pétales du bout des doigts. Ça le ramène vingt-cinq ans en arrière quand il regardait Winnifred Branes couper les tiges et les disposer joliment dans l'eau.
Toujours couper en biseau James, cela les faits durer plus longtemps.
Chris pianote nerveusement du bout des doigts sur le plan de travail, un regard en coin dans sa direction et l'air toujours penaud. Bucky sourit et l'entraîne dans la buanderie. Il ouvre grand les deux porte d'une armoire remplie d'objets peu sollicités par leur quotidien. Les vases sont en bas, dans une caisse en plastique.
— « Tu choisis ? », lui sourit-il gentiment.
Chris s'exécute. Il prend un vase rond, sans col. Le même que Winnifred.
Bucky se mord les joues plus fort.
De retour dans la cuisine, le brun éloigne la carafe et défait avec soin le papier kraft qui entoure le bouquet.
— « Tu ne dois pas te sentir obligé, j'aurai dû te demander d'abord », souffle Chris.
— « J'aurai dû te dire que j'acceptais que tu m'offres un bouquet de fleurs ? », lui demande malicieusement Bucky et son ami rougit un peu plus. « Je t'assure que ça me fait plaisir Chris, je suis juste un peu… surpris. … Tu as dû l'être aussi quand Sam t'en a parlé, je n'ai jamais évoqué son décès avec toi. »
— « Tu n'avais pas à le faire, c'est ton histoire », proteste le blond avec chaleur. « Si je me souvenais de la mienne, je ne suis pas certain que je te raconterai absolument tout. »
Bucky le défie d'un regard, les deux hommes s'observent avec de rire doucement. Le brun retire l'élastique qui tient les tiges et étale avec soin le bouquet devant lui.
— « Je suis allé la voir au cimetière sur 2nd Street après le déjeuner. Je ne l'avais pas vraiment prévu mais après qu'on s'est quittés, je – J'en avais besoin. » Il sourit tristement. « Cela fait plus de dix ans et parfois je me dis que c'est toujours aussi douloureux. »
Chris a les ciseaux dans une main et il commence à couper avec soin les tiges avant de les plonger dans l'eau. En biseau. Sam n'a jamais compris pourquoi malgré les remontrances de Maria sur le fait que les fleurs qu'il lui offre ne vivent jamais très longtemps. Son ami le fait lui, en biseau.
Bucky passe une main dans sa nuque.
Il ne voulait pas vraiment en parler à son colocataire, cette période de l'année ne le met jamais réellement à son avantage et le brun est raisonnablement orgueilleux. Le jeune homme aurait trouvé un prétexte pour demander à Sam de ne pas venir à la maison pour leur séquence nostalgie, ils se seraient retrouvés en centre-ville. Pas longtemps, probablement un peu trop silencieux mais les deux meilleurs amis n'ont pas besoin de parler longuement pour se comprendre.
Déjeuner avec Chris a un peu chamboulé ses plans.
— « … C'est plus supportable à deux, c'est la raison pour laquelle Sam vient me rendre visite. Mais on avait déjeuné avant, tu avais ton rendez-vous à Providence et je n'ai pas osé t'en parler… » Il hausse les épaules. « Peut-être que je ne le voulais pas non plus… Sam me reproche toujours de tout garder pour moi. »
— « Tu es juste pudique. Nous avons tous une manière différente de faire notre deuil, personne ne peut te plaisanter là-dessus. Ou il serait vraiment un beau salaud. »
Cette insulte dans la bouche toujours propre de son ami le fait rire. Vraiment. Bucky s'esclaffe joyeusement.
Chris s'applique à couper les tiges comme si elles étaient en or et les fleurs en pierre précieuse.
Comment pourrait-il lui en vouloir ? Passés la surprise et son pincement au cœur, c'est tellement… lui. Attentionné et gentil. Qui a choisi les mêmes fleurs et chez le même fleuriste. Le brun connaît par cœur le logo, estampé sur le papier kraft dans un médaillon. Une boutique haut de gamme dans les beaux quartiers et un bouquet plus gros que sa mère n'en a jamais rapporté un à la maison.
C'est Chris.
Encore et toujours Chris.
Puis la bonne intention première qui se transforme en source de stress à l'idée d'avoir mal fait.
Tellement foutrement adorable.
Parmi les sacs en plastique vides du WinCo, Bucky en repère trois autres au logo d'un de ses restaurants préférés. Chris semble avoir commandé la moitié de la carte. Pour lui. Pour lui faire plaisir.
Le jeune homme suit son regard et hausse légèrement les épaules.
— « Je me suis dit que ça pourrait être bien pour le dîner », explique-t-il maladroitement.
— « Une très bonne idée », acquiesce Bucky en souriant.
— « On pourrait aussi décaler le barbecue avec Sam et Maria. Je travaillerai toujours pour David la semaine prochaine ou dans un mois. »
— « C'est le moment parfait au contraire et si ce n'était pas le cas, je te promets que je te l'aurai dit. » Le brun lui donne un coup de coude taquin dans les côtes. « Merci Chris. »
Son ami lui sourit doucement avant de se concentrer à nouveau sur les tiges du bouquet. Ses gestes sont lents, précautionneux. Il coupe toujours en biseau, retire les feuilles inutiles et lisse les pétales du bout des doigts. Bucky l'observe en silence. Il a le cœur gonflé de quelque chose d'un peu flou mais de chaud. Très chaud. Et doux.
Il se rapproche légèrement de Chris, appuie sa tête sur son épaule après une courte hésitation. C'est peut-être un peu trop mais toute cette situation est… trop.
— « Merci d'être là pour moi comme tu le fais », souffle-t-il.
Bucky veut s'éloigner parce que, eh bien, c'est trop, mais Chris le retient. Il a posé le ciseau et il enlace ses épaules d'un bras. Sa poitrine se serre un peu plus, comme si son cœur enflait trop pour être contenu.
Mortifié, le brun renifle discrètement. Oui, vraiment trop gros.
Il est resté longtemps à Ocean View Cimetery, accroupis devant sa pierre funéraire en marbre gris gravée. Comme à chacune de ses visites, il l'a nettoyé avec attention avant de commencer à raconter, Sandy sagement couchée à côté de lui. Normalement, il rit beaucoup de Sam, lui rapporte des petits riens de son quotidien mais cette fois, il n'a parlé que de Chris. Rien d'autre, il en était incapable. Leur rencontre, les débuts de leur colocation puis de leur amitié. Ses sentiments. Il a ignoré le fourmillement désagréable dans ses jambes, la tension dans ses muscles pour raconter encore. Ça lui a fait un peu de bien d'avouer tout ça. Il ne peut pas confesser ce qui le trouble à son meilleur ami, il a déjà l'impression de voir son regard peser lourdement sur lui. Susan a déjà tout compris, elle lui a dit de faire attention mais Bucky en est incapable. Il est resté copain de chambre avec son colocataire à l'université pendant un an alors qu'il avait un béguin de la taille de l'État de Californie pour lui,. Il a survécu. Il peut encore y arriver.
