Correction: 01-09-2024
Chapitre 8 : La maison Serpentard
"Hum… Très bien. Oui, je me souviens… Dans ce cas : SERPENTARD !" s'exclama le choixpeau d'une voix puissante.
Harry n'entendit plus la suite. Son cerveau tournait à plein régime. Attendez… QUOI ? Non ! Ce n'était pas… Non ! NON ! Le peu de plan qu'il avait pour réussir sa vengeance ne prenait pas en compte le fait qu'il aille dans une autre maison que Gryffondor, bon sang !
Serpentard ?! Pourquoi tout était contre lui ?!
"Non mais… ! Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans « j'étais à Gryffondor » ?!" s'énerva discrètement le survivant alors que McGonagall s'approchait lentement, complètement perdu dans ses pensées.
Visiblement, Harry n'était pas le seul à être choqué par l'exclamation du choixpeau.
"J'ai parfaitement compris," répondit le choixpeau avec un sourire déformé. "Et j'ai vu dans ta tête que j'avais tenté de t'en dissuader. À l'époque, tu n'avais que 11 ans. Je ne voulais pas te mettre en difficulté, alors j'ai accédé à ta demande. Mais maintenant, tu es grand. Tu sauras te débrouiller," termina-t-il avec un petit ricanement des plus déplaisants.
Saleté de chapeau de mes cou-
Avant qu'Harry n'ait pu ajouter quoi que ce soit, McGonagall était venu lui retirer l'artefact magique, un peu absente.
Le fils de James et Lily était un serpent ? Qui l'eût cru ? Il ressemblait pourtant tellement à son père. Ne devait-il pas être un fier lion comme lui ? Peut-être avait-il le caractère de sa mère… ? Non, il aurait été à Gryffondor aussi. Ou Serdaigle.
Pourquoi Serpentard ?
« Probablement parce qu'il n'a pas été élevé par ses parents. Le pauvre enfant a du mal tourné. » se désola la vieille femme.
Elle savait bien qu'il ne fallait pas le laisser chez son horrible famille moldue ! Elle l'avait dit à Dumbledore à l'époque, et voilà où ils en sont : Le pauvre petit était un serpent. Elle lui lança un regard compatissant, comme si une maladie grave venait de lui être diagnostiquée. Harry détesta immédiatement ça.
Comme à chaque tri d'élèves destiné à Serpentard, seule la maison des vert et argent applaudit. Bien que cette fois-ci, la plupart étaient hésitants. Les applaudissements étaient presque éclipsés par les chuchotements assourdissants de la totalité des élèves.
Les Poufsouffles ne comprenaient pas vraiment ce qu'il se passait ou pourquoi tout le monde avait l'air horrifié. Les Serdaigles commençaient à faire des théories plus incroyables les unes que les autres sur le survivant déchu. Les Serpentards se demandaient si cela était vraiment possible et comment ils devaient réagir. Et les Gryffondors avec l'air d'avoir été trahis. Non pas parce que le survivant n'est pas dans leur merveilleuse maison. Il aurait pu être à Poufsouffle ou Serdaigle, cela leur importait peu, mais Serpentard ?! Impossible ! C'était une trahison.
«Si c'est une blague, elle n'est pas bonne du tout !» Hurla mentalement le brun en s'avançant calmement vers ses nouveaux… camarades.
Poudlard, toujours à la table des professeurs, étouffa un éclat de rire. C'est la première fois que la répartition d'un élève suscite une telle réaction. Mais la plus amusante venait du professeur de potions.
Snape s'étouffait maintenant avec le verre d'eau qu'il avait initialement prévu de boire. Pourquoi se serait-il inquiété de la répartition du morpion de James Potter ? Aucune raison, il était physiquement une copie conforme de son imbécile de géniteur. Le mental était, sans aucun doute, identique… Un petit con princier prétentieux.
Alors, comment diable cette immonde vermine aux cheveux en pétard s'était retrouvée dans SA maison ?! Il n'avait aucune envie de s'occuper de ce… ce… ce Gryffondor refoulé ! Oui, ça devait être ça ! Un Gryffondor refoulé ! Toujours à faire son intéressant ! Mais il ne laissera pas ce cloporte briser l'image de sa merveilleuse maison ! Il allait lui en faire baver. Peut-être plus que s'il s'était retrouvé à Gryffondor. La seule différence est qu'il allait devoir le faire discrètement.
