Les liens brisés
Eddie se trouvait dans la cuisine, les rayons du soleil matinal perçant à travers les fenêtres, illuminant la pièce d'une lueur douce. Il était concentré sur la préparation du petit déjeuner de Buck, s'assurant que chaque détail soit parfait. Chaque matin, il prenait soin de choisir les meilleurs ingrédients, de préparer les plats avec une attention méticuleuse.
C'était sa manière à lui de montrer son amour et son soutien inconditionnels.
Les jours étaient encore difficiles, mais il tenait à ce que Buck se sente aimé et pris en charge. C'était une routine rassurante, un petit rituel qui les aidait tous les deux à traverser cette période sombre. Tandis qu'il coupait des fruits frais, Eddie ne pouvait s'empêcher de penser à l'avenir, à ce qu'il espérait pouvoir dire à Buck lorsque tout cela serait derrière eux.
Chaque geste était imprégné d'une affection profonde et sincère.
Lorsqu'il dressait le petit plateau, il s'assurait que tout soit parfait, que rien ne manque. Il savait que Buck remarquait ces petites attentions, même s'il ne le disait pas toujours. Voir Buck sourire, même légèrement, était la plus grande récompense pour Eddie. Cela lui donnait l'espoir que les jours meilleurs étaient à venir, que Buck retrouverait sa joie de vivre et son énergie.
Eddie planifiait avec soin le moment où il annoncerait à Buck ce qu'il ressentait vraiment.
Il voulait attendre que Buck soit capable d'être autonome, qu'il ait retrouvé sa force et sa confiance. Il imaginait ce moment des dizaines de fois par jour, cherchant les mots justes, la manière idéale de lui révéler ses sentiments.
Il voulait que Buck sache à quel point il l'aimait, à quel point il était important pour lui.
Chaque sourire de Buck, chaque petit progrès qu'il faisait, renforçait la détermination d'Eddie. Il savait que le moment viendrait où il pourrait enfin tout lui dire.
Penser à l'avenir l'aidait à surmonter les défis quotidiens.
Il se réjouissait de voir que Buck avait de plus en plus de bons jours. Les progrès étaient lents mais constants, et chaque petite victoire était célébrée comme un triomphe.
Eddie se souvenait des paroles d'Athéna, leur annonçant que les coupables avaient été placés en détention pour agression homophobe, coups et blessures volontaires, et tentative de meurtre. Il s'était réjoui en apprenant la nouvelle, satisfait de savoir que justice serait rendue.
Cependant, une part de lui était déçue de ne pas pouvoir s'en charger lui-même.
Il avait ressenti une rage brûlante en voyant Buck blessé, en sachant ce qu'il avait enduré. Mais Eddie savait que la violence n'était pas la solution, même si le désir de protéger ceux qu'il aimait était profondément ancré en lui.
Il trouvait un certain réconfort en sachant que les coupables paieraient pour leurs crimes, mais cela ne diminuait pas sa propre culpabilité ni son besoin de veiller sur Buck de toutes les manières possibles.
Eddie termina de préparer le petit déjeuner, ajoutant une dernière touche de miel sur les fruits. Il apporta le plateau dans la chambre, son cœur battant plus fort à chaque pas. Lorsqu'il entra, il trouva Buck réveillé, les yeux brillants de reconnaissance alors que Christopher planifiait leur prochaine sortie au zoo.
– Salut, comment tu te sens ce matin ? demanda Eddie en posant le plateau sur la table de chevet.
– Un peu mieux, j'ai hâte de repartir à l'aventure, répondit Buck avec un sourire vers Christopher qui vibrait lui aussi d'excitation.
Eddie l'aida à se redresser et plaça le plateau sur ses jambes. Christopher avait pris l'habitude de venir l'aider à manger, sachant que Buck n'avait qu'une seule main de valide.
Il s'installa sur le bord du lit, et les écouta parler de leurs projets d'aventure. Parfois Eddie était inclus et d'autre fois non mais il ne s'en formalisait pas.
Christopher et Buck avaient cette relation particulière qui l'emplissait de joie.
Buck serra doucement la main d'Eddie, et pendant un moment, ils restèrent en silence, savourant la tranquillité de ce matin ensoleillé.
Eddie savait que le chemin serait encore long, mais il était prêt à le parcourir, chaque étape, chaque jour, avec Buck à ses côtés. Et un jour, il trouverait le courage de dire à Buck ce qu'il ressentait vraiment.
