Correction: 31-08-2024
Chapitre 3 : Les Révélations de Gringotts
Harry n'avait jamais aussi bien dormi que cette nuit-là. Il s'étira paresseusement dans les draps qu'il avait changés la veille - son cousin ayant pris l'habitude de ne pas se laver aussi souvent qu'il le devrait, changer les draps était nécessaire -.
Aujourd'hui serait une bonne journée.
Il prit son temps. Appréciant le calme de la maison. Le chant des oiseaux qu'il pouvait entendre maintenant qu'il possédait une fenêtre. La possibilité d'étendre ses pieds complètement maintenant qu'il n'était plus à l'étroit dans un placard. Le plaisir de bâiller à s'en décrocher la mâchoire sans tousser violemment à cause de la saleté et de la poussière.
Oui, assurément une bonne journée.
Avec son voyage dans le temps, ses souvenirs d'enfance étaient bien plus présents. Il avait véritablement l'impression d'avoir travaillé dans le jardin de sa tante toute la journée de l'avant-veille, sous un soleil de plomb et sans possibilités de boire un verre d'eau avant d'avoir fini. Ses oreilles bourdonnaient encore des hurlements de son oncle lorsqu'il l'avait grondé pour avoir cassé l'un des jouets préférés de Dudley la semaine précédente.
Un jouet dont il n'avait jamais pu voir ne serait-ce que la couleur, évidemment.
Mais Dudley, incapable de prendre soin de ses propres affaires, avait trouvé une solution simple et efficace pour remplacer ses jouets détruits sans être réprimandé: accuser Harry. Et cette astuce fonctionnait incroyablement bien puisqu'il pouvait non seulement admirer la punition que ses parents réservaient à son cousin, mais également récupérer non pas un mais deux jouets flambants neufs pour remplacer sa perte.
C'était une juste compensation pour le préjudice moral, selon sa tante.
Où les Dursley trouvaient-ils autant d'argent à dépenser inutilement pour leur goret de fils, cela dépassait le survivant.
Mais les souvenirs n'étaient pas les seules choses qui lui rappelaient sa condition désastreuse dans la maison des moldus. Son ventre criait famine et se tordait douloureusement de ne pas avoir été correctement nourri depuis des lustres. Sans compter que son rationnement alimentaire forcé avait empiré depuis l'incident du zoo dont il se souvenait maintenant parfaitement.
Pourquoi n'avait-il pas pu comprendre le serpent cette fois-là ?
Il comprenait les serpents comme n'importe quel fourchelangue. Alors pourquoi n'était-il pas parvenu à entendre celui-ci ? Il avait réussi à lui parler, mais c'était tout. Il était sûr que le boa constrictor avait été étonné par le fait que Harry n'arrivât pas à le comprendre correctement. Et ce n'était pas à cause de la vitre. Même lorsque le serpent était sorti, il avait eu un mal de chien à simplement entendre ses remerciements.
Tous ces souvenirs, qu'il avait depuis longtemps oubliés ou qui n'étaient plus que très vagues et rangés au fin fond de sa mémoire, étaient maintenant aussi frais qu'une fleur de printemps.
C'était très agaçant…
Il avait étrangement honte. Son esprit d'adulte s'offusquait de cela. Il savait que ce n'était pas sa faute, mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir une affreuse culpabilité dans le ventre suite aux abus qu'il avait subis.
Il ne voulait pas en parler. Il avait peur que quelqu'un le découvre. C'est pourtant ce qu'il mourait d'envie de faire : dénoncer tous ceux qui l'ont blessé. Obtenir enfin une justice qu'il méritait depuis des années...
Ses souvenirs de son ancienne vie étaient toujours là. Les plus importants fermement gravés dans sa tête. Mais, en ce qui concernait les plus récents, il avait l'étrange impression que deux bobines de films se superposaient dans son esprit.
Et malgré cela, il avait encore du mal à imaginer qu'il avait de nouveau à peine onze ans, qu'il n'était même pas encore étudiant à Poudlard et qu'il allait devoir recommencer sa propre vie.
Il ignorait encore si c'était une bonne ou une mauvaise chose...
