Granger

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Hélas, les prières de la jeune femme ne furent pas entendues. Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'elle était cachée derrière la malle et il ne s'était rien passé. Elle avait des fourmis dans les jambes, et son dos courbé commençait à la faire souffrir. Malefoy, quant à lui, était allongé les yeux fermés sur une des tables et avait éteint la plupart des bougies de la salle, les laissant dans le noir.

Elle commençait à se demander si elle n'allait pas être cantonnée à le regarder dormir toute la nuit. Elle essaya de bouger ses orteils engourdis quand il se redressa enfin. Hermione observa attentivement chacun de ses mouvements. Il commença par sortir un paquet de son sac qu'il posa sur une table, puis son chaudron de cours qu'il remplit d'eau grâce à la magie. La jeune femme était de plus en plus intriguée. Il leva ensuite sa baguette pour lancer un sort de mutisme à la pièce. Elle le vit poser sa baguette sur la même table puis commencer à… Par merlin ! Il se déshabillait ! Il déboutonna d'abord sa chemise et la retira. Hermione s'agita dans son petit coin, mal à l'aise. Elle se sentait comme une voyeuse. Elle ne détourna pas les yeux pour autant. La lueur de l'unique bougie encore allumée créait des ombres très prononcées et faisait ressortir chaque muscle du Serpentard. Ses mouvements étaient hypnotisants. Elle repéra la marque des ténèbres sur son bras gauche. Il n'avait pas menti tout à l'heure, elle était en train de s'estomper. Hermione laissa ses yeux s'attarder sur ses bras, sculptés par le sport puis elle suivit le tracé de ses veines apparentes jusqu'à ses longues mains. Ces dernières commencèrent d'ailleurs à déboutonner son pantalon noir. Hermione commençait à avoir très chaud sous la cape. Jusqu'où allait-il aller ainsi ?

Mais Hermione ferma vite les yeux, une main sur la bouche pour retenir un cri de stupeur. Il avait tout enlevé d'un coup, sous-vêtement comprit. Elle entendit le bruit du froissement des vêtements, puis ses pieds nus se déplacer sur le plancher. Elle ne pouvait pas rester les yeux clos, bon sang ! Elle était là pour découvrir ce qu'il tramait. Elle n'était plus une petite fille, ce n'était pas un homme nu qui allait lui faire perdre ses moyens. Lentement, la Gryffondor rouvrit un œil, puis deux. Malefoy lui tournait le dos. Inconsciemment, elle en fut soulagée. Il s'était également éloigné de la seule source de lumière. Il regardait à nouveau le ciel, mais sans télescope cette fois. La brune n'en était pas sûre mais elle croyait voir les mains de son ennemi trembler.

Au loin, l'horloge de Poudlard sonna minuit. Hermione vit alors, comme au ralentit, Malefoy s'écrouler au sol dans un râle de douleur. Que lui arrivait-il ? Par Merlin ! Il avait besoin d'aide ! Elle se remit debout immédiatement, laissant tomber la cape d'invisibilité par terre. Malefoy lâcha un nouveau cri, tous les muscles de son corps tendus à l'extrême. Sans réfléchir, la brune accourut auprès de l'ancien mangemort. Elle se laissa tomber à genoux à ses côtés.

— Malefoy ? Malefoy ! Réponds-moi !

Le blond ouvrit les yeux. Il avait les traits déformés par la douleur.

— Granger ? Qu'est ce que… aH !

Il attrapa le bras de la jeune femme et le serra avec force, lui faisant presque mal. Hermione entendit un horrible craquement : une des jambes de Drago formait un angle étrange. La panique la gagna et les larmes lui montèrent aux yeux.

— Oh mon dieu… Qu'est ce qu'il t'arrive ? Il… Il faut que j'aille chercher quelqu'un.

Elle fit mine de se lever mais la poigne de Drago se raffermit sur son bras, la retenant.

— Non… (Il avait le souffle court.) Reste… S'il… te plait. Hmmmm !

Le visage de Drago se crispa, alors qu'une nouvelle salve de douleur se déchaînait en lui. Impuissante, Hermione sanglotait. Elle posa alors sa main sur sa joue.

— Je suis là ! Je… Tu es brûlant ! Elle sortit un mouchoir et sa baguette de sa poche : Aguamenti.

Le tissu imbibé d'eau, elle entreprit alors de rafraîchir son camarade. Lentement, elle le passa sur son visage, son torse et ses bras. Il semblait se détendre à chacun de ses mouvements malgré les os qui semblaient continuer de craquer. Elle ne saurait dire combien de minutes s'étaient écoulées, quand un flash semblant provenir de Drago lui-même l'éblouit. Il lui fallut quelques secondes pour que sa vision soit de nouveau habituée à la pénombre.

