Correction: 06-09-2024

Chapitre 12 : Enquête d'Inspecteur Malfoy

Harry avait décidé de ne pas se mêler, de près ou de loin, à la quête de la pierre philosophale. Il n'était plus un PNJ sans âme qui obéissait aveuglément sans réfléchir. Non, il allait ignorer ça. Ignorer cette quête secondaire stupide qui n'avait aucune importance pour l'histoire principale puisque, quoi qu'il fasse, Voldemort ne pourrait pas obtenir la pierre.

Du moins c'est ce qu'il avait initialement prévu.

"Drago, vraiment, laisse tomber ! Ça n'a aucune importance," suppliait presque le survivant.

"Bien sûr que si !" répondit le blond assis en tailleur sur son lit, des brochures et articles de journaux éparpillés devant lui. Il semblait très concentré sur quelque chose.

À un lit de là, Theodore Nott leur lança un regard désintéressé avant de retourner à son livre de potion, tout en mettant un sort de silence autour de lui. Ce que ses colocataires pouvaient être bruyants quand ils le voulaient.

Le goûter avec Hagrid avait eu lieu le jour même. La résolution d'Harry sur le fait de ne SURTOUT PAS intervenir également. Et pourtant le voilà, devant l'héritier Malfoy qui se prenait pour un inspecteur d'Esprit Criminel.

"Comment as-tu rassemblé autant d'articles en si peu de temps ?" demanda le survivant en s'étalant sur son propre lit.

Pourquoi, mais pourquoi ?! Pourquoi avait-il fallu que Drago aime les romans policiers - sorciers évidemment - et se fasse un devoir d'expliquer le comportement d'Hagrid ?!

Il. Était. Maudit !

"Je les avais déjà dans ma malle," répondit platement Drago. "Ça m'avait intrigué à l'époque."

Harry retient un grognement suppliant.

"Hagrid nous parlait du cambriolage de Gringotts qui a eu lieu le 31 juillet. C'était il y a presque trois mois. Il avait découpé l'article dans le journal et l'avait laissé sur la table pendant tout ce temps. Et au moment où tu arrives pour prendre le thé avec lui - alors que tu ne le connais pas - il te parle de cette histoire et avoue même savoir ce que contenait le coffre. C'est vraiment SUSPECT !"

Le survivant roula sur son lit et observa le blond du coin de l'œil, toujours concentré sur l'article parlant de Gringotts. Même Drago, qui n'était au courant de rien et n'avait que onze ans, avait remarqué quelque chose de bizarre dans le comportement du garde-chasse. À quoi pensait Dumbledore au juste ? Il n'avait jamais été aussi peu subtil.

"Je pense que c'est un coup monté et qu'Hagrid est le vrai voleur," annonça brutalement Drago

Harry tomba du lit.

"Comment es-tu arrivé à une conclusion pareille ?" demanda l'ancien Gryffondor en se frottant le crâne. Il s'était fait mal, bon sang.

" J'ai lu qu'un criminel revenait toujours sur le lieu du crime ! Mais comme Hagrid ne peut pas retourner à Gringotts, il devait se vanter d'être celui qui avait fait ça. Et c'est pour ça qu'il t'en a parlé ! Logique !"

Le plus improbable était que Drago avait l'air fier de sa déduction bancale.

"Mais c'est Dumbledore qui a demandé à Hagrid d'aller vider le coffre." répliqua le brun avant de se mordre la langue.

« Ne pas s'impliquer, ne pas s'impliquer. » pensa Harry.

"Hum… tu as raison. Alors le coupable est Dumbledore !"

« Ne pas rire, ne pas rire. » se répéta Harry en continuant de se mordre la langue.

"Mais pourquoi faire semblant de voler quelque chose qu'il possédait déjà ?" fit quand même le sorcier à lunettes.

Le blond eut au moins la décence de réfléchir un peu.

"Ouais, c'est vrai que c'est bizarre. Mais comment savoir qui est le coupable si on ne sait pas ce qui a été volé ?"