Il allait avoir besoin de quelque chose de bien plus fort que l'eau. Du Whisky pur feu, par exemple… Des litres et des litres de Whisky pur feu…
Tel un automate, le survivant s'approchait de sa nouvelle… maison, trop concentré sur ce qu'il pensait de cette répartition désastreuse pour remarquer les réactions des autres. Il s'installa près de Drago qui lui avait fait une place à ses côtés - en virant Goyle au passage -. Le blond entama la discussion, mais le sorcier à lunettes l'écoutait d'une oreille distraite, ne répondant que par des monosyllabes. Malfoy, aimant s'écouter parler, n'en remarqua rien.
Comme prévu, Ron et Hermione avaient été repartis à Gryffondor. Mais là où la né-moldu ne lui avait lancé qu'un regard déçu de ne pas être dans la même maison, le roux, d'abord dominé par une incompréhension totale, semblait maintenant partager entre la tristesse, le dégoût et la colère.
Qui aurait pu prévoir que le héros de son enfance ne serait pas un Gryffondor comme lui?
Lui qui pensait que Harry était quelqu'un de bien. Il tombait de haut. Potter ne méritait pas d'être le héros dont on lui avait parlé toute sa vie à travers des histoires incroyables et pleines de noblesse.
Il l'avait cherché partout dans le train pour devenir son meilleur ami ! Il avait été terriblement angoissé de ne pas être reparti à Gryffondor comme ses frères ou le célèbre Harry Potter. Et alors même qu'il accédait à la maison de ses rêves, le survivant en avait choisi une autre.
Oh, quand Dumbledore lui avait expliqué que le héros du monde magique avait été élevé par des moldus et qu'il allait avoir besoin d'un guide, il avait été si heureux. Si fier de pouvoir aider ! Être le meilleur ami du survivant et vivre plein d'aventures. Lui montrer ce qui était bien et ce qui était mal. Expliquer le monde de la magie à quelqu'un d'aussi important que Harry Potter. Devenir quelqu'un d'important lui-même !
Qu'est-ce qu'il était censé faire, maintenant ?
Harry ne remarqua pas le froncement de sourcils de Dumbledore et son sourire crispé. Ni la moue horrifiée de Snape qui continuait de fixer son verre en suppliant toutes les magies du monde pour que son eau se change en Whisky.
Finalement, il se dit qu'on n'était jamais mieux servi que par soi-même. D'un coup de baguette, il effectua la transformation lui-même avant de s'enfiler plusieurs culs secs… discrètement, nous sommes dans une école tout de même.
Harry était un peu trop concentré à jouer avec ce qui se trouvait dans son assiette. Sa répartition lui avait coupé l'appétit. Il n'avait rien écouté du discours de Dumbledore. De toute façon, il s'agissait du même que lors de sa première année à Gryffondor.
Blabla, forêt interdite : interdite « Oh ! Surprenant. ». Couloirs du troisième étage pas aux normes et totalement dangereux, risque de mort douloureuse…
Mais bon, aucune protection pour empêcher des enfants de onze ans de s'y rendre pour être dévorés par un Cerbère. Sécurité, vous dites ? Pour quoi faire ?
Suite de mots sans aucun sens pour faire croire à tout le monde que je suis qu'un pauvre vieil homme gentil et un peu sénile, alors que je suis pire que Voldemort en matière de manipulation d'enfant innocent, etc…
Est-ce qu'Harry était rancunier ? Oh oui !
"Vieux con," marmonna-t-il dans sa barbe en baissant les yeux sur son assiette.
Depuis la répartition, le professeur Dumbledore ne cessait de le fixer. Si c'était possible, Harry aurait déjà un trou dans le crâne à force d'être brûlé par son regard glacial. Mais le survivant ne leva pas les yeux. Il n'était pas sûr de pouvoir résister à une attaque de Legilimancie si Dumbledore souhaitait rentrer dans sa tête.
« Je vais avoir besoin d'apprendre l'Occlumancie plus vite que prévu. » pensa-t-il en direction de Poudlard.
"Hum… oui. Ça risque d'être très vite nécessaire," fit Poudlard, soudainement près de lui.