Harry secoua la tête, chassant ses propres pensées pour reprendre contact avec la réalité. Il regarda l'heure indiquée par le réveil présent sur la table de nuit non loin de lui.
9 h 28.
Il sourit. C'était bien la première fois qu'il pouvait faire une grasse matinée chez les Dursley. Harry tendit l'oreille. Toute la maison était calme. Pas un son plus haut que l'autre. Vernon et Pétunia Dursley étaient si terrorisés de déranger leur neveu qu'ils ne parlaient qu'en chuchotant très bas et grondaient Dudley à la moindre de ses jérémiades trop sonores.
D'un mouvement lent, Harry se leva et grimaça de dégoût en enfilant des vêtements trop grands pour lui. Vivement qu'il refasse sa garde-robe. Il avait vraiment honte de sortir avec de telles loques sur le dos.
Avant de quitter la pièce, il n'oublia pas de glisser sa lettre d'inscription -ou plutôt de communication avec Poudlard- dans sa poche. Il était toujours aussi déstabilisé de parler avec l'essence même de l'école, mais après tout, ce n'était pas la chose la plus étonnante qu'il ait rencontrée. Ou peut-être l'est-ce? Peu importe.
D'un pas serein, il descendit les marches, faisant attention à fortement appuyer sur la troisième en partant du bas pour que le grincement qui suivit puisse prévenir les Dursley de son arrivée.
Des bruits de pas précipités sur le parquet et un claquement de porte plus tard, la cuisine était déserte avant même que le survivant y ait mis un pied. Le petit-déjeuner avait été servi pour lui à sa plus grande satisfaction.
Peut-être pourrait-il alléger sa future vengeance à leur égard s'ils continuaient comme ça.
Ah, ah ! Non.
Il s'installa, s'empara de la télécommande et pour la première fois de sa vie pu choisir le programme alors qu'il était à la table des Dursley. Et le tout, sans les Dursley. Vraiment, cette nouvelle vie commençait bien.
Une fois son petit-déjeuner terminé, il comptait retourner dans sa chambre pour se préparer pour la journée. Avant de monter les escaliers, il lança d'une voix forte pour être entendu par son oncle qui se cachait dans la véranda.
"On part pour Londres dans 30 minutes !"
Satisfait, il se prépara, prenant une douche bien chaude et s'habilla avant de retourner dans le hall une demi-heure plus tard. Vernon l'attendait déjà, le visage un peu mauve… ou peut-être vert. Ah non, finalement, il était affreusement pâle.
Harry s'en désintéressa vite, il ne cessait de changer de couleur de toute façon. Il prit place à l'arrière de la voiture familiale tandis que son oncle prenait le volant dans un silence presque pesant.
Harry ne s'en plaignit pas, cela lui permit de se faire une liste de courses mentale. Il nota les choses indispensables dans un coin de sa tête, mais prévoyait de faire du lèche-vitrines toute la journée.
Il fut cependant dérangé par le regard noir et plein de promesses de vengeance que lui lançait son oncle à travers le rétroviseur. Un peu plus et le crâne de Harry serait troué comme un gruyère.
"Oncle Vernon…" commença le survivant d'une voix condescendante. "Contrairement à moi, vous n'êtes pas un sorcier. Vos yeux ne parviendront pas à me brûler le visage. Mais souvenez-vous que les miens le pourront peut-être…"
M. Dursley détourna immédiatement les yeux pour les fixer de nouveau sur la route tout en se faisant violence pour ne pas grogner de rage ou couiner d'effroi, lui-même l'ignorait.
Le trajet fut quand même assez long et ennuyeux. Lorsque, enfin, la voiture de l'oncle Vernon s'arrêta devant le Chaudron Baveur, Harry soupira de soulagement. Il avait hâte d'acheter son matériel scolaire. Sa chouette lui manquait tout comme sa baguette.
Dès l'instant où il referma la portière derrière lui, l'homme démarra rapidement pour s'éloigner le plus vite possible de son neveu qui était, sans aucun doute, dangereux. Le survivant n'y fit même pas attention. Il passa la porte du pub magique avec le sourire en prenant soin de cacher sa cicatrice à l'aide de ses cheveux toujours aussi indomptables.
