Correction: 06-09-2024

Chapitre 11 : Contrat avec deux diables

"Et tu l'as signé ?"

Harry toussota de gêne - ou de honte - et retourna à son vieux bouquin sur les contrats sorciers. Fort intéressant d'ailleurs, bien qu'un peu barbant.

"Par Hécate… Tu l'as signé..." murmura Poudlard, choquée.

Un. Tel. Idiot.

Elle dut se concentrer un maximum pour ne pas rire aux éclats. Non pas un rire de joie, mais d'un désespoir pur et absolu.

"J'avais besoin de cette carte !" se défendit Harry. "Mais maintenant que j'y pense, j'aurais mieux fait de trouver une autre idée…"

"Sans blague ? Tu n'avais pas décidé d'arrêter d'être stupide ?"

Poudlard soupira et s'étala sur le lit près du survivant. Cela faisait moins de quatre heures qu'il avait signé le contrat des démons Weasley et il le regrettait déjà.

"1 000 gallions et le coût des ingrédients utilisés durant les deux prochaines années ne me dérange pas," commença le sorcier à lunettes.

"Ça fait pourtant une grosse dépense…" le coupa Poudlard.

"Tu parles. J'ai assez d'argent dans ma voûte de confiance pour financer leurs dépenses durant toute leur scolarité. Et ce n'est qu'une ridicule partie de la fortune des Potter."

"Mouais. Ne dilapide pas tout non plus. C'est ce qu'a fait Julius Carova Weasley et regarde où en est sa famille aujourd'hui…"

Harry fit un mouvement négligé de la main pour signifier clairement qu'il s'en fichait pas mal. Cela a eu pour effet de faire bouder l'âme de l'école.

"Si ce n'est pas moi qui le fais, ce sera Dumbledore. Mais peu importe. Le plus horrible, c'est de leur servir de cobaye !" paniqua le survivant en voulant saisir la robe de Poudlard pour la secouer comme un prunier. Il avait étrangement - très étrangement - peu envie de tester leurs inventions stupides et potentiellement mortelles…

"C'est toi qui as signé," rétorqua Poudlard en haussant un sourcil devant la tentative d'Harry de s'accrocher à elle. Avait-il déjà oublié qu'elle était un spectre ?

"Je n'ai pas réfléchi !" dit le survivant en se frottant les mains qui avaient presque gelées en traversant la forme spectrale de Poudlard.

"C'est l'un de tes premiers problèmes, en effet."

"Raaaah ! Tu ne m'aides pas du tout !" cria Harry de frustration en enfonçant sa tête dans l'oreiller. Il continua de murmurer, les paroles légèrement étouffées par le coussin. "Fred et George ont toujours été là… Quand tous les élèves de Gryffondor m'ont tourné le dos en première année parce que j'avais fait perdre 150 points à notre maison, ils étaient là pour me soutenir autant que Ron et Hermione. L'année d'après, ils étaient venus me voir pour me dire que le fourchelangue était un pouvoir cool. Ils m'ont donné la carte en troisième année parce qu'ils me pensaient en danger. Même lorsque j'ai été obligé de participer au tournoi des trois sorciers, ils étaient là. Ils m'ont encouragé même quand leur frère m'a tourné le dos…"

Pensez à Ron lui donna mal à la tête.

Vivement les vacances d'hiver qu'il puisse aller voir un médicomage. Pomfresh ne lui avait donné que deux potions contre les maux de tête et l'avait renvoyé aussi sec, lui disant qu'il lui faisait perdre du temps et que d'autres avaient réellement besoin de soins. Dire que ça lui avait demandé beaucoup de courage pour aller la voir. Il avait toujours détesté les médecins.

Il se souviendra de cet affront.

Les nombreuses fois où il s'était retrouvé à l'infirmerie, il avait été emmené par d'autres alors qu'il était inconscient. Jamais il n'y avait mis les pieds de son plein gré. Et la première fois était désastreuse, ne lui donnant aucunement envie de recommencer. Une fois de plus, il se débrouillerait tout seul.