"Mais… ça n'a pas été vol-"

"Je sais ! Nous allons enquêter sur ce que contenait le coffre ! En plus, si c'est Hagrid qui a été le chercher et que Dumbledore lui a demandé de le faire, alors le contenu du coffre se trouve forcément à Poudlard. CQFD. Je suis un tel génie."

"Non. Oublie ça," supplia à nouveau le brun en se massant les tempes.

Mais Drago l'ignora et Harry ne put que soupirer, autant de frustration que de dépit. La nouvelle obsession de Drago n'arrangeait en rien ses plans et il ne trouvait aucun moyen de calmer les ardeurs d'enquêteur du dimanche de son ami aux cheveux blonds.

Pendant ce temps, loin des débats animés des deux Serpentard à la recherche mystérieuse d'un voleur dont le vol n'a jamais eu lieu, Poudlard était assise sur le sol d'une pièce sans porte ni fenêtres où le climat était bien différent. Bien que petite, la salle était richement décorée et semblait chaleureuse en apparence, pourtant - et bien qu'elle ne ressentait pas vraiment le froid - l'âme de l'école était frigorifiée.

Assise sur le sol, le nez levé vers les murs, elle contemplait les quatre tableaux qui les décoraient d'un air perdu. Elle lisait encore et encore les inscriptions marquées d'un filigrane d'or présent sous chaque peinture.

Helga Poufsouffle, Godric Gryffondor, Rowena Serdaigle, Salazar Serpentard.

Cette pièce avait toujours été son refuge, elle était la seule à pouvoir y accéder. Peu importe l'heure ou le siècle, elle n'avait qu'à venir ici pour que ses doutes et ses peurs s'envolent.

Mais plus maintenant.

Elle avait beau contempler les tableaux de ses parents, il restait inexplicablement vide de tout occupant. Les fondateurs avaient soudainement déserté la pièce, sans explications, sans mots, sans dernières paroles.

"Je ne sais pas quoi faire… Je ne sais pas si ce que je fais est bien…" murmura-t-elle au vide, la voix cassée. "J'ai… j'ai peur de mourir… Je ne veux pas disparaître. S'il vous plaît. J'ai besoin que vous reveniez, maintenant."

Mais ses supplications ne furent pas entendues.

Elle ne s'était jamais sentie aussi seule.

Elle soupira et ravala la boule d'angoisse coincée dans sa gorge. Elle contempla une dernière fois les quatre tableaux avant de plaquer un sourire sur son visage et de disparaître.

Elle était une école pleine d'enfants et elle devait être joyeuse. Si l'école est triste, les enfants le seront aussi, n'est-ce pas ? C'était son travail de veiller sur eux. La raison même de son existence.

"Salut à toi, ma petite éponge !" cria-t-elle soudainement en apparaissant près d'Harry.

"AAH !" hurla celui-ci en sursautant violemment, manquant de se cogner contre sa tête de lit.

Il avait à peine eu le temps de lancer un sort de silence avant d'aller se coucher que déjà l'âme se trouvait près de lui. Heureusement qu'aucun de ses camarades de dortoir ne l'avait entendu, il aurait eu du mal à expliquer ça.

"Alors ce plan Z, il avance ?" demanda Poudlard, ignorant le regard noir du survivant.

"Ouais, ouais. Je vais utiliser le retourneur de temps pour voler Croutard pendant que les Serpentard et les Gryffondor ont cours de sortilège."

"Bonne idée. On te soupçonnera moins facilement comme ça." La jeune femme s'assit brutalement sur le lit et le regarda avec de grands yeux.

"Quoi ?" grogna Harry. Il trouvait ça terrifiant.

"Allleeez. T'as rien à me raconter ? J'ai besoin de me changer les idées, là."

"Eh ? Pourquoi ?"

"Bah, tu sais, mon noyau magique tout ça…" soupira dramatiquement l'âme. Elle sortit alors un mouchoir multicolore hideux et tamponna théâtralement ses joues tout à fait sèches avec un bruyant et forcé « Snif ».