Bucky frissonne.
La main de Chris caresse distraitement sa nuque de son pouce tandis que son ami pose sa tête sur la sienne. Il se mord douloureusement les joues, se demande comment il peut essuyer ses yeux aussi discrètement que possible sans avoir l'air pathétique.
Le brun rit mais le son est un peu étranglé.
— « Ça va Chris », dit-il en tentant de s'éloigner de lui.
Son ami le serre juste plus fort contre lui. Bon sang, son corps est si… chaud. Bucky déglutit. Ses doigts remontent sur sa nuque, viennent s'emmêler aux longues mèches sombres. Oh. Oh.
— « Non, ça ne va pas et tu n'as pas à faire semblant », répond Chris et son souffle effleure son oreille. « Je ne suis vraiment pas certain que ces fleurs étaient une bonne idée… »
Le brun sourit. Il lui pince les côtes d'un geste malicieux mais le jeune homme ne cille pas, droit et solide. Il l'attire juste encore plus près.
— « Tu n'es pas obligé de m'en parler mais si tu veux le faire, je serai là pour t'écouter. Je veux juste être là pour toi », murmure Chris. « Tu n'as pas arrêté de m'aider depuis notre rencontre et je sais combien il est précieux de ne pas être seul. Nous pourrions échanger les rôles pour une fois… »
— « Ce n'est pas une compétition », ricane Bucky et son ami roule des yeux.
— « Non, mais tu avais l'air sur le point de pleurer. »
Le brun rougit violemment et le repousse brusquement. Merde, c'est humiliant.
— « C'est faux ! », proteste-t-il vigoureusement.
Chris rit et l'attire à nouveau dans une chaude étreinte. Le brun ne lutte pas vraiment, c'est agréable. Tant pis, il niche son visage dans son cou et respire discrètement le parfum de sa peau, la fragrance discrète de son déodorant.
— « C'est un peu humiliant tu sais », ronchonne-t-il contre lui.
Son ami ricane mais il ne le lâche pas. Bucky jette un regard en coin au bouquet sur le plan de travail. Il sent sa main caresser encore son cou, la jointure avec son épaule. Il se mord les joues. Foutu Chris.
o0O0o
L'un à côté de l'autre devant la baie vitrée du salon, Chris et Bucky sont silencieux.
Ils observent Sandy qui, allongée sur le canapé, mâchonne avec enthousiasme un bout de bois tiré de sa malle au trésor. En temps normal, le brun la ramasse pour éviter de trouver des escarbilles partout dans la maison mais le moment est solennel. La chienne fait craquer les fibres sous ses crocs en un bruit sec. Elle mord dur et fort, un peu frénétiquement. Sandy ne les quitte pas du regard. Un tressaillement agite ses muscles, un frisson court sous sa fourrure. Une énergie qui ne demande qu'à jaillir et la propulser en direction d'une cachette. Bucky le sait, elle le sait, ils le savent. C'est juste à qui sera le plus rapide. Pas de deuxième chance.
— « …Je pense qu'elle se doute de quelque chose », murmure Chris en se penchant imperceptiblement vers lui.
— « Bien sûr qu'elle se doute de quelque chose. J'ai sorti sa caisse et tu lui as donné son bâton préféré numéro deux. »
— « Comment voulais-tu que je le sache ? Ils se ressemblent tous… »
— « Tu lui as aussi donné un morceau de bœuf séché ce qui est une évidente attention de l'acheter », ricane Bucky.
— « C'était juste pour lui faire plaisir et rendre ce qui va suivre moins dramatique. C'est toi qui m'as dit de la distraire le temps de préparer la salle de bain. Nous aurions dû inverser les rôles. »
— « C'est impossible, elle sait parfaitement quand je tente de l'amener à l'étage pour… la chose. Sand' te pense encore parfaitement innocent, elle ne voit pas en toi une menace », se moque-t-il.
Le blond lui donne un coup d'épaule, les deux hommes ricanent avant de se concentrer à nouveau.
La chienne la couve d'un regard ombrageux. Suspicieux.
Le brun se mord les joues. L'opération va être tendue. Chris n'a pas encore connu ça, le Grand Moment. Il ne cesse de babiller à ce sujet depuis le début de la journée comme si ce n'était pas grand-chose. Adorable naïveté. Bucky esquisse un rictus. Il ne va pas être déçu.
Soudain, la chienne se lève, son bâton dans la gueule. Un petit tour sur elle-même sur le canapé et elle s'affale à nouveau. Légèrement de biais par rapport à eux. Les pattes arrière repliées sous elle. Prêtes à se déplier pour bondir.
Mince, ça devient tendu.
Bucky enroule ses doigts autour du poignet de Chris pour attirer son attention.
— « Tiens-toi prêt, ça va commencer », murmura le brun. « Il va falloir être rapide Chris. Vraiment très rapide. »
— « Rappelle-moi pourquoi la baie vitrée est toujours ouverte derrière nous ? »
— « Parce que Sand' aurait compris et que nous serions soit en train de lui courir après sur la plage soit en train de soulever ton lit pour la faire sortir parce qu'elle se serait cachée en dessous. »
Son ami hoche lentement la tête, les sourcils froncés par la concentration.
— « Elle a du mal à me dépasser quand on fait la course sur la plage tu sais… »
— « Sand' veut juste te ménager parce qu'elle t'adore. Crois-moi, elle peut courir vraiment très vite. »
Chris sourit et lui pince le dessus de la main en guise de vengeance. Bucky lui demande d'arrêter en serrant ses doigts autour des siens. Ils doivent rester concentrés.
Sandy les dévisage d'un œil luisant, ses crocs sont en train de déchiqueter le morceau de bois qui s'éparpille sur le canapé. Le brun sait qu'il va en trouver jusque sous les coussins pendant des jours.
Ce n'est pas un moment qu'il apprécie, de faire prendre un bain à la chienne.