Harry sursauta violemment. Drago s'arrêta dans son monologue. Avait-il même repris son souffle depuis tout ce temps ?
"Ça va ?"
"Oui, oui… juste un… frisson désagréable."
"Ce n'est pas étonnant, le directeur n'arrête pas de te fixer," fit platement le blond.
Donc même Malfoy, qui s'écoutait parler et ne faisait pas vraiment attention, l'avait remarqué? Ça ne devait vraiment pas être discret. À quoi jouait Dumbledore ?
Le repas terminé, la chanson de Poudlard commença et les élèves se mirent tous à hurler les paroles sur des airs différents.
Lors de sa première vie, Harry ne l'avait jamais vraiment chanté. Premièrement, parce qu'il n'avait jamais vraiment pris la peine d'apprendre les paroles qui n'avaient pas beaucoup de sens. Et deuxièmement, parce qu'il arrivait à peine à s'entendre penser lorsqu'il était entouré de Gryffondor plus bruyants les uns que les autres.
Maintenant qu'il se trouvait à la table des Serpentards, il constata que les plus bruyants étaient effectivement la maison du lion, alors que la maison du serpent ne faisait que marmonner si ce n'était pas chanter du tout et simplement patienter pour qu'il puisse quitter la grande salle.
Comme chaque année, les derniers furent les jumeaux Weasley qui terminaient leur chanson sur un air semblable à une marche funèbre, la main sur le cœur et la tête baissée, clairement endeuillés par la fin de leurs vacances d'été.
"Ah, la musique," dit Dumbledore en essuyant un œil larmoyant avec un mouchoir aussi hideux que la robe rose à pois verts qu'il portait. "Elle est plus magique que tout ce que nous ne pourrons jamais faire dans cette école."
Poudlard, qui se tenait près d'Harry, grinça des dents.
"Oui, je le confirme," marmonna-t-elle avec colère. "Vu le niveau minable auquel tu as mis les cours. Une simple chanson peut être plus magique."
Harry lui lança un regard compatissant avant de suivre son préfet vers les cachots et donc la salle commune des serpents. Toujours un peu absent, il ne fit pas le moins du monde attention à ce qui l'entourait. Tout ce qu'il vit fut un mur semblable aux autres. Mur qui disparut soudainement pour dévoiler un passage dans la roche lorsque le préfet prononça le mot de passe.
"Merlin."
Harry en haussa presque les sourcils. Il s'attendait plutôt à un « Mangemort » ou « magie noire ».
Poudlard, qui l'accompagnait, leva les yeux au ciel avant de lui lancer un regard lourd de sous-entendus.
« D'accord, d'accord. Je sais que ce n'est pas juste une maison de mage noir… mais si le mot de passe était « tuer tous les sang-de-bourbe » je n'aurais pas été étonné. »
"Il y avait des nés-moldus à Serpentard avant," déclara-t-elle platement.
Harry lui lança un regard profondément confus. S'il y avait bien une chose que Harry savait de Salazar Serpentard, c'était qu'il avait toujours refusé les né-moldu dans sa maison.
Poudlard disparut avec un haussement d'épaules lorsque les Serpentard de première année commencèrent à s'engouffrer dans le passage, laissant un survivant ressemblant bien plus à un poisson qu'à un sorcier derrière elle.
Les yeux d'Harry étaient toujours grands ouverts et un peu globuleux lorsqu'il prit place à côté de ses camarades. Drago lui donna un léger coup de coude pour le faire redescendre sur terre.
"Tu faisais peur," dit-il pour se justifier lorsque le brun se tourna vers lui en se frottant les côtes.
Il voulait répliquer, mais n'en eut pas le temps. Leur préfète de 5ème année se posta devant eux avec un sourire sympathique. Harry frissonna de peur. Il n'avait jamais vu de Serpentard sourire comme ça avant. C'était effrayant… et probablement mauvais signe.
"Bonjour," commença la jeune fille. "Je suis Gemma Farley, votre préfète. Bienvenue à Serpentard : La maison des serpents. Cette maison est maintenant la vôtre et il faudra la respecter correctement. Vous allez rapidement vous rendre compte que notre maison n'est pas la maison la plus appréciée de Poudlard."
Quelques Serpentard d'années supérieures ricanèrent. C'était le moins qu'elle puisse dire. Leur maison était détestée par toutes les autres.