Pour l'instant, il se contentait de montrer son amour à travers chaque petit geste, chaque repas préparé avec soin, chaque sourire et chaque parole de réconfort.
C'était suffisant pour aujourd'hui.
Buck bailla et Eddie débarrassa le plateau et lui tendit ses anti-douleurs avant de l'aider à se rallonger correctement. Il s'assura que Buck allait bien avant d'allumer la télé alors que Christopher se blottissait contre lui. Eddie débarrassa le plateau et quitta la chambre en refermant doucement la porte, sachant avec certitude que Buck dormait déjà.
Il entra dans la cuisine et débarrassa le plateau prêt à faire la vaisselle quand il entendit frapper à la porte. Il se précipita espérant que Buck ne se réveillerait pas. Il avait déjà dit cent fois à Maddie et à Bobby de ne pas frapper et de seulement se laisser entrer.
Il ouvrit la porte et se figea, reconnaissant ses parents tout sourire devant lui. Leur arrivée à l'improviste le prit totalement par surprise, et il sentit une vague d'anxiété l'envahir.
– Eddie ! lâcha sa mère en le prenant dans ses bras.
– Maman ? Papa ? Que faites-vous ici ? demanda-t-il, essayant de garder sa voix calme alors qu'il les laissait entrer sans même s'en rendre compte.
– On voulait te rendre visite, répondit son père en souriant. Voir comment tu allais, et Christopher aussi.
Eddie tenta de garder son calme, mais il savait que la présence de ses parents allait compliquer les choses. Ce n'était pas le moment, mais vraiment pas. Buck avait besoin de calme et avec ses parents c'était bien, mais seulement à petites doses.
– C'est gentil, mais ce n'est vraiment pas le bon moment, dit-il en essayant de les guider vers le salon.
Mais sa mère, toujours pleine d'énergie et de détermination, se dirigea immédiatement vers les chambres, un sac à la main.
– Laisse-moi ranger nos affaires d'abord, dit-elle en marchant vers la chambre d'Eddie.
– Maman, attends..., commença Eddie, mais son père posa sa main sur son épaule.
– Notre petit fils est-il réveillé ? L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt tu sais.
– Oui, je sais mais… Maman ?
Il ne voyait plus sa mère depuis qu'elle avait disparu dans le couloir et il se dégagea de son père et la rejoignit rapidement la trouvant figée sur le seuil de la porte, ses yeux s'écarquillant d'horreur en voyant Buck endormi dans son lit.
– Mon Dieu ! s'exclama-t-elle, ses mains couvrant sa bouche. Eddie, qui est cet homme dans ton lit ?
Eddie se précipita vers elle, essayant de la tirer en arrière pour éviter de réveiller Buck. Mais déjà son père les rejoignait lui-même choqué de la scène qui se déroulait sous leurs yeux.
– Eddie ? tonna-t-il. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que fait cet homme dans ton lit ?
Christopher, contrarié par leur présence, leur fit signe de se taire, en mettant un doigt sur ses lèvres.
– C'est Buck, murmura-t-il, tentant de les calmer. Il est blessé et il a besoin de repos.
Il referma la porte aussi doucement que possible poussant ses parents dans le couloir pour les faire revenir vers le salon.
– Indécent ! s'écria soudain son père. Il y a un homme dans ton lit, Eddie. C'est inacceptable !
Eddie sentait la colère monter en lui, une émotion qu'il peinait à contenir.
– Buck est blessé, répéta-t-il. Il a besoin d'aide. Je prends soin de lui, c'est tout.
– Prendre soin de lui ?! Il y a des limites à la décence, Eddie. Comment oses-tu mettre un homme dans ton lit sous le même toit que ton fils ?
Eddie perdit son sang-froid, élevant la voix à son tour.
– Tu ne comprends pas, tu ne comprends jamais rien. Buck est comme de la famille pour moi. Il est toujours là pour moi, pour Christopher, et maintenant il a besoin de nous. Il n'y a rien d'indécent à cela !
La dispute s'intensifiait, les voix s'élevant de plus en plus. Le père d'Eddie restait fermement opposé, son incompréhension se transformant en colère alors que sa mère ne semblait pas encore remise du choc.
Dieu, ses parents prenaient son coming-out vraiment très mal et le pire c'était qu'il ne l'avait même pas encore fait.
– Tu déshonores notre famille ! hurla son père les poings serrés de rage.
– Non, c'est toi qui ne comprends pas ce que signifie vraiment être une famille, rétorqua Eddie, la voix tremblante de colère et de frustration.
