Correction: 01-09-2024

Chapitre 5 : De vieux amis

"Hermione ?"

La jeune fille de onze ans, qu'il venait de bousculer, le regarda étrangement. Elle eut beau chercher dans sa mémoire, ce garçon face à elle ne lui disait absolument rien. Et pourtant, elle savait parfaitement qu'elle avait une excellente mémoire. Elle se souvenait de tout et de tout le monde. Mais là, non, aucun souvenir. Le brun aux grands yeux verts caché derrière des lunettes abîmées était un illustre inconnu, elle en était certaine.

Alors, comment connaissait-il son nom ?

"Nous nous connaissons ?" fit-elle avec politesse et un peu embarrassée.

"Euh, non !" répondit Harry par réflexe, encore étonné de la croiser ici. Quelles étaient les chances ? Hermione fronça les sourcils d'incompréhension.

Au loin, à plusieurs centaines de kilomètres, à peu près 7 heures de route en voiture ou en utilisant le Poudlard express, 5 heures si vous préférez les trains moldu -bien plus rapide et confortable-, 39 heures si vous êtes un sportif et que vous souhaitez y aller en vélo, ou 129 heures si vous désirez une balade à pied, enfin bref, à Poudlard donc, une vieille entité à l'allure de jeune femme se frappa le front du plat de la main en maugréant.

"Mais quel abruti... Qu'est-ce qui m'a pris de miser sur lui ?... Un tel crétin... je vous jure... Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?... Un QI d'huître celui-là !"

Mais revenons à notre sorcier à lunettes et son amie aux longues dents.

"Comment connais-tu mon nom ?" demanda Hermione, méfiante.

Elle ne connaissait pas ce garçon, mais ce garçon la connaissait. C'était très suspect. Est-ce que les cours donnés par son père sur les inconnus suspects concernaient aussi les inconnus suspects de son âge ou juste les adultes ? Un garçon de onze ans pouvait lui donner des bonbons, c'est vrai, mais ne conduisait pas de camionnette blanche, n'est-ce pas ? Elle allait devoir demander à son père plus de précision.

Harry réfléchissait. Là, maintenant, il lui fallait une excuse. Une excuse plausible. Quelque chose d'invérifiable qui convaincrait n'importe qui, même Hermione. Il fallait qu'il trouve cette excuse rapidement. Il connaissait la jeune fille. Elle ne le lâcherait plus si elle ne comprenait pas pourquoi il connaissait son nom. Sa soif de connaissances était bien trop grande. Mais quelle excuse pourrait-il bien sortir ? Il ne parvenait pas à réfléchir. Trop de pression et pas assez de temps. Où était son côté Serpentard quand il avait besoin de lui ? Où était sa ruse ? Son imagination ?

"Euh... c'est de la magie ?"dit-il finalement.

Au loin, à plusieurs centaines de kilomètres, Poudlard dut s'asseoir. Là, elle touchait vraiment le fond. Elle cherchait dans ses nombreuses connaissances ce qui pourrait avoir un QI inférieur à celui d'une huître pour pouvoir trouver un nouveau surnom au survivant. De sa vie -au combien longue- elle n'avait jamais entendu d'excuse aussi stupide, aussi bâclée, aussi médiocre. Non vraiment, impossible que cela foncti-

"Vraiment ?"s'exclama la brune avec des yeux qui s'illuminaient. "C'est incroyable ! Moi aussi, je suis une sorcière ! Il faut absolument que j'apprenne à faire ça ! J'ai encore du mal à imaginer que la magie existe, mais maintenant, je veux tout savoir ! J'étais tellement heureuse lorsque j'ai reçu ma lettre ! Tu vas à Poudlard, toi aussi ? Tu pourras me montrer ? Oh, j'espère ne pas être en retard sur les autres…"

Cette fois, Poudlard grogna : "Non mais là, j'abandonne. Tous des débiles."

"Eh bien, je ne sais pas si je peux vraiment te l'apprendre, c'est un... don... de naissance,"continua de s'enfoncer Harry.

Voyant la mine déçue, il ne put s'empêcher d'ajouter :

"Mais si tu veux, je peux t'apprendre plein d'autres choses… Comme transformer une souris en tasse à café ou faire venir les objets à toi..."

Et en moins de 30 secondes, il était devenu le nouveau meilleur ami d'Hermione Granger. Et cela avait été bien plus facile que la première fois où il avait dû affronter un Troll adulte dans les toilettes des filles. Bien moins héroïque aussi, mais tant pis.