"Ne le prenez pas personnellement. C'est ainsi depuis très longtemps. Vous ne valez pas moins que les autres. Si vous êtes ici, c'est parce que vous avez la force et la volonté d'accomplir de grandes choses."
Dit comme ça, Harry était presque fier d'être à Serpentard.
Un élève de 6ème année prit la parole.
"Ici, vous serez toujours en sécurité. Si vous avez des problèmes avec un autre membre de notre maison, vous devez les régler dans la salle commune. Nous devons nous montrer unies face aux autres. Dans le cas contraire, ils n'hésiteront pas à vous manger tout cru. Si vous avez des difficultés en cours, il existe des ateliers de soutien mis en place par les 6èmes années. N'espérez pas obtenir l'aide des professeurs. La plupart vous ignoreront simplement."
Il se présenta sous le nom de Nerys Mulciber, puis pointa un tableau d'affichage accroché non loin de la cheminée principale. Les élèves pouvaient s'inscrire ici pour participer aux cours de soutien qui avaient lieu les mercredi et vendredi soir.
C'était… une bonne idée. Harry ne pouvait que le remarquer.
Gemma reprit la main.
"En dehors de votre dortoir et de votre salle commune, tâchez de toujours vous déplacer à plusieurs. Pour votre propre sécurité. Si vous avez des problèmes avec des élèves d'autres maisons, venez me voir, moi ou Nerys."
Mais qui était Nerys ? Pourquoi aller le voir, lui ? Il n'était pas préfet ou quoi que ce soit d'autre.
"C'est le prince de Serpentard," expliqua Poudlard, qui était revenu.
Cette fois, elle avait fait l'effort d'entrer dans son champ de vision avant de parler pour qu'il ne sursaute pas.
« Le prince de Serpentard… vraiment ? » demanda Harry, sceptique.
"La maison Serpentard est la seule à avoir gardé la hiérarchie de la noblesse britannique. Donc oui, il y a un prince de la maison. D'ailleurs, Drago était le prince de Serpentard quand il est entré en 5ème année."
Le visage d'Harry était presque blasé.
"N'aie pas l'air si supérieur. Ça a une réelle importance dans cette maison. C'est grâce à cette hiérarchie qu'ils protègent au mieux leur camarade. Chacun a un rôle à jouer."
Le visage d'Harry n'avait pas changé. Poudlard soupira.
"Une grande partie des Serpentard sont issus de familles faisant partie de la petite et de la haute noblesse. Cette hiérarchie permet de les entraîner pour le monde politique britannique. De plus, cela permet de développer de nombreux contacts et de créer des alliances avant même leur entrée dans le monde politique."
« Ils ont onze ans. »
"C'est pour ça que ta préfète n'a rien expliqué. Ce genre de chose ne concerne pas les premières années. Ce n'est introduit qu'aux Serpentards de 5ème année."
Harry retourna son attention vers les Serpentards d'années supérieures qui leur montraient leurs dortoirs. Il suivit donc Nerys vers les dortoirs des garçons, dont les chambres étaient par quatre.
Drago se jeta presque sur lui pour être sûr d'être dans le même dortoir.
Finalement, Harry partagera son dortoir avec Drago, mais aussi Blaize Zabini et Théodore Nott.
Il souhaita une bonne nuit à ses camarades avant de s'enfermer dans son lit, fermant les rideaux et lançant quelques sorts d'intimité pour qu'ils ne puissent pas l'entendre faire une dépression nerveuse.
Dès lors, il se laissa tomber brutalement dans les draps et tenta de s'étouffer avec son propre oreiller avant de pousser un cri de désespoir.
"Harry… Je te l'ai déjà dit. Il n'y a pas de maison moins bonne que les autres," dit Poudlard en se matérialisant sur son lit, le faisant sursauter.
"Je veux bien te croire sur ça, pour l'instant ! Mais j'étais très bien à Gryffondor !" répondit furieusement le survivant.
"Ah vraiment ? Réfléchis bien."
Bon d'accord… Il était vrai qu'au moindre problème, Gryffondor lui avait tourné le dos. En vérité, sa maison lui avait tourné le dos au moins une fois par an et à chaque fois, il avait dû se battre pour que ses camarades reviennent vers lui.
"Mais il y a Ron et Hermione !"