Mais même si elle souriait, même si elle semblait prendre ça à la légère, Harry sentit que ce n'était pas complètement le cas. Il voulut poser une main réconfortante sur son bras mais ne fit que légèrement passer au travers.

"Je ne te laisserai pas mourir. Quoi qu'il arrive, je ne te laisserai pas toute seule."

Poudlard eut un petit rire gêné et baissa les yeux. Depuis combien de temps n'avait-elle pas été réconfortée lorsqu'elle avait des doutes ? C'était vraiment… apaisant.

"Merci," murmura-t-elle simplement.

"Mais j'ai effectivement des choses à raconter," continua Harry après un moment en se laissant tomber dans les coussins.

"Ooooh ?" Poudlard sourit. Qu'était-il encore arrivé à son idiot préféré ?

"Drago veut enquêter sur la pierre philosophale et je n'arrive pas à l'arrêter."

"Tu n'arrives pas à arrêter un enfant de onze ans ? Cette renaissance est vraiment mal partie," se moqua gentiment le spectre.

"Va te faire voir !" sourit Harry en lui lançant un oreiller au visage. Mais à sa grande déception, l'oreiller ne fit que traverser Poudlard, alors que la jeune femme lui lançait un rictus satisfait.

"Raté ~"

"Tricheuse."

"Bon, bon, reprenons notre sérieux. J'ai réfléchi à ça, et je me demande si c'est vraiment une bonne idée de ne pas intervenir."

"Oh pitié, tu ne vas pas t'y mettre aussi," soupira le survivant en enfonçant sa tête dans les oreillers. Il était si heureux d'enlever ce foutu affrontement avec Voldemort de sa liste de choses à faire.

"Ce que je veux dire c'est : est-ce vraiment une bonne idée de laisser la pierre philosophale à Dumbledore… ?"

"Ne va-t-il pas la détruire au final ?"

"Eh bien, il l'a fait parce que toute l'école était au courant et que c'est arrivé jusqu'aux oreilles de Nicolas Flamel. J'arrivais à entendre l'alchimiste hurler au scandale à travers les murs, tu sais ?"

Harry se redressa, intéressé. Il ne connaissait pas cette histoire.

"Nicolas Flamel est venu à Poudlard ?"

"Après ton aventure, Nicolas Flamel a appris qu'un enfant de onze ans était parvenu à passer les protections de Dumbledore, et il était hors de lui. Il a débarqué à Poudlard pendant les vacances d'été et a incendié Dumbledore à travers tout le château. Finalement, il a exigé qu'elle soit détruite comme il l'avait proposé depuis le début."

Harry fronça les sourcils.

"C'est pas du tout ce dont je me souviens. Quand je me suis réveillé, Dumbledore m'a dit qu'il avait déjà détruit la pierre…"

"Il a menti. Si tu veux mon avis, il ne l'aurait jamais fait si Flamel n'était pas arrivé. Je n'ai pas pu entendre leur conversation parce qu'elle avait lieu dans le bureau du directeur, mais d'après les éclats que j'ai entendus à travers les murs. Lorsque Dumbledore est allé voir Nicolas Flamel pour dire que Voldemort cherchait la pierre philosophale, Flamel avait immédiatement proposé de la détruire. C'est Dumbledore qui a refusé."

"Alors… Dumbledore voulait la pierre ?"

"Je ne sais pas. Peut-être. Ou bien, il voulait attirer Voldemort à Poudlard pour que tu puisses le combattre et mourir. Je te l'ai dit, on connaît les conséquences, mais pas vraiment ses actions."

"Peut-être qu'il faut que je prenne cette pierre alors. Au cas où… Je pourrais même la rendre à Nicolas Flamel. Qui sait, s'il y a déjà hurlé sur Dumbledore, il pourrait faire un bon allié."

Poudlard hocha la tête. Elle n'avait des connaissances que théoriques sur Nicolas Flamel étant donné qu'il avait étudié à Beauxbâtons, mais il paraissait être un bon allié.

"J'ai besoin que tu m'apprennes comment faire prisonnier un Animagus," dit soudainement Harry.

