Introduction :
La pluie tombait en une bruine fine et froide, rendant les pavés de Gotham glissants et luisants sous les rares lampadaires fonctionnels. Bruce Wayne, encore un jeune garçon, marchait entre ses parents, sa petite main nichée dans celle de son père. C'était une soirée comme tant d'autres, après une sortie au théâtre, une tradition familiale depuis aussi longtemps qu'il s'en souvienne. Pourtant, ce soir-là, quelque chose semblait différent. La ville elle-même semblait retenir son souffle, comme si elle attendait que le pire se produise.
Bruce, d'un naturel curieux, observait autour de lui. Les silhouettes se pressaient sous des parapluies trempés, les éclats de voix se perdaient dans le