Bonjour, bonsoir,

Voici un chapitre assez long du point de vue de notre cher Drago !

Lentement mais sûrement l'histoire prend sa place.

Enjoy,

Likocham.


Malefoy

Drago rangeait son livre de métamorphose dans son sac quand il fut interpellé :

— Monsieur Malefoy, pouvez-vous rester un instant ?

Il releva la tête vers McGonagall et acquiesça. Ça ne sentait pas bon pour lui.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis la rentrée. Deux semaines où Drago n'avait pas cessé ses recherches dans la bibliothèque de Poudlard. Il avait plus de temps libre que lors de l'été mais force était de constater que sa détermination ne le menait nulle part. Il était certain que la malédiction dont il était frappé relevait de la magie noire, or le sujet n'était pas abordé dans les rayons tous publics. Non, ce qu'il lui fallait c'était accéder à la Réserve, une partie de la bibliothèque scellée où peu d'élèves étaient autorisés à se servir.

Et pour obtenir cette autorisation, il fallait qu'un professeur la lui donne.

— Il m'a été rapporté par plusieurs de mes collègues que vous tentiez d'accéder à la réserve, puis-je savoir pourquoi vous y tenez tant ?

Drago et la directrice étaient seuls dans la classe à présent. Il serra la lanière de son sac un peu plus fort. Son plan était tombé à l'eau plus vite qu'il n'aurait cru car si McGonagall s'en mêlait alors il n'avait plus aucune chance.

Pourtant, il avait vraiment essayé. Armé de son air le plus innocent, il était d'abord allé se présenter devant Horace Slughorn, le directeur de la maison Serpentard. Mais le vieil homme s'était de suite mis sur la défensive. Il avait même littéralement pris la fuite lorsque Drago avait insisté.

Un échec qui ne l'avait pas arrêté car il s'était ensuite tourné vers le professeur Binns, le fantôme du cours d'histoire de la magie. Il avait toujours eu de bonnes notes avec lui et espérait que cela fasse pencher la balance de son côté. Hélas, le professeur Binns s'était lancé dans un monologue sur l'histoire de la bibliothèque de Poudlard et ce fut au tour de Drago de fuir.

Si les enseignants qui étaient censés l'apprécier n'étaient pas capables de lui donner cette autorisation, il devait tenter autre chose. Alors il était allé voir quelqu'un qui ne le connaissait pas : Sarafine Solar, la nouvelle professeure de défense contre les forces de mal. Mais son refus avait été sec, catégorique. Drago en avait déduit qu'elle le connaissait finalement, mais à travers les articles de journal.

Et maintenant il se retrouvait à devoir se justifier devant la directrice de l'école.

— Je veux juste faire des recherches.

— À quel sujet ?

— Pour mes devoirs, improvisa-il en haussant les épaules.

La vieille McGo prit une grande inspiration, croisant les doigts devant elle.

— Monsieur Malefoy, dois-je vous rappeler que vous êtes dans une situation délicate avec le ministère de la justice magique ? Vos devoirs se passeront très bien des informations se trouvant dans la Réserve. Alors, que je ne vous surprenne plus à roder aux alentours, ou je serais contrainte d'en informer le magenmagot, est ce clair ?

La mâchoire serrée, Drago répondit :

— Très clair.

Il quitta la classe en ruminant. Ses tentatives d'obtenir légalement l'accès à la réserve étaient terminées. Il pensa de nouveau à s'y glisser en douce mais s'il se faisait prendre, il ferait un aller simple pour Azkaban. De même s'il forçait un autre élève à y aller à sa place grâce au sortilège de l'Imperium.

Il retourna le problème dans sa tête tout le reste de la journée quand il dut se résigner à cette solution : sa dernière chance était qu'un élève lui apporte volontairement les ouvrages dont il avait besoin.

Il passa le reste de la semaine à en chercher un. Malheureusement, la liste de ses camarades autorisés à pénétrer dans la réserve était affreusement courte. Aucun des Serpentards, pour commencer, ni aucun des élèves de moins de dix-sept ans. Puis, il se rendit compte que les élèves ayant obtenu une autorisation n'avaient en réalité le droit qu'à un seul livre à un moment donné. Après trois mois de recherches infructueuses, cette constatation le plongea presque dans le désespoir. La fatigue, les nuits de souffrance accumulées le rendaient irritable, proche de la rupture. Alors, quand il faillit percuter une sorcière au couleur de Gryffondor au détour d'une rangée d'étagère, les mots lui échappèrent :

— Maudite sang-de-...

