Bon Dimanche tout le monde !
Un chapitre plus court que d'habitude cette semaine mais j'espère qu'il vous plaira !
Bonne lecture !
L'inquiétude liée à une possible intrusion sur le territoire avait vite disparu de l'esprit de King et encore plus vite de l'esprit de Katakuri.
Pour la première fois de sa vie, il négligeait ses responsabilités professionnelles et familiales pour concentrer toute son énergie sur quelque chose de beaucoup plus égoïste : sa libido. Chaque jour, chaque heure, était l'occasion pour lui de découvrir une nouvelle sensation et de nouveaux plaisirs. Et malgré sa maladresse, ou celle de King, il ne se lassait jamais de leurs tentatives. Il s'étonnait même d'être le plus demandeur des deux. Il ne s'était pas complètement débarrassé de sa timidité, loin de là, mais plus les jours passaient et plus il se maîtrisait. Il ne se cachait plus le visage pendant; il voulait observer King le plus possible et chaque seconde passée à avoir honte était une seconde gâchée qu'il aurait pu garder pour admirer une des nombreuses micro-expressions de son amant en train de s'occuper de lui.
Mais il n'avait pas encore perdu tout sens commun et il restait encore quelque chose de son calme olympien dans la brume voluptueuse qui lui avait embrouillé le cerveau. Il avait remarqué que King faisait en sorte de toujours le satisfaire quitte à se négliger lui-même. Il n'avait pas osé le lui faire remarquer — de toute façon, sur le moment il se découvrait incapable d'articuler autre chose que des cris — mais il était conscient que King le "tenait occupé" pour éviter de perdre le contrôle sur son propre corps. Il acceptait les caresses et se montrait plus attentionné que jamais mais il fuyait l'état dans lequel il s'était retrouvé lors de leur première fois. Tout comme il refusait, sciemment ou non, à Katakuri la possibilité de lui rendre la pareille. Katakuri comprenait sa peur et il en savait assez sur lui pour savoir ce qui causait cette incapacité à laisser quelqu'un d'autre prendre le contrôle sur son corps.
Pourtant, il aurait tant aimé lui montrer ce qu'il ratait. Il appréciait chacun de ses gestes, même ceux qui rataient leur objectif, et au vu de leur inexpérience ils étaient fréquents. Il se fichait bien de l'imperfection ! S'il y avait bien un domaine de sa vie auquel il voulait éviter la moindre pression, c'était bien celui-là. La nouveauté, la complicité et le plaisir inévitable qui accompagnait leurs ébats lui suffisait amplement. Il avait longtemps fantasmé à l'idée que King lui grimpe dessus, c'était chose faite. Et tout en cet homme le comblait mieux que tout ce qu'il aurait jamais pu imaginer. Pourtant…
Il ne pouvait pas ignorer la crainte qui subsistait encore dans le regard de son partenaire à chaque fois qu'il semblait un peu trop proche de l'abandon.
Il voulait lui en parler mais ne savait pas comment aborder le sujet. Il avait peur de provoquer sa colère une fois de plus et de perdre la confiance que King avait placé en lui. Il lui fallait aussi trouver le bon moment. Car après le sexe, il n'était plus tellement en état de réfléchir correctement. C'était dur de ne pas savourer le moment et de se laisser aller à manifester son affection, même pour quelqu'un d'aussi raisonné que lui. S'il avait fait l'expérience de tout cela plus tôt, il aurait sûrement eu moins de mal à appréhender ces discussions.
Parfois, il se surprenait à presque regretter de ne pas avoir saisi les occasions que ses frères avaient arrangées pour lui quand il était plus jeune. Mais très vite, il chassait cette pensée loin de lui : il n'aurait échangé son parcours pour rien au monde. King correspondait en tout point à ce qu'il avait toujours recherché. Ils étaient faits pour se rencontrer et surmonter leurs problèmes ensemble et rien ne pourrait jamais le persuader du contraire.
Ce qui ne les empêchait pas d'être dans une impasse que Katakuri était sans doute le seul à percevoir pour le moment. Et il avait besoin de conseils.
Il n'y avait qu'une seule personne à qui il pouvait s'adresser pour cela et maintenant qu'il se trouvait en face d'elle : il se sentait très gêné.
