Une petite fille déambulait seule sur la 5è avenue. La démarche saccadée et déterminée démontrait sa détermination dans sa décision. De dos, ses bouclettes châtain foncé retenues par un bandeau, sautaient allégrement sur ses frêles épaules. Elle était habillée très élégamment et portait un petit sac à main en bandoulière, comme sa maman le lui avait appris, où elle pouvait y mettre ses petits secrets.
Elle savait où elle allait. Le chemin n'était long. En quinze minutes elle arriva devant le bâtiment. Elle fut intimidée par la sévérité de la façade. Elle fut tentée de repartir mais elle ne pouvait pas. Elle devait accomplir la mission que sa mère lui avait confiée. Elle entra et s'adressa au réceptionniste en se mettant sur la pointe des pieds pour atteindre le comptoir:«Bonjour Monsieur, je voudrais voir M. Chuck Bass.»
Le réceptionniste la regarda, intrigué par son jeune âge: « Es-tu sa fille ? »
La petite haussa les épaules: «Non, mais je doit le voir, c'est très important.»
L'homme, ne voyant la dangerosité de l'enfant, lu accorda sa confiance : « Le bureau de M. Bass est au dernier étage c'est-à-dire au trente-quatrième et à droite. »
La petite fille lui sourit en lui disant merci et partit dans l'ascenseur.
Arrivée à la porte désignée, elle l'ouvrit et entra dans un corridor où était installée une dame derrière son bureau. La dame releva la tête pour regarder la petite fille:«Bonjour Mademoiselle. Puis-je vous aider?»
« Bonjour Madame, je voudrais voir M. Chuck Bass. C'est très important.»
« M. Bass n'est pas là pour l'instant, il reviendra beaucoup plus tard. »
La petite fille était déçue mais déterminée : « D'accord, j'attendrai. »
« Tu risques d'attendre très longtemps, tu sais. »
« Ce n'est pas grave. Je ne ferai pas de bruit. »
La secrétaire sourit à cette petite fille manifestement, bien élevée : « Comment t'appelles-tu ? »
Elle leva sa tête pour regarder la dame : « Je m'appelle Holly. »
« Pourquoi veux-tu voir M. Bass. »
Elle baissa ses yeux tristes : « Parce que je dois lui remettre une lettre. »
« Tu ne voudrais pas que je la lui remette ? Cela t'éviterai d'attendre pendant des heures. »
Holly ouvrit de grands yeux : « Non, je dois impérativement lui remettre en main-propre. »
« D'accord. » Répondit la dame un peu amusée.
L'attente commença. Elle était assise sur un siège en train de jouer avec ses doigts en chantonnant discrètement une comptine que sa mère avait dû lui apprendre. Elle ouvrit son petit sac pour sortir la lettre. Elle voudrait bien savoir ce qu'elle contient. Elle le remit délicatement dans son sac et plongea dans ses souvenirs.
Un mois auparavant
Sa mère allongée dans son lit, demanda à l'infirmière d'appeler sa fille. « Holly, ma chérie, je vais te confier une tâche très importante. » Elle tendit sa main vers le tiroir de la table de chevet pour y sortir la lettre. « Tu apporteras cette lettre à Chuck Bass. J'ai écrit son adresse sur le post-it, collé sur l'enveloppe. Tu dois absolument lui remettre en main-propre. D'accord ? »
La petite fille hocha la tête : « Oui maman. »
Sa mère sourit : « Personne ne doit connaître l'existence de cette lettre; ni grand-mère, ni grand-père, ni Roman, ni Serena, ni Nate. Personne. C'est un secret entre nous. »
Elle hocha de nouveau tête, prenant conscience du caractère important de sa mission.
Sa mère chercha à se redresser un peu, malgré la douleur qui se diffusait dans son corps. Elle était atteinte d'un cancer du pancréas, devenu incurable. Elle savait qu'il ne lui restait peu de temps pour mettre ses affaires en ordre.
Elle essayait de consoler sa fille en pleurs en lui expliquant que des tas de gens étaient autour d'elle pour l'aimer. La lettre écrite pour Chuck Bass était la dernière chose qu'elle avait accompli pour sa paix. A partir de là, elle pouvait dormir pour l'éternité, sereine et en paix avec sa conscience.
Quelques jours plus tard, elle ferma définitivement les yeux.
