Après quelques semaines, Zen'kan avait presque oublié son passage à l'armurerie, si bien que lorsqu'il y fut convoqué, sa première réaction fut la surprise. Surprise qui se transforma en excitation, puis en une joie extatique, lorsque le maître armurier lui tendit une hache flambant neuve.

L'arme était trop longue pour être aisément maniée à une main, même par quelqu'un d'aussi grand que son oncle. La lame, lourde et large, avait un tranchant trop grand pour pouvoir être qualifiée de cognée, tout en en ayant sans aucun doute la masse. Le tout semblait être d'un seul tenant, en un matériau organique sombre.

Jetant un regard interrogateur à l'artisan, il la prit en main. Elle était parfaitement équilibrée, nichée confortablement dans ses paumes, les nervures organiques qui la parcouraient aidant à la prise en main.

D'un geste du menton, l'armurier lui désigna un pilier d'os qui, aux traces d'usure, servait aux tests. Se plaçant devant, jambes largement écartées, Zen'kan arma son coup, comme s'il s'agissait d'un tronc à abattre.

L'impact lui ébranla tout le corps, mais la lame s'enfonça de plusieurs centimètres dans la matière.
Bandant ses muscles, il arracha la lame au pilier, constatant avec satisfaction la taille de la marque qu'il y avait laissée.

Une brusque piqûre au creux de sa main, suivie de la sensation désagréable de la force vitale arrachée à son corps, lui fit lâcher l'arme. A sa plus grande horreur, de fins filaments livides s'échappaient du manche, s'agitant quelques instants dans le vide avant de disparaître dans les nervures.

L'armurier eut un ricanement mauvais.

« C'est une arme vivante. Tant qu'elle pourra puiser dans la force vitale de son utilisateur, elle se réparera spontanément. »

Une arme vivante ? Comme l'arc de son oncle. Il avait vu Markus l'utiliser. Savait combien il était puissant et dangereux. L'arc était de fabrication irän. Il n'avait jamais vu d'armes vivantes wraiths, mais après tout leurs vaisseaux étaient vivants, et certains outils au moins – dans le cas des blasters et des dagues – d'origine organique, donc pourquoi pas ?
Se penchant, il la ramassa prudemment. Comme si elle sentait la chaleur de sa main, à peine l'eut-il saisie que les filaments réapparurent, au côté de fins crochets semblables à ceux d'un
schiitar.

Maintenant qu'il s'y attendait, la douleur n'était plus si terrible, et avec une certaine fascination répugnée, il laissa l'arme se nourrir de son énergie, le tranchant ébréché par son coup se reconstituant à vue d'œil.

« Qu'est-ce que je dois savoir dessus ? » s'enquit-il.

L'armurier eut un grondement appréciateur. Apparemment, la plupart des guerriers n'avaient pas la présence d'esprit de demander comment prendre soin de ses créations.

« A entretenir comme une dague. Mais pas d'aiguisage. Tant qu'elle est nourrie, elle gardera naturellement son tranchant. Cette chose régénère, mais ce n'est pas réellement un organisme vivant. Juste un objet qui en imite certaines fonction. Elle a été créée pour puiser dans la force vitale de son porteur afin de se réparer. Même si ça lui est impossible. Si elle se brise, abandonnez-la. Si vous la laissez faire, elle vous videra lentement mais sûrement. Si vous ne l'utilisez pas, gardez-la dans son fourreau. Ça évitera des accidents. C'est tout. »

Avec un tout nouveau respect mêlé de crainte, Zen'kan fixa la hache dont les tentacules blancs disparurent lentement, leur tâche effectuée.
Les armes étaient des outils. Chaque outil existait dans un but précis.

« Quel est son usage exact? » demanda-t-il.

Une fois encore, l'artisan eut un rictus satisfait.

« A vous de le décider, guerrier. Le commandant Bibkal'mar m'a commandé une hache de guerre, assez lourde et résistante pour pouvoir défoncer des sas de pressurisation, et assez maniable pour pourvoir être utilisée au corps à corps. » expliqua-t-il.