Brûlée l'avait invité chez elle, pour qu'il soit certain qu'aucune oreille indiscrète ne soit à leur portée. Elle l'avait plus ou moins fait dans le secret — Katakuri devait toujours faire profil bas — mais sa petite maison dans le monde des miroirs bénéficiait de son seul contrôle. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance pour garder ses confidences. Comme toujours.
Mais ça n'en restait pas moins extrêmement gênant.
Il était assis devant elle, les coudes sur la table, et cherchait ses mots pendant qu'elle sirotait une tasse de chocolat chaud préparée par ses soins. A son regard, il savait qu'elle avait déjà anticipé la discussion à venir et une petite lueur d'amusement brillait dans ses yeux.
— J'espérais que le jour où tu viendrais me parler de tes problèmes de couple arriverait, je suis préparée depuis des années, dit-elle à la fois pour le rassurer et l'encourager à parler.
— Et tu avais anticipé le nœud du problème aussi ? Ajouta-t-il, toujours aussi mal à l'aise.
Sa sœur avait toujours été sa grande complice mais il n'était pas sûre qu'elle soit ravie à l'idée de l'écouter s'épancher sur sa vie sexuelle.
Elle ne répondit pas tout de suite et se contenta de lui sourire en faisant tinter sa cuillère dans sa tasse, un sourire indulgent sur le visage.
— Tu es tellement embarrassé que je pense avoir deviné, oui.
Il se prit la tête dans les mains, défait. Pourquoi fallait-il qu'il soit toujours aussi transparent avec elle ?
— Nous sommes une grande famille Katakuri. Tu n'es pas le premier à qui je dispense des conseils de vie conjugale, détends-toi.
Il soupira, bêtement rassuré par cet aveu.
— Ce qui est bizarre d'ailleurs, dit-elle en riant, parce que je suis l'éternelle célibataire de la famille.
— Tes conseils doivent être très bons.
Elle fit la moue avant de boire une nouvelle gorgée. Content de savoir qu'elle ne risquait pas d'être offensée par ce qu'il avait à lui dire, il se lança, bafouillant légèrement.
— Peut-être que je me fais des idées — Brûlée roula des yeux à cette phrase — mais je sens que King a, en quelque sorte, peur de moi. On a eu une première fois assez "spectaculaire" mais depuis il ne me laisse pas m'occuper de lui comme il le fait pour moi. A chaque fois que je lui propose de faire ma part, il décline la proposition avec une explication pragmatique mais je sais qu'il n'est pas tout à fait sincère. Et je connais la raison derrière sa peur. Seulement, ce n'est pas un sujet facile à aborder.
— Pourquoi tu n'essayes pas de deviner ce qu'il va dire à l'avance pour savoir comment lui parler ?
Katakuri secoua la tête.
— J'ai déjà essayé et c'était une très mauvaise idée. Je ne veux plus lui faire ça.
Brûlée fit cliqueter ses ongles sur sa tasse en porcelaine, plongée dans sa réflexion.
— Je suppose que tu ne vas pas me dire pourquoi il a peur.
— Non. C'est trop personnel.
— Est-ce que tu es sûr que c'est de la peur au moins ? Parce que je suis navrée d'avoir à te le dire mais peut-être que tu es très un mauvais coup et qu'il n'ose pas te le dire parce qu'il ne veut pas te blesser.
Pas vexé le moins du monde, Katakuri se mit à rire. C'est vrai qu'ils étaient loin d'être doués, l'un comme l'autre. D'ailleurs, Katakuri s'en voulait toujours de ce qui s'était passé la première fois : dans la rage du moment, King s'était fait mal. Assez mal pour pousser des grognements de douleur à chaque fois qu'il devait s'asseoir. Et Katakuri n'était pas mieux loti, il lui avait fallu plusieurs jour pour arrêter de rougir comme une jouvencelle à chaque fois qu'il enlevait ses vêtements et de jouir en moins de cinq minutes.
— On est aussi mauvais l'un que l'autre, lui affirma-t-il avec un sourire. Et ce n'est pas grave, ce n'est pas un problème ça. Au contraire, je suis content de faire une nouvelle découverte tous les jours, même si ça rate. Il faut savoir tomber avant de savoir marcher comme on dit.