Il se retint de finir sa phrase de justesse. La sorcière en question, qui lui offrit une grimace de dégoût, venait de sortir de la réserve. Une petite étincelle d'espoir se ralluma dans la poitrine du Serpentard.

Hermione Granger se rendit deux fois de plus dans la zone au cours de la semaine suivante. En tant que sauveuse du monde sorcier, avait-elle une dérogation spéciale ? Si elle était son seul espoir, alors Drago ne donnait pas cher de sa peau. Mais, comme le lui avait rappelé sa mère dans une de ses lettres, qui ne tente rien, n'a rien.

Il s'approcha d'elle, un soir, après les cours. Elle était penché sur un livre, suçotant le bout d'une plume d'un air concentré. Par moment, elle griffonnait des mots sur un parchemin placé à proximité.

— Quoi de neuf, Granger ?

La jeune sorcière sursauta avant de le regarder d'un air mauvais.

— Dégage Malefoy !

— Ce n'est pas très gentil, ça. Tes moldus de parents ne t'ont pas appris la politesse ?

— Rah ! Ferme-la !

Elle se leva soudainement, rassembla ses affaires d'un coup de baguette et déguerpit plus vite qu'un Niffleur avec un tas d'or.

C'était un échec cuisant. Et en même temps, ça aurait été un miracle qu'elle daigne l'écouter. Drago allait devoir l'amadouer s'il espérait obtenir quelque chose d'elle.

Il passa alors les jours suivants à l'observer. Elle était devenue sa proie. Il devait la connaître, elle et ses habitudes. Il devait se fondre dans son environnement, sans être invisible pour autant. Ainsi, le jour où il passera à l'attaque, elle ne trouvera pas sa présence inhabituelle. Il devait réussir à faire partie du décor et à être le centre du tableau.

Drago était attablé à la table dédiée aux Serpentard, touillant mollement son thé quand Granger entra dans la Grande Salle. Aussitôt, il redressa la tête. La journée pouvait commencer.

Hermione Granger avait, comme la plupart des gens, une routine. Ainsi, elle fut la première de son groupe d'amis à prendre son petit déjeuner. Un livre dans une main, elle sirota un jus de citrouille de l'autre. Puis, Potter arriva, suivi de sa copine rousse, Weasley fille. Drago reconnut ensuite Loufoca, ou plutôt Luna Lovegood, qui avait fait un court séjour dans la cave de son manoir. Elle salua les Gryffondor avant de rejoindre la table des Serdaigle. Et enfin, vint s'asseoir ce nigaud de Neville Londubat.

Bon d'accord, il ne pouvait plus dire de lui que c'était un nigaud: ce gars avait tout de même tranché la tête de Nagini devant le Seigneur des Ténèbres en personne. Et il était désormais bâti comme une armoire à glace. Ça forçait le respect.

Accompagné de Blaise Zabini et de Théodore Nott, Drago suivit Granger quand elle se leva pour se rendre en cours. Au bout de quelques minutes à marcher dans les couloirs, il se rendit compte que Théo le regardait de travers.

— Quoi ?

— Tu regardais encore Granger.

Et paf ! Les pieds dans le plat. C'était tout à fait le style du sorcier. Avec Blaise, il se rapprochait le plus de ce que Drago considérait comme des amis. Ils avaient grandi ensemble, leurs familles partageaient les mêmes idéologies et avaient combattu côte à côte pendant la guerre. Ils avaient aussi perdu ensemble.

Et puis ils étaient intelligents, ils pouvaient réfléchir par eux-même, à la différence de Crabbe et Goyle avec qui Drago avait passé une majorité de sa scolarité. Ainsi, leurs conversations étaient toujours intéressantes et constructives.

— Ouais, et ? rétorqua le blond.

— Et rien. C'est un constat.

— Ok.

Pour cette fois, avouons-le, ils pouvaient repasser sur les arguments élaborés.