Zen'kan la soupesa un peu, puis il se recula de quelques pas.
« Vous permettez ? » demanda-t-il.
L'armurier eut un geste d'acquiescement.

Bien stable sur ses jambes, le jeune guerrier arma la hache au-dessus de sa tête, avant de la lancer, lui imprimant une légère rotation.

Avec un bruit sourd, elle se planta dans le pilier, à peine un mètre plus bas que le point qu'il avait visé.

« Et elle se lance. » statua-t-il, partant la récupérer.

« Et elle se lance. » opina l'artisan, visiblement impressionné.

Satisfait, Zen'kan la fit un peu tourner dans sa main. Elle était infiniment plus lourde que les haches d'abordage qu'utilisait le Visqueux, mais il y avait une inertie jouissive qui accompagnait chacun de ses mouvements, et elle était si parfaitement ajustée à sa taille que c'était presque comme manier une extension de son corps.

« Elle est parfaite. » déclara-t-il.

«En effet. Ne reste plus qu'à vous montrer digne d'utiliser une telle arme. » nota l'artisan, le congédiant d'un regard délavé en direction de la sortie.

« Je vais m'y appliquer, promis ! » jura-t-il sans peine.

Il avait hâte de s'entraîner !

.

« Debout, les jeunes ! Le soleil vas bientôt se lever ! » siffla Brel'om, les secouant du bout du pied.

Avec un gémissement misérable, Ilinka s'enfouit un peu plus profond sous les chaudes fourrures, se serrant contre le dos de Noodh'al, pas plus pressé qu'elle de se lever.

« Allez, debout les feignasses ! » renchérit Jitik, entrant dans la petite tente qu'ils avaient dressée pour la nuit, faisant rentrer l'air glacial sous l'abri.

Frissonnant, Ilinka se retint de penser trop fort son dédain pour l'enthousiasme de la jeune femelle.

Avec Brel'om et Zalinn ainsi qu'un bon tiers du village, ils avaient quitté le camp huit jours plus tôt pour se rendre à la grande rencontre des clans pour le solstice d'hiver.
Depuis leur départ, chaque nuit, Jitik s'éclipsait discrètement de la couche qu'elle partageait avec elle et Noodh'al, pour ne revenir qu'au matin.
Ilinka ignorait exactement où et avec qui elle passait la nuit. Tout ce qu'elle savait, c'est que Zalinn avait grogné le premier soir, et que Brel'om l'avait calmée, lui murmurant qu'ils n'avaient pas la place d'accueillir une personne de plus sous la petite tente. Depuis, la reine avait fait comme si de rien n'était, mais Ilinka n'avait pu ignorer la légère tension qui crispait les épaules de Noodh'al et de son père à chaque fois que Jitik filait.

Quoi que fût en train de mijoter la jeune femelle, elle n'en avait pas moins raison : il fallait se lever.

Avec un soupir défait, Ilinka s'extirpa de la chaleur des fourrures, tâchant de se rhabiller très vite, avalant rapidement sa part de galette du matin avant d'aider les autres, -qui se passaient tous de déjeuner à présent-, à plier le camp.

Jitik, tout comme Noodh'al, avait commencé à espacer ses repas, passant de deux ou trois à un seul par jour, et elle ne se faisait aucune illusion quant aux raisons de cette diminution. Heureusement, personne ne lui avait demandé quoi que ce soit dans ce domaine. De ce qu'elle pensait avoir deviné, parmi les Im'amî, il n'y avait pas de moment particulier pour faire transition entre une alimentation solide et énergétique, et c'était à chacun de le faire à son rythme.

En ce qui la concernait, avec un seul schiitar réellement ouvert, le second à peine fendu, rien ne pressait. D'autant plus qu'elle se refusait à ponctionner qui que ce soit. Si elle devait se nourrir de force vitale, ce serait d'énergie offerte, et non volée !

Ils arrivèrent tard dans la nuit, guidés longtemps en avance par les lueurs d'un gigantesque feu autour duquel se découpait une mer de tentes de toutes tailles.

Ils s'installèrent dans un vaste espace laissé de toute évidence libre pour les Im'amî, accueillis et salués par des proches et amis perdus de vue parfois depuis des décennies.