Elle adore sauter dans l'océan mais la baignoire et le pommeau de douche – surtout le pommeau de douche – la terrifient. Alors c'est désagréable, bruyant, toujours très mouillé mais Chris et lui doivent le faire. Sandy commence à avoir la peau irritée à cause du sable dans ses poils. Les brossages vigoureux et réguliers sont à présent insuffisants. Sa fourrure exhale aussi une odeur forte et musquée qui se dépose sur les coussins du canapé et les draps de Chris.
Alors, c'est le moment et c'est nécessaire.
Sandy lâche son morceau de bois. Leurs regards se croisent.
Bucky lâche précipitamment la main de Chris. C'est maintenant.
Pas le temps de prévenir son ami, la chienne saute en bas du canapé et se précipite vers la baie vitrée derrière eux. Sa vitesse et son agilité sont remarquables tandis qu'elle tente de se faufiler entre leurs jambes jusqu'à la terrasse. Le brun échoue à la retenir quand elle passe entre ses cuisses et il étouffe un bruyant juron.
Soudain, un jappement presque désespéré.
Il se retourne.
Solidement campé sur ses pieds et les muscles bandés sous l'effort, Chris a attrapé Sandy et la soulève à bras le corps pour la tenir contre lui.
— « Tu es le meilleur », souffle le brun avec une réelle admiration.
— « Sans doute mais dépêche-toi de fermer derrière moi », grogne son ami. « Elle a une force terrible, je ne parviendrai pas à la retenir longtemps. »
Bucky s'exécute avant de se jeter dans l'escalier devant lui. Il ouvre la porte de la salle de bain et s'efface du passage tandis que Chris entre rapidement à sa suite. Le blond dépose Sandy dans la baignoire. Son jappement se transforme en un hurlement terrifié mais Chris garde une main sur son collier pour la tenir. Bucky les enferme dans la pièce.
Son ami s'autorise alors seulement à souffler. Il se redresse, les mains sur les hanches et le souffle court. Le brun le trouve déraisonnablement beau.
— « Bon sang, elle a tellement de force… », dit-il d'un air vaguement incrédule.
— « Je t'avais dit qu'elle te ménageait. » Bucky sourit et ouvre le placard sous le lavabo. « Rassure-toi mon héros, ça n'arrive pas tous les jours. »
Il sort une panière en plastique remplie de matériel. Chris surveille Sandy du coin de l'œil. Tapie au fond de la baignoire, la queue entre les pattes, elle gémit doucement. Les couve d'un regard chaud et velouté. Bucky voit son ami commencer à faillir. Il lève les yeux au plafond.
— « Chris, non. On doit le faire. »
— « Je sais… Elle aime bien quand on lui rince les pattes en rentrant de la plage alors pourquoi elle panique ? »
— « Elle n'aime pas avoir la tête mouillée et elle a peur du pommeau de douche en inox », lui répond Bucky du tac-au-tac avant de le regarder. « On repousse depuis trop longtemps le fait de lui faire prendre un bain. Maintenant que tu as réussi à la mettre dans la baignoire, on ne fait pas marche arrière. »
Sandy continue à gémir doucement. Bucky remarque qu'elle ne regarde que Chris et il roule des yeux. Fichue comédienne. Le blond s'assoit sur le bord de la baignoire. Elle se redresse avec enthousiasme, jette des regards pleins d'espoir à la porte. Le jeune homme secoue lentement la tête et la gratte derrière les oreilles.
— « Je suis désolé ma fille, ce n'est qu'un mauvais moment à passer », dit-il tendrement.
C'est ça. Bucky se demande juste pour qui.
Son ami n'a pas la moindre idée de ce qui est en train de tourbillonner dans l'esprit vif et acéré de Sandy.
Il commence à sortir de la panière plusieurs ustensiles, notamment une bouteille verte et blanche dont il lit l'étiquette avec soin. D'un signe de tête, Chris commence à faire couler l'eau en un petit filet inoffensif. Sandy se met presque à pleurer. Le blond donne l'impression de se sentir le pire parent du monde. Bucky lui donne un petit coup dans le genou.
— « Ça va bien se passer si tu prends les choses en main et que tes gestes sont assurés. Je t'assure que Sandy va arrêter de couiner dès qu'elle aura compris qu'elle ne pourra pas y échapper. »
— « Oui, un peu comme un enfant. Il faut l'encourager, lui dire des choses gentilles mais accepter d'être soi-même un peu souple pour ne pas la faire se braquer », détaille distraitement Chris.
— « … C'est ça. »
Bucky lui jette un regard en coin.
Son ami sourit tendrement à Sandy qui continue à hululer. Il ouvre la bouche, la referme puis se mord les joues pour ne pas lui poser de question. Quelque chose de laid tort son estomac, vrille quelque chose dans ses tempes. Il préfère prendre le pommeau de douche, règle la température de l'eau et l'approche doucement des pattes de la chienne.
Sandy proteste.
Elle tente de s'éloigner, s'assoie sur son arrière-train et pose ses pattes sur le rebord de la baignoire pour éviter l'eau.
Le brun soupire. Ça va être long.
Chris cajole gentiment sa jolie tête, la chienne la dépose sur sa cuisse et lui jette un regard sous ses longs cils noirs. Un appel à l'aide. Une déclaration d'amour silencieuse.
Bucky ricane. Son talent est indéniable.
Les caresses de son ami la distraient un peu, il en profite pour remonter lentement le jet sur ses pattes et frotte son poil pour mouiller sa peau en dessous. Sandy se tortille un peu pour lui échapper mais il sent son corps frissonner de plaisir quand Chris la flatte dans le cou, juste au début de son échine.
Un regard entendu entre les deux hommes, Bucky continue à mouiller la chienne jusqu'au cou puis utilise ses mains pour mouiller sa tête. Satisfait, il repose le pommeau de douche dans la baignoire et ouvre la bouteille de shampoing. Sandy se raidit, Chris prend sa tête entre ses mains et lui dit des choses tendres et flatteuses d'une voix douce. La chienne bat joyeusement de la queue devant tant de cajoleries.
— « Tu es parfaite, tellement gentille et tellement sage », roucoule-t-il. « Tu vas être belle pour Sam et Maria et tu vas sentir tellement bon. Tu seras parfumé au… ylang-ylang ? »
Le blond l'interroge d'un regard dubitatif. Bucky ricane tandis qu'il fait couler un peu de produit dans sa paume et frotte pour le faire mousser.
— « Son vétérinaire me l'a conseillé, il m'a dit que l'odeur est relaxante pour les chiens. »
Le jeune homme porte ses mains à son nez avant de tendre le bras vers Chris qui se penche légèrement vers lui. Le parfum est délicat, vraiment agréable.