"Hermione n'a pas l'air de se soucier que tu sois à Serpentard. Elle avait simplement l'air déçue que vous ne soyez pas ensemble."
"Mais Ron me déteste maintenant !"
"Ce n'est pas la première fois."
"Touché."
"Arrête de t'en faire. La première fois, le choixpeau avait accepté de te mettre à Gryffondor parce que tu l'avais supplié de ne pas aller à Serpentard, mais c'était pourtant la maison qui t'était destinée. Le choixpeau ne se trompe jamais. Il a été ensorcelé par deux des meilleurs sorciers de tous les temps."
"Deux ? Ce n'était pas le chapeau de Gryffondor ?" demanda Harry en penchant la tête sur le côté.
"Si. Mais Godric n'était pas très doué en charme, alors Salazar l'a aidé."
"Ils ont l'air beaucoup plus proches que ce que tout le monde pense," fit le survivant en haussant les sourcils. Le chapeau, la salle de bain… Brrr, il en frissonnait de dégoût. Il n'utilisera plus jamais cette pièce ! JAMAIS.
"Tu n'imagines pas à quel point," sourit Poudlard avec un regard un peu mélancolique. Il disparut assez tôt pour laisser place à son air joyeux habituel. "Enfin bref, Serpentard est aussi méritante que les autres maisons… Je suis sûr que ce ne sera pas si mal. Ne t'arrête pas aux « on-dit » des autres élèves."
Harry ne répondit rien mais plongea sur son lit, boudeur. Soit. Il ne pouvait rien y faire maintenant, mais cela changeait considérablement ses plans. Enfin, les ébauches de plan qu'il avait rapidement mis en place dans le Poudlard express.
Comment allait-il faire pour kidnapper Croutard ? Comment allait-il devenir ami avec Ron et Hermione ? Comment allait-il survivre, entouré de serpents ?
"Ça va bien se passer. Fais-moi confiance. Et puis, tu n'as plus vraiment onze ans. Tu es nettement plus mature… enfin normalement. Et puis, tu aurais vu la tête de Dumbledore ! Ça avait l'air de profondément le contrarier."
Le sorcier soupira. Certes. Contrarier Dumbledore était déjà un bon début.
"Tu peux me parler un peu plus de cette histoire de hiérarchie ?" dit Harry pour changer de sujet.
Mais en voyant le regard fuyant de la jeune femme - du moins en apparence - il soupira.
"Eh bien… je pourrais, mais… tu sais… j'ai des trucs à faire… et c'est un peu long et compliqué. Tu dois être fatigué, et puis…" bafouilla Poudlard avant d'être interrompu par le sorcier.
"T'as pas envie, c'est ça ?"
Bon sang, il n'aimait pas quand elle faisait ça !
"Non ! Non, ce n'est pas ça, mais… je voulais aller voir les jumeaux ce soir…"
"Les jumeaux ? Tu parles de Fred et George ?" demanda Harry, étonné. Pourquoi voulait-elle aller voir Fred et George ?
Poudlard ria un peu nerveusement.
"Eh bien… oui. Tu les connais, non ? Ils aiment fêter la rentrée comme il se doit avec des blagues. Et j'étais tellement intrigué par ton arrivée la première fois que je n'ai pas été voir ce qu'ils mijotaient alors…"
"Je vois," soupira le survivant. "Mais, ils savent que tu existes ?"
"Pas vraiment. Je ne me suis montré à aucun élève depuis des centaines d'années. Ils savent juste que l'école les aime bien, sans pour autant comprendre qu'elle possède une conscience…"
"Comment ont-ils deviné que tu les aimais bien ?" demanda Harry, intrigué.
"Eh bien, je bouge les escaliers pour leur faciliter la tâche, je leur montre discrètement des passages secrets… je change certaines pièces de place et j'éteins ou allume les torches pour qu'ils ne se fassent pas prendre par Rusard…" expliqua l'âme avec un soupir nostalgique.
Elle les aimait bien ces deux-là. La vie ici était moins monotone grâce à eux.
"Quand ils étaient en heure de colle dans son bureau, j'ai déclenché un bazar monstrueux pour qu'il les laisse seuls et j'ai déverrouillé son tiroir où il confisque les objets appartenant aux élèves pour qu'ils puissent récupérer leurs farces et attrapes. C'est comme ça qu'ils ont obtenu la carte du maraudeur, d'ailleurs…"
"Attends, attends, attends… Ce n'est pas du favoritisme ça ?"