"Est-ce que c'est si mal de vouloir continuer de croire que tout le monde ne me veut pas que du mal ? Tu ne peux pas aller les voir et, tu sais, murmurer que « quand même, Harry est déjà gentil de financer votre rêve et vos délires, ne le tuez pas avec vos idées bizarres »."

" Je ne parle pas avec les élèves de Poudlard… Enfin d'habitude," compléta la jeune femme au regard septique du sorcier.

"Pourtant, ils t'entendent," fit platement Harry.

Les yeux gris de l'esprit s'assombrirent. Harry se redressa, cessa de se lamenter et reprit son sérieux, intrigué par l'attitude étrange de son amie.

"Je sais. Et ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle. Enfin, peut-être que si… je ne suis pas sûr…"

"C'est-à-dire ?"

"Je suis en train de mourir," dit-elle avec gravité.

"QUOI ?!" S'écria Harry en se décollant du lit telle une grenouille.

"Ou les chaînes que m'impose Dumbledore commencent à faiblir et vont finir par se briser, me libérant complètement. Au choix," nuança-t-elle en haussant les épaules.

Harry reprit son souffle et retomba lourdement sur le matelas moelleux. Bon sang, elle n'avait pas idée de le faire s'inquiéter ainsi. Petite peste.

"J'entends toujours les pensées me concernant," dit Poudlard en roulant des yeux avec un sourire moqueur.

"Peu importe… Mais de quelles chaînes parles-tu au juste ?"

"Je t'ai déjà dit que Dumbledore m'avait privé de la plupart de mes pouvoirs lorsqu'il est devenu directeur. Il a imposé des chaînes sur mon noyau magique. Beaucoup de mes capacités me sont donc inaccessibles. Et parler aux élèves en fait partie. Bien que je ne le fasse presque jamais, j'ai eu le pouvoir de me montrer aux étudiants. Aujourd'hui, cela m'est totalement impossible."

L'esprit attendit que Harry hoche la tête à ses explications avant de continuer :

"Du moins, c'est ce que je pensais jusqu'à la révélation des deux Weasley. Comme je ne pouvais pas réellement me montrer aux étudiants à cause des restrictions de mes pouvoirs, je me suis rendu compte que je ne faisais plus vraiment attention à ma discrétion… Le fait qu'ils puissent m'entendre de temps en temps indique que les restrictions perdent en efficacité…"

Harry fit un léger « Oooh » de compréhension avec un visage satisfait. C'était une bonne nouvelle. Mais il fut vite refroidi.

"Ça ou mon noyau magique disjoncte et je vais bientôt mourir… Personnellement je préfère la première option."

"Y a-t-il des choses que tu ne prends pas à la légère ?" demanda Harry de façon rhétorique.

Il sentait une sueur désagréable couler le long de son dos. Il n'avait vraiment pas envie de voir Poudlard mourir. C'était bien la pire chose qui puisse arriver…

Ça et imaginer que si Rogue n'avait pas été un sale con, il aurait probablement épousé sa mère. Beurk.

"Hum…Non," répondis tout de même l'âme avec un grand sourire, mais Harry le trouva légèrement forcé.

"Et pourquoi je peux te voir, moi ?"

"En te ramenant dans le passé, je t'ai donné une partie de ma magie, tu n'es plus considéré comme un étudiant - ni même comme un sorcier - aux yeux des sorts qui me donnent mes pouvoirs ou les restreignent, j'imagine."

"Mais la première fois que l'on s'est rencontré, dans… euh… le futur. Je t'ai vu, je t'ai entendu… pourtant j'étais un étudiant normal."

"J'étais presque morte à ce moment-là. Mon noyau magique était en train de s'éteindre, il était tellement instable que les chaînes de Dumbledore se sont brisées. J'ai utilisé mes dernières forces pour te projeter dans le passé et donner mes souvenirs au Poudlard de cette époque."