— « Est-ce que ça fonctionne ? »
— « Je ne sais pas, c'est la première fois que je l'utilise. Sandy n'a pas hurlé à la mort quand je le lui ai fait sentir au cabinet, j'ai bon espoir. Surtout si tu continues à la caresser comme tu le fais, on dirait qu'elle est en train de s'endormir. »
Chris sourit et recommence avec application. Sandy vient de soupirer doucement pour protester contre son inattention. Bucky se rapproche de la baignoire en rampant sur le sol.
— « Continue comme ça, elle ne va même pas remarquer ce shampoing à quarante dollars la bouteille… »
— « Je te rembourserai. »
— « Ce n'est pas le sujet Chris », le gronde doucement le brun. « Utilise donc le mirobolant salaire que te verse David pour te faire plaisir, pas pour acheter du shampoing de luxe pour chien. »
Le jeune homme ricane. Bucky est si près de lui qu'il sent la chaleur irradier de son corps, son genou qui rentre un peu dans les côtes et sa cuisse, si solide et musclée. Ces sensations se nichent agréablement en lui, elles défont un peu le nœud désagréable qui étreignait son estomac un peu plus tôt quand Chris parlait d'enfants. … Merde. Des enfants.
Le brun se concentre. Ce n'est pas le moment.
Il se cambre un peu, les reins douloureux pour s'approcher encore de Sandy. Ses mèches sombres glissent devant ses yeux et le gênent. Il râle entre ses dents serrées. Il ne peut pas s'arrêter maintenant alors qu'il sent le corps de Sandy si lourd, si abandonné contre Chris et cela n'a rien à voir avec le ylang-ylang. Bucky tente de repousser une mèche particulièrement sur son front, sans succès, quand il sent les doigts de son ami effleurer sa peau. Ils la coincent doucement derrière son oreille.
D'accord. C'est normal. Le brun esquisse un sourire crispé.
— « Tes doigts sentent comme le poil de Sandy… », grimace-t-il.
— « Tu préfères que je m'éloigne d'elle pour te donner une de tes barrettes à cheveux ? », ricane Chris.
Bucky lui donne un rude coup dans les côtes. Le petit enfoiré charmant.
Sandy rouvre lentement les yeux, elle le regarde en biais. Le brun se ressaisit. L'idée que la chienne puisse leur échapper maintenant, trempée et couverte de shampoing parfumé, le fait frissonner d'angoisse.
— « Continue à la distraire s'il te plaît. Je vais commencer à me rapprocher de sa tête et elle n'aime pas ça. »
Ses mains effleurent à peine le haut de son échine, la chienne couine d'un ton plaintif. Elle se contorsionne sous ses doigts et agite nerveusement la tête. Bucky s'arc-boute par-dessus la baignoire.
— « Sand', j'ai presque fini. Juste un peu sur la tête et je pourrais te rincer. Et te sécher… », marmotte-t-il.
— « Ce n'est pas la voix pour parler à un enfant Bucky », le taquine Chris en attirant à nouveau la chienne à lui par le collier. « Aller ma fille, encore un peu de courage. »
Bucky acquiesce mais cette fois, le charme semble bel et bien rompu. Il sent les muscles de Sandy tressaillir nerveusement, sa respiration se faire plus rapide et hachée. Ses griffes crissent bruyamment contre la faïence de la baignoire tandis qu'elle secoue vivement la tête. C'est une agitation fébrile dont le brun reconnaît les signes. Mince, ça s'annonce mal. Il s'empresse de récupérer le pommeau de douche.
— « Elle va s'ébrouer et avoir de la mousse dans les yeux. Tiens-la bien, je vais la rincer. », dit-il en jetant un regard à Chris.
Son ami obtempère rapidement mais l'eau chaude pleine de mousse dans laquelle patauge la chienne la fait japper de mécontentement. Elle tente de sauter hors de la baignoire mais elle glisse sur la faïence mouillée et panique. Chris bande les muscles mais sa position inconfortable, le buste tordu vers la chienne, le gêne. Ses mains glissent, il manque de prise et menace de basculer dans la baignoire. Bucky le retient in extremis en agrippant son jean à pleine main, sur la cuisse et plus près de son entrejambe qu'il ne le voulait. Réflexe, personne ne peut le lui reprocher. Le blond grogne d'agacement tandis que Sandy se tortille plus fort. Ses doigts crochetés à son collier, il finit par enjamber puis s'agenouiller dans la baignoire, derrière la chienne pour la tenir.
Bucky observe d'un air un peu stupide son jean et son polo s'imbiber d'eau.
— « Ça suffit Sandy. Tiens-toi tranquille », dit-il d'une grosse voix grave.
La chienne se fige, surprise par son haussement de ton. Le brun le remarque à peine. Il reste ainsi, le pommeau de douche en l'air, à observer Chris se transformer en une tentation mouillée et sexy.
— « Bucky, aide-moi s'il te plaît », l'interpelle-t-il.
Le jeune homme se reprend et s'empresse de rincer Sandy qui rue vigoureusement contre le blond. Bucky essaye de faire attention mais rapidement, Chris est aussi trempé que la chienne. Le tissu colle à son corps comme une seconde peau, soulignant le relief de ses muscles. Merde. Il fait chaud dans la pièce, envahie d'une buée moite et tiède.
Bucky s'essuie le front d'un revers de main.
— « Tu es trempé », dit-il un peu stupidement.
— « Oui. Et je sens comme ces bougies parfumées que Miss Patty fait toujours brûler dans son salon mais il y a plus important. » Chris recule rapidement quand la chienne manque de heurter son visage en tentant de se dégager. « Fais vite s'il te plaît, je n'aime pas la voir comme ça. »
Sandy lutte puissamment, les muscles bandés, mais à deux, ils sont plus forts. Le blond la tient solidement tandis que Bucky la rince avec des gestes précis et efficaces. Il ne prête plus attention au corps trempé de son ami très proche de lui, à son souffle brûlant qui effleure parfois son visage dans l'effort. Il est concentré, frictionne le corps de la chienne pour retirer correctement le savon. Sandy se cambre, résiste de toutes ses forces quand il rince prudemment sa tête mais la prise de Chris ne cille pas. Forte mais douce, il continue à lui parler tendrement à l'oreille.
Bucky abandonne le pommeau de douche, prend un large carré de coton pour nettoyer le coin de ses yeux et l'intérieur de ses oreilles. La chienne s'est figée et, ramassée sur elle-même, elle gémit plaintivement.