"Hum… je peux te montrer comment lui préparer une jolie cage incassable et l'empêcher de se retransformer en humain pendant quelque temps. C'est un sort un peu… douloureux pour l'Animagus, par contre."

Harry sourit sadiquement.

"Parfait."

Le lendemain, et après avoir essayé d'apprendre ce fichu sort toute la nuit, Harry mit la suite du plan Z en action. Le plan Z.1. Il passa la matinée en cours et resta près de Drago la plupart du temps pour être sûr d'avoir un alibi au cas où. Non pas qu'il serait immédiatement accusé, il était l'élève parfait, mais on n'était jamais trop prudent. Beaucoup avaient remarqué que lui et Ron ne s'appréciait pas vraiment.

Comme à son habitude, il avait un comportement exemplaire en cours et un niveau nettement supérieur à la moyenne, faisant ainsi le bonheur de la plupart de ses professeurs.

Enfin sauf Snape.

Le professeur de potions avait déjà brisé vingt-trois cuillères de bois par rage et fait exploser 13 potions par inadvertance en entendant autant d'éloges sur ce foutu Gryffondor refoulé.

"Oh, professeur Snape, vous devez être si fier de votre élève. Niah niah niah… C'est le meilleur élève de première année depuis des siècles d'après le professeur Flitwick. Et blablabla… Quelle chance qu'il soit à Serpentard, n'est-ce pas ?" murmurait Snape, seul dans son laboratoire, en prenant une voix aiguë pour imiter le professeur Chourave. "Allez tous au diable !" grogna-t-il finalement en serrant un peu trop fort la cuillère qu'il tenait pour remuer délicatement sa potion en cours.

Crac !

Merde. Vingt-quatre cuillères de bois brisées à cause d'Harry Potter, maintenant.

Foutu gamin !

Loin de là, et totalement inconscient de la haine grandissante de son directeur de maison, le survivant rangea ses affaires pour quitter la salle de classe. Dès la sortie du cours de sortilège, Harry prétendit devoir se rendre aux toilettes. Une fois à l'abri des regards dans l'une des cabines, il sortit son retourneur de temps, se désillusionna et remonta le temps de 2 heures.

Lorsqu'il quitta la cabine, deux heures dans le passé, il était un peu pâle.

Pourquoi n'avait-il pas pensé au fait que quelqu'un avait utilisé la même cabine dans les deux heures précédentes ?

Voir un étudiant de troisième année sur le trône alors qu'il se trouvait dans le même endroit très exigu était la chose la plus gênante qu'il ait expérimentée de sa vie. Particulièrement lorsque la scène se passe en accéléré et en sens inverse. C'était gênant et vraiment bizarre.

Il secoua la tête pour chasser ses pensées parasites et se mit en route vers la tour Gryffondor. Sortant la carte du maraudeur pour plus de précisions sur le lieu du futur kidnapping de Mangemort galeux.

Dès l'instant où il passa le portrait de la grosse dame, qui s'ouvrit devant… eh bien le vide -elle était pourtant sûre d'avoir entendu le mot de passe - le nom de Peter Pettigrow se déplaça rapidement pour raser les murs.

"Je savais bien que tu étais étrangement difficile à attraper. Tu sais que je te cherche… ?" murmura Harry pour lui-même en plissant les yeux devant la carte.

Discrètement, il patienta près d'un mur, attendant le bon moment pour attraper le rat. Celui-ci rampait sous les meubles, attentif au mouvement dans la salle commune, vide. Le rat, rassuré, sortit à découvert pour se précipiter vers le portrait de la grosse dame dans le but de quitter la tour Gryffondor où il s'était soudainement senti en danger.

Mais malheureusement pour lui, une grande main couverte par un gant en cuir de dragon de qualité l'attrapa violemment avant qu'une pointe de baguette n'effleure son dos.

Il poussa un petit cri de surprise, puis gémit de douleur en sentant le sort d'entrave couler dans ses veines comme un liquide brûlant.

"Bonjour Peter," murmura la voix satisfaite d'Harry. Ça fait un moment que j'essaie de te mettre la main dessus, tu sais ?