Ils discutèrent un long moment pendant que Madame Guipure prenait leurs mesures et fabriquait leurs uniformes de Poudlard. Enfin... discuter était un bien grand mot. Hermione faisait un monologue monstrueux sur tout ce qu'elle fera une fois arrivée à Poudlard, et Harry l'écoutait tant bien que mal, souriant de son innocence et de ses fausses idées sur ce que serait sa future école de magie.

Allait-il lui dire que la répartition n'était pas un gros examen de connaissance où elle serait recalée à la moindre erreur ?

Non.

De toute façon, il doutait qu'elle l'écoutera.

Lorsque, après une heure, ils quittèrent la boutique, Harry se rendit compte que les parents d'Hermione l'attendaient juste devant l'entrée. Ils avaient l'air assez mal à l'aise et le père discutait activement avec une vieille femme à l'allure sévère portant un chignon strict et une longue robe de sorcier verte. McGonagall.

Le survivant manqua de s'étouffer. Heureusement, le professeur de métamorphose ne l'avait pas remarqué. D'un mouvement rapide de la main, il vérifia que sa mèche était bien en place pour cacher sa cicatrice et chuchota à Hermione.

"Ce sont tes parents ?"

Au hochement de tête qu'il reçut, il continua innocemment.

"Qui est la vieille femme avec eux ?"

"Oh ! C'est le professeur McGonagall. Elle vient nous aider à faire des courses. Comme mes parents ne sont pas des sorciers, on a besoin d'un guide. Elle m'a expliqué que pour chaque né-moldu, un professeur venait lui apporter sa lettre pour Poudlard en personne et l'aidait avec ses achats après avoir répondu à toutes les questions qui lui étaient posées."

Plaît-il ?

Certes, Harry n'était pas un né-moldu, mais Dumbledore, Hagrid et McGonagall savaient qu'il vivait chez des moldus. Pourquoi personne n'était venu le voir ? Pourquoi sa lettre avait-elle été apportée par hibou ? Pourquoi était-ce Hagrid qui s'est finalement présenté à lui alors qu'il n'est pas professeur... Pourquoi était-il sûr que c'était encore une machination de Dumbledore ?

D'ailleurs, même si sa famille moldu l'avait bien traité, même s'il avait accepté sa condition de sorcier, comment auraient-ils pu répondre à sa lettre d'admission alors qu'ils ne possédaient pas de hibou ? Comment auraient-ils pu l'aider avec sa liste de fournitures alors qu'il ne connaissait pas le chemin de traverse? Comment auraient-ils pu même trouver le chemin de traverse puisque l'entrée possédait un sort de repousse-moldu?

C'était très certainement volontaire. Cela signifie que Dumbledore s'attend à ce que Harry ne puisse pas atteindre le chemin de Traverse ou même simplement répondre à sa lettre d'admission sans aide extérieure.

Harry secoua la tête, il y penserait plus tard. Là, il ferait mieux de partir, et vite. Il n'avait pas envie que Minerva rapporte au directeur qu'elle l'avait croisé ici, tranquillement en train de faire ses courses seul...

Il n'était pas sûr de la quantité de manigances que le directeur avait orchestrées pour lui. Qui sait si son ignorance sur sa véritable nature de sorcier n'est pas de son dû, en plus de celui des Dursley… Hagrid avait sincèrement eu l'air horrifié lorsqu'il avait appris que les Dursley ne lui avaient rien dit de sa véritable nature de sorcier, mais peut-être Dumbledore le savait… Peut-être même l'encourageait-il…

Il salua rapidement Hermione, lui promettant qu'il se retrouverait dans le Poudlard express sans faute. Elle lui cria en retour qu'elle avait hâte d'apprendre à transformer les souris en tasse à café.

Elle ne perdait pas le nord.

Celui-qui-a-survécu-et-qui-venait-de-s'échapper ne parvint pas à atteindre la porte du chaudron baveur avant de faire une autre rencontre étonnante.

Alors qu'il passait devant Ollivander pour la seconde fois, il manqua de marcher sur un crapaud qui se tenait au milieu du chemin et l'esquiva de justesse. Il le regarda un peu et eut une moue sceptique lorsqu'il regarda le crapaud de plus près.

Pourquoi était-il sûr de reconnaître Trevor, le crapaud de Neville ? Pouvait-il réellement différencier un crapaud d'un autre ?

"Grand-mère… Je ne trouve plus mon crapaud," renifla une petite voix près du survivant.