"Non. C'est un PURE hasard que ces deux Gryffondors se trouvaient là lorsque je faisais mes bêtises," répondit innocemment le fantôme.
"Mais tu viens de dire que tu le faisais pour eux…" répliqua Harry.
"J'y vais ! À demain !"
Elle disparut soudainement sans répondre.
« Mais quelle gamine… » pensa Harry.
"J'ai entendu ça," résonna une voix dans la pièce.
Oups.
Harry soupira bien qu'un sourire se dessinait sur ses lèvres. Il replongea dans son lit dans l'espoir de trouver le sommeil. Tant pis, pas de cours supplémentaire aujourd'hui. C'est en réfléchissant sur comment s'intégrer et gérer sa nouvelle maison qu'il s'endormit d'un sommeil agité rempli de serpents et d'hideuse robe rose à pois vert.
Le lendemain, au petit-déjeuner, Harry manqua de recracher son jus de citrouille en lisant son emploi du temps. Il n'avait rien à voir avec celui de ses souvenirs. Lors de sa première année, seul le cours de potion était en commun avec les Serpentards. Et celui de vol. Mais là, la quasi-totalité de ses cours était en commun avec les Gryffondor !
Potion, Botanique, Sortilège et Métamorphose !
Qu'est-ce que c'était que ses bêtises !?
Non pas qu'il était déçu d'avoir cours avec les Gryffondor, au contraire, il aurait l'occasion de voir Hermione et Ron, mais pourquoi l'emploi du temps était différent ? Qu'est-ce qui avait changé ?
"C'est Dumbledore qui a changé tous les emplois du temps hier soir. Les professeurs ont râlé, mais c'est lui qui a toujours le dernier mot," expliqua Poudlard qui était installé à table avec lui. À la place de Goyle… où Goyle était assis. La jeune femme traversait son corps comme un spectre et le Serpentard ne remarquait rien.
C'était très… déstabilisant.
« Pourquoi ? » demanda-t-il mentalement alors que tous ses camarades se plaignaient d'être avec les Gryffondor. « Qu'est-ce qui a changé ? »
"Tu es à Serpentard. C'est la seule chose qui a changé," répondit le fantôme comme si c'était une évidence.
Ce qui était le cas, en vérité.
« Et donc ? »
"Je l'ignore. C'est le directeur, je ne peux pas entrer dans sa tête," soupira l'âme. "D'ailleurs, ça fait des années que je ne peux même plus entrer dans son bureau. Je ne sais pas comment il a fait, mais il a réussi à me bannir de certaines pièces."
"Dumbledore sait que tu existes ?"
"Tous les directeurs de Poudlard savent que j'existe, c'est dans le livre qu'ils sont censés lire après avoir été nommé directeur. Mais je n'apparais plus depuis au moins trois siècles, alors la plupart ont fini par penser que j'étais juste une légende ou que la magie des fondateurs s'était affaiblie," expliqua l'esprit. "Mais je pense que Dumbledore est un peu plus conscient que ses prédécesseurs. Depuis qu'il est directeur, je n'ai plus autant de liberté qu'avant. Ce n'était peut-être pas volontairement contre moi en tant que conscience, mais il a clairement restreint l'autonomie de l'école et, par extension, mes capacités. Il a dû me bannir de certaines pièces avec des barrières sans même savoir que ça m'affecterait vraiment."
Elle frissonna de dégoût en y repensant. Cela avait beau faire de nombreuses années, c'était toujours aussi ignoble. C'était aussi désagréable que de ne plus sentir une partie de son corps, peu importe tous les efforts fournis.
Harry redirigea son attention vers l'emploi du temps. Une fois de plus, il soupira. Il avait la nette impression de ne faire que ça depuis hier. Il ignorait ce que ce mélange - très peu subtil de la part du directeur - allait donner. Les cours en commun avec les Serpentards avaient été un véritable enfer lors de sa première vie… Il ne pensait pas qu'être de l'autre côté change vraiment quoi que ce soit.
Il en avait déjà marre.
Et vu les marmonnements horrifiés et colériques de sa maison, il n'était pas le seul.