Alors, elle poussa un cri d'horreur et rampa en arrière. Là, étendue devant elle, ne se tenait plus Drago Malefoy mais la créature qu'elle avait vu cette nuit-là !

La bête ouvrit lentement les yeux, et fixa la jeune femme de ses yeux bleus. Puis elle se redressa sur ses quatres pattes. Hermione pointa sa baguette sur elle, prête à riposter en cas d'attaque. Mais la créature n'en fit rien. Au contraire, elle se détourna pour se diriger vers la table où Malefoy avait laissé ses affaires. Malefoy ! Hermione regarda autour d'elle, cherchant le jeune homme des yeux. Mais il n'était visible nulle part… L'évidence la frappa de plein fouet.

— Malefoy ?

La créature tourna sa tête vers elle, comme répondant à son nom. Hermione porta la main à sa bouche, choquée. Il s'était métamorphosé ! Le Serpentard était devenu cette chose ! Les pièces du puzzle s'emboitaient dans l'esprit de la jeune femme en même temps qu'un milliard de questions y apparaissaient. Hermione se releva et s'approcha.

— C'est bien toi ? Comment est-ce possible ?

Il laissa échapper une sorte de jappement et haussa les épaules. Il mit ses pattes avant sur la table et entreprit, à l'aide de ses dents, de défaire le paquet qu'il y avait laissé. Il en découvrit un énorme gâteau qu'il dévora aussitôt. Hermione l'observa plus attentivement. Il semblait différent de la dernière fois. Plus en chair. Et un fin duvet blanc poussait sur tout son corps. Elle remarqua aussi de toutes petites plumes sur les excroissances de son dos et l'extrémité de sa queue. Intriguée, la jeune femme voulut le toucher, mais à peine eut-elle posée la main sur son dos que Malefoy se dégagea et poussa un grognement sec.

— Oh! Je vois que ton état ne te rend pas plus aimable…

Elle l'entendit souffler par ses narines, comme exaspéré. Il se pencha sur le chaudron rempli d'eau et se mit à boire quasiment tout le contenu. Hermione se mit alors à parler toute seule, faisant les cent pas.

— J'ai des milliers de questions ! Qu'est ce qui t'es arrivé déjà ? Je vois bien que tu ne peux pas me répondre sous cette forme… Mais quand vas-tu redevenir toi-même ? Certainement avant le début de la journée, tu n'as pas loupé un seul cours depuis la rentrée. À quelle fréquence est-ce que ça arrive ? Ce n'est pas la pleine lune aujourd'hui, tu n'es donc pas un loup-garou. D'ailleurs tu es quoi ? Je n'ai jamais vu cet animal, dans aucun livre… tu as l'air d'évoluer, tu me diras, quand tu auras atteint ta forme finale, tu seras peut-être plus reconnaissable. Quoi ? Pourquoi tu me regardes avec cet air ?

Malefoy s'était retourné et avait la tête penchée, interrogatif. Mais elle ne saurait dire ce qu'il lui demandait. C'était elle qui se posait des questions ici ! Elle avait hâte qu'il puisse y répondre ! Mais pour se faire, il devait redevenir humain. Elle repensa alors à sa transformation, il avait eu l'air de souffrir le martyre. Ça avait été affreux. Elle réprima un frisson.

— Ta transformation… c'est… toujours comme ça ? demanda-t-elle, hésitante.

Elle vit Malefoy acquiescer de sa grosse tête de félin. Hermione se mordit la lèvre, elle appréhendait désormais cet instant. Elle n'imaginait pas ce que LUI pouvait ressentir.

Le Serpentard s'allongea par terre sur son flanc. Il semblait prêt à finir sa nuit. Hermione se couvrît donc de sa cape et s'assit en tailleur, non loin de lui.

— C'est vraiment incroyable.

Elle ne pouvait pas s'empêcher de le fixer. Elle ne s'imaginait pas pouvoir dormir après ce genre de découverte. Il allait falloir qu'elle aille à la bibliothèque, des recherches approfondies s'imposaient.

Hermione ne se sentit pas partir, mais c'est pourtant un bruit qui l'a sorti du sommeil. Le soleil était en train de se lever. Elle regarda autour d'elle, hagarde… Elle se rappela progressivement où elle se trouvait et pourquoi. Puis un gémissement plaintif dirigea son regard sur Drago Malefoy, toujours sous sa forme animal, étendu au sol. Il se tordait de douleur, la gueule ouverte cherchant de l'air.

Le voir ainsi réveilla immédiatement Hermione. Elle se précipita sur lui.

— Je suis là, ce sera bientôt fini… Malefoy, tu m'entends n'est ce pas ?

Il hocha imperceptiblement la tête. Hermione vit une larme couler au coin de son œil fermé. Le cœur de la jeune femme se serra.