Inutile de créer une émeute de fans hystériques, cela ne ferait que le ralentir. Il y avait un temps pour tout.
"Bonjour !" dit-il à Tom, le patron du Chaudron Baveur. "J'aimerais aller sur le chemin de traverse, s'il vous plaît."
Harry lui lança son plus innocent sourire pour que l'homme ne pose pas trop de questions sur le pourquoi du comment un enfant de 10 ans souhaitait aller seul sur le Chemin de Traverse. Heureusement pour lui, les sorciers se fichaient bien que des enfants se baladent sans surveillance dans une rue très fréquentée.
Tom le mena dans la cour arrière et tapota les briques dans un ordre précis. Harry le remercia rapidement avant de commencer sa matinée shopping sorcier. L'après-midi serait réservé au shopping moldu.
Harry se dirigea immédiatement vers la banque des sorciers. Lorsqu'il arriva devant la première porte gardée par deux gobelins en uniforme, il se stoppa. Réalisant soudain une effroyable vérité.
Enfer et Damnation ! C'est Hagrid qui possédait sa clé ! Comment était-il supposé faire ses achats sans argent ?!
Non, attendez. Meilleure question : Comment se faisait-il que ce soit Hagrid qui possède sa clé ?
Harry souffla du nez, frustré. Il était coincé.
Sa lettre d'admission s'agita un peu. Le survivant plongea la main dans sa poche et la sortit. Poudlard avait-elle une solution ?
Bien sûr que j'ai une solution. Et elle est simple. Va voir les gobelins et explique ta situation.
Celui-qui-a-survécu roula des yeux. Ça ne pouvait pas être aussi simple.
Just do it. Furent les mots qui illuminèrent le parchemin.
Soupirant, Harry rangea sa lettre et entra dans la banque sous le regard curieux des deux gobelins qui l'avaient observé s'énerver tout seul. Encore un né-moldu un peu fou, se dirent-ils. Il y en avait vraiment de plus en plus.
Le sorcier n'y fit pas attention et s'approcha du premier gobelin libre qu'il trouva et se présenta.
"Et est-ce que monsieur Potter à sa clé ?" demanda la petite créature après l'avoir écouté.
"Non."
"Non ?"
"Non."
"Dans ce cas, monsieur Potter ne peut pas accéder à son coffre," dit le gobelin en se détournant après avoir fortement accentué le nom du jeune garçon, montrant clairement qu'il ne croyait pas son identité.
La lettre s'agita à nouveau et sous le regard indifférent du gobelin, Harry regarda rapidement ce qui s'y inscrivit.
Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans : « Explique ta situation » ?
Le survivant la rangea rapidement et se tourna vers le gobelin qui lui lançait un regard glacial.
"Ma clé est détenue par le garde-chasse de l'école de Poudlard. Même si cela peut paraître absurde."
Et ça l'était.
Le vieux gobelin - y en avaient-ils des jeunes ? - eu un sourire mauvais. Visiblement, il n'en croyait pas un mot et commençait à être agacé. Mais était-ce étonnant ? Que ferait le garde-chasse d'une école de magie avec la clé bancaire d'un futur élève avec lequel il n'était pas affilié ? Même Harry se le demandait. Et même Harry en était agacé.
"Bien. Peut-être, monsieur Potter, accepterait-il de se soumettre à un test de sang ?"
"Tout dépend de la quantité de sang nécessaire," répondit Harry pas plus inquiet que cela.
Cette fois, ce fut un sourire amusé qui prit place sur le visage du banquier. Enfin… discrètement.
"Suivez-moi."
Harry n'en avait aucune envie à cause d'un mauvais pressentiment concernant ce test. Probablement dû au fait que le gobelin n'avait pas indiqué la quantité de sang nécessaire. Pourtant, il hocha la tête et suivit la petite créature à travers divers couloirs avant d'entrer dans un bureau. Là, le gobelin le fit asseoir et lui donna un bol. Intrigué, le survivant lança un regard au gobelin avant de regarder autour de lui les différentes issues au cas où celui-ci tenterait de l'égorger pour remplir le bol de son sang.