Il faisait bien attention à rester flou dans ses descriptions car il refusait de mettre des images nettes dans la tête de Brûlée. Le détail de ses expérimentations sexuelles ne regardaient que lui.
— Mais je sais qu'il refuse de se laisser aller. Peut-être qu'il n'en est pas conscient. Il y a une part de lui que je n'arrive pas à atteindre. La partie Lunaria, sans doute, ajouta-t-il, soudain soulagé d'avoir mis le doigt sur ce qui lui échappait depuis qu'il avait commencé à réfléchir à tout ça.
Brûlée l'invita à développer en haussant un sourcil surpris.
— Ça n'a pas d'importance que ce soit un lunaria, si ?
— Pour moi non. Pour lui oui.
C'était même essentiel. Katakuri n'avait pas parlé de ce qui avait "déclenché" leur première fois non plus, mais c'était lié. Katakuri ne savait rien des années que King avait passé en tant que cobaye, il ne pouvait que l'imaginer, mais tout ça lui était revenu en pleine face d'un seul coup. Ça ne pouvait pas ne pas avoir d'impact sur son intimité. Car il n'avait pas été un cobaye ordinaire ; il avait été le sujet "lunaria". Son corps avait subi cette fascination malsaine et une dissection destiné à percer des secrets et des capacités inaccessibles aux seuls humains. Secrets qu'il protégeait encore aujourd'hui, du mieux qu'il pouvait.
Si Katakuri voyait en lui son compagnon avant de voir le lunaria, King lui ne pouvait pas se défaire de cette identité. Elle influençait chacun de ses gestes et de ses choix. Sa façon de fuir le lâcher prise, c'était peut-être un moyen pour lui de protéger cette identité d'une nouvelle blessure qu'il pourrait ne pas supporter.
— Tu crois qu'il a peur que tu le traites comme une bête de foire ? Demanda Brûlée, qui ne comprenait pas trop ce qui préoccupait tant Katakuri puisqu'elle n'avait pas toutes les clés en main.
— Non. Il a peur que je m'approprie son corps.
Ils gardèrent le silence tous les deux. Brûlée avait saisi.
— Effectivement, c'est un sujet difficile à aborder.
— Je pourrais passer une journée entière à le rassurer, je ne suis pas sûr qu'il me croirait.
— Dans ce cas, donne lui le temps et ne change rien. Il faut que ça vienne de lui.
Il releva les yeux sur elle. Cette réponse ne le satisfaisait pas.
— Tu es sûre ?
— Je ne sais pas ce que tu as choisi de taire mais si ton hypothèse est qu'il fuit certaines pratiques pour se préserver, laisse le faire.
Katakuri réfléchit encore quelques instants. Il avait l'impression de choisir le déni et la fuite plutôt que de confronter le problème.
— Ce serait très égoïste de ma part de me contenter de profiter.
— Pas forcément, si ça l'aide à être en confiance. Pourquoi, ça te ne plaît pas qu'il prenne les devants ?
— Ah si ! s'exclama-t-il, un peu plus fort que ce qu'il avait prévu, en repensant à la spontanéité dont King avait souvent fait preuve au lit. Beaucoup. Je préfère d'ailleurs…
— Et bah alors ? De quoi tu te plains, andouille !
Dis comme ça, il avait en effet le sentiment de râler pour rien.
— Et lui, est-ce qu'il t'a dit que vos rapports le mettaient mal à l'aise ?
— Non, pas du tout !
— Alors c'est toi qui en fait toute une montagne. Parce que je ne le connais pas aussi bien que toi ou Pudding, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit du genre à se priver de se plaindre quand quelque chose ne lui convient pas.
Sur ce point là, il ne pouvait pas lui donner tort non plus. C'était bien pour ça qu'il était venu la voir : pour avoir une vision moins biaisée des choses.
— Je le laisse se gérer tout seul alors, je ne m'en mêle pas, répéta-t-il pour savoir s'il avait bien compris son conseil.
— Voilà. Continue de faire ce que tu fais, au bout d'un moment quand il n'aura plus envie de décliner tes propositions, il te le dira.