Le choc était trop grand pour le rat. Il s'évanouit de peur. Qui dans ce monde pouvait savoir qui il était vivant si ce n'est son maître. Le seigneur des ténèbres était revenu et il allait se venger de lui !

Harry contempla le rat soudainement mou dans sa main. Avait-il fait une crise cardiaque ? Comme un enfant devant un jouet déjà cassé, il le secoua brutalement pour voir ce qui n'allait pas.

Évidemment, ce n'était pas efficace. Et ça n'allait toujours pas.

Bon, au moins, il respirait. C'était déjà pas mal.

Il quitta la tour de Gryffondor aussi rapidement qu'il était venu pour retourner dans les cachots où l'attendait une petite cage pleine de sorts divers et de runes qui parviendrait à contenir l'Animagus sans aucun mal et ce, quoi qu'il arrive. Il balança le traître dans sa nouvelle maison, mais ne put retenir un soupir déçu. Il ne pouvait même pas le narguer puisque cet abruti s'était évanoui.

Regardant l'horloge de la pièce, il remarqua qu'il avait encore une bonne heure à patienter avant de revenir à sa temporalité. Il se dirigea calmement vers les toilettes, toujours sous son sort de désillusion, et décida finalement de patienter. Il choisit une cabine différente de la première - il ne voulait pas croiser ce troisième année une deuxième fois - et patienta. Assis sur la cuvette, son poing fermé utilisé comme un soutien pour sa tête, il réfléchit.

Qu'allait-il faire de Peter, au fait ? Il ne pouvait pas simplement se pointer devant les aurores avec un rat et hurler qu'il s'agissait d'un homme mort depuis 10 ans… si ?

"Non," affirma soudainement une voix.

Une fois n'est pas coutume, Harry sursauta.

"Je pensais que tu entendais uniquement les pensées qui t'étaient destinées," fit-il en lançant un regard noir à Poudlard dont un morceau de la tête dépassait du haut de la cabine telle une voyeuse bizarre et inquiétante.

"C'est le cas, mais toi tu penses à voix haute, idiot," se moqua Poudlard.

Harry soupira avant de retourner à ses pensées en faisant attention à ce qu'aucune information ne sorte de sa bouche. Il allait devoir trouver une idée pour s'occuper de Peter et permettre à son parrain de sortir d'Azkaban. Mais l'heure de retourner au déjeuner avec Drago arriva avant qu'il ne trouve une idée parfaite pour se débarrasser du rat et sauver son parrain.

Harry s'assit près de Drago qui lui lança un regard plat accompagné d'un lever élégant du sourcil droit.

"Je n'avais jamais vu quelqu'un aussi satisfait d'avoir été aux toilettes," dit-il en reprenant un peu de salade.

Décidément, le survivant était vraiment bizarre. Mais au fond, le blond ne pouvait nier qu'il s'amusait bien avec lui. Et il était vraiment un bon allié. Intelligent, meilleur élève de leur année, riche, noble, sang-pur, célèbre. Oui, son père serait fier de lui pour s'être trouvé un si bon ami.

Il faudra juste éviter de lui parler des problèmes psychiques du survivant et de son étrange tendance à fixer le vide comme s'il lui parlait.

Ouais. Ça. C'était ce qu'il y avait de plus terrifiant chez lui.

Parfois, il remarquait le brun fixant le vide, faisant des petits mouvements de tête comme s'il était en pleine discussion et même des gestes avec ses mains. Il n'osait pas vraiment lui en parler.

Qui sait ? Peut-être que ce genre de chose était comme du somnambulisme. Il ne faut pas réveiller un somnambule d'après ce qu'il avait entendu. Alors, il a juste décidé d'ignorer ces petits… détails, présents chez le brun.

"Arrête de me prendre pour un fou, Drago. J'ai juste croisé quelqu'un que je cherchais depuis un moment sur le chemin, c'est tout," répondit Harry en commençant à manger.

"Sur le chemin des toilettes ?" Mais le brun l'ignora pour se servir un peu plus généreusement. "Lâche ça, c'est le dessert."