"Je ne comprends plus rien," soupira Harry en s'allongeant complètement dans son lit et en se massant les tempes… Cette histoire était d'un compliqué !

"Ton esprit a fait un voyage dans le temps, tu comprends ?"

"Oui."

"Eh bien, moi aussi. Je ne pouvais pas remonter le temps comme ça, je n'y ai envoyé que mes souvenirs. Tout le reste a été détruit de toute façon. Dans le futur que nous avons quitté, il ne reste rien de Poudlard. Juste un grand cratère là où se trouvait le château…" expliqua la jeune femme avec amertume. Elle était morte dans une réalité alternative… Tout ça à cause de Dumbledore et Voldemort.

Ils. Le. Paieront !

"Un cratère ? Quelque chose a explosé ?"

"Oui," cracha-t-elle. "Mon noyau magique. Et il était encore suffisamment puissant pour raser les alentours dans un rayon de plusieurs kilomètres. On ne détruit pas une vieille école de magie sans en payer les conséquences. Dumbledore aurait dû le savoir. J'espère qu'il est mort dans l'explosion. Non. J'espère qu'il a souffert avant de mourir dans l'explosion," termina-t-elle en croisant les bras avec un sourire mauvais.

Harry frissonna… Poudlard était effrayante lorsqu'elle était rancunière…

"Et ce n'est rien comparé à Salazar."

Évidemment, ce défaut ne pouvait venir que de lui.

"Quel préjugé," fit l'âme en lançant un regard entendu au survivant. "Mais ce n'est pas faux."

"Mais si tout a explosé, les élèves, les aurores et les mangemorts aussi sont…"

"Oui. Mais on est là pour empêcher qu'une telle catastrophe arrive. On sait tous les deux ce qui va se passer dans les grandes lignes. C'est un avantage énorme. Mes capacités sont restreintes et je ne peux agir que dans l'enceinte de l'école. Toi, en revanche, tu es assez libre. Mais n'oublie pas qu'on ne connaît pas tout. On connaît les conséquences des actions de Dumbledore, mais pas vraiment ce qu'il a fait et qui l'y a aidé."

Poudlard fit une pause pour que le survivant intègre correctement tous les sous-entendus de leur conversation. Mais pour être sûr, elle continua. Non pas que le survivant soit vraiment stupide, bien que ses choix ne soient pas toujours les meilleurs, mais au final, il n'avait que 18 ans et a été trahi trop de fois pour une seule vie.

"Je sais que c'est sûrement difficile, mais tu dois te méfier de tout le monde maintenant. Le camp de la lumière et celui des ténèbres ont toujours été très flous. Ceux qui te suivaient dans ton ancienne vie ne sont plus les mêmes et toi non plus… tu n'es plus le Gryffondor de dix-sept ans qui s'est toujours battu pour la lumière sans réfléchir. Tu es Harry Potter, un Serpentard de onze ans qui est là pour botter des culs et prouver qu'il est plus qu'une marionnette."

C'était un discours étrangement motivant. Et il arracha un sourire au survivant. Ouais, il allait botter des culs. Il devait oublier tout ce qu'il savait de son ancienne vie et se faire une idée par lui-même des choses qui l'entouraient. Parce qu'au final. Il ignorait encore jusqu'où allaient les plans de Dumbledore.

"Voilà ! C'est ça qu'il faut faire !"

"Je ne comprends toujours pas les motivations du directeur…" soupira Harry.

Que cherchait-il à accomplir ? Ses derniers souvenirs de lui dans son ancienne vie revenaient à son petit aveu de l'homme manipulateur qui avait tout prévu.