Il opina du chef.
— Bien, annonça Brûlée d'une voix guillerette. Maintenant que je t'ai bien conseillé, j'aurais besoin que tu me rendes un petit service !
Il sourit. Il aurait été déçue qu'elle ne lui demande pas quelque chose en retour pour lui rendre la pareille.
— Je t'écoute ?
— Je dois aller sur Cacao Island aujourd'hui, pour rendre visite à Pudding. Son restaurant à rouvert. Elle m'a invitée pour fêter ça et je pense qu'elle ne s'attendra pas à ta visite. Ce serait une bonne surprise et ça lui fera plaisir.
— Tu penses que je peux sortir de Komugi ?
— C'est pour ça que je dis que c'est un service. Si quelqu'un te demande, j'avais besoin de toi comme garde du corps.
Ils pouffèrent de rire tous les deux et Katakuri accepta la proposition avec joie.
/
Comme Brûlée l'avait prédit, malgré son blocage, King était plutôt satisfait de sa vie telle qu'elle l'était en ce moment.
Il profitait de l'après-midi ensoleillé — enfin, après des semaines de pluie incessante — pour lézarder au soleil au bord de la mer. Il ne se rappelait plus de la dernière fois où il avait pu profiter de quelque chose d'aussi simple qu'un bain de soleil. Il ne savait pas s'il aurait été capable de se montrer aussi imprudent ailleurs que sur cette île. Il ne se sentait jamais en danger ici.
Mais alors qu'il contemplait le ciel bleu, il se demandait s'il n'avait pas envie de profiter de ce nouvel état d'esprit. Personne ne savait mieux que lui à quel point il ne connaissait rien du monde. Komugi avait tout d'un sanctuaire mais voilà qu'il se prenait à vouloir voyager. Il avait passé trente ans sur Onigashima et n'avait quitté Wano que ponctuellement, pour certaines missions et sans jamais s'attarder pour rentrer auprès de Kaido. Là où il se sentait en sécurité.
Il avait vécu persuadé de l'hostilité du monde à son égard — et il avait raison — mais il n'avait rien gagné à se cacher dans l'ombre d'un empereur. Même à l'abri d'une des plus puissantes armées du monde, dans un pays fermé et en position de pouvoir : il n'avait rien vécu. Et ce camouflage n'avait servi à rien ; le reste du monde n'avait pas eu besoin de sa présence pour souiller l'héritage des lunarias. Son isolement l'avait fait souffrir plus qu'il l'avait protégé.
Alors qu'il laissait vagabonder ses pensées, son souffle devenait de plus en plus profond. Encore quelques minutes comme ça et il finirait par s'endormir dans l'herbe.
Il n'était même pas gêné par les petits animaux qui profitaient de son immobilité pour lui grimper dessus. Ils s'étaient habitué à sa présence comme à celle de Katakuri et ils ne le craignaient plus. Il tolérait même les chats qui jouaient avec ses plumes.
Un petit sourire flotta sur ses lèvres alors qu'il fermait les yeux pour une sieste bien méritée. Il était très heureux de se sentir assez à l'aise pour relâcher sa vigilance à ce point. Il aurait dû s'accorder le droit de paresser dans la nature bien plus tôt.
Tout à coup, un bref courant d'air glacial le fit frissonner — le bruissement soudain de ses plumes fit bondir deux chats loin de lui — il rouvrit un œil.
Il ne voyait pas d'explication logique à ce phénomène inattendu. Il se redressa péniblement — il avait sous-estimé le nombre d'animaux qui pouvaient tenir sur sa poitrine lorsqu'il restait allongé — et balaya les environs du regard. Il se sentait peut-être en paix mais pas au point d'abandonner ses vieux réflexes. Et son instinct lui soufflait qu'une menace était proche. Peut-être un nouvel incident météorologique ? Ça ne s'arrêtait plus ces derniers temps.
Il se transforma aussitôt et décolla d'un bond pour survoler la zone.