Car même si Drago les qualifiait d'amis, il ne pouvait se résoudre à leur confier ses secrets. Leur parler de son plan avec Granger, c'était leur parler de la malédiction dont il était frappé et c'était bien trop risqué. Drago était du genre méfiant, ou du moins il l'était devenu depuis que sa maison s'était transformée en quartier général de mangemorts. Il avait alors appris que pour qu'un secret en reste un, personne ne devait le connaître.

Heureusement pour lui et leur pseudo amitié, Blaise et Théo ne cherchaient pas à lui tirer les vers du nez.

Le reste du trajet se fit en silence. Ils essuyèrent quelques regards mauvais de la part de leurs camarades qui ne leur firent ni chaud ni froid et arrivèrent devant la salle de DCFM au moment où les Gryffondors rentraient. Les septième année de Serpentard et de Gryffondor comptaient à eux deux réunis le nombre d'élèves d'une seule classe de Serdaigle ou de Poufsouffle. Ils faisaient donc une majorité de leur cours ensemble. Défense contre les forces du mal donc, ainsi que potions, métamorphoses ou encore botanique. Drago ne félicitait pas celui qui avait eu cette brillante idée. La cohabitation n'était pas des plus facile. Franchement, qui aimerait se taper ces insupportables Bouffordor à longueur de journée ?

Au moins, cela lui permettait de rester proche de Granger, une raison de relativiser.

La professeur Solar les accueillit avec un sourire à peine aimable. Quant à Drago, il ne se gêna pas pour juger du regard son affreuse robe effilochée en passant devant elle.

Le jeune sorcier et ses amis se placèrent deux rangées derrière Granger et Potter qui étaient au premier rang. Certainement au grand désespoir de Potty, d'ailleurs. L'amitié peut faire faire des choses stupides aux gens, pensa Drago avec un rictus de mépris.

Le cours débuta. Ironiquement, Drago connaissait le thème par cœur. Solar posa une question et bien sûr, Miss-je-sais-tout leva immédiatement la main, bondissant sur sa chaise comme si elle était sur ressort.

Voyant que personne d'autre ne se dévouait, la professeure se tourna vers sa nouvelle élève préférée.

— Oui, Miss Granger ?

— Une malédiction est une forme très noire de la magie. Elle agit comme un malheur inéluctable imposé par un sortilège ou une incantation. Il est très difficile de s'en défaire.

— Très bien, cinq points pour Gryffondor.

Cette fille était un dictionnaire ambulant, imbuvable. Malgré ces jours à l'observer, Drago n'arrivait pas à apprécier la jeune sorcière. À vrai dire, il trouvait chacune de ses actions exaspérantes. La manière frénétique dont elle notait chaque parole des professeurs, même les exemples les plus insignifiants. Sa façon de mordiller sa plume quand elle était concentrée, la rendant ébouriffée et mouillée. Sa tendance à sautiller en marchant quand elle était pressée. Mais Drago allait devoir prendre sur lui, il allait devoir faire semblant. Et il était déterminé à passer à l'action aujourd'hui-même. Il en allait de sa santé mentale, car la situation actuelle allait le rendre complètement fou.

L'après-midi, Granger et lui avaient cours d'arithmancie aux pratiques avancées. C'était le seul cours où leurs amis respectifs n'étaient pas là. Et le moment idéal pour un rapprochement subtile.

Drago s'installa au premier rang. Quand Granger arriva, trente secondes après lui, il la vit hésiter. Soit elle se plaçait à ses côtés, soit elle abandonnait le premier rang et se trouvait une place au fond. Son combat mental ne fut pas long : en bonne première de la classe, Granger balança son sac à côté du Serpentard. Elle laissa tout de même un siège d'écart entre eux. Drago ne put retenir un petit sourire satisfait et détourna la tête pour ne pas qu'elle le voit.

Le professeur d'arithmancie entra et rédigea au tableau une dizaine de formules plus complexes les unes que les autres. Drago se concentra donc sur les chiffres et en oublia presque sa voisine.