— « C'est fini Sand', c'est fini », dit-il en lui embrassant le sommet du crâne.
Bucky hésite mais la respiration hachée de Sandy, la tension qui fait vibrer son corps le dissuade de pousser plus loin sa chance. Il se redresse et fait rouler un instant ses épaules.
— « J'abandonne l'idée de lui couper les griffes maintenant. Elle les use plutôt bien pendant nos promenades, je demanderai au vétérinaire de le faire lors de son prochain rappel de vaccin », dit-il en s'essuyant le front d'un revers de la main.
— « Tu lui coupes les griffes ? » Chris le regarde avec étonnement. « Comment y arrives-tu seul ? Elle apprécie ça plus que le bain ? »
— « Pas du tout. Cela me prend une demi-journée et un paquet entier de bœuf séché. »
Le blond hoche la tête tandis qu'il rejette en arrière sur son crâne une mèche trempée. Il s'installe plus confortablement dans la baignoire, les reins bien calés contre le rebord, et attire Sandy à lui pour la cajoler tendrement. La chienne, rancunière, résiste un instant avant de se lover contre lui, le bout de son museau dans le pli de son coude.
Ils ont tous les deux le poil ébouriffé et le corps détrempé.
Bucky sourit.
Il tend la main vers le placard et en sort deux grands draps de bain en éponge. La bordure est brodée d'une frise de petits fruits qui dansent sur de petites jambes en se tenant par leurs petites mains, un sourire et des yeux de cartoon sur les visages.
Chris ricane.
— « J'avais dix ans et je les trouvais très sympa », grommelle le brun en lui indiquant de se lever.
Son ami, hilare, obtempère, une main sur le collier de Sandy qui recommence à s'agiter en voyant la fin de son calvaire arriver. Il enjambe la baignoire, grimace quand ses chaussettes font un petit bruit mou et humide sur le carrelage. Bucky étend une des serviettes sur le sol, le blond prend Sandy à bras le corps pour la soulever et la déposer dessus. Il s'empresse de l'enrouler dans le drap de bain et recommence à la frictionner pour la sécher. Chris s'accroupit à ses côtés, une autre serviette dans les mains pour l'aider. Le jeune homme s'assoit nonchalamment au sol dans une flaque, les jambes écartées. Sandy s'installe entre elle et ne bouge plus, essayant seulement de leur lécher le visage ou de leur mordiller les doigts par jeu dès qu'elle les aperçoit entre les plis des serviettes.
Les deux hommes s'appliquent, leurs mains se rencontrent dans la fourrure humide, leurs pieds s'emmêlent sur le carrelage. Bucky sent son propre pantalon s'imbiber d'eau tandis que l'air est lourd du parfum sucré du ylang-ylang, un peu écœurant. Il se penche et pose son nez sur le cou de Sandy.
— « … Elle sent vraiment la bougie parfumée. Toi aussi, je la sens à chaque geste que tu fais », dit-il et Chris hausse un sourcil. « Je n'arrive pas à croire que j'ai dépensé quarante dollars pour ce shampoing. L'odeur ressemble à celle d'un parfum bas de gamme. »
— « Et il n'est d'aucune utilité contre le stress si je peux me permettre », le taquine son ami. « Il va falloir trouver vraiment mieux pour la prochaine fois. »
Il caresse Sandy et aplatit les épis dans sa fourrure.
— « Ce ne sera pas avant six semaines et je suis d'accord. L'odeur de ce shampoing m'écœure déjà », grogne Bucky.
Le brun préfère ne pas regarder autour d'eux. Il sait à quoi la pièce ressemble maintenant, les serpillières sont restées en bas dans la buanderie et quand ils ouvriront la porte, c'est toute la maison qui sentira la fleur.
Bucky s'assoit en tailleur et prend doucement la tête de Sandy entre ses mains. Il caresse tendrement ses oreilles pour se faire pardonner.
Il n'aime pas non plus lui donner des bains. Il a essayé plusieurs salons de toilettage en centre-ville au fil des années, une fois il a même conduit la chienne jusqu'à Fortuna, à presque quarante kilomètres, mais ça n'a jamais été plus concluant. Autant le faire soi-même et s'épargner une facture plus élevée parce qu'un seul toiletteur étant insuffisant pour s'occuper d'elle, on lui facturait souvent l'intervention de deux professionnels. Merci mais non merci.
Il jette un regard à Chris. Son ami est appuyé contre la baignoire, un genou relevé, son bras appuyé dessus et les yeux mi-clos. Ses cheveux sont complètement décoiffés, quelques flocons de mousse sont accrochés à sa barbe de trois jours Il le regarde, les paupières mi-closes et un sourire un peu vague accroché aux lèvres. Abandonné, satisfait. Sensuel sans le réaliser, même avec ses chaussettes trempées qui pendent un peu mollement au bout de ses orteils.
Le brun se mord les joues. Il sort un sèche-cheveux du placard voisin et le branche.
— « Est-ce que je peux encore t'aider ? », demande Chris en rouvrant les yeux.
Il se frotte la barbe pour retirer la mousse parfumée qui le gêne. Bucky a l'impression d'entendre le léger crissement des poils sur sa peau jusque dans ses os. Son ventre fait une embardée involontaire. Il secoue la tête.
— « Je te remercie mais le plus difficile est passé. Elle a moins peur de ça que du pommeau de douche. »
Chris acquiesce. Il nettoie un peu autour d'eux, essuie le carrelage avec les serviettes utilisées, les roule en boule et les pose dans la baignoire. Ça fait un splotch très sonore. Bucky pense qu'il va partir mais son ami se rassoit sur le sol, dans la même position. Il le regarde toujours.
Le brun frotte la fourrure avec application pour sécher poil et sous-poil. Sandy joue avec le souffle d'air chaud, claque des mâchoires devant l'embout en plastique d'un air comique. Après leur lutte épuisante, c'est assez mignon et réconfortant à voir.
La chaleur de l'appareil fait encore monter la température dans la pièce humide. Bucky a chaud, il tire sur le col de son tee-shirt dont le tissu colle à sa peau. Encore quelques allées-retours sur son corps et il débranche le sèche-cheveux.
— « C'est fini Sand', tu as été… relativement coopérative. »
Le brun ouvre la porte de la salle de bain. La chienne démarre en trombe, dérape sur la serviette posée sur le carrelage humide et bondit sur le palier. Elle dévale les escaliers dans un grand bruit de cavalcade. Chris rouvre les yeux.