Holly pleurait doucement à ces souvenirs. Elle sortit un mouchoir monogrammé HW et essuya ses larmes en toute discrétion. Mais la dame l'avait vue. Elle fit le tour de son bureau pour s'accroupir devant la petite fille : « Que t'arrive-t-il ma belle ? »
Elle secoua la tête : « Rien, Madame. »
« Appelle-moi Gabriella. Veux-tu un bonbon ? Un gâteau ? »
« J'aime bien les macarons. »
Gabriella prit la main de la petite fille :« Viens avec moi, nous allons t'acheter des macarons. »
Elles sortirent du bâtiment pour acheter les friandises préférées de Holly et remontèrent dans le bureau de Gabriella.
Holly mordait dans un macaron quand Gabriella se tourna vers elle :« Personne ne te cherche ? Ca fait longtemps que tu es là. »
La petite fille pâlit : « Je dois remettre la lettre à M. Bass et ensuite je partirai. »
« Tu ne veux pas que je prévienne quelqu'un pour lui dire que tu es en sécurité ici ? »
Elle écarquilla les yeux, se rappelant que sa mère lui avait dit que c'était un secret entre elle deux. Que personne ne devrait savoir. « Non, non grand-mère sait où je suis. » Mentit-elle.
Cette réponse interpella Gabriella. Pourquoi donc, parlait-elle de sa grand-mère et non pas de sa mère ? Elle ne trouva pas de réponse satisfaisante.
« Quel est votre métier ici ? » Demanda Holly.
« Je suis la secrétaire personnelle de M. Bass. »
« Oh! C'est un emploi important. »
Elle sourit :« Oui… Dis-moi quel âge as-tu ? »
« J'ai eu huit ans le 02 juin »
« Tu es une jolie grande fille. »
« Merci »
Le silence se réinstallèrent entre elles. Le téléphone sonnait souvent et Gabriella devait y répondre.
Enfin le bureau s'ouvrit sur un homme au visage sévère mais très élégant. Holly se leva instantanément. Elle se raidit en ouvrant de grands yeux, presque apeurée. Il la regarda rapidement et se tourna vers sa secrétaire, les sourcils froncés d'incompréhension.
« Cette petite fille vous attend depuis de nombreuses heures, M. Bass. »
Il se tourna vers elle : « Bonjour Mademoiselle, que puis-je faire pour vous ? »
La petite fille était tétanisée. Le regard scrutateur de cet homme lui faisait peur. Elle balbutia un ''Bonjour M. Bass'' en ouvrant délicatement son petit sac à main pour en sortir la lettre.
Il la regarda plus attentivement. Ces bouclettes, son bandeau, ces yeux. Il eut un pincement dans son estomac et dans son cœur, un pressentiment qu'il balaya rapidement.
« Ma maman m'a demandé de vous remettre cette lettre en main-propre. »
« Qui est ta maman ? » Demanda Chuck en prenant la missive.
Mais la petite fille était pétrifiée. « Au revoir M. Bass. Au revoir Gabriella. » Elle partit en trombe et courut jusqu'à l'ascenseur. Une fois dedans elle se permit de respirer. Elle tremblait. Elle ne savait pas pourquoi.
De son côté, Chuck resta médusé, spectateur du départ précipité de la petite fille. Il regarda l'enveloppe recto et verso et ne trouva aucune indication à part qu'il était écrit ''Pour Chuck Bass''. Il entra dans son bureau, se servit un scotch, s'assit dans son fauteuil et ouvrit l'enveloppe. Il écarquilla les yeux en reconnaissant tout de suite l'écriture.
Chuck,
Je sais que tu vas m'en vouloir et que tu seras en colère contre moi. Mais avant que tu déchires cette lettre, laisse-moi t'expliquer le déroulement.
Après la mort de ton père, tu es parti. Je t'ai cherché partout. J'ai même engagé un détective privé. Il a sillonné le monde entier pendant plus d'un an. Cela n'a rien donné. Tout le monde me disait de laisser tomber. Je n'y arrivais pas car je t'aimais tellement et je voulais que tu saches que j'étais enceinte. J'ai accouché le 02 juin 2009 d'une belle petite poupée que j'ai nommé Holly Charlotte Waldorf.
Quand j'ai su que tu était revenu à New York je voulais venir te voir et j'ai pensé, peut-être lâchement que c'était trop tard. Ma petite fille grandissait et je n'avais plus le courage d'affronter mon passé. J'ai laissé le temps s'écouler.