C'est quand Granger s'étala un peu trop sur sa table et fit tomber un petit tas de parchemin que le Serpentard se saisit de l'opportunité. Il ramassa les feuilles qui avaient plané jusqu'à sa propre chaise. Il eut à peine le temps d'entrevoir quelques morceaux de phrases tel que « mon cher Ron » ou encore « Poudlard sans toi... » et quelques cœurs dessinés par-ci par-là, que Granger les lui arracha des mains.

— Merci, siffla-t-elle.

Drago la regarda dans les yeux, impassible. Il garda un ton neutre quand il lui répondit :

— Avec plaisir.

Bon sang ! Cet air choqué sur son visage valait tout l'or du monde. Elle se racla la gorge, embarrassée. Drago la fixait toujours, et il voyait qu'elle ne savait plus où se mettre. Elle se racla la gorge à nouveau.

— Hm... Merci, dit-elle cette fois plus doucement.

Et elle se détourna pour retourner à son cours, les joues rouges.

Si elle était aussi impressionnable, la convaincre serait un jeu d'enfant. Drago se réjouit intérieurement. Dans quelques semaines, il serait libre ! Puis il repensa à la lettre qu'elle adressait à Weasmoche. Tous ces cœurs mielleux à souhait lui donnaient la nausée. Étaient-ils ensemble ? Il avait toujours vu le couple se tourner autour au fil des années sans jamais franchir le pas. Et puis, il avait pensé qu'elle pouvait tout aussi bien se taper Potter. Peut-être même les deux ? Ou aucun, genre amitié fusionnelle et dégoulinante d'amour ? Écœurant. Il réprima un frisson et se détourna à son tour.

— Vous pouvez y aller.

Drago rangea rapidement ses affaires. Il passa derrière Granger pour sortir de la classe et en profita pour frôler le dos de la jeune femme avec son bras. Il sentit son regard sur lui mais ne se retourna pas pour vérifier. Il fallait feindre l'ignorance : être le décor et le centre du tableau en même temps. Ça pourrait devenir son nouveau mantra.

Drago se fondit dans la foule d'élèves. Les cours de la journée étaient terminés pour tout le monde alors les couloirs étaient effervescents. Pour sa part, le Serpentard avait rendez-vous avec Morphée à la bibliothèque. Il n'eut pas besoin de se faufiler pour avancer car ses camarades s'écartaient d'eux-même. S'ils ne le connaissaient pas avant, la Gazette du Sorcier s'était chargé de leur étaler sa vie durant tout l'été. Maintenant, tout Poudlard le méprisait. Mais Drago avait d'autres soucis bien plus graves que l'avis de tous ces demeurés. Il ignora donc superbement les regards acerbes et les murmures déplacés.

À la moitié du chemin, il croisa un groupe de trois élèves de Poufsouffle.

— Regardes c'est lui, chuchota l'un d'eux sans aucune discrétion. C'est un partisan de Vous-Savez-Qui !

— C'est un mangemort ? s'indigna un autre. Qu'est ce qu'il fout là ?

Drago n'accorda pas plus de crédit à ce groupe qu'aux autres et continua à marcher.

— Vas savoir! Surtout que son père est à Azkaban. J'aimerais trop qu'il reçoive le baiser du Détraqueur.

Cette fois, le sang de Drago ne fit qu'un tour. Il fit volte face et attrapa le col de celui qui venait de parler. C'était un garçon assez grand, plutôt musclé mais la hargne du Serpentard le prit par surprise. Il le plaqua contre le mur, la baguette enfoncée dans le cou du gaillard.

— Qu'est ce que tu viens de dire sur mon père ? cracha-t-il.

L'élève devint blême de peur. Les yeux du blond semblait vouloir le tuer sur place et la force qu'il mettait dans son emprise était impressionnante.

— R... Rien, j'ai rien dit, bafouilla-t-il.

— Vraiment ? Parce que je trouve que ta langue serait parfaite si elle était arrachée de ta gorge…

— Malefoy !

Drago lâcha le garçon. Ce dernier se recroquevilla sur lui-même, portant la main à son cou. Ses amis vinrent le soutenir et ils prirent tous les trois la fuite.