"Neville, comment… ? Il est sous ta garde depuis moins d'une demi-heure…" soupira fatalement une femme d'un certain âge mais aussi d'une grande élégance.

Harry l'a reconnu comme Augusta Londubat, la grand-mère de Neville. Le brun se demanda un instant où étaient passés les vêtements excentriques de Lady Londubat. Aujourd'hui, elle portait une robe de sorcière sombre, mais aucune trace de chapeau avec un vautour empaillé - ce qui est d'un goût tout à fait douteux, même pour les sorciers - ou de sac à main rouge criard.

Harry ne pouvait qu'admirer la noblesse forte et indépendante qu'elle dégageait malgré le fait qu'elle soit en train de réprimander son petit-fils pour la perte d'un crapaud fuyard.

Il était sûr de l'avoir entendu marmonner « maudite grenouille » alors qu'il s'approchait, Trevor en main.

"Excusez-moi ?" commença-t-il alors qu'il s'approchait de Neville. Celui-ci renifla piteusement avant de se tourner vers lui.

Harry eut un sourire de pitié. La différence entre le Neville de onze ans et celui de dix-sept ans était tout à fait extraordinaire. Il espérait vraiment s'entendre un peu mieux avec lui. Non pas qu'ils étaient en mauvais termes dans sa dernière vie, mais Harry devait bien avouer qu'il avait plusieurs fois pensé que Neville n'avait rien à faire dans une école de magie lorsqu'il était plus jeune. Il le regrettait à présent. L'Héritier Londubat ne méritait aucun mépris.

"Est-ce que c'est le vôtre ?" demanda Harry en tendant Trevor vers son propriétaire légitime.

Neville glapit de soulagement et attrapa son compagnon.

"Eh bien, jeune homme, des remerciements s'imposent," dit Lady Londubat en s'approchant. Elle lança un regard lourd de sens à Neville qui déglutit difficilement.

"Euh, oui, grand-mère."

Il se tourna ensuite vers Harry, le dos droit, et lui tendit la main.

"Je suis l'Héritier Neville Londubat de la noble et ancienne maison Londubat et voici ma grand-mère, Lady Augusta Londubat, actuelle dirigeante de la noble et ancienne maison Londubat. C'est un plaisir sincère de faire votre connaissance. Je vous remercie pour l'aide que vous m'avez apportée. Ma famille n'oubliera pas cette dette."

Harry le regarda avec de grands yeux. Qu'est-ce que c'était au juste ? Le - futur - Gryffondor avait eu l'air de répéter un discours appris par cœur… Le brun, encore un peu surpris, serra la main de Neville et décida instinctivement de l'imiter dans sa formulation.

"C'est un plaisir sincère de faire votre connaissance, Héritier Londubat. Euh… Je suis Harry Potter."

Alors que Neville le regardait lui-même avec de grands yeux, ne s'attendant pas à être en face du survivant en personne, c'est Lady Londubat qui prit la parole :

"C'est un plaisir, Héritier Potter. Je suis rassurée de voir que mon petit-fils ne sera pas le dernier des cours d'étiquette."

La femme cacha un léger sourire moqueur derrière une main gantée.

Harry rougit un peu de honte. Hum… aurait-il dû se présenter en tant qu'héritier d'une noble et ancienne famille ? Les Potter étaient une noble et ancienne famille, n'est-ce pas ? Il allait falloir qu'il se renseigne.

"Grand-mère…" gémit Neville, priant pour que son futur camarade ne soit pas vexé. Il ne voulait pas que le survivant, sauveur du monde, le déteste à cause du tact légendaire de sa grand-mère. "Ça fait des années qu'il n'y a plus de cours sur l'étiquette."

"Humf ! Eh bien, ce cours est pourtant tout à fait nécessaire. Votre famille n'a-t-elle pas fait appel à un précepteur pour votre éducation de futur Lord, Héritier Potter ?"

Un précepteur ? Il avait besoin de cours pour être Lord… Il allait être Lord ?! Maintenant qu'il y pensait, les gobelins l'avaient également qualifié d'héritier, mais il n'y avait pas fait attention sur le moment.

"Je… J'ai été élevé par ma famille moldue, Mad- Lady Londubat. Et je n'ai appris qu'hier que j'étais un sorcier."

Il ne savait pas vraiment quoi répondre de plus.

Si l'attitude de Lady Londubat avait été froide et cassante, elle disparut soudainement pour n'afficher qu'un visage surpris.

"Je vous prie de m'excuser… qu'avez-vous dit ?"