— « La baie vitrée sur la terrasse est bien fermée, n'est-ce pas ? »
— « Je l'ai fait. Pas d'inquiétude qu'elle sorte et qu'on soit obligé de tout recommencer. »
— « Merci Seigneur. »
Le blond soupire exagérément de soulagement et Bucky ricane. Il se laisse tomber à côté de son ami, le dos contre la baignoire et la tête appuyée sur le rebord. Le brun se frotte le nez et renifle légèrement.
— « Je déteste le ylang-ylang », grommelle-t-il.
Chris renifle à son tour le col de son polo détrempé et grimace.
— « Il est possible que lors du prochain bain de Sandy, je sois malheureusement retenu sur un chantier à l'autre bout d'Eureka… »
— « Tu es un horrible ami. As-tu la moindre idée du temps que cela me prend de le faire seul ? Et de lui couper les griffes ? »
— « … Ce jour-là je serai aussi sur un chantier à l'autre bout d'Eureka. »
Les deux hommes chahutent un instant, leurs vêtements mouillés font de petits bruits un peu poisseux. C'est si absurde qu'ils éclatent de rire et s'appuient lourdement l'un contre l'autre, épaule contre épaule.
Le brun sent l'humidité du polo de Chris à travers le sien et il frissonne légèrement. Il ne restera pas longtemps assis par terre dans l'eau mais pour le moment, il ne veut pas bouger. Ça ne l'empêche pas de frissonner une nouvelle fois, un long frémissement remonte le long de son dos et lui donne la chair de poule. Chris doit le sentir trembler un peu car il pose une main dans son dos et le frictionne agréablement. Sa paume est large, chaude malgré la couche de tissu qui la sépare de sa peau nue.
Bucky lui jette un regard en coin.
Son ami lui sourit et frotte plus fort pour le réchauffer. Il se laisse faire même s'il ne lui demandait rien. Il voulait juste le regarder.
Chris est trempé, ses cheveux sont en désordre, il a toujours un peu de mousse dans la barbe mais il est si beau que c'est presque douloureux.
De son point de vue, son profil est parfait.
Bucky aimerait faire courir ses lèvres du bombé de son front à l'arête droite de son nez pour finir par goûter le modelé délicat de ses lèvres. Se perdre dans les poils drus qui parsèment ses joues et sa mâchoire. Chris se laisse parfois à porter la barbe. C'est toujours léger, juste une ombre sur le bas de son visage, mais elle chatouille le brun. Ça le rend tellement sexy.
Chris lui sourit toujours, l'interroge du regard.
Bucky baisse les yeux, les oreilles un peu chaudes.
Mince, il s'est fait attrapé.
Le brun se racle la gorge.
— « … Tu étais très bon pour babiller comme un bébé devant Sandy. Tu as de l'expérience ? », lui demande-t-il avec malicieux.
Il est plein de nonchalance mais à l'intérieur, son angoisse le rattrape. Sans Sandy pour le distraire, le nœud tort plus fort que jamais son ventre et sa poitrine. Dans sa félicité à tomber amoureux de l'homme parfait, comment a-t-il pu ne pas penser à ça ? Chris, qui n'est pas Chris. Avec une femme et des enfants. Des touts petits peut-être qui demandent après leur père qui a disparu depuis des semaines. Bucky se sent comme le plus horrible des hommes. Il a tout fait pour aider le blond, il a été responsable alors que Chris lui plaît depuis le premier jour. Mais ça ? Une femme et des enfants ? Un bébé pour lequel il gazouillerait au-dessus de son berceau ? Bon sang, c'est trop et le silence de son ami le pétrifie. Vraiment.
Il a encore plus froid. Chris a gardé sa main sur son dos mais il le frotte plus.
— « … Je ne pense pas », répond finalement le jeune homme après un long silence. « Je ne pense pas que je sois père, je… Est-ce que je pourrais vraiment avoir oublié que j'ai une famille ? »
Bucky se mord les joues. Il ne veut pas enchérir là-dessus. Que pourrait-il dire de toute manière ?
Chris fronce les sourcils, la ligne de sa mâchoire se contracte légèrement. Le brun a juste envie de le dévorer de baisers. De s'asseoir sur ses cuisses pour se presser contre lui, enrouler ses doigts dans les mèches plus longues et embrasser. Encore et encore. Onduler et l'aimer et le lui avouer en le chuchotant à son oreille et –
— « Bucky ? Tu penses que c'est possible ? »
Quoi ? Le brun cligne des yeux, la gorge sèche. Ses lèvres picotent un peu, il passe distraitement sa langue dessus et comprend qu'il n'a cessé de les mordiller. Le regard de Chris s'égare un instant sur sa chair martyrisée. Il déglutit. Oh Seigneur, ce serait tellement mal si –
— « Je… Je ne sais pas », croasse-t-il en passant une main dans ses cheveux.
Chris frotte distraitement sa cicatrice sur sa tempe et le brun sait que c'est un signe de nervosité. D'agitation. Il le connaît mais cette fois, il ne sait pas réellement comment y répondre.
La salle de bain empeste toujours le ylang-ylang, l'atmosphère est moite et chaude mais ils n'ont plus envie de chahuter ou de rire. Le silence est presque palpable. Et dans tout ça, Bucky est tombé si amoureux de son ami que l'imaginer avec une vie de famille et une épouse lui donne un goût de cendre dans la bouche. Il esquisse un rictus triste. Ouais, il a dit à Susan qu'il s'autorisait le droit d'être lâche, un peu égoïste aussi mais le retour de bâton a le goût amer du mensonge et de la tromperie.
Il frotte ses mains sur ses bras, frigorifié. Chris recommence à frictionner lentement son dos.
— « Je suppose que la réponse ne nous apparaîtra pas d'elle-même », reprend-il doucement. « Nous devons juste attendre. Qui sait ? La requête sur le site de NamUs pourrait donner des résultats. »
Bucky hoche lentement la tête. Il sait que d'ici la fin de la journée, son ami se connectera sur la base de données pour vérifier. Ce n'est pas arrivé depuis des semaines. Le brun ne sera peut-être pas avec lui pour regarder encore une fois les photos de toutes ces personnes que leurs proches recherchent. Bucky sait que s'il était le compagnon de Chris ou son mari, il soulèverait des montagnes pour le retrouver, l'espoir toujours chevillé au corps. Il ne peut pas lui en vouloir.