Maintenant elle a huit ans. C'est une gentille petite fille. Elle est gracieuse et elle a quelques traits de caractères de son père. Elle a ta bouche et la structure de ton visage. Quand je la regarde, elle m'empêche de t'oublier.
J'espère de tout cœur que tu rentreras dans sa vie. Apprends à la connaître, elle est merveilleuse. Elle est l'association parfaite de nous deux.
En première approche, je lui ai demandé de venir t'apporter cette lettre. Je voulais que vous vous voyiez.
Je voulais aussi te dire que si tu tiens cette lettre entre tes mains, c'est que je ne suis plus de ce monde. Un cancer sournois m'a emportée.
J'espère que tu ne m'en voudras pas trop de ne jamais t'avoir parler de Holly.
Sache que je t'ai toujours aimé et que je t'aimerai jusqu'à mon dernier souffle.
Avec cette lettre, je quitte le monde des humains, en paix.
Tout mon amour
Blair.
Chuck était abasourdi. Les larmes lui coulaient des yeux. Il apprit d'un coup qu'il avait une fille de huit ans et que sa mère qu'il aimait éperdument était décédée. Personne ne lui avait rien dit. Il savait pertinemment que des personnes comme Serena ou même Nate devait être au courant. Lily? Certainement. Il était vraiment en colère.
Il prit son téléphone et appela Eleanor :« Bonjour Madame Rose, Chuck Bass. Vous savez pourquoi je vous appelle. »
Elle redoutait cet appel : « Oui je sais pourquoi tu appelles. »
« Je veux voir ma fille. »
« Elle vient d'arriver, je ne sais pas où elle était toute la journée. Nous l'avons cherchée partout. Nous avons même appelé la police. »
« Elle était dans les bureaux de Bass Industries à m'attendre pour me remettre une lettre de Blair. »
Eleanor leva les sourcils : «Une lettre de Blair ? Je ne savais pas qu'elle t'avait écrit une lettre. »
« Peut-être, mais c'est comme ça que j'ai eu connaissance de ma fille. Merci de m'avoir informé que j'étais père…» Ne s'empêcha-t-il pas de lui dire sarcastiquement.
« Elle ne voulait pas t'en parler. Ce n'était pas à moi de te le dire. »
« Quoi qu'il en soit, je veux connaître ma fille. J'arrive. »
Il raccrocha pour appeler son chauffeur : « Arthur, viens devant les bureaux. Merci. »
Trente minutes plus tard, il se retrouvait dans le penthouse des Waldorf. Il fit un bond de huit ans, dans le temps. Il revoyait avec nostalgie l'entrée, le salon, l'escalier qui menait à la chambre de Blair qui était maintenant la chambre de Holly. Cette fameuse chambre où il s'était enfui à l'aube en laissant un mot succinct à Blair.
Elle descendit doucement l'escalier pour revoir l'homme qu'elle venait de quitter, il y avait à peine une heure. Il la regarda en souriant. Il s'accroupit devant elle et lui parla doucement en lui tenant les mains : « Tu sais qui je suis ? »
La petite fille secoua la tête : « Non »
Il essaya de trouver des mots simples qui ne brusqueraient pas l'enfant. La tâche était compliquée; comment être doux pour lui expliquer qu'il était son père, qui n'avait jamais cherché à l'approcher en huit ans car il ne le savait pas.
« Ta maman m'a écrit une lettre pour m'expliquer ton existence. Je ne savais pas que tu étais née du fruit de notre amour. Je suis ton papa, et j'aimerai beaucoup te connaître, si tu le veux. »
Elle ouvrit des yeux comme des soucoupes : « Tu es mon papa ? J'ai un papa ? »
Elle sourit à cette nouvelle. Il lui ouvrit les bras pour lui donner la possibilité de se calfeutrer dans son étreinte. Au bout de quelques secondes d'hésitation, elle se blottit dans ses bras. « Ma puce, tu es tellement belle. Tu ressembles tant à ta maman. »
« Papa, je veux te connaître. »
« Merci ma petite fille. Tu vas tout ma raconter sur toi et moi, je te raconterai presque tout sur moi. »
« Si tu le veux, nous pourrions aller nous promener à Central Park, pour faire connaissance. »
Elle était ravie de cette idée : « Oh oui ! J'adore donner manger aux canards ! »
Il sourit en se remémorant du même plaisir de Blair : « Alors, allons-y. »
