Granger
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C'était la dernière semaine de cours avant les vacances d'octobre. Le mercredi était déjà bien avancé et Hermione peaufinait un devoir de potion sur l'usage des propriétés magiques des animaux fantastiques. Le professeur Slughorn l'avait demandé pour la rentrée mais la sorcière aimait s'avancer. D'autant qu'aujourd'hui, elle pouvait travailler sans aucun serpentard pour venir la perturber. Le match de Quidditch approchant, les équipes s'entraînaient d'arrache-pied et Malefoy la laissait enfin tranquille. Son insistance pour accéder à la réserve lui tapait sur le système. Même si elle ne doutait plus de la véracité de la malédiction depuis un moment, elle n'arrivait pas à lui accorder sa confiance.
Hermione posa sa plume et se massa l'avant bras gauche. Les yeux dans le vide, elle remonta sa main le long de son bras jusqu'à son épaule. Là où Malefoy l'avait touché, la veille. Il s'était permis ce geste alors qu'il avait insisté pour l'aider sur un devoir, lisant son parchemin, son souffle balayant doucement ses boucles. Un frisson parcourut la sorcière à ce souvenir. Pas le genre de frisson de dégoût qu'elle aurait cru avoir, non, c'était tout le contraire. La proximité du Serpentard la troublait plus que de raison alors qu'il semblait user de ses charmes pour la convaincre. Mais s'il pensait réussir ainsi, il se mettait le doigt dans l'œil. Car si son corps réagissait étrangement, son esprit, lui, était très clair : il la mettait mal à l'aise. Qu'il remballe ses clins d'œil suggestifs et ses longues mains aguicheuses.
Hermione secoua la tête, essayant de chasser ces images perturbantes de ses pensées. Il fallait qu'elle se concentre. Elle lisait un chapitre d'un manuscrit sur les fourrures et plumages rares. Elle était presque à la dernière page quand un dessin d'illustration attira particulièrement son attention. Il représentait un animal mi-lion mi-oiseau avec de longs crocs. Il était blanc et entouré d'une aura bleue. Les ailes de la créature étaient gigantesques. Et c'est en voyant la longue queue à plume de l'animal, qu'Hermione se rappela du parchemin calciné que lui avait montré Drago. Ici, la légende indiquait: «Représentation du mythique Felimalis par Owen Spendall ».
Le cœur battant, Hermione chercha à en savoir d'avantages sur cet animal. Elle trouva un court paragraphe un peu plus bas.
«…sont d'autant de raison de protéger les espèces. Le mythe du Felimalis, dont les propriétés seraient si exceptionnelles que les sorciers l'auraient chassé jusqu'à l'extinction, nous indique que la recherche de pouvoir peut en entraîner la perte.»
Elle eut beau feuilleter tout le manuscrit, il n'y avait rien d'autre sur le sujet. Hermione fit une photo mentale de cet extrait et du dessin. Elle remercia sa capacité à retenir les informations d'un simple coup d'œil. Elle se demanda ensuite si elle devait en parler à Malefoy. Il était toujours très récalcitrant à en discuter avec elle, buté sur son idée de consulter les livres de la réserve pour obtenir des réponses. Et ces nouvelles données étaient bien maigres. Après tout, il avait sûrement déjà exploré cette piste. Hermione était toutefois curieuse d'en apprendre plus de son côté. Elle devrait faire des recherches plus approfondies sur les espèces disparues et sur ce Owen Spendall. Mais, pas maintenant. Là, il était l'heure d'aller dîner.
Le lendemain, elle se leva tôt et retourna à la bibliothèque. Elle décida de commencer ses recherches en s'attaquant aux bestiaires. Trois livres sortirent du lot. Le premier mentionnait les animaux fantastiques rares, le deuxième traitait de ceux qui avaient disparus, quand au dernier, il abordait le thème des plus anciennes créatures existantes. Elle eut le temps de feuilleter le manuscrit sur les animaux rares mais n'y trouva rien d'intéressant. Elle décida donc d'emprunter les deux autres pour les lire quand elle le pourrait. L'heure d'aller à son premier cours de la journée avait sonné.
Hermione était assise en salle d'arithmancie et attendait, en lisant "L'histoire des plus anciennes créatures magiques", que le professeur finisse d'écrire ses calculs au tableau. Elle jetait aussi des coups d'œil en direction de la porte sachant que Malefoy risquait d'arriver à tout moment.
Et ça ne loupa pas. Elle était plongée dans un paragraphe sur le calamar géant (le livre qu'elle avait en main était si passionnant qu'elle en avait oublié le motif initial de sa lecture) quand une paire de longues mains blanches s'abattît sur sa table. Hermione sursauta.
—- Bonjour Granger. Tu n'étais pas au petit-déjeuner ce matin.