"Veuillez-vous piquer avec cette aiguille et laisser tomber trois gouttes de votre sang dans ce bol. Il m'est obligatoire de préciser que le test de sang est payant, il vous sera facturé 2 gallions et 5 Mornilles."
Harry observa le gobelin un court instant. Il ne perdait pas le nord celui-là. Enfin bon, ce n'était pas comme si 2 gallions et 5 Mornilles allaient lui manquer, même si c'était excessivement cher.
Le sorcier attrapa l'aiguille et fit ce qui lui était demandé. Lorsque la troisième goutte de sang toucha le fond du bol, celui-ci s'illumina et changea de couleur pour devenir d'un rouge aussi sombre que les pupilles du gobelin.
"Bonjour héritier Potter, et bienvenue à la banque de Gringotts," fit la créature en changeant d'humeur. Il avait presque l'air… agréable.
Harry en frissonna d'horreur. C'était purement et simplement effrayant. Il le préférait nettement lorsqu'il lui démontrait tout son mépris.
"J'imagine que vous venez pour votre rendez-vous," fit le gobelin en faisant disparaître le bol.
« Rendez-vous ? Il avait rendez-vous ? Première nouvelle. » s'étonna mentalement le brun, ne sachant comment répondre.
La petite créature fit apparaître un parchemin qui semblait à deux doigts de se décomposer suite au ravage de temps avant d'ajuster ses lunettes et de froncé légèrement ses sourcils broussailleux.
"Étrange. Je vois que votre rendez-vous n'est pas prévu avant un peu plus de deux semaines… Il est indiqué le 31 juillet, vous ne pouvez pas venir en avance, Héritier Potter," continua le gobelin.
« Deuxième nouvelle. »
"Je suis désolé, monsieur, je ne venais pas pour ce rendez-vous. À vrai dire, j'ignorais qu'il avait été prévu," répondit poliment le sorcier.
Le froncement de sourcils du gobelin s'accentua et une grimace déforma sa bouche. Il posa de nouveau les yeux sur son parchemin avant de marmonner férocement.
"Oui, j'imagine que cela peut arriver lorsque vous refusez obstinément de répondre à nos hiboux et que vous négligez tous vos précédents rendez-vous."
Peut-être que Harry avait affronté Voldemort à plusieurs reprises. Peut-être qu'il considérait maintenant son oncle comme une peluche moustachu inoffensive… La créature devant lui n'était qu'un gobelin. Pas un homme adulte maltraitant ou un mage noir surpuissant. Mais c'était un gobelin en colère. Une colère suffisamment présente pour être visible par le premier sorcier venu.
Et cela justifiait parfaitement pourquoi Harry était effrayé.
Cela dit, de quoi parlait-il? Harry n'avait reçu aucun hibou. Et sa lettre d'admission fut la première à arriver chez sa famille moldu de cette façon. Nul doute que son oncle lui aurait donné une correction si jamais des choses bizarres se passaient autour d'eux comme il le faisait habituellement.
"Cela dépasse mes compétences, Héritier Potter," dit soudainement le banquier gobelin. "Veuillez me suivre."
Après avoir traversé plusieurs couloirs, bureaux, salles de coffres, cages de dragons, encore des bureaux, des galeries, d'autres couloirs et toujours plus de bureaux, ils arrivèrent tous les deux devant une immense porte de bois massif.
Pourquoi y avait-il une porte aussi grande alors que les gobelins n'atteignaient pas les 1m 10, il l'ignorait, mais passons.
Poudlard, à travers la lettre, parvenait à voir tout ce qui entourait le jeune sorcier avec une netteté plus ou moins bonne. Et dire qu'elle s'en extasiait était bien loin de la vérité. Elle souhaitait que Harry ralentisse pour qu'elle puisse observer plus attentivement encore le décor de la célèbre banque des sorciers. Elle n'y avait jamais mis les pieds. À vrai dire, elle n'avait jamais mis les pieds nulle part, incapable de quitter l'enceinte de Poudlard. Être enfin capable de voir autre chose que l'horizon qu'elle apercevait depuis la plus haute tour de l'école lui donnait presque envie de pleurer.
