La journée qui s'en était suivie s'était avérée aussi morne que le repas que Liam et Stiles avaient partagé tant le premier s'était évertué à prononcer le moins de mots possibles. Le second, quant à lui, avait à eu à cœur de ne pas le forcer. Puis il connaissait suffisamment Stiles pour savoir que braquer celui-ci n'était pas une bonne idée, au contraire : il s'agissait du meilleur moyen de le pousser à se fermer comme une huître. Déjà qu'il s'ouvrait péniblement et faisait l'effort de répondre aux rares questions que Liam lui posait… Le blondinet tenait à ne pas gaspiller cette chance et se motivait en se disant que le reste viendrait sans doute avec le temps. Il y croyait dur comme fer et préférait se montrer positif. De toute façon, il n'avait d'autre choix qu'attendre. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il avait passablement appréhendé la nuit… Mais celle-ci s'était bien passée. Stiles avait eu un peu de mal à s'endormir, mais lorsqu'il avait finalement réussi à lâcher la bride, il ne s'était pas réveillé une fois… Jusqu'à ce que le réveil de Liam ne sonne. Si l'humain en avait été surpris, le louveteau l'avait été davantage… Et puis il s'était rappelé d'une petite conversation qu'il avait eue avec son père au téléphone, la veille. Si ce dernier lui avait autorisé un peu de temps pour digérer les récents évènements, il avait toutefois tenu à lui faire savoir qu'il devrait toutefois reprendre les cours rapidement. Quant à Stiles, il resterait ici le temps nécessaire. La maison disposait d'un système d'alarme dernier cri qui s'activerait à la moindre tentative d'intrusion et enverrait, dans le même temps, un signal au poste de police le plus proche – ici, celui de la ville. Evidemment, Liam n'avait pas accepté la chose sans conditions : s'il comptait lui-même appeler Stiles à chacune de ses pauses, il avait demandé à son père de faire de même régulièrement.

Ainsi, Liam se leva, l'air ensommeillé, en se faisant la réflexion que le lycée ne lui manquait pas pour le sommeil qu'il lui faisait perdre. Disons qu'il avait tenu à rester éveillé, encore une fois, le plus de temps possible, pour Stiles. Dans un sens, il avait veillé sur lui… Et le voilà fatigué. Enfin, il s'y attendait et assumait parfaitement son action, faite en toute connaissance de cause. Lorsqu'il vit que son alarme avait réveillé son invité, il s'excusa et lui expliqua en quelques mots ce dont il avait… Oublié de lui parler la veille. Il eut d'ailleurs un peu peur de la réaction de Stiles… Qui n'afficha aucune réelle émotion, sans doute parce qu'il n'était pas complètement réveillé. A vrai dire, Liam n'eut droit qu'à un hochement de tête.

C'est un peu préoccupé qu'il partit se préparer parce que laisser Stiles seul, même si la maison avait son lot d'équipements de sécurité, ne l'enchantait pas le moins du monde. Disons qu'il lui faisait confiance, mais n'arrivait pas à se sentir tranquille alors qu'il le savait aussi abîmé. Il ne s'était passé que quelques jours depuis… Cet épisode que Liam ne saurait nommer avec précision. Il n'en connaissait rien, si ce n'est la finalité : la mort de Stiles et sa fuite de la morgue. Alors, Liam revint le plus vite possible, histoire de prendre le petit-déjeuner avec lui avant de partir. Il était peut-être un peu tôt pour l'hyperactif qui, pour l'instant, devait se passer du lycée, mais qu'importe, il aurait l'occasion de retourner se coucher après son départ. Liam espérait même que c'était ce qu'il ferait. Pas qu'il ait peur qu'il fasse une réelle bêtise, simplement… Il se sentirait simplement plus tranquille s'il venait effectivement à passer une partie de son temps à ne rien faire d'autre que se reposer. Car si Stiles réussissait à dormir, il paraissait toujours aussi fatigué et peinait à se remettre de son séjour à l'hôpital.

C'est donc l'esprit quelque peu préoccupé et particulièrement appréhensif que Liam quitta la maison après avoir fait promettre à Stiles de ne pas hésiter à l'appeler au moindre problème.

De son côté, l'hyperactif apprécia grandement le silence qui se mit à habiter la maison. Dès qu'il se fut assuré que Liam avait bel et bien démarré, il se laissa tomber sur son lit. Techniquement, il pouvait le faire avant, d'autant plus qu'il y avait dormi… Mais il n'avait pas réussi. En sachant le louveteau près de lui, il n'avait pas pu s'y résoudre pour une raison qui lui échappait… Partiellement. Dans un sens, se mettre à l'aise devant lui le gênait. Quelque chose en lui s'était cassé et… Il avait besoin de comprendre de quoi il s'agissait précisément pour se permettre un retour de ses précédentes habitudes et attitudes. Et pour comprendre, il lui fallait se poser, réfléchir – ce qu'il n'arrivait pas non plus à faire avec Liam près de lui.