C'était un constat, pas une question. La Gryffondor fut surprise qu'il s'en soit rendu compte. Elle n'imaginait pas qu'il puisse la chercher du regard ou l'attendre. Comme elle le faisait pour lui. Elle s'était rendu compte de ce fait depuis peu. Il ne passait pas un jour sans qu'elle ne recherche la présence du blond. Elle était dans l'attente permanente d'un contact, d'une interaction. Dans l'objectif de réaliser leur plan montrant qu'ils sont en bonne entente, évidemment. Mais quand même. C'était son idée à elle. Pas celle de Malefoy. Il était étonnant qu'il s'intéresse d'une quelconque façon à elle.
Il s'assit à côté d'elle. Un peu trop proche au goût de la jeune femme. Il porta la main sur le livre qu'elle tenait toujours ouvert et lut le titre sur la couverture. Il se pencha alors, pour qu'elle l'entende quand il chuchota:
— Qu'espère-tu trouver là-dedans?
Hermione se raidit. Allait-il de nouveau se mettre en colère? Elle le regarda en biais: il semblait tout à fait calme, une expression neutre sur le visage. Par sécurité, elle préfèra nier.
— Quoi? Rien! J'étudie pour un devoir sur les calamars géants. Rien à voir avec toi.
À son grand étonnement, il esquissa un sourire en coin, amusé.
— Tu mens, affirma-t-il. Mais peu importe. Fais autant de recherches que tu veux. Tu finiras bien par te rendre à l'évidence.
Il se replaça sur son siège. Hermione n'en revenait pas: c'était le sorcier le plus imprévisible auquel elle avait eu à faire. Il semblait tout à fait serein face à cette situation qui quelques semaines plus tôt l'avait mise hors de lui. Et comment savait-il qu'elle mentait? Elle qui pensait s'être améliorée, était déçue d'avoir été découverte aussi vite.
Hermione eut soudain conscience que leur genoux se touchaient tant ils étaient assis proches l'un de l'autre. Elle se décala mais Malefoy s'étala davantage créant de nouveau le contact.
— Il faut que tu arrêtes ça.
— Il faut que j'arrête quoi?
Il posa son bras sur le dossier du banc, derrière elle.
— Ça! Ce numéro de charme que tu me fais!
— Pourquoi? Ça montre aux autres qu'on est proche, comme tu le voulais, et je m'amuse beaucoup plus ainsi.
— Mais j'ai un petit-ami.
— Weasmoche, je sais. Et personne ne te demande de répondre à mes approches.
— Ne l'appelle pas comme ça, marmonna-t-elle. Et même si je t'ignore, les gens vont parler.
— C'est le but non?
Et il remit une mèche de ses cheveux bouclés derrière son oreille. Hermione réprima un frisson. Elle voulut répliquer mais le professeur, qui avait enfin fini d'écrire au tableau, prit la parole pour débuter son cours.
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Plus tard dans la journée, la Gryffondor débutait le deuxième et dernier livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque le matin-même. "L'histoire des plus anciennes créatures magiques" n'ayant rien donné, elle espérait avoir plus de réponses avec «Réellement éteints ou simplement invisibles : ces animaux fantastiques que nous croyons disparus».
Elle marchait tout en lisant. Ce qui n'était pas forcément sa meilleure idée, il fallait l'avouer, mais il y avait peu de monde dans les couloirs. Toutefois, elle évita de peu un jeune élève qui parlait avec animation à ses camarades et qui avait failli lui rentrer dedans en reculant.
—- Pardon! s'excusa-t-il.
— Il n'y a pas de mal, lui sourit-elle.
Puis elle regarda de nouveau devant elle et se prit un mur en pleine face. Du moins c'est l'impression qu'elle eut. Elle perdit l'équilibre mais heureusement, le mur passa un bras autour de sa taille et la serra contre lui pour la maintenir. Sonnée et le nez douloureux, Hermione mit quelques secondes à se remettre du choc. Elle cligna des yeux et regarda celui qu'elle avait percuté.
— Malefoy? Encore toi?
Le Serpentard, en tenue de quidditch, la tenait toujours contre lui. Il esquissa un sourire en réponse à sa remarque. Son regard gris de glace enflamma les joues de la jeune femme. Elle entendait son propre cœur battre dans ses oreilles.
— C'est ainsi qu'on dit merci chez les Bouffondors?
— Très drôle! Mais… merci. Tu pourrais peut-être me lâcher maintenant? indiqua-t-elle.
Il la serra davantage, et lui dit de façon que seule elle puisse l'entendre:
— Je te l'ai déjà dit, j'essaye juste de rendre ça plus intéressant. Il serait dommage que les autres se rendent compte d'à quel point tu m'ennuies, Granger.