Observer ainsi le monde extérieur, même à travers des images qu'elle recevait d'une simple lettre, la rendait presque hystérique. Tout ce qu'elle avait lu ou entendu à propos de la banque des sorciers ne lui rendait pas honneur. Les colonnes de marbre blanc strié de filaments d'or étaient incroyables. Les meubles en chênes massifs, finement ouvragés, les centaines et les centaines de portes, bureaux ou guichets, tout était extraordinaire à ses yeux. Elle qui n'avait jamais rien connu d'autres que ses propres salles de classe.
Elle ne regrette pas d'avoir mis plus de magie dans cette lettre pour être capable de voir ce qui l'entourait. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ?
Le gobelin, qui avait guidé Harry à travers toute la banque, le laissa là sans d'autres explications. Harry observa ce qui l'entourait avant de hausser les épaules et de choisir une direction au hasard pour partir. Il n'était ni à l'aise, ni en confiance. Son esprit lui hurlait qu'il n'avait rien à faire là et qu'il devait quitter la banque au plus vite.
Mais il n'eut pas le temps d'amorcer le moindre mouvement. La porte s'ouvrit et laissa place à un autre gobelin -presque totalement semblable au premier-. Celui-ci lui fit un rapide signe de la tête et l'invita à entrer.
Le survivant soupira en comprenant ce qu'il y avait de l'autre côté de la grande porte. Bon sang, encore des bureaux.
"Le directeur Ragnok va vous recevoir, héritier Potter," annonça le nouveau gobelin en se tenant devant une porte richement décorée.
Harry ne dit rien, mais son cerveau tournait à plein régime. Pourquoi le directeur de Gringotts désirait le rencontrer ? Une fois de plus, la lettre s'agite dans sa poche et il regarda ce que Poudlard avait à lui dire.
Aie confiance. Tu es un noble, Harry. Les nobles ont beaucoup d'argent. Tu as beaucoup d'argent. Les gobelins aiment…Le dernier mot fut rapidement barré puis remplacé…détestent moins les sorciers qui ont de l'argent.
Pas vraiment rassuré, surtout que le gobelin qui le guidait ne semblait pas de la meilleure humeur, le survivant pénétra dans le bureau le plus important de la banque lorsqu'on l'invita à le faire. Un gobelin était installé derrière un immense bureau en bois massif et le regardait par-dessus des lunettes en demi-lune.
Était-ce la version gobeline de Dumbledore ? Harry espérait que non.
Le gobelin qui l'avait guidé jusqu'ici se retira en s'inclinant et une fois que la porte du bureau se referma, le chef de la nation gobeline anglaise prit la parole.
"Héritier Potter. Vous êtes en avance. Notre rendez-vous n'était prévu que le jour de votre onzième anniversaire," marmonna le directeur sans lui adresser un regard, continuant de signer un à un les rapports devant lui.
"Notre rendez-vous ?" demanda Harry qui ne comprenait décidément plus rien. Quand allaient-ils lui expliquer de quel rendez-vous ils parlaient tous depuis son arrivée dans la banque ?
Ragnok fronça les sourcils.
"Le rendez-vous pour la succession," expliqua-t-il avec une légère irritation. Les gobelins n'appréciaient pas les sorciers, mais plus encore leur progéniture stupide.
Harry réfléchit avant de décider que non, l'explication du gobelin ne l'aidait pas du tout.
"Je ne comprends pas," fit le brun après un instant de réflexion.
"Vous voulez dire que vous n'êtes pas au courant de ce rendez-vous ?"
"En effet," dit Harry en essayant d'être le plus polie possible. Il fallait être aveugle pour ne pas voir que le directeur de Gringotts avait une patience limitée et un emploi du temps chargé. "Je ne suis pas au courant de ce rendez-vous avec un membre de Gringotts et encore moins le jour de mon anniversaire. J'étais simplement venu à la banque retirer de l'argent et je ne serais pas revenu avant l'année prochaine."