"Qui sait ce qui se passe dans sa tête ? Il est plus dangereux encore que Tom. Dumbledore, lui, est suffisamment intelligent pour prévoir des plans sur la durée et manipuler le monde entier. Tom est devenu complètement fou à force de se perdre dans les arts sombres et de diviser son âme en petits morceaux comme on épluche un oignon."

"Quelle belle comparaison…"

"Je suis sérieuse là," râla l'âme. "Il ne savait pas comment créer des Horcruxes correctement en y mettant un fragment d'âme de taille décent. Il a divisé son âme sept fois en tout."

"On peut… choisir la taille ?"

"Bien sûr, mais Voldemort n'a fait que la couper en deux à chaque fois ! La moitié de son âme a été détruite avec son journal intime. Un quart avec la bague des Gaunt. 12.5 % dans le médaillon de Salazar - il se retournerait dans sa tombe s'il savait ça -. 6.25 % dans la coupe de Poufsouffle. 3.125 % dans le diadème de Serdaigle. 1.5625 % dans ton crâne vide et dans quelques années, 0.78125 % dans Nagini. Voldemort, ne vit - si on peut dire « vivre » dans cette situation - qu'avec 1.5% de son âme.

"Ouais… peut-être que je devrais m'occuper des Horcruxes… Comment ça « crâne vide » ?!"

Poudlard l'ignora.

"Dumbledore, bien que vieux et peut-être un peu sénile, a encore toute son intelligence. Il a le monde sorcier britannique derrière lui. Il manipule tous ceux qui l'approchent et parvient à se faire passer pour le héros. Je ne peux pas croire que ce soit simplement pour la gloire ou quoi que ce soit. Il y a forcément quelque chose de plus…"

"C'est pourtant ce qu'il m'a dit… quand j'étais en train de mourir. « Je n'aime pas partager la gloire. »," cracha Harry en se souvenant du regard impassible du directeur alors qu'il regardait un adolescent de dix-sept ans se vider de son sang.

"Ses mots exacts étaient « Je ne peux pas partager la gloire ». Ça implique des choses très différentes. Il a aussi dit qu'il avait d'autres plans après ta mort et celle de Voldemort."

Harry réfléchit… Que pouvait bien chercher le directeur. Aux yeux du monde, il avait déjà tout, non ? C'était un très puissant sorcier, admiré par beaucoup… Il avait la gloire, le pouvoir, que lui manquait-il ? L'argent ? Il restait un Lord après tout, même s'il volait dans ses coffres, Dumbledore devait déjà être assez riche. L'immortalité ? Peut-être. Mais Harry ne voyait pas comment toutes ses manipulations pouvaient lui apporter l'immortalité. L'amour ?

Harry secoua la tête pour oublier son propre cheminement de pensée. Peu de chance pour l'amour.

Il allait vraiment falloir qu'il commence à enquêter sur le directeur. Et le plutôt serait le mieux.

Il se replongea dans son livre avec un sérieux retrouvé. Il avait fait suffisamment d'erreurs dans sa vie et commençait déjà la nouvelle en continuant. Il devait arranger ça.

Poudlard l'observa se concentrer avec une nouvelle détermination et sourit. Bien, peut-être qu'il ira un peu mieux maintenant. Se détacher du passé est toujours quelque chose de difficile.

Peu après, son sourire se fana en repensant à sa propre situation. Elle devait étudier un peu plus en détail la question de l'affaiblissement des chaînes… ou de sa mort prochaine.

L'esprit n'avait rien dit à Harry, mais elle était terrorisée à l'idée de mourir. L'humour était sa façon à elle de gérer sa peur.

Elle était un être vivant - enfin plus ou moins -, avec des sentiments et un instinct de survie… sûrement aussi endommagé que celui d'Harry, mais il était là quand même. Et cet instinct lui disait qu'il y avait une chance sur deux qu'elle soit en danger de mort. Et ça l'effrayait. Parce qu'elle n'était pas une sorcière… parce qu'elle n'était pas humaine…parce qu'elle n'était même pas vraiment vivante. Un être vivant était un organisme qui devait naître, grandir, se nourrir, se reproduire et mourir. Elle ne faisait rien de tout cela.