Il contempla la mer de ses yeux perçants mais ne vit rien qui puisse l'inquiéter. L'horizon était clair et calme, pas un seul bateau en vue, ni même un nuage inquiétant. Aucun monstre marin non plus. En quelques battement d'ailes il fit le tour de Komugi pour s'assurer qu'il n'y avait rien d'anormal. Et tout portait à croire qu'il avait surréagi à un frisson inopiné. Pourtant, il savait au fond de lui qu'il avait raison d'être sur ses gardes. Comme la plupart des zoans, il était plus sensible à des signaux que les autres porteurs de pouvoir ne pouvaient pas percevoir. Il se dirigea vers le port de l'île, prêt à se renseigner sur les dernières nouvelles.
Soudain, son escargophone sonna dans sa poche.
/
Brûlée et Katakuri parlaient de tout et de rien alors qu'elle le conduisait jusqu'au grand miroir de Chocolate Town pour rejoindre Pudding sur place.
Katakuri était content d'apprendre que le reste de la famille se portait bien et que, malgré son absence, ses frères et sœurs parvenaient à s'entendre un minimum pour que Totto Land tienne debout. Il était partagé entre la déception de les avoir rendu si méfiants à son égard et la satisfaction de ne plus avoir autant de pression sur les épaules. D'après ce que sa sœur lui disait, il comprenait qu'il finirait par obtenir leur pardon. Il ne savait pas s'il devait y croire et il ne savait pas non plus s'il désirait revenir dans la course pour endosser le rôle de capitaine ; car le poste était toujours vacant.
Brûlée s'arrêta enfin devant le miroir, sans cesser de papoter avec enthousiasme alors qu'elle l'animait pour ouvrir le passage. Quand Katakuri la vit avoir un mouvement de recul qui la fit taire immédiatement, il se mit sur ses gardes. Le moindre problème lié au monde des miroirs était à prendre au sérieux et Katakuri n'avait pas oublié l'avertissement de Oven.
— Qu'y a-t-il ?
Brûlée fronça les sourcils en observant le miroir face à elle.
— C'est étrange, dit-elle pour elle-même. On dirait qu'il y a du givre sur le verre.
Elle posa sa main sur la surface polie et la retira immédiatement, choquée par le contact glacé.
— C'est du givre ! Comment est-ce que…
— Recule, lui ordonna Katakuri en s'approchant du miroir et poussant sa sœur derrière son dos.
Il contempla le miroir et, comme prévu, il ne vit rien d'autre qu'un voile blanc et opaque qui lui cachait la vue de ce qui se trouvait de l'autre côté. A son tour, il posa sa main à plat sur le verre et en constata la froideur. Puisque le ciel était clair ce jour-là, cette anomalie avait de quoi mettre en alerte les sens de Katakuri.
— Peut-on le traverser ? Demanda-t-il à Brûlée d'une voix sérieuse qu'il n'avait plus pris depuis longtemps.
— Il risque de se briser. Mais je peux essayer.
Elle utilisa son pouvoir pour ouvrir le passage mais, comme elle l'avait prédit, le miroir éclata en morceaux. Le frère et la sœur échangèrent un regard inquiet. Katakuri ne se laissa pas intimider.
— Trouves en un qui se trouve dans une maison et qui pourrait échapper au givre, dit-il précipitamment.
Brûlée obéit et dénicha un miroir assez grand dans un des bâtiments administratif de la ville. De l'autre côté de la vitre, tout était sombre à l'intérieur. Il ne semblait plus y avoir de lumière ou de vie. Pas même un homie paniqué pour les aider à comprendre ce qu'il se passait. Ils n'eurent pas besoin de communiquer pour que Brûlée fasse passer Katakuri de l'autre côté du miroir.
Le froid glacial le surprit quand il franchit le seuil et posa le pied sur le sol. Une température pareille n'avait pas de sens en une journée aussi ensoleillée que celle-ci. Un nuage de vapeur s'échappa de sa bouche, comme s'il avait soudain mis les pieds en plein hiver. Un silence de mort régnait tout autour de lui. Son calme de champion lui revint sans attendre et il ignora la morsure du froid sur sa peau nue pour se concentrer sur les alentours. La menace était peut-être encore là.
A sa suite, Brûlée fit mine de l'accompagner mais il l'arrêta d'un geste ferme. Elle devait à tout prix rester à l'écart de tout danger.