"Cela est fort étonnant, héritier Potter. Vos tuteurs magiques auraient dû vous en informer il y a plusieurs semaines."
Le gobelin retira ses lunettes, sentant très facilement que cet entretien allait soit être une perte de temps colossale alors qu'il était déjà grandement occupé, soit un futur scandale dont il allait devoir s'occuper en plus de sa charge monstrueuse de travail habituel.
"Mes tuteurs ne sont pas magiques. Ce sont des moldus et s'ils avaient la moindre connaissance de la fortune qui roupille dans mes coffres, nul doute qu'ils auraient déjà tout dilapidé. Je préfère donc qu'ils continuent d'ignorer l'existence de Gringotts et de mon héritage."
"Je ne parlais pas de votre famille moldu, héritier Potter. Mais de vos tuteurs magiques. "
Le gobelin claqua des doigts et un parchemin apparut dans sa main pâle aux longs doigts. Il réajusta ses lunettes et lut ce qui était indiqué sur le document avant de reprendre:
"C'est-à-dire : Lord Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore et Lady Alice Londubat. Bien que Lady Londubat soit excusée par son incapacité à vous fournir toutes les informations nécessaires dû à sa mauvaise santé, ce n'est pas le cas de Lord Dumbledore."
D'abord incroyablement étonné, une colère sourde commença à s'emparer du sorcier. Combien de choses Dumbledore lui avait-il caché ? À quel point avait-il été manipulé ?
"Je ne connais aucun Albus Dumbledore, monsieur," indiqua Harry après s'être mordu la langue pour se contenir. "Je n'ai appris qu'hier l'existence du monde magique et ma véritable nature de sorcier."
Ragnok se frotta l'arête du nez. C'était donc un futur scandale dont il allait devoir s'occuper. Il aurait dû écouter sa femme et engager une troisième secrétaire.
"Voilà quelque chose de fort fâcheux et inquiétant. Je pense que nous devrions remettre cette conversation pour notre entretien dans quelques jours. Vous n'êtes pas encore âgé de onze ans. Je suis donc forcé par vos lois à passer sous silence certaines informations. C'est pourquoi j'aimerais que vous reveniez à la banque de Gringotts lors de votre anniversaire," proposa le gobelin qui soupira devant le travail supplémentaire qu'il allait devoir faire.
"Je comprends. Je reviendrais alors à la fin du mois, merci pour le temps que vous m'avez accordé."
D'un mouvement las du poignet, Ragnok appela le gobelin qui avait guidé le jeune sorcier jusqu'ici. Celui-ci pénétra dans le bureau et invita Harry à le suivre jusqu'au coffre personnel du sorcier dont il reçut une nouvelle clé. Une fois une bonne partie de l'argent présent dans son coffre en poche, le gobelin le raccompagna dans le grand hall de Gringotts.
Dans le bureau qu'ils avaient quitté, lorsque la porte se referma, le gobelin le plus important de Grande-Bretagne soupira avec force et se massa les tempes. Il lança un regard mauvais sur la montagne de paperasse qui lui restait et imagina facilement celle-ci doublé avec les nouvelles qu'il venait de recevoir.
Il lui fallait vraiment une troisième secrétaire. Peut-être même une quatrième. Depuis combien de temps n'avait-il pas vu sa maison? En avait-il même encore une ou sa femme l'avait bel et bien expulsée comme elle le menaçait depuis plusieurs mois?
Ragnok soupira.
Devant les portes de la banque, Harry remercia le gobelin qui lui indiqua l'heure de son rendez-vous avant de retourner à ses obligations.
C'est donc en colère, intrigué et méfiant qu'il quitta la banque. Il respira profondément pendant quelques secondes pour se calmer avant de prendre en main sa lettre de Poudlard.
Allez, inutile de te mettre dans un état pareil. Tu verras bien ce qu'il en est réellement le 31 juillet. Pour l'instant, tu as une chouette à acheter et tu dois rapidement répondre pour ton inscription, sans quoi, Hagrid va venir te voir chez les Dursley et je ne suis pas sûre que cela soit une bonne idée.
Effectivement, cela n'en était pas une.