Avec émerveillement, Ilinka découvrait une immense variété de costumes, tatouages et physionomies. Parmi les plus remarquables, les membres d'une tribu en particulier l'effrayèrent, arborant de véritables armures d'ossements, attachés entre eux par des cheveux plus fins que de la soie d'araignée, leurs plastrons composés de mâchoires aux dents translucides, et leurs coiffes, des crânes de leurs ennemis abattus.
Un autre clan l'intrigua, tant par la couleur orange de leur peau que par le noir d'encre de leurs cheveux – y compris pour les mâles.

Enfin, sublime dans toute son étrangeté, une chamane, incarnation vivante de la dualité, ayant aperçu ses regards curieux, vint la saluer en personne. A première vue, cette dernière semblait simplement affligée d'un étrange vitiligo, sa peau d'un vert pâle sur tout son côté droit cédant la place à un bleu de glace sur le gauche. Mais à mieux y regarder, la partition allait beaucoup plus loin : non seulement, un œil était d'or et l'autre d'un orange presque rouge, les cheveux noir corbeau puis gris perle, mais en plus, si le côté droit était incontestablement femelle, le gauche semblait mâle, créant une étrange dissymétrie.
Ilinka avait entendu parler de tels phénomènes. La chamane n'était pas un hermaphrodite : c'était une chimère. Moitié mâle, moitié femelle. Sur Terre, cela arrivait à certains batraciens ou insectes, elle l'avait appris à l'école. Mais aucun cas n'avait jamais été observé à sa connaissance chez des mammifères. Mais ils n'étaient pas des mammifères, en fait – donc cela devait être possible ? Ça l'était, puisqu'elle en avait la preuve sous les yeux !

La chamane – qui s'appelait Shina'kti de la tribu Orr'asha – s'était présentée, lui avait offert une bénédiction au nom de la Déesse puis, poliment, s'était éloignée, la laissant songeuse, plantée au milieu du campement à moitié monté.
« Ah, tu as rencontré Shina'kti. » nota Zalinn, venu voir ce qui l'occupait tant.

« Oui. » bafouilla-t-elle, se forçant à détourner les yeux de sa silhouette élégante.

Zalinn soupira.

« C'est une pauvre créature. La Grande Mère a fait d'elle une puissante tisse-lien, mais elle l'a condamnée à être seule à tout jamais. Shina'kti peut parler au nom des mâles, et au nom des femelles. Mais elle ne peut être pleinement ni l'un, ni l'autre. Son rôle est d'être éternellement entre les deux. Elle porte toutes les voix sauf la sienne... » nota la reine, suivant son regard.

C'était un sort peu enviable. Ilinka eut pitié de la chamane.

« Si Shina'kti n'est ni femelle, ni mâle, pourquoi on dit « elle » ? »
Zalinn eut un grondement d'ignorance.

« Parce que c'est comme ça qu'elle veut qu'on l'appelle ? Maintenant, viens m'aider à finir de monter la tente. »

C'était vraiment si simple que ça ? Sa curiosité piquée, Ilinka obéit – mais questionna encore sa mère d'adoption.

« Dis, Zalinn, ça arrive des gens qui, euh... naissent dans le mauvais corps... ? Une femelle dans un corps de mâle, ou l'inverse ? »
La reine ne répondit pas tout de suite.

« Je suppose. Je n'en connais pas. »

« Oui, ça existe. » intervint Brel'om.

« Ah ? »
« Quand j'étais petit, parfois, j'accompagnais mes pères et mes oncles à la chasse. Une fois, pendant une traque, on a été pris dans une tempête et on a rencontré une expédition de chasse d'un autre clan qui s'était perdue aussi, et avait trouvé refuge dans les mêmes grottes que nous. Parmi eux, il y avait un mâle dans un corps de femelle. C'était étrange. Il était plus petit, et son corps était vraiment celui d'une femelle, mais son esprit, son nom, sa manière d'être étaient ceux d'un mâle. Même ses tatouages et ses vêtements étaient ceux d'un mâle. Dans son groupe, il y avait un de ses frères compagnons, et je me souviens qu'ils parlaient beaucoup de leur femelle et de leurs enfants... » expliqua-t-il, tout en déballant les couchages.