— Reste cachée, murmura t-il. Attends que je t'appelle.
Elle acquiesça sans cacher sa mine paniquée. Elle rompit le contact entre lui et le miroir. Katakuri se retrouva seul. Il s'avança doucement dans le bâtiment, prenant garde à ne pas glisser — la pièce tout entière était glaciale et une fine pellicule de verglas recouvrait le sol. Un rapide coup d'œil à son environnement lui fit comprendre la gravité de la situation. Les gens qui se trouvaient là, ainsi que les homies, avaient été pétrifiés et transformés en statues de glace. Et ceux qui avaient eu la chance d'échapper à un sort aussi terrible, étaient inconscients à cause de l'hypothermie.
Katakuri ressentit une immense colère. Contre le responsable de ce carnage et contre lui-même. Comment une chose pareille avait pu se produire sous son nez ? Comment avaient-ils tous pu échouer encore une fois à protéger leur territoire ?
Quand il posa le pied hors de la maison, le spectacle qui s'offrit à lui lui glaça le sang.
Tout le paysage autour de lui, absolument tout, était prisonnier sous la glace. La ville autrefois chaleureuse de Chocolate Town s'était transformé en ville morte. Il n'y avait plus un seul son, plus un seul mouvement autour de lui. Les silhouettes congelées qui se trouvaient sous ses yeux n'avaient même pas l'air de s'inquiéter de leur sort. Les gens étaient figés en des positions quotidiennes, parfaitement inconscients de ce qui leur était arrivé. Il ne savait pas s'il allait être possible de leur sauver la vie.
Mais ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus pour le moment. Il savait qu'il n'y avait qu'une seule personne au monde à pouvoir faire une chose pareille ; l'ex amiral de la Marine Aokiji. Et c'était là un adversaire bien redoutable, même pour Katakuri. Il se remémora tout ce qu'il savait sur cet homme, prêt à lui faire face d'une seconde à l'autre. Et plus il y pensait, moins ce qu'il avait sous les yeux n'avait de sens.
Aokiji avait quitté la Marine. Il n'avait aucune raison de s'en prendre de façon aussi fourbe et inattendue à Totto Land. La rumeur disait qu'il avait rejoint l'équipage de Barbe Noire mais là encore, Katakuri ne comprenait pas la manœuvre. Il était maintenant certain que c'était lui, l'intrus qui avait été repéré il y a quelques jours. Mais dans quel but ? Pourquoi seul ? Pour les ponéglyphes ? Dans ce cas pourquoi viser Chocolate Town ? Une cible insignifiante alors que Whole Cake Island était au plus mal et pourtant si facile à atteindre ? Et si c'était pour détourner leur attention d'une autre cible plus importante, il aurait annoncé sa diversion. Geler la ville toute entière ressemblait à une volonté de silencier pour gagner du temps. Finalement, Katakuri n'était pas sûr que l'ex Amiral soit encore sur place.
Avant de poursuivre son investigation, il se précipita sur son escargophone. Il ne voulait surtout pas impliquer Brûlée dans ce qu'il se passait. Pas pour le moment, elle était en sécurité dans sa dimension et elle devait y rester. Aucun ennemi ne devait jamais plus pouvoir l'atteindre. Il privilégia un autre atout.
King décrocha immédiatement et Katakuri devina à sa voix qu'il avait comprit que quelque chose se tramait. Peut-être même planait il au-dessus de l'île en ce moment.
— Où es-tu ? Demanda Katakuri, incapable de cacher son agitation.
— Au port, j'ai un mauvais pressentiment. Est-ce que tu m'appelles pour me le confirmer ?
— Écoute moi : vole jusqu'à Whole Cake Island et préviens mes sœurs. Aokiji est à Totto Land. Qu'elles déploient toutes les flottes et envoient Smoothie surveiller les frontières. Demande a Oven de contacter Brûlée et de me rejoindre tout de suite sur Cacao Island, toute l'île est piégée dans la glace. Je ne sais pas si l'ennemi est toujours sur place mais je me tiens prêt à l'affronter.
— Tout de suite, dit-il sans poser la moindre question.