— « C'est possible », souffle-t-il. « Nous pouvons retourner au commissariat de 6th Street si tu veux. »
— « Merci. »
Le blond se penche vers lui et effleure sa tempe de son nez. Son souffle lui brûle la peau, Bucky est certain de sentir brièvement ses lèvres le toucher. C'est étrange. Il déglutit et s'éloigne légèrement de Chris. Même en reculant un peu, ils sont encore si près l'un de l'autre. À la fois mouillés, parfumés et les vêtements collants désagréablement à leurs corps.
— « Je… »
Bucky regarde ses lèvres, il ne peut pas s'en empêcher.
La bouche de Chris est belle, bien dessinée et charnue et dans son rêve érotique, elle lui faisait des tas de choses qui le faisaient gémir comme un perdu.
Il a tellement envie de… Il a tellement envie de l'embrasser. Douloureusement envie et viscéralement besoin.
Un lourd frisson remonte le long de son dos.
Bucky décide d'y voir un signe qu'il ne doit pas se céder et créer le plus monstrueux bordel possible dans sa vie. Il s'agenouille et se relève lentement, un peu courbaturé.
— « … J'ai froid », explique-t-il un peu stupidement.
C'est surtout une fuite mais Chris n'a pas à connaître les détails. Il ouvre le placard pour en sortir des serviettes sèches et en tend une à son ami.
— « Tu devrais te changer, tu vas attraper mal », dit-il en l'obligeant à prendre le linge de bain.
Chris s'en empare lentement, les yeux rivés sur son visage. Il pose la serviette sur ses genoux mais ne bouge pas. Le silence qui s'installe dans la salle de bain met Bucky mal à l'aise, il commence à frictionner vigoureusement ses cheveux et ses bras. Le regard du blond lui brûle le visage.
— « Tu devrais vraiment le faire », insiste maladroitement Bucky.
— « … Je pourrais mais j'ai les jambes encore trop cassées pour avoir envie de bouger », lui répond-il.
Le brun se mord douloureusement les joues.
La voix de Chris est plus rauque que d'habitude. Un hasard, juste un hasard et pas comme si les tergiversations de Bucky sur sa bouche avaient de l'importance. Comme s'il l'avait remarqué et en avait peut-être aussi envie.
Le jeune homme hausse légèrement les épaules et se dirige vers la porte. Il se rend et bat en retraite. Il ne peut pas gérer ça maintenant alors qu'ils parlaient ensemble d'enfants et de famille. Il ne peut pas, il n'est pas un salaud.
— « Tu as déjà pensé à lui faire faire du cross canin ? »
— « … Quoi ? », croasse Bucky en se tournant vers lui.
Chris lui sourit mais même son sourire est différent. Il ne monte pas jusqu'à ses yeux, il a quelque chose d'un peu forcé et bon sang, le brun se sent comme le pire des salauds. Son ami semble vraiment gêné, il a dû lire son désir brûlant de lui sur son visage. Il ne sait pas quoi faire. Ça ne pouvait pas être pire.
— « Sandy. Tu as déjà pensé à la faire courir pour qu'elle se dépense ? J'ai lu un article sur le sujet il n'y a pas longtemps quand j'attendais un entrepreneur, ça pourrait être un bon moyen pour lui faire évacuer son trop plein d'énergie », explique lentement Chris.
Le sujet de cette conversation est si absurde que Bucky a juste envie de partir sans répondre en claquant la porte derrière lui. Chris est tellement mauvais quand il s'agit de cacher sa gêne. Le brun se contente de hausser les épaules.
— « Je ne pense pas qu'elle ait besoin de se dépenser plus qu'elle ne le fait déjà. Elle panique juste quand il faut prendre un bain et l'adrénaline lui fait avoir des réactions incontrôlées. »
— « … On est capable de faire des choses incroyables dans certaines circonstances… »
C'est tendancieux. Bucky ne sait pas ce qu'il doit en penser mais à cet instant, ça sonne comme tout le reste. Un monstrueux bordel.
— « C'est ça, comme ces histoires de femmes capables de soulever des voitures en feu pour sauver un de leurs enfants », exagère nerveusement Bucky.
Chris hoche lentement la tête. Un coude sur son genou relevé, il écarte plus largement encore les jambes, comme absorbé dans ses pensées.
Le brun a la gorge sèche, il déglutit douloureusement.
… Qu'est-ce qu'il fait ?
Ça pourrait être un hasard, cet abandon qui lui casse encore les jambes et Bucky doit reconnaître qu'il est lui-même assez fourbu mais Chris le regarde et le brun ne peut pas se tromper. Son ami le regarde sous ses paupières mi-closes, la tête légèrement renversée en arrière. Bordel.
Il se raidit douloureusement.
Une invitation ? Vraiment ? Chris a-t-il la moindre idée de – ?
Ce serait facile maintenant de revenir sur ses pas, de se planter juste à côté de lui pour plonger son regard dans le sien et y chercher une réponse. La réponse. Tu veux vraiment ? … Oui. Se laisser tomber à genoux entre ses cuisses ou s'asseoir sur son bassin comme Bucky y songeait un peu plus tôt. Il a envie de presser son entrejambe dans sa paume, de soulager un peu cette tension qu'il ne sent pas encore palpiter dans son pantalon mais si proche. Ça lui semble juste obscène.
Le brun réalise que cela fait longtemps qu'il n'a pas couché avec un homme. De sentir un corps contre le sien, sur lui, en lui. De goûter des muscles du bout de ses doigts, la sueur salée sur la peau sur sa langue, les pulsations d'une veine sur ses lèvres. Se cambrer, onduler, creuser les reins pour sentir plus fort, plus profond.
Merde. Merde !
Chris se mord légèrement les joues, il frotte distraitement ses doigts sur sa cicatrice.
Bucky se raidit.
La gêne, la nervosité. Pas réellement d'envie.
Si c'est une manière de le tester, il trouve ça simplement cruel et indigne de son ami. Son ami n'a pas besoin d'essayer son pouvoir de séduction sur lui pour se rassurer. La moitié d'Eureka est folle de lui.
Il fronce les sourcils, prendre une autre serviette suspendue au porte-serviette et la jette à Chris. Il la lance fort et ne cherche pas à éviter son visage. Il ne veut plus voir ce regard.
Le blond grogne et retire le linge de son visage.