"Je…" bafouilla Harry. Que pouvait-il dire de plus ? Il savait que Lady Londubat l'avait parfaitement compris.

"Vous, Héritier de la noble et ancienne maison Potter, futur Lord de la Grande-Bretagne magique, avez été élevé par des… moldus ? Et nul ne vous a appris l'existence du monde qui est le vôtre avant… hier ?"

La vieille femme eut l'air de croquer dans un citron particulièrement immonde.

"Oui…" répondit Harry d'une voix faible.

Pourquoi, depuis son retour dans le temps, avait-il l'impression qu'autant de monde se trouvait être plus effrayant que Voldemort ?!

Il n'était pas responsable de son ignorance dans ce contexte, pourtant le regard de Lady Londubat lui donnait envie de s'enfuir tout comme Trevor.

La grand-mère de Neville murmura dans sa barbe inexistante toute sorte de malédiction : "Scandaleux !" "Trahison !" "Je ne laisserai pas passer cela !". Son petit-fils lança un regard désolé au survivant qui ne lui répondit que par un sourire un peu crispé.

"Je suis désolé pour ça," murmura l'héritier Londubat.

"Non… ce n'est rien."

Soudainement, Lady Londubat se retourna vers eux.

"Nous nous reverrons, héritier Potter, soyez-en certain. Je ne peux laisser un futur Lord sans aide pour son éducation. Il en est de mon devoir de vous apporter mon soutien, par respect et honneur envers vos parents et leur combat. Si vous voulez bien nous excuser, j'ai besoin de m'entretenir au plus vite avec certaines personnes. Si vous avez besoin, héritier Potter, sachez que ma cheminée vous est ouverte."

Elle attrapa la main de son petit-fils et salua respectueusement le survivant avant de le laisser au milieu de la rue, figé comme un plot et toujours profondément étonné par ce qu'il venait de se passer. La lettre dans sa poche le ramena à la réalité.

Je pense que nos premiers cours vont concerner l'étiquette aristocratique sorcière. Ce ne sera pas le plus amusant, mais il semble que ça devienne urgent. Je me souviens d'Augusta Londubat lorsqu'elle était étudiante et ne doute pas un seul instant qu'elle fera ce qu'elle dit.

« Elle me fait peur. »

Moi aussi.

Harry hocha la tête pour lui-même avant de se diriger vers le Chaudron Baveur pour retourner dans le monde moldu, avant que quelque chose de plus bizarre encore ne se produise. Il en avait suffisamment vu pour aujourd'hui.

Il s'engouffra à l'intérieur, miniaturisa discrètement sa malle pour la ranger dans sa poche et sortit du côté moldu, tout en évitant à ses cheveux de dévoiler sa cicatrice.

Il trouva un fast-food connu au coin de la rue et commanda un menu pour lui. Le serveur le regarda d'un air interloqué, étonné de la présence d'un enfant de 10 ans sans ses parents. Il lui donna tout de même son menu après l'explication bancale d'Harry qui avait affirmé que ses parents allaient venir le chercher dans quelques dizaines de minutes.

Cette rencontre fit comprendre à Harry qu'il allait avoir beaucoup plus de mal à faire ses courses du côté moldu. Un enfant de dix ans ne fait pas ses courses seul. Surtout qu'Harry faisait bien plus jeune à cause de sa taille, de son air maladif et des vêtements trop grands. La sécurité de tous les magasins où il souhaitait se rendre allait l'attraper et lui demander le numéro de ses parents pour que ceux-ci viennent le chercher. Il termina son repas et quitta rapidement le restaurant.

Caché dans l'ombre d'une ruelle, il pointa sa baguette sur lui et lança un sort de glamour. À présent, il avait l'apparence d'un homme d'une trentaine d'années. Bien plus pratique pour faire ses courses en toute discrétion. Il aurait simplement l'air d'un père achetant des vêtements pour son fils et des fournitures scolaires.

Il acheta de nouveaux vêtements - à sa taille merci pour lui -, des réserves de nourriture, - au cas où - et des fournitures scolaires. Il aimait bien les plumes, mais en vérité, ce n'était pas pour rien que le stylo fut inventé. C'était nettement moins casse-pied.

Lorsque sa malle fut remplie presque à ras bord de choses et d'autres, il se cacha dans une ruelle déserte, sortit son nimbus 2000, rétrécit sa malle, ôta le sort de glamour, se désillusionna et s'envola vers le 4 Privet Drive Little Whinging.