"Mais ça a l'air si bon !"

Drago ne fit que soupirer.

Un peu plus tard dans l'après-midi. Tous les premières années de Serpentards contemplaient l'un des nombreux tableaux d'affichage. Les cours de balai allaient enfin commencer pour eux. Mais la joie n'était que mitigée chez les Serpentards. La quasi-totalité d'entre eux avait déjà pratiqué le vol avec leurs parents. Et en plus, leur cours était - une fois de plus - en commun avec les Gryffondor.

"Encore ?! s'offusqua Drago. "Mais pourquoi nous collent-ils toujours avec ces idiots stupides ?"

"C'est un pléonasme," indiqua Harry en se détournant de la feuille. Le balai lui manquait, mais devoir faire semblant de tout apprendre ? Il en soupirait d'avance.

"Quoi ?"

"Idiot stupide, c'est un plé-. Bah, peu importe. Ce n'est pas si grave d'être avec les Gryffondor, on pourra en profiter pour leur montrer qu'on est meilleur," tenta de se rassurer le survivant.

"Mon père dit que je suis très doué et ma mère a prédit que je serais un grand joueur de Quidditch si j'en avais envie," dit le blond en bombant le torse. "Je suis sûr qu'ils aimeraient que je fasse partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard, donc en deuxième année je ferais de mon mieux pour y entrer," expliqua Drago avec détermination.

Le brun lui lança un regard. Drago n'était pas si arrogant et prétentieux maintenant qu'il le voyait en tant qu'ami. Ses parents l'ont toujours gâté et félicité, et il veut simplement les rendre fiers.

"Je suis sûr que tu y arriveras. Tu feras un super attrapeur," sourit Harry.

"Hein ? Je ne veux pas être attrapeur. Je préfère poursuiveur !"

Ah bon ? Pourquoi était-il devenu attrapeur dans son ancienne vie ?

"Eh bien, je serais l'attrapeur alors."

"Ça me va," fit Drago en haussant les épaules. "Tu as déjà joué au Quidditch ?"

"Evid-."

Mais Harry s'arrêta. Non. Il n'avait jamais joué au Quidditch parce qu'il avait été élevé dans le monde moldu… par des moldus qui détestaient la magie. L'avait-il déjà dit à Drago ? Était-ce une bonne idée ?

"Non, même si j'aurais adoré. Mais j'ai été élevé par ma famille moldue et ils n'aimaient pas beaucoup la magie."

Le sang-pur fronça les sourcils et voulut demander ce qu'il entendait par « famille moldue » et « n'aimaient pas beaucoup la magie » mais il fut interrompu par un autre élève de première année.

"Drago, le cours de soutien de botanique va commencer. Crocus veut qu'on soit tous à l'heure."

Drago était un bon élève, sérieux et doué dans la plupart des cours. Ses appréciations étaient toujours excellentes et, avec les conseils d'Harry, il parvenait à maintenir son niveau de second meilleur élève de première année derrière le survivant.

Enfin… Plutôt ex-aequo avec Hermione Granger et il pourrait tuer quiconque lui ferait remarquer.

Mais la né-moldu avait de meilleures notes que lui en botanique et ça, il ne pouvait pas le supporter. Que le survivant le surpasse, peu importe, Harry était son ami et tout le monde le prenait pour un génie, mais une sang-de-… né-moldu ? Certainement pas. Il avait sa fierté… Et son père serait vraiment déçu de lui.

"J'arrive," fit le blond en hochant la tête, il se tourna vers Harry mais ce dernier ne le laissa pas vraiment parler.

"Bon, je vais à la bibliothèque en t'attendant alors. À plus tard," sourit le brun.

Et sans plus attendre, il s'enfuit lâchement. Il n'avait pas envie d'avoir une conversation avec Drago sur sa famille moldue. Il avait tellement honte et il ne comprenait même pas pourquoi. C'est juste… personne ne devait le savoir.