— « Bucky… »
— « Dépêche-toi de t'essuyer et de te changer », dit-il d'un ton sec. « Je dois encore nettoyer et ranger la salle de bain. J'aimerais m'en débarrasser rapidement. »
— « Je peux t'aider. »
— « Non, je vais le faire. »
Chris baisse les yeux et se relève lentement, une main appuyée sur le rebord de la baignoire. Une reddition aussi mais ça fait mal à voir. Bucky a envie de crier de frustration. À la place, il continue d'être stupide. Il revient sur ses pas, fait sursauter son ami quand il se penche dans la baignoire et récupère les serviettes trempées sans un regard pour lui. Machine arrière toute, il repart sur ses pas. Sans un mot non plus.
— « J'aimerais t'aider », répète doucement Chris.
Bucky soupire lourdement.
— « Je suis sûr que tu as des choses plus importantes à faire que d'éponger une salle de bain trempée… »
— « Pas vraiment, si ça peut t'aider. »
Chris est obstiné mais ils tournent en ronde. Le brun n'a pas envie de danser ce pas de deux. Il serre les serviettes mouillées contre lui et secoue la tête. Un pas en arrière, il est déjà sur le palier.
— « Je t'assure que je peux m'en occuper seul. Je vais les mettre au lave-linge, tu pourras y descendre les tiennes quand tu auras fini ? »
Son ami le regarde puis acquiesce, les épaules un peu basses. Affreuse reddition. La salle de bain n'est pas très grande, à peine deux mètres les sépare pourtant Bucky a l'impression qu'ils n'ont jamais été aussi loin l'un de l'autre.
— « … Tu peux attendre un peu avant de nettoyer la baignoire ? Je vais prendre une douche, l'odeur du ylang-ylang me retourne l'estomac », lui demande doucement Chris.
Ouais, lui aussi mais sans doute pas pour les mêmes raisons.
Bucky lui offre un sourire un peu tordu. Quand le blond retire son haut et ouvre les pans de son jean, il ferme brusquement la porte et s'engouffre dans les escaliers.
— « Bucky ? » Le brun se fige, à mi-chemin sur les marches. « Je suis désolé mais tu veux bien prendre des vêtements secs dans sa chambre ? Je n'ai rien prévu… Je comprendrais que tu ne veuilles pas le faire mais Sandy – »
— « C'est bon, je m'en occupe ! », le coupe-t-il brusquement.
Chris le remercie mais Bucky est déjà en bas. Il sait oui, il a déjà vu Sandy faire. La chienne les a fait rire aux éclats un jour en tirant par jeu sur le bord de la serviette que le blond avait enroulé autour de ses hanches. Il s'était retrouvé nu dans les escaliers. Bucky s'était dit qu'il ne pouvait pas tomber plus amoureux de lui tandis qu'il riait à en avoir mal aux côtes.
Il se précipite dans la buanderie, jette le linge mouillé par terre puis se rend dans la chambre de son ami. Il ouvre la penderie, s'empare d'un tee-shirt et d'un pantalon, les plie avant d'aller les déposer devant la porte fermée de la salle de bain. Il toque doucement pour prévenir Chris mais n'attend pas de réponse.
Les sourcils froncés, Bucky enfonce les serviettes mouillées avec rage dans le tambour de la machine à laver. Il les presse, les triture, les écrase comme pour essayer d'en faire la plus petite boule possible au fond, bien au fond de l'appareil. Il se sent ridicule.
Ses vêtements mouillés collent à sa peau, il a de plus en plus froid mais Bucky ne se sent pas d'aller dans sa chambre, de remonter et de manquer de croiser son ami sur le palier.
À la place, il se laisse tomber sur le canapé et caresse Sandy qui, pas rancunière, a posé sa tête sur sa cuisse.
Il est fatigué, il a le cœur en berne.
Il est en colère contre lui, contre Chris, contre le monde entier.
Le brun jette un regard à son portable, oublié sur la table basse.
Il éprouve soudain l'envie irrépressible d'aller sur Internet pour discuter avec un homme à qui il donnerait rendez-vous à Eureka. Juste le temps de boire un café, de se comprendre d'un regard et de partir ensemble pour passer la nuit avec lui. Ou de sortir dans une boîte et de laisser se faire la rencontre. Peu importe au fond, le but visé est le même. Ne pas être seul pour une nuit prochaine et faire comprendre à Chris qu'il ne rentrera pas.
Bucky esquisse un sourire dépité.
Ouais, il prendrait du plaisir avant de rentrer et de devoir affronter le regard de son colocataire au petit-déjeuner, les vêtements sentant encore la coucherie.
Il tressaute si nerveusement de la jambe que Sandy grogne et lui mordille le bout des doigts. Perdu dans ses pensées, le brun entend à peine le portable de Chris sonner et son ami prendre l'appel. Quand il relève les yeux, le jeune homme est devant lui, veste en cuir sur les épaules et chaussures aux pieds.
— « Tu sors ? », lui demande-t-il d'une voix éraillée.
— « David vient de m'appeler. Il y a un problème sur le chantier de l'immeuble sur J Street, je dois y aller. »
— « D'accord. » Bucky n'a pas envie de demander mais c'est plus fort que lui. « Tu seras rentré pour le dîner ? »
— « … Je ne sais pas. Bucky, je – »
— « Ce n'est pas grave », répond le brun en se levant. « … Je pensais peut-être sortir aussi ce soir. Nous pouvons passer une soirée en garçon chacun de notre côté, n'est-ce pas ? »
Le brun sourit avec malice mais il échoue lamentablement. Il sait que c'est vraiment moche de sa part.
Chris a l'air vaguement hébété. Quand il enfile son blouson et récupère les clés de la Mercedes dans l'entrée, il semble juste effondré. Sur le pas de la porte, le jeune homme se retourne. Il semble vouloir lui dire quelque chose, hésite avant d'enfoncer sa tête entre ses épaules.
— « … Amuse-toi bien alors. Et sois prudent », souffle-t-il avant de partir.
Bucky déglutit. Le silence de la maison l'écrase.
Frigorifié, il s'empresse d'aller prendre une douche puis passe la soirée à briquer toute la salle de bain.
À la nuit tombée, il grignote sans envie sur un bout du plan de travail tout en lorgnant vers la porte d'entrée. Le brun a envie d'envoyer un message à Chris pour lui dire de le prévenir quand il rentrera mais il n'ose pas. Il a trop peur de lire que son ami découchera finalement pour la nuit. Après tout, Bucky a sous-entendu la même chose.
Une soirée en garçon ? Il a été tellement stupide.
Les yeux dans le vague, il regarde l'écran de la télévision d'un air absent. C'est tout de même suffisamment net dans son esprit pour contempler le gâchis qui est en train de se dérouler devant ses yeux.