Une moue d'exaspération sur le visage, le Serpentard se tourna vers celle qui l'avait interrompu. Granger, évidemment. Elle marchait vers lui telle une furie, sa baguette dans une main, ne visant rien en particulier. Il ferait mieux de déguerpir également, avant que sa colère ne se reporte sur la mauvaise personne.

Sans demander son reste, il tourna les talons. Mais elle le rattrapa. Drago serra les dents.

— Tu n'as pas le droit de menacer ou d'agresser des élèves, Malefoy. Je n'en reviens pas que tu oses encore avoir ce genre de comportement.

Drago commençait à avoir mal à la mâchoire tant ses muscles étaient contractés. Se faire réprimander par une Miss-Je-Sais-Tout née moldue était la pire des choses qu'il pouvait supporter. Il prit néanmoins sur lui pour ne rien rétorquer, alors elle continua :

— S'il me prenait l'envie de te dénoncer, tu serais immédiatement renvoyé de Poudlard et peut-être même qu'on te jetterait à Azkaban. Là où est ta place d'ailleurs.

Ils arrivèrent devant la porte de la bibliothèque, Drago l'ouvrit et la maintint.

— Je t'en prie, la défia-t-il.

Toujours énervée, Granger lui passa devant, avant de se figer deux pas plus loin. Drago la dépassa à son tour, la laissant plantée là. Il avait l'impression de voir son cerveau fumé. Qu'avait-il voulu dire ? Qu'elle pouvait le dénoncer ? Ou avait-il fait preuve de politesse en la laissant passer ? Ce qui serait tout aussi étrange. Drago s'amusa de son trouble. Il lui avait fermé le clapet et c'est tout ce qui lui importait.

Il alla s'installer à une table vers le mur du fond et Granger le rejoignit quelques secondes plus tard. Il la vit hésiter.

Drago avait repéré la place où elle s'asseyait toujours et il était juste en face de celle-ci. Mais elle se résigna. La tête posée entre ses bras croisés, il la regarda sortir ses affaires pour étudier.

— Qu'est ce qu'il y a ?

Granger, les mains sur les hanches, le fixait avec impatience.

— Pourquoi tu me regardes la fouine ? Qu'est ce que tu me veux aujourd'hui ?

— Je ne te regarde pas ! mentit-il délibérément. T'es tarée ! Tu n'es pas le centre du monde Granger.

Sur ces belles paroles, Drago fit mine de fermer les yeux et de dormir. Il marmonna pour la forme :

— Parano celle-là.

— C'est ça, répliqua-t-elle.

Et il la vit s'asseoir et étudier à travers ses paupières quasi-closes. Elle mâchouilla sa plume et entortilla ses cheveux dans ses doigts. Et Drago s'endormit.

Quand il se réveilla, la nuit était tombée et Granger avait disparu. Merde ! Il devait être bien fatigué ! D'habitude, le bruit de la chaise qui râcle le sol suffisait à le réveiller. Encore groggy de sommeil, il étira ses bras et ses longues jambes. Alors, son regard tomba sur un parchemin resté sur la table. Aussitôt, il reconnut les petits cœurs dessinés à la main par Granger. Elle avait dû l'oublier. Mû par une certaine curiosité, il attrapa le papier et en fit la lecture.

« Mon cher Ron,

J'espère que tu vas bien et que les portes claquettantes ne t'ont pas causé trop de soucis. Ta description m'a beaucoup fait rire mais j'imagine que ça devait quand même être un peu dangereux. En tout cas, ton nouveau travail a vraiment l'air de te plaire et j'en suis très contente.

Même si Poudlard sans toi est bien plus morose.

Tu sais, parfois, j'imagine être avec toi et je sais déjà que je rirais aux larmes. Peut-être aussi, qu'on aurait pu s'embrasser au détour d'un couloir... ( Drago fit la grimace : les cœurs accentuaient cette phrase mièvre).

Mais cette dernière année ne se passera pas comme ça. Alors racontes moi vite tes nouvelles aventures au Ministère ! Et je te raconterais les miennes. Il y a un week-end à Pré-au-lard programmé la semaine prochaine, j'aurais de nouvelles choses à te dire.