— Ça… Ça va aller… Tu n'es pas seul…

Elle posa une main hésitante sur sa tête, entre ses oreilles. D'abord sans bouger, puis pour lui prodiguer de légères caresses. Il lui sembla alors que la respiration de Malefoy se faisait plus régulière.

Après quelques interminables minutes, un grand flash les éblouit. Quand elle rouvrit les yeux, la main d'Hermione se trouvait dans les cheveux blonds du jeune homme, complètement nu à côté d'elle. Il retrouvait doucement son souffle.

— Ce serait bien que tu te retournes maintenant, lui somma le Serpentard.

— Par Merlin ! sursauta la jeune fille.

Elle retira prestement sa main, se remit debout et tourna le dos au jeune homme. Les questions se bousculèrent à nouveau dans son esprit alors qu'elle attendait qu'il soit décent.

— Est ce que tu vas m'expliquer maintenant ?

— Que veux-tu savoir de plus Granger ?

La Gryffondor se retourna vers lui vivement, il finissait de boutonner sa chemise. Elle se sentit rougir mais en fit vite abstraction. Elle voulait TOUT savoir pardi !

— Comment est ce arrivé ?

— J'ai été maudit.

— Quand ?

— Lors de la bataille de Poudlard.

Malefoy était en train de ranger ses affaires, Hermione s'approcha de lui, impatiente.

— À quelle fréquence te transformes-tu ? Tu ne le contrôles pas ?

— Toutes les nuits, et non tu t'en doutes. Qui s'infligerait ça volontairement ? dédaigna le blond.

Effectivement, l'état dans lequel il s'était retrouvé n'était vraiment pas enviable. Puis la lionne tiqua…

— Ça fait plus de quatre mois… souffla-t-elle.

— Bravo pour le calcul mental Miss-je-sais-tout.

Il avait rassemblé toutes ses affaires et se dirigeait vers les escaliers. Plongée dans ses pensées, Hermione ne remarqua pas immédiatement qu'il s'en allait. Quand ce fut le cas, elle le héla.

— Hey ! Où tu vas ?

Mais il l'ignora. Elle attrapa sa cape et entreprit de le suivre.

— Attends ! J'ai encore pleins de questions à te poser.

— Eh bien vas-y.

— Je…

Hermione s'interrompit : il n'opposait pas de résistance ? Elle avait imaginé devoir insister, peut-être même le menacer pour qu'il lui réponde… Mais à sa grande surprise, il semblait ouvert à la discussion.

— Bien alors… (Elle chercha une question pertinente.) En quoi est-ce que tu te transformes ?

— Je ne sais pas.

Ah.

— Est-ce que quelqu'un est au courant ?

— Ma mère.

— C'est tout ? Il faudrait en parler à la directrice ! Qui sait de quoi…

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle fut plaquée contre le mur du couloir. Malefoy la retenait par l'épaule, le visage à une dizaine de centimètres du sien. Il lui releva le menton d'une main pour qu'elle le regarde dans les yeux.

— Je t'interdis d'en parler à qui que ce soit, compris ? Si j'apprends que… Ou peut-être que je devrais te lancer un sortilège d'Oubliette sur le champ, c'est ça ?

On y était : les menaces. Hermione avait trouvé étrange la passivité de Malefoy jusque là mais sa vraie nature revenait au galop.

— Eh bien vas-y ! Qu'est ce que tu attends ?

Il fronça le nez. Hermione regretta aussitôt de le défier ainsi. De quoi serait-il capable pour garder un tel secret ?

— Ne me tente pas ! Tu dois seulement te taire. Si je te lance un sort, je risquerais d'endommager ton précieux cerveau au passage. Ce n'est pas ce que tu veux, si ?

— Non, mais…

Hermione cherchait ses mots : ils étaient tellement proches. Elle avait du mal à réfléchir alors que son regard accrochait celui de Malefoy. Était-ce des paillettes bleues qu'elle voyait dans les yeux gris glacés du sorcier ? Ils dégageaient une telle intensité.

— Alors vas-tu te taire ?

Il serra un peu plus son menton entre ses doigts. Que devait-elle répondre ? Oui, évidemment, au moins pour qu'il la laisse tranquille. Mais Hermione avait la désagréable impression qu'il saurait si elle mentait. Pouvait-il sentir son coeur battre ? Comme elle sentait la chaleur qui se dégageait de son corps, ainsi que son odeur, particulièrement masculine. Mais à quoi pensait-elle ? Ne devrait-elle pas plutôt trancher pour dénoncer Malefoy ou non ? Il le mériterait, elle en était certaine. Mais pourquoi avait-elle attendu jusque là ? Elle avait eu toute la nuit pour le faire. Hélas, sa compassion, d'abord, et sa curiosité, ensuite, l'en avaient empêché. Incertaine, Hermione se mordit la lèvre. Malefoy suivit le mouvement des yeux. Merde. Son corps et son esprit s'engourdissaient.