Zalinn eut un grondement désapprobateur.

« Qu'une femelle veuille s'habiller comme un mâle et faire des choses de mâles, ce n'est pas un problème. L'inverse non plus. Mais, dans la chair, un mâle reste un mâle et une femelle, une femelle. Certaines choses ne peuvent être partagées... » grinça-t-elle.

Brel'om ne sembla pas impressionné.

« Je ne sais pas. Je ne l'ai rencontré que cette fois-là. Et je ne lui ai certainement pas demandé s'il pondait des œufs ou pas. Peut-être qu'il était donneur d'âme, même s'il est né femelle... Il n'y a que lui, les siens, et la Grande Mère qui savent. » répliqua-t-il, philosophe.

Le sujet était de toute évidence délicat – bien qu'infiniment plus discutable ici qu'ailleurs, de ce qu'elle en savait. Malgré tout, la curiosité la rongeait.

« Et un mâle qui aime les mâles, ou une femelle qui aime les femelles ? »
Il y eut un long silence.

« Drôle de question. » nota Zalinn, lui jetant un regard suspicieux.

« Je suis curieuse. » répondit-elle, pinçant les lèvres.

La reine soupira.

« On ne contrôle pas qui l'on aime. Mais négliger ses devoirs envers sa famille sous ce prétexte est mal. Alors je dirais que, par exemple, si deux mâles s'aiment, ils devraient essayer de trouver une femelle qui veuille bien les prendre tous les deux sous sa tente. Ainsi, ils pourront être ensemble, tout en ayant une famille et des enfants. »

« Et s'ils ne veulent pas d'une femelle ? Pas du tout ? »
« Tant qu'ils se rendent utiles à la tribu, et qu'ils sont prêts à vivre sans descendance, pourquoi pas ? »
« Et si c'est des femelles ?»
Zalinn eut un grondement agacé.
« Les femelles, ce n'est pas pareil. Si deux femelles veulent élever ensemble leurs larves sans mâle pour les aider, pourquoi pas ? De nombreuses sœurs qui ont perdu leurs compagnons le font, après tout. Mais si elles refusent de s'accoupler... Alors, c'est à leurs parents de leur remettre les idées en place, et s'ils échouent, alors on ne pourrait pas en vouloir à leur tribu si elle les chasse ! Une femelle qui refuse de se reproduire, c'est une branche morte sur un arbre fruitier. »
Ses propos choquèrent la jeune wraith.

« Tu penses que la tribu devrait chasser Tarressm ? »
Zalinn leva un doigt d'avertissement.

« Je n'ai jamais dit ça ! Mais si le conseil de la tribu avait voulu la chasser quand elle est devenue adulte et a refusé de prendre compagnons, rituel d'union après rituel d'union, je ne m'y serais pas opposée. Tarressm sait se rendre utile, et il y a assez de nids et assez de reines parmi les Im'amî, mais si ce n'était pas le cas, son entêtement pourrait mettre la survie de toute la tribu en danger. Tu comprends ? »

« Non. Je ne comprends pas. » siffla Ilinka en retour, sur la défensive. « Pourquoi y a toujours cette obsession sur le ventre des femmes ? Je veux dire, des femelles... Pourquoi on est toujours réduites à notre capacité à faire des bébés ? Pourquoi dès qu'on veut pas avoir des enfants, ou... des compagnons, c'est un problème ? »
Zalinn se redressa, l'air soudain très inquiète.

« Tu ne veux pas avoir d'enfants ? Ni fonder une famille ? »
« Si. Bien sûr que si. Mais je ne veux pas être réduite à ça. Je ne veux pas être réduite à ma capacité à pondre des œufs. Je... je sais qu'y a trop de mâles par rapport aux femelles, et tout ça, mais... je suis une vraie personne... Je veux exister pour autre chose que ça ! »

Le sujet faisait plus mal que ce qu'elle pensait. Sans s'en rendre compte, elle formulait une de ces nombreuses craintes qui la rongeaient en silence. Parce que c'était aussi ça qui était attendu d'elle. Pas seulement de monter sur un trône, mais aussi d'engendrer d'innombrables générations de mâles, conçus grâce à l'aide d'un vaste harem privilégié. Étrange rôle hybride, à mi-chemin entre le despote tout-puissant, et la poule pondeuse en batterie.