Elle n'était pas vraiment née… juste apparue. Elle ne grandissait ni ne vieillissait pas. Elle n'avait pas besoin de se nourrir. Elle ne pouvait pas se reproduire… Elle était juste une sorte d'âme fantomatique d'une école de magie vieille de mille ans.

La croyance des sorciers était que même si le corps physique venait à mourir, l'âme était éternelle et entamerait un autre voyage… mais elle qui n'était déjà qu'un esprit artificiel, que lui arriverait-il si elle venait à mourir ? Où irait-elle ? Serait-elle coincée quelque part ? Aurait-elle mal ?

Elle avait vraiment besoin de conseils.

Elle disparut sans avertissement, laissant le survivant à sa lecture.

Harry, lui, était bien loin de toutes les préoccupations existentielles de son amie immatérielle. Non, il était bien trop occupé à trouver une solution au contrat Weasley. Bon sang, il était si stupide. L'impatience de mettre la main sur le traître et de sauver son parrain, l'avait empêché de réfléchir trop longtemps… Les jumeaux avaient fait partie des rares Gryffondor à rarement lui tourner le dos. Il ne pouvait s'empêcher de les apprécier, d'avoir confiance, mais être un Serpentard changeait sans doute beaucoup de choses… même pour les deux diables de Gryffondor. Il en était un peu blessé…

Mais après tout. Était-ce parce qu'il était un Serpentard ou parce que Fred et George ne le connaissaient pas.

Maintenant qu'il y réfléchissait, il avait agi avec eux comme s'il les connaissait depuis des années. Évidemment que Fred et George seraient méfiants. Un enfant qu'il n'avait jamais vu était venu de nulle part, avouant qu'il connaissait plusieurs de leurs secrets, allant même jusqu'à parler de Poudlard comme une personne et non une école. Si les jumeaux n'avaient jamais remarqué que l'école avait une espèce de conscience, ils l'auraient simplement pris pour un fou !

Pourquoi agissait-il de façon aussi irréfléchie ?!

Il jeta rageusement le livre qu'il tentait de déchiffrer et se prépara à aller au déjeuner. Il ne trouvait pas de solution. Les jumeaux, bien que jeunes, restaient des petits diablotins intelligents qui avaient eu la merveilleuse idée de rédiger un VÉRITABLE contrat magique. Bon sang ! Mais où avaient-ils appris à faire ça ? Quel genre d'enfant de treize ans savait rédiger des contrats magiques ?!

C'est morose et pensif qu'il rejoignit Drago. Le blond ne fit aucune remarque sur l'état émotionnel de son camarade, toujours persuadé qu'il était tout simplement fou et terriblement lunatique.

Alors qu'il torturait une énième pomme de terre pour la réduire rageusement en purée sous le regard dégoûté de quelques Serpentards, Harry fut surpris lorsque Hedwige lui apporta une lettre. Haussant un sourcil, il détacha l'enveloppe de la patte de sa chère chouette et la déplia, tout en ignorant une énième remarque de Drago sur les bonnes manières.

"C'est dégoûtant, Harry. Recevoir du courrier alors que nous mangeons. C'est digne d'un Weasley. Vire ton pigeon de là, tu veux ? Il regarde ma viande avec bien trop d'insistance."

Harry hocha la tête et murmura rapidement : "Oui, oui, Drago, je vais faire ça…" Mais n'en fit rien. Au lieu de cela, il contempla son courrier.

Hagrid.

Les lettres grossières et étrangement espacées ne pouvaient qu'appartenir à l'écriture brouillonne du garde-chasse.

Hagrid l'invitait à prendre le thé… encore une fois.

Bien que très heureux de cette invitation, il ne comprenait pas la raison de son existence. Il ne connaissait pas Hagrid. Ils ne s'étaient même pas adressé la parole. Pourquoi le demi-géant l'invitait ?