Et il la relâcha d'un coup. Déstabilisée, elle s'agrippa à la robe verte du joueur. Il ricana. Et Hermione lui lança un regard noir. Il pouvait vraiment être un parfait connard quand il voulait. Maudit serpent.
— Si vous avez fini votre parade nuptiale, ce serait bien qu'on y aille Drago, intervint une voix à côté d'eux.
La Gryffondor ne l'avait pas remarquée jusque-là mais Blaise Zabini les regardait, l'air amusé. Il était également en tenue de Quidditch, étant un poursuiveur de l'équipe, il tenait son balai d'une main et le livre de la lionne de l'autre. Elle l'avait fait tombé au moment de l'impact.
Elle le récupéra aussitôt, gênée et le remercia. Elle s'apprêta à les quitter, mais le blond la retint.
— D'ailleurs Granger, quand aura lieu le match vendredi, je serais heureux d'entendre tes encouragements enjoués.
Elle éclata de rire. Elle le fixa cherchant une once d'humour chez le blond, mais il n'y en avait pas. Il semblait plutôt la défier de le faire. Mais encourager les Serpentard dans un match de Quidditch quand on était une Gryffondor, c'était contre-nature.
— Dans tes rêves, Malefoy.
Puis elle quitta les deux joueurs verts et argents. Dans son dos, elle crut entendre Zabini commenter en riant:
— T'auras essayé, Draguichou! Aïe!
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Le vendredi arriva vite. C'était le dernier jour de cours avant les vacances. Hermione était impatiente de retrouver sa famille.
Elle était dans la Grande Salle, en train de siroter un thé et de lire le livre sur les espèces disparues. Elle approchait de la fin de l'ouvrage. Elle tourna la page pour démarrer un nouveau chapitre. Il s'intitulait «Les espèces que nous pensons disparues mais qui n'ont sans doute jamais existées». Elle parcourut la page en diagonal et tomba enfin sur ce qu'elle cherchait depuis 3 jours! L'excitation monta en elle. Elle dévora les mots, avide. Soudain, Ginny, qui était assise à côté d'elle, lui tapota le bras.
— Serpent en approche.
Hermione releva la tête et aperçut Drago Malefoy, en tenue de Quidditch (comme quasiment tous les jours de cette semaine), se diriger vers elles. Alors elle se rappela que c'était aujourd'hui que les Serpentard affrontait les Poufsouffles pour le tournoi de l'année. Quand il fut à sa hauteur, Malefoy sortit de sa poche son écharpe au couleur de sa maison.
— Bonjour Granger! J'ai un cadeau pour toi ce matin…
Et il enroula l'écharpe autour du cou de la jeune femme. Elle ouvrit grand les yeux, abasourdie.
— Qu'est ce que tu fabriques? chuchota-t-elle.
— Je montre à tout le monde notre grande et belle amitié, lui répondit-il sur le même ton.
Il lui offrit son plus beau sourire et avant qu'elle ne puisse répliquer, Malefoy se redressa et scanda à la ronde :
— J'ai vraiment hâte que tu viennes m'encourager, Granger! À tout à l'heure!
Et il repartit aussitôt, un sourire sadique aux lèvres. Le vaurien! Il l'avait piégée! Elle allait être obligé de garder cette stupide écharpe verte et argentée maintenant. Elle baissa la tête vers cette dernière. Et elle ferma les yeux une seconde : la laine était imprégnée de son odeur. Ça sentait bon.
— Tu ne vas pas réellement encourager les Serpentard? demanda son amie rousse.
Hermione releva les yeux vers elle, un air désolé sur le visage.
— Non… Oui… Je l'avais prévenu que je ne voulais pas faire ça. Mais maintenant qu'il l'a scandé à la ronde, je n'ai plus vraiment le choix, grogna-t-elle. Et puis ce n'est pas comme si c'était contre l'équipe des Gryffondors…
— Heureusement! s'indigna Ginny. Je ne te pardonnerais pas cet affront!
— Même sous la menace, je ne pourrais pas te faire ça! plaisanta Hermione. Tu… Tu seras au match tout à l'heure?
— Bien sûr! Nous irons ensemble, ne t'inquiètes pas.
— Merci, sourit la brune.
Puis son regard se reporta sur le livre ouvert sur ses genoux. Aussitôt, elle se replongea dans sa lecture. Par Merlin! Elle tenait enfin quelque chose!
Bonjour, bonsoir,
C'est avec ce suspense insoutenable que je vous laisses pendant une semaine. Mes publications vont ralentir pour le mois d'octobre car j'aurais un peu moins de temps pour la réécriture. Je préfère donc publier un peu moins pendant deux ou trois semaines que de ne rien publier du tout. Puis, je reviendrais en novembre avec mes deux chapitres par semaine habituels !
Je remercie encore ceux qui prennent le temps de me laisser un petit message, ça fait toujours plaisir.
Enjoy,
Likocham.