Je t'embrasse,

Tu me manques,

Hermione. »

Pas de doute, ils étaient ensemble. Drago tenait le parchemin à bout de doigts. Il avait l'impression de tenir un objet trop intime pour lui. Il avait tout de même apprit pas mal de choses grâce à lui. Déjà, bonne nouvelle, Weasley avait été embauché au Ministère de la Magie, il ne risquait donc pas de revenir à Poudlard à l'improviste. Mieux, il ne le verrait peut-être plus jamais de toute sa vie. Ensuite, les deux tourtereaux avaient l'air de s'envoyer régulièrement des courriers, se racontant leur petite vie, aussi inintéressante soit-elle. Et Miss-Je-Sais-Tout rêvait d'embrasser ce rouquin ! C'était répugnant. Que Granger embrasse quelqu'un, il avait déjà une certaine difficulté à le concevoir. Il la voyait si frigide dans son rôle de première de la classe. Mais si en plus c'était avec Weasmoche... Drago réprima un frisson.

Il ne lui fallut pas trente secondes pour prendre une décision et brûler le papier qu'il tenait encore entre ses mains. Quand l'objet fut réduit en cendre, il se décida alors à quitter la bibliothèque.

C'est à la sortie qu'il la croisa. Granger marchait vite, le souffle court. Sûrement venait-elle de se rendre compte de l'absence de son courrier. Elle ne fit pas attention à lui en passant. Et alors, Drago esquissa un sourire. Il était tellement nerveux ces derniers temps, qu'il en fut surpris. Apparemment, contrarier cette Miss-Je-Sais-Tout avait un effet positif sur sa personne. Comme un brève retour à la normalité.

Vingt-trois heures, Drago sortit de sa salle commune sous couvert du sortilège de désillusion. Il avait finalement réussi à manger quelques restes avant que les tables de la Grande Salle ne soient débarrassées puis avait rejoint ses camarades au sous-sol, là où se cachaient leurs dortoirs. Comme chaque soir, il avait passé un moment avec ses amis avant de faire mine d'aller se coucher. Il avait fermé les rideaux et les avait scellés à l'aide d'un sortilège de Collaporta.

Il se glissa en toute discrétion dans les couloirs du château à la recherche d'une salle vide et éloignée de toute activité humaine. Il repéra d'abord dans quelle zone les préfets faisaient leur ronde de nuit ainsi que celle de Rusard. Ce soir, ce dernier se trouvait au rez-de-chaussée, et il avait vu deux élèves de Poufsouffle tourner dans le couloir de défense contre les forces du mal. Très bien, pas de Granger en vu. En temps que préfète en chef, elle effectuait aussi des rondes la nuit. Drago avait dû l'éviter quelques fois quand il sortait du dortoir. Il savait que si quelqu'un pouvait le repérer dans le silence du château, ce serait elle. Après une année de cavale, il n'était pas étonnant que les sens de la sorcière soient exacerbés. Donc, si Drago la suivait à longueur de journée, une fois la nuit tombée, il l'évitait comme la variole du dragon.

Il alla trouver une salle non utilisée au deuxième étage à côté des serres de Poudlard, où il avait déjà passé plusieurs nuits. Le rituel pouvait alors commencer. Tout d'abord, il ouvrit une fenêtre qui donnait sur le toit d'une serre. Il aimait savoir qu'une fois transformé, il aurait une sortie de secours. Si quelqu'un devait tomber sur lui par hasard, pas question qu'il se retrouve acculé.

Ensuite il retira ses vêtements qu'il plia soigneusement avant de les poser sur un meuble de la pièce. Nu, Drago passa à la dernière étape de sa préparation : il lança un sortilège de silence. Aucun de ses futurs cris ne devait dépasser ces murs.

Il regarda l'horloge accrochée au fond de la salle. Elle indiquait 23h59. Drago serra les dents, l'appréhension commençant à le gagner. Il avait beau savoir ce qui l'attendait, et l'avoir subi depuis plusieurs mois maintenant, la peur était toujours présente. Personne ne pourrait jamais être prêt à ce qui allait arriver dans quelques secondes. Debout, tourné vers la fenêtre, Drago essaya de se concentrer sur la demi-lune qui éclairait la nuit devant lui.

Et soudain, un craquement. Les jambes du blond lâchèrent et il s'écroula sur le sol dans un long hurlement.