Lorsqu'il passa devant madame Pince, il se fit le plus petit possible. Certes, la froide - et soyons honnête, surtout casse-pieds - bibliothécaire ne le connaissait pas encore. Mais lui se souvenait parfaitement d'elle. Et si elle pouvait continuer à ignorer son existence, cela lui allait parfaitement.

Mais une fois n'est pas coutume, il ne fut pas entendu. Il allait finir par croire que le destin se moquait de lui.

"Oh. Harry !" s'exclama - le plus silencieusement possible - Hermione.

Elle respectait les règles. Surtout celles de la bibliothèque. Mais Madame Pince releva quand même son nez pointu de son livre à la couverture abîmée pour lancer un regard de chouette courroucé à Harry.

Il aurait presque pu en pleurer. Il était complètement innocent ! Il pinça les lèvres pour se taire lorsqu'elle lança un "Chuuuut" si puissant qu'il en tourna quelques pages du livre qu'elle lisait.

Il lança un signe de main à Hermione et la rejoignit rapidement. Ensemble, ils se rendirent le plus loin possible du bureau de la vieille chouette.

" Je suis contente de te voir !" chuchota la Gryffondor avec un sourire.

Et malgré le lieu, leur conversation fut animée. Harry soupçonna madame Pince de trop apprécier Hermione qui vivait presque dans sa bibliothèque pour les gronder.

Et c'était le cas. La jeune fille de onze ans avait su toucher le cœur sec et glacial de la bibliothécaire. La vieille femme avait l'impression de se voir dans un miroir lorsqu'elle regardait Hermione, passant toutes ses heures de libres seule et uniquement entourée de livres divers et variés, les traitant avec soin et respect.

Elle en avait presque versé sa larme.

Voir que finalement la Gryffondor avait un ami la rassurait quelque peu. Cette petite avait une chance que madame Pince elle-même n'avait pas connue à son époque. Et c'est presque avec fierté qu'elle se désintéressa des deux enfants pour retourner à son livre BL érotique après avoir réajusté ses lunettes.

"Tu as déjà fait du balai ?" demanda Hermione après avoir passé en revue tout ce qu'il avait à se raconter depuis la dernière fois qu'il avait pu parler tranquillement.

"Non."

Pas dans cette vie.

Les yeux d'Hermione s'illuminèrent. Elle avait presque envie de crier, mais parvint à se retenir.

"Vraiment ? Moi non plus ! J'ai lu tous les livres sur le vol sur balai, mais je ne pense pas qu'ils m'aideront beaucoup. Les auteurs ne parlaient pas vraiment de l'apprentissage," se désola-t-elle. "Peut-être que tu as un livre à me conseiller ?"

"Je n'ai pas de livre à te conseiller mais j'ai un conseil cependant : détends-toi. On va dans ce cours de balai pour apprendre. Si tu pouvais tout apprendre à travers les livres sans l'aide de personne, il n'y aurait pas besoin d'école, tu ne crois pas ? Et tu es loin d'être la seule à ne pas être montée sur un balai avant Poudlard. Je suis sûr que tout va bien se passer et tu vas vite comprendre comment fonctionne le vol. Rassure-toi."

Ça ne l'a pas vraiment rassuré. Elle aurait préféré que le brun lui conseille un livre.

Un peu moins d'une heure plus tard, Harry fait un signe de la main pour dire au revoir à Hermione qui paraissait toujours autant angoissée pour le futur cours de balai.

"Je n'ai jamais été très doué pour rassurer les autres," constata-t-il en s'éloignant vers les cachots pour rejoindre Drago.

Du moins c'est ce qu'il avait prévu, mais le blond qu'il s'apprêtait à retrouver lui tomba presque dessus au détour d'un couloir.

"Te voilà !" dit-il avec enthousiasme en époussetant élégamment ses robes de qualité supérieure. Le sourire que le blond s'autorisa - après avoir vérifié qu'ils étaient seuls - était presque solaire.

C'était suspect. Harry se doutait qu'il n'allait pas aimer la suite.

"J'ai trouvé une piste sur le crime d'Hagrid et Dumbledore !"

Ô, comme il détestait avoir raison.