Il raccrocha et Katakuri se sentit un peu soulagé. Il savait qu'il pouvait compter sur lui pour mener sa mission à bien et avec de la chance, les Charlotte pourraient retourner la situation à leur avantage.
Katakuri continua d'inspecter les "décombres" sans trouver le coupable où que ce soit. Plus il parcourait les rues plus il avait la conviction qu'il était arrivé trop tard et qu'Aokiji s'était échappé. Il contempla les restes de ce qui avait été une charmante petite ville, toujours paisible et sans grandes défenses militaire.
— Pourquoi ? Murmura-t-il pour lui-même.
Il devait réfléchir aux intérêts de Barbe Noire pour comprendre les actions de l'ennemi. L'empereur était une énigme pour beaucoup et ses actions restaient floues pour les pirates du Nouveau Monde. Il n'avait jamais vraiment cherché les alliances, préférant employer directement certaines personnes pour son compte, et se contentait de mener des raids éclairs et efficaces. Aux dernières nouvelles, son principal objectif était de récupérer des fruits du démon puissants pour les offrir à ses compagnons. Il s'en était même pris à Boa Hancock en personne. Il se félicita d'avoir ordonné à Brûlée de ne pas se montrer, peut-être aurait elle fait une proie de choix pour l'intrus.
Ce souvenir fit comprendre à Katakuri ce qui lui avait échappé : c'était sûrement ça. Aokiji était venu pour chasser un détenteur de pouvoir ! Et un pouvoir en particulier, d'où son attaque fulgurante. Une fois la cible acquise, il avait disparu en ne laissant que le silence derrière lui.
Le rythme cardiaque de Katakuri s'accéléra soudain sous l'effet de la panique. Il y avait ici un pouvoir unique en son genre sur lequel Barbe Noire pouvait avoir des vues…
— Pudding…
Il se mit à courir, droit sur le restaurant de sa petite sœur, qui avait regagné son foyer depuis seulement quelques jours.
— Pudding !
/
Quand King débarqua par surprise parmi les sœurs de Katakuri, il ne leur laissa pas le temps de s'étonner ou de s'offenser de sa présence. Il délivra immédiatement le message de leur frère avec clarté.
Comme tout le monde était sur le qui vive depuis l'avertissement de Oven, tout se mit en marche très vite. King lui, se trouvait très énervé de ne pas avoir pu trouver l'intrus avant cela. Aokiji ? Comment un monstre pareil avait-il pu passer inaperçu ? Sans Katakuri pour mener la barque, cet équipage était une blague !
Néanmoins, il garda cette réflexion pour lui et s'en alla trouver Oven. L'agaçant jumeau ne se fit pas prier pour rejoindre son frère sur Cacao Island. Brûlée était en un seul morceau et King comprit que Katakuri l'avait tenue à l'écart en la voyant se décomposer devant le récit que lui fit Oven. Elle le laissa passer à travers le miroir et tous les deux laissèrent King seul.
Il ne resta pas immobile pour autant et s'envola à nouveau dans le ciel de Totto Land. De là où il était, il voyait les navires se déployer et tout le pays préparer le branle bas de combat pour faire face à l'ennemi. Toutes les forces de Totto Land réunies pourraient certainement avoir raison de Aokiji mais son instinct continuait de lui souffler que quelque chose clochait dans tout ça. Il avait eu raison de penser que la menace réelle viendrait des autres empereurs plutôt que de la Marine et que l'un d'entre eux finirait par s'en prendre à l'héritage de Big Mom. Barbe Noire avait envoyé un de ses lieutenants les plus puissants parce qu'il s'attendait à rencontrer une forte résistance. Katakuri devait s'attendre à faire face à un adversaire redoutable. King ne pouvait pas le laisser faire ça seul. C'était à lui qu'allait son allégeance à présent.
Quoi de mieux qu'un lunaria pour lutter contre un ennemi de glace.