Le trajet fut long et c'est avec un profond soupir de soulagement qu'il se posa dans le jardin des Dursley. Lorsqu'il passa la porte de la véranda, il ne put entendre que trois grands cris d'effroi. Les Dursley le fixaient bêtement tandis qu'ils étaient assis à table pour le goûter de Dudley.

"C-C-Comment es-tu revenu ?" demanda Pétunia alors qu'elle frappait violemment le dos de son fils qui s'étouffait avec son gâteau.

"J'ai volé sur un balai. Et regardez un peu ce que j'ai acheté," fit-il en sortant sa baguette avec un sourire. "Je vais pouvoir faire encore plus de magie."

Son oncle et sa tante devinrent blancs tandis que Dudley devenait bleu. Il s'étouffait vraiment, cet idiot.

"Ouste," fit Harry avec un moulinet du poignet pour agiter sa baguette.

En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, la famille moldue s'était enfuie. Harry sourit, c'était encore plus efficace que n'importe quel sort. Il monta tranquillement l'escalier et s'affala sur son lit. Cette journée avait épuisé toute son énergie. Il se redressa en sursautant lorsqu'un hululement se fit entendre.

Sur le bord de sa fenêtre, Hedwige attendait patiemment que le sorcier daigne lui ouvrir.

Harry se précipita presque sur la fenêtre pour faire rentrer sa chouette et sortit la cage luxueuse qu'il avait achetée pour elle. Il remplit la mangeoire en caressant paresseusement les plumes blanches. La chouette se laissa faire et ébouriffa ses plumes lorsque la main du survivant la laissa enfin tranquille.

"Je suis vraiment heureux de te revoir Hedwige," dit Harry avec un sourire nostalgique.

Rattrapé par la fatigue, il retourna s'allonger sur son lit. Vraiment, le chemin de traverse avait pris toutes ses forces. Et il allait devoir retourner à la banque le jour de son onzième anniversaire, ce qui n'était pas prévu du tout. Il appréhendait un peu cet entretien, mais avait aussi hâte de connaître enfin tout ce qu'il aurait dû savoir lors de sa première vie.

Il sortit sa lettre pour Poudlard, se demandant si cette dernière n'était pas au courant de quelque chose.

Non. J'ai très peu d'informations sur ce qui se passe à l'extérieur. Je ne pourrais pas vraiment t'aider. En revanche, je sais de nombreuses choses sur les us et coutumes du monde sorcier. C'était une matière enseignée à Poudlard avant que Dumbledore ne devienne directeur. On y apprend que les jeunes lords issus de familles nobles devaient se rendre à la banque de Gringotts pour officialiser leur naissance - ou plutôt leur survit jusqu'à l'âge de onze ans - et leur héritage. Dans ton cas, c'est plus complexe puisque tu es le dernier de ta lignée. Mais les gobelins t'en parleront mieux que moi. Je n'ai pas envie de te gâcher la surprise. Évite cependant de me mentionner. On ne sait jamais.

Harry soupira. Décidant qu'il était trop fatigué pour faire quoi que ce soit aujourd'hui, il se coucha. Demain, il commencera à ouvrir certains livres que Poudlard lui avait fait acheter.

« J'ai hâte. » pensa-t-il ironiquement en fermant les yeux.

Le lendemain, les rayons du soleil lui caressèrent le visage pour le réveiller. Il se leva de bonne humeur, prit une douche bien chaude, descendit prendre un petit-déjeuner complet dans l'espoir de ne plus être maigrichon et chétif, et retourna dans sa chambre sans croiser le moindre Dursley.

Tant mieux.

À présent, il se tenait là, debout au milieu de la pièce, fixant sa malle et se demandant quoi faire. Par quoi commencer ? Il avait acheté tant de choses qu'il n'en savait rien. Incapable de se décider, il ouvrit le tiroir de sa table de nuit et s'empara de la lettre d'inscription.

"Bonjour," dit-il dans le vide.

Bonjour. Fut le mot s'inscrivant sur le parchemin. Tu n'es pas obligé de parler à voix haute. J'entends les pensées qui me sont destinées lorsque tu tiens cette lettre.

« Juste celles qui te sont destinées ? » demanda mentalement le survivant.

Oui. Mais je peux lire tes pensées si je le souhaite. Mais celles qui me sont destinées, je les entends naturellement.

Harry hocha la tête. Il comprenait mieux. Mais quand il serait à Poudlard, il n'aura plus de lettre…

C'est vrai. Mais tu seras dans l'école. Dans l'enceinte de l'école, j'entends les pensées qui me sont destinées. Tu n'auras plus besoin de lettre. Et je peux fouiller dans la tête de chaque élève.