"Que dit cette lettre ?" demanda Drago en s'essuyant la bouche à l'aide d'un mouchoir de soie, et le tout avec une grâce aristocratique. Hedwige était finalement partie après avoir été chassée par le blond. Non sans un hululement outré qui pourrait clairement signifier "Goujat" dans la langue des oiseaux.

Le survivant lui lança un regard perplexe avant de relire sa lettre. Finalement, il sourit.

"On nous invite à boire du thé."

"Oh. J'aime le thé. Qui nous invite ?" demanda le blond.

"Hagrid."

"J'ai changé d'avis. Je n'aime pas le thé."

Harry éclata de rire.

"Quelle chance dans ce cas que je ne te demande pas ton avis."

Vers 16 h, lors de la pause de l'après-midi. Harry et Drago se trouvaient devant la petite cabane du Garde-chasse. Drago était d'une humeur massacrante.

"Sérieusement, ce n'est pas une bonne idée," dit-il en fixant l'épaisse porte de bois.

"Hagrid n'est pas méchant, Drago. Cesse de t'inquiéter."

"Je ne suis pas inquiet," se défendit le blond immédiatement. "Et je sais que ce balourd n'est pas méchant. D'après ce que j'ai entendu de lui, il est juste bête. Et je doute qu'il sache faire bouillir de l'eau pour faire du thé. Je ne bois que du thé de haute qualité. Pas de l'eau chaude avec des orties."

Harry ne l'écoutait déjà plus et frappa la porte pour signaler sa présence. Un aboiement fit violemment sursauter le blond qui grogna au regard moqueur du survivant.

"Pas de commentaire."

"Je ne me serais jamais permis une telle chose," continua de sourire le brun.

"Couché ! Couché Crockdur !"

La porte s'ouvrit et les aboiements se firent plus sonores.

"Allez ! Au panier !"

Hagrid apparut alors dans le cadre de la porte, le collier de son chien noir fermement dans sa poigne pour l'empêcher de sauter joyeusement sur les deux invités. L'homme sourit lorsqu'il vit Harry. Il fit rapidement entrer les deux élèves et les installa à la table qui trônait au milieu de la seule pièce dont était composée la maison.

Drago grimaça discrètement lorsqu'il vit une vieille bouilloire en cuivre qui sifflait sur le feu de la cheminée. Bon sang, ce thé allait sûrement lui provoquer une indigestion.

"Harry ! Ça me fait plaisir de te voir ! La dernière fois que je t'ai vu, tu n'étais pas plus grand que ça," fit Hagrid en mimant la taille d'un nourrisson avec ses grandes mains.

Il le mimait d'ailleurs ridiculement grand. Le garde-chasse avait soit un problème de mémoire, soit un problème de gestion des proportions.

"Ah bon ?" répondit innocemment le survivant.

"Oui, oui," continua le garde-chasse en leur présentant des gâteaux.

Dès lors qu'il tourna le dos pour s'occuper de la bouilloire, Harry fit signe à Malfoy de ne pas toucher au biscuit.

"Ils sont immangeables. Donne-les discrètement à Crockdur," chuchota-t-il.

« Bon sang ! C'est pire que ce que je pensais ! » soupira mentalement le blond en fronçant le nez face au biscuit.

"Voici Drago," présenta Harry lorsque Hagrid leur accorda de nouveau de l'attention.

"Tu dois être un Malfoy," commenta simplement Hagrid sans le regarder, versant de l'eau bouillante dans deux tasses. "Tu ressembles comme deux gouttes d'eau à ton père."

Harry sourit discrètement lorsqu'il fut ébloui par un Drago qui rayonnait littéralement de fierté. Lucius était un Mangemort pour qui il n'avait aucune estime, mais il devait être un père aimant pour susciter une telle réaction chez son fils.