Elle devait s'éloigner pour retrouver sa lucidité. D'un geste brusque, Hermione se dégagea de l'emprise du Serpentard et s'écarta d'un pas.

— J'ai compris, c'est bon.

Malefoy cligna des yeux, semblant sortir d'une sorte de transe. Il se redressa, bien droit, et s'éclaircit la gorge.

— Jure le Granger. Jure que tu n'en parleras pas ?

Mais avant de répondre, le cerveau d'Hermione se mit à tourner à mille à l'heure. À distance du blond, elle réfléchissait mieux. Il fallait qu'elle en profite ! Malefoy voulait qu'elle garde son secret, mais ce vil serpent ne lui offrait rien en échange. Elle devait négocier un accord. Elle repensa à leur entretien avec la directrice la veille, qui les avait félicités et avait souligné leur esprit d'équipe. McGonagall souhaitait clairement un rapprochement entre les élèves des maisons, et qui mieux qu'eux deux pour frapper un grand coup. Même s'il était évident qu'ils ne s'entendraient jamais, faire croire le contraire aux autres étudiants pouvaient changer la donne. Hermione tenait vraiment à cette paix qu'ils s'étaient donnés tellement de mal à obtenir en affrontant Voldemort. Alors elle se lança :

— Je le jure… Sous certaines conditions.

— Voyez-vous ça… s'indigna le Serpentard. Et quel contrat veux-tu placer sur ma vie Granger ?

Comment ? C'était l'hôpital qui se fichait de la charité : il venait de la menacer de lui griller la cervelle. Mais Hermione se força à en faire abstraction.

— Tout d'abord, tu continueras à répondre à toutes mes questions.

Il leva les yeux au ciel.

— Si tu veux. Je ne pensais pas vraiment y échapper à vrai dire. La Miss-je-sais-tout que tu es ne supporterais pas de ne pas tout savoir, n'est ce pas ?

Il eut un rictus de dédain à son encontre. Hermione l'ignora et ne se laissa pas démonter.

— Je veux aussi qu'on devienne ami…

— Pardon ? (Malefoy éclata de rire). Jamais.

— Laisse-moi finir ! En apparence. J'aimerais qu'on devienne ami en apparence.

Le blond était intrigué. Hermione se rendait compte que la demande pouvait sembler farfelue. Elle s'expliqua :

— Il y a des tensions à Poudlard, tu t'en es rendu compte. Daphnée n'est pas le seul cas d'élève harcelé par les autres dans un but de justice absurde. En dehors de ces murs, des sorciers adultes font ce même genre de chose. Les parents de nos camarades font ce genre de choses ! Il… Il leur faut un autre exemple. Je suis une héroïne de guerre. Ne me regarde pas comme ça, on m'a attribué ce titre, je ne l'ai pas voulu. Et toi, tu es un ancien mangemort. Je… J'imagine que si on fait semblant d'être ami, notre exemple aura un impact plus fort, plus percutant sur les autres. Tu comprends ?

Malefoy ne fit même pas semblant de réfléchir :

— C'est ridicule.

Hermione se renfrogna. Ce qu'il pouvait se montrer irritant. Il pouvait au moins y songer. Une petite contribution à la paix ne lui ferait pas de mal après tout. Elle croisa les bras sur sa poitrine.

— Eh bien, c'est ma condition pour garder ton secret.

Malefoy crispa la mâchoire. Il semblait peser le pour et le contre entre lui lancer un sortilège d'amnésie sur le champ ou accepter cette requête qui allait à l'encontre de ses principes, à savoir "toujours être désagréable avec la née-moldu du nom d'Hermione Granger".

— Très bien, alors comment sommes-nous censés montrer notre nouvelle amitié au monde ?

Hermione réprima un sourire, satisfaite.

— Je n'ai pas vraiment réfléchi aux détails, mais nous pourrions afficher une entente cordiale. S'asseoir à côté l'un de l'autre à un ou deux cours, arriver ensemble pour le dîner. Des actes basiques.

Au loin, le brouhaha caractéristique d'un groupe d'élèves en approche se fit entendre. Hermione regarda autour d'elle, paniquée.

— Quelle heure est-il ?

C'est un tableau représentant un lapin blanc qui lui répondit :

— Il est neuf heures moins cinq. Vous êtes en retard.

— Quoi ? Oh merde ! (Hermione se tourna vers Malefoy.) Avons-nous un accord ?

— Nous avons un accord, répondit-il.

Elle hocha la tête. Puis, sans plus attendre, se mit à courir. Elle détestait être en retard.