Un soulagement intense passa sur le visage de la reine.

« Ilinka, tu es une vraie personne. Fonder une famille n'y changera rien. Ce n'est qu'une des nombreuses parties de la vie d'adulte. Personne n'est que parent... ou enfant... mais c'est important. Sans famille, pas de clan, sans clan, pas de wraiths. Tu comprends ? »
Elle allait répondre, mais Brel'om s'interposa, lui ébouriffant gentiment les cheveux.

« Pas besoin de te torturer avec ça. Tu n'es même pas encore une mange-vie, et tu ne maîtrises pas la transe du temps. Il est peu probable que tu y arrives cette année, ou la suivante. Il va encore s'écouler de nombreuses saisons avant que les chamanes ne t'autorisent à prendre un compagnon, donc, n'y pense pas, et profite des plaisirs de ton âge. »

C'était infantilisant de se faire traiter ainsi, mais il y avait du bon sens dans les paroles du mâle. Elle opina donc.

« Parfait. Alors va rejoindre ton frère et ta sœur et allez vous amuser. On va finir sans vous. »
Zalinn allait protester, mais un grondement de Brel'om la fit taire.

Sans attendre, Ilinka s'esquiva, ravie d'échapper à la discussion et aux corvées.

.

C'était le bruit qui l'avait attiré. Curieux, Rorkalym jeta un coup d'œil dans la petite pièce, découvrant un genre de placard aux murs couverts de vastes étagères encombrées de toutes sortes de choses. Vacillant sur la pointe des pieds, la langue coincée entre les lèvres, Magal – son inimitable fichu orange sur la tête – tentait d'attraper une boîte perchée au sommet de la plus haute étagère.
Sans réfléchir, Rorkalym entra, récupérant sans peine la boîte qu'il tendit à la femme, figée comme une biche prise dans des phares.

« Navré. Je ne voulais pas vous effrayer. » s'excusa-t-il.

« Il n'y a pas de mal, seigneur Rorkalym. » sourit cette dernière, se reprenant.

Il sourit à son tour.

« Y a-t-il autre chose dont vous ayez besoin sur les étagères du haut, Magal ?»
La femme sembla surprise, puis elle se mit à rire.

« Comment avez-vous appris mon nom, si vous me le permettez? »
Il sourit.

« C'est votre collègue que vous avez envoyée m'aider l'autre fois, qui me l'a dit. »

« Ah, cette petite peste... » nota-t-elle amicalement.

« Comment va-t-elle ? » s'enquit-il, se souvenant que la rencontre n'avait pas forcément été des plus agréables pour la servante.

Magal eut un sourire malicieux.

« Monseigneur ! Je croyais que vous n'aviez aucun intérêt en une servante marquée... »
« C'est vrai. Mais ça ne m'empêche pas de prendre de ses nouvelles. »
« Je lui dirai que vous vous êtes soucié de son sort, monseigneur. Et, pour vous répondre, elle va bien. Vous l'avez impressionnée... en bien. »

« Je n'ai rien fait ! »
« Justement, monseigneur. Justement. Oh, maintenant que j'y pense, pourriez-vous attraper pour moi, cette boîte ? Et aussi celle-ci ? » demanda-t-elle, désignant deux conteneurs coincés loin hors de sa portée.
Il s'exécuta volontiers, les déposant par terre.

« Autre chose ? » s'enquit-il.

La servante sourit largement.

« Ne changez surtout pas, monseigneur. Vous êtes trop précieux pour cette ruche ! »

Flatté, il se sentit verdir. Souriant pour cacher sa gêne, il se remit en route, saluant la servante d'un signe de la main.

« Bonne journée, Magal. »
« Bonne journée, Rorkalym. »