"Comment se passe ton début d'année ? Tu te plais dans ta nouvelle maison ?" demanda le garde-chasse. Il semblait se faire un devoir d'ignorer l'héritier Malfoy, ce qui mit ce dernier assez mal à l'aise, bien qu'il n'en montra rien.

Harry ne fit pas de commentaires sur le ton inquiet qu'avait pris Hagrid en parlant de Serpentard, et lui raconta comment s'était passée ses premières semaines pendant que Drago tentait d'éloigner ce foutu chien qui bavait allégrement sur ses magnifiques robes de qualité.

Eurk ! Il les jettera dès qu'ils rentreraient au dortoir et enverra un hibou à sa mère pour qu'elle lui en commande de nouvelles.

Alors qu'Hagrid parlait de tout et de rien dans sa gentillesse maladroite typique. Le regard d'Harry fut attiré par un article de journal négligemment posé sur la table. Enfin, "négligemment" n'était pas le terme adéquat. Il était mis en évidence sous le nez du survivant. Une pancarte "lisez-moi" en néons fluo n'aurait pas été plus efficace.

Il parlait du cambriolage de Gringotts. Le brun fronça un peu les sourcils. Qu'est-ce que cet article faisait là ? Certes, il était déjà présent dans sa première vie, mais maintenant qu'il y pensait. Il n'y avait aucune raison à sa présence…

Cet article datait de presque deux mois maintenant. Cela fait deux mois qu'il traînait sur la table d'Hagrid ? Vraiment ? Pourquoi ?

"Oh, Harry… Tu as entendu parler du vol de Gringotts ?" demanda soudainement le garde-chasse en le voyant fixer l'article.

Cela fit sursauter le survivant qui ne s'y attendait pas. Drago leva les yeux de son thé imbuvable pour regarder le demi-géant comme si une seconde tête avait soudainement poussé sur son épaule. Un choix étrange de conversation.

"Euh… pardon ?"

"Il faut vraiment être fou pour voler les gobelins. Heureusement que Dumbledore m'avait envoyé récupérer le petit paquet que contenait le coffre quelques heures avant qu'il ne soit cambriolé."

Drago regarda l'homme avec un air perplexe. Vraiment bizarre cette conversation… Harry, lui, fronçait de plus en plus les sourcils.

Qu'est-ce qui lui prenait ? La première fois, Hagrid avait parfaitement évité toutes ses questions autant qu'il l'avait pu. Pourquoi se mettait-il soudainement à lui raconter tout ça alors même qu'il n'avait rien demandé… ?

"Oups, je n'aurais pas dû dire ça."

Harry et Drago se lancèrent un regard d'incompréhension totale. Plus encore lorsqu'ils furent rapidement mis à la porte par un Hagrid qui semblait murmurer pour lui-même qu'il n'aurait VRAIMENT pas dû dire ça.

"Qu'est-ce qui vient de se passer ?" demanda le blond étonné.

Des bruits de casserole et de porcelaine se faisaient entendre de l'autre côté alors qu'il distinguait encore les marmonnements inquiétants du garde-chasse. Le blond se tourna vers la porte close avant de fixer à nouveau le survivant qui avait le même air perplexe que lui.

Tout le monde était fou dans cette école, n'est-ce pas ? Aurait-il dû écouter sa mère et aller à Durmstrang ?

"Je me posais la même question," répondit le survivant encore abasourdi. Est-ce que Hagrid faisait ça pour qu'il se pose des questions sur la pierre philosophale ? Dumbledore lui a-t-il demandé de le faire ?

Il sourit.

Très bien. Puisque c'était si peu subtil, Harry allait se faire un plaisir de décevoir le directeur.

Drago lança un regard inquiet au survivant qui affichait maintenant un sourire qu'il pourrait qualifier de machiavélique.

Oui, il aurait vraiment dû écouter sa mère et ne pas mettre les pieds à Poudlard.