Harry haussa les sourcils. Les fondateurs l'autorisent réellement à faire ça ?

Oui et non. Je le fais très rarement. Et je ne peux le faire que si cela est bénéfique pour l'élève en question.

« Je vois. Tu ne vois donc pas tout ce qu'il y a dans la tête des élèves ? »

Non. Uniquement ce que j'ai besoin de savoir pour les aider. Et heureusement d'ailleurs. Crois-moi bien que personne ne souhaite voir tout ce qui passe par la tête d'enfants en pleine puberté ! Il y a des choses qui doivent rester personnelles.

Le survivant hocha à nouveau la tête. Cela pourra être utile. Mais revenons à ses premières préoccupations du moment. Par où devait-il commencer son apprentissage ?

Envoie déjà ton hibou pour valider ton inscription.

Oh ! Il avait déjà oublié le plus important, en effet !

Attrapant un parchemin et une plume, Celui-qui-a-survécu écrivit rapidement sa lettre de confirmation. Mais alors qu'il s'apprêtait à la donner à Hedwige, Harry s'arrêta soudainement et pensa à nouveau à sa rencontre avec Hermione et à ce qu'elle lui avait appris.

Un professeur se déplaçait pour chaque né-moldu. Pourtant, aucun n'était venu pour Harry. Hagrid ne s'était présenté que le dernier jour autorisé pour envoyer un hibou et il n'était pas professeur. Il était même venu avec sa clé de Gringotts. Sans elle, Harry n'aurait pas dû pouvoir accéder à son coffre. Cela signifie qu'ils étaient parfaitement conscients que le brun n'aurait pas pu se débrouiller seul.

Enfin, Dumbledore le savait. Hagrid, aussi grand que soit son cœur et avec toute l'affection que lui porte Harry, n'avait probablement même pas réfléchi jusque-là. Dumbledore risquait de se poser des questions s'il se rend compte que Harry n'a pas besoin de lui… Il pourrait même décider de se déplacer lui-même pour vérifier le survivant plutôt que d'envoyer Hagrid.

Tu n'es pas comme Hermione. Même si tu vis dans une famille moldue, ton oncle et ta tante sont parfaitement au courant de l'existence de la magie. Ta tante en particulier. Je me souviens qu'elle avait envoyé une lettre au directeur pour obtenir l'autorisation d'étudier à Poudlard. Peut-être que Dumbledore sera moins méfiant si c'est elle qui répond plutôt que toi, indiqua le parchemin jauni de Poudlard.

Ce n'était pas une mauvaise idée. Sans compter que le directeur n'avait aucune raison de se méfier de lui pour le moment.

Convaincre sa tante ne fut pas difficile. Elle aurait écrit tout et n'importe quoi sous la menace d'une baguette.

Une bonne chose de faite. Et maintenant ?

Range un peu ta malle. Tu as pris une valise suffisamment grande pour y vivre. Installe une bibliothèque et mets tous les livres que nous avons achetés. Trie-les et attrape le livre sur les gobelins intitulé « Les sorciers impolis » et celui sur les us et coutumes des sang-pur de Grande-Bretagne.

Et c'est ce qu'il fit. Cela lui prit une bonne heure et lorsqu'enfin tout fut rangé, il sortit de la malle dans laquelle il s'était installé, le livre gobelin à la main. Il l'avait d'ailleurs vraiment bien choisi. Une bibliothèque, une réserve pour les ingrédients de potion, un laboratoire et une grande salle vide la composaient.

S'installant confortablement sur son lit, il ouvrit le livre à la première page avant de froncer les sourcils. Mais quelle langue était-ce là ?

C'est du Gobelbabil, la langue des gobelins. Ne t'en fais pas, je vais le traduire. Ce livre a été écrit par des gobelins. Il est très peu connu étant donné qu'aucun sorcier n'a eu l'idée de le traduire. Il explique à quel point les sorciers sont des êtres impolis et référence toutes les erreurs commises par ceux-ci. Tu vas pouvoir les éviter et passer pour un noble très instruit. Les gobelins vont te manger dans la main si tu les traites correctement.

Hum… Poudlard aussi avait un côté Serpentard.

Évidemment. Tous les fondateurs ont participé à ma création, j'ai donc leur trait de caractère.

Une petite note de bas de page apparut, comme si Poudlard espérait qu'Harry ne puisse la voir, mais c'était mal le connaître.

Et peut-être aussi leurs défauts…