Il fonça à pleine vitesse jusqu'à Cacao Island et réalisa l'ampleur des dégâts en planant au-dessus de l'île. Elle ressemblait à un énorme iceberg et l'atmosphère toute entière était devenue glaciale. Tout ce qui se trouvait sur cette île devait être mort à présent. Ou presque. King aperçut une colonne de vapeur qui s'élevait de la ville de Chocolat Town et devina que Oven utilisait son pouvoir pour sauver ce qui pouvait l'être. Il n'était pas sûr qu'Aokiji soit encore là mais il plongea et slaloma entre les bâtiments jusqu'à retrouver Katakuri. Aucun bruit de bataille ne lui parvenait, il n'avait donc aucune raison de s'inquiéter, mais il ne serait rassuré que quand il aurait posé les yeux sur lui. L'idée de le trouver figé en statue de glace était insoutenable.
Heureusement, très vite, il le vit. Et il lui tournait le dos mais il était bien vivant et indemne. Il n'avait pas croisé le responsable de ce désert glacé et c'était tant mieux. Si jamais il était encore dans les parages, il ne serait pas de taille à les affronter tous les deux. Il en était convaincu. Il se posa lourdement derrière lui et reprit une forme humaine. Katakuri ne se retourna pas pour lui faire face et King sut aussitôt que quelque chose n'allait pas.
— Qu'est-ce qu'il cherchait ? Demanda-t-il alors, en s'approchant à pas précipité.
Katakuri ne répondit pas et laissa King le rejoindre pour constater le désastre de lui-même. Il se tenait devant ce qui avait été le restaurant de Pudding. Fraîchement rouvert et maintenant fraîchement enfermé dans un bloc de glace qui ne cachait pas les dégâts qu'il avait subi.
Pudding, qui avait été la cible de cette attaque, avait essayé de se défendre. Ses deux homies favoris, eux aussi transformés en statues, témoignaient de ce qui avait pu se passer. Dans l'indifférence générale. Pendant que King somnolait au soleil.
— Pudding a disparu. Et son kidnappeur aussi, annonça Katakuri avec évidence. C'était elle qu'il cherchait.
King ne dit rien et serra le poing. En proie à une rage soudaine qui se manifesta par l'augmentation de la température tout autour d'eux. Katakuri n'avait pas besoin de lui expliquer ce qu'il avait compris. King savait pourquoi Barbe Noire la cherchait. Lui plus que quiconque le savait.
— J'aurais dû lui dire de rester sur Komugi, se désola-t-il.
— Et moi j'aurais dû y penser, grogna King entre ses dents. Ce n'était qu'une question de temps avant que ça arrive.
Katakuri lui jeta un coup d'œil.
— Les Trois Yeux ne courent pas les rues, dit-il pour seule explication.
King ne savait pas grand chose des capacités de Pudding mais il était certain que ses ravisseurs risquaient de la traiter avec la même cruauté que les scientifiques de Punk Hazard l'avait traité lui si elle n'était pas en mesure de leur donner ce qu'ils attendaient de son troisième œil.
— Barbe Noire vient de nous déclarer la guerre, annonça Katakuri. Et je le prends personnellement.
Il fit demi-tour et passa devant King sans le voir. Si son ton paraissait calme, son visage exprimait une rage et une haine incommensurable. King lui emboîta le pas sans dire un mot, curieux de savoir ce qu'il allait faire.
Il rejoignit Oven, toujours occupé à décongeler les environs — King proposa de lui prêter main forte mais il semblait maîtriser la situation. Katakuri se dirigea vers le miroir et appela Brûlée. La pauvre apparue, en larmes.
— Emmène moi sur Whole Cake Island, il faut que je parle aux autres tout de suite.
Brûlée tendit la main pour saisir la sienne. King se précipita à sa poursuite.
— Laisse moi venir, ordonna-t-il.
Katakuri lui jeta un rapide coup d'œil et, d'un signe de tête, approuva sa venue.
Quelques minutes plus tard, tous les deux se retrouvaient prêts à affronter les sœurs de Katakuri, qui étaient à la tête du pays depuis son éviction.
Finalement je me suis raccrochée au canon du manga avec l'enlèvement de Pudding. (Même si ici c'est un petit peu différent.) J'avais ça en tête depuis le début de l'histoire, ça fait bizarre d'avoir atteint cet objectif là.
Je sais que ça sonne bizarre alors que la fic est presque terminée mais forcément, cet enlèvement va amorcer quelque chose !
On verra ce que ça donne dans deux semaines...