Qu'il retourne en cours était donc pour Stiles une aubaine pure et simple. Sans attendre davantage, il ferma les yeux et prit le temps de respirer, de… Se laisser aller. Dormir, il n'en avait pas envie. Son corps voulait pourtant retourner se lover dans les bras de Morphée, à l'inverse de sa tête qui l'exhortait à rester éveillé. Ce n'était pas parce qu'il avait réussi à dormir en dehors de l'hôpital que sa peur avait disparu, bien au contraire. Elle était toujours là, fortement ancrée en lui au point que ses serres transperçaient son esprit de part en part. On avait cherché à le tuer, on l'avait fait.

Il s'en souvenait progressivement et depuis peu… Ce n'était donc pas quelque chose qu'il pourrait oublier de sitôt.

Autant dire que Stiles n'était pas prêt à prendre de bain avant un moment. Plus jamais, finit-il par décider. Il ne voulait plus être aussi vulnérable, n'avoir aucune autre porte de sortie que celle de la mort. Comment s'en était-il sorti ? Qu'est-ce qui ne l'avait pas achevé ? Il s'était noyé. Noyé. L'eau s'était infiltrée à l'intérieur de lui, elle avait… Inondé ses poumons, pénétré l'intégralité de sa gorge. Elle avait tout simplement dominé sa vie.

Elle l'avait tué, plus encore que les mains qui l'avaient solidement maintenu sous la surface.

Stiles rouvrit les yeux, en sueur. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement, au rythme que lui imposait cette angoisse sourde et malicieuse, la même qui le paralysa les minutes qui suivirent. Puis, L'hyperactif se tourna, se mit en boule, tremblant. Comment était-il supposé accepter ça ? Comment ? Pourquoi ? Qu'avait-il fait ? Stiles se le demanda longuement et cessa de se prendre la tête avec ces questions des plus perfides après un temps infini passé à ruminer. Du moins, il essaya. Son but se constituait de trois temps : en prendre pour mieux se comprendreet reprendre du poil de la bête. Parce que Stiles se connaissait… Et il n'avait pas la moindre envie que cet évènement le paralyse indéfiniment. Si la vie avait décidé de lui donner une deuxième chance… Il se devait de la saisir d'autant plus qu'il avait besoin de retrouver son père. De lui dire que tout allait bien, qu'il… Qu'il était toujours là. Il le savait à l'hôpital, mal en point… Et il voulait l'aider à son échelle. Lui montrer qu'il se relevait et si ce n'était actuellement pas encore le cas… Il y travaillait. Enfin, il commençait doucement à le faire. C'était peut-être un peu tôt, mais Stiles n'en avait cure. On lui avait toujours dit qu'il n'y avait pas de solution miracle ni de temps minimal quant à la façon dont on pouvait essayer de guérir d'un traumatisme. Et Stiles ne désirait pas rester dans cet état plus longtemps que nécessaire. Il partait du principe qu'il avait vécu suffisamment de choses pour se remettre assez vite de ce qui pouvait le toucher.

Sauf qu'il ne prenait pas en compte un fait des plus évidents : il était humain. Il avait des sentiments, des émotions. Une certaine tolérance à l'horreur.

Et ses fragilités, qu'il s'efforçait de nier, de museler en espérant qu'elles disparaissent, en vain.

Stiles se redressa, posa sa main sur sa poitrine, au niveau de son cœur malmené. Il ferma les yeux à nouveau et se concentra sur sa respiration, de sorte à la régulariser, à faire en sorte que son être tout entier se calme. Quelque chose le gênait, lui donnait l'impression qu'un poids écrasait légèrement son torse, ses poumons. Stiles songea que cette angoisse sourde prenait définitivement trop de place par rapport à ce qu'il avait vécu. On l'avait tué, il s'était réveillé. Il avait survécu à la mort. Ainsi, l'humain pesta contre lui-même en se disant qu'il devait s'estimer heureux d'être en vie. Passer à autre chose devint un besoin plus pressant encore qu'il ne l'était précédemment.

Or, du temps, il lui en faudrait. Du temps pour accepter ce qui lui était arrivé, du temps pour se remettre de cette épreuve traumatisante…

… Du temps pour découvrir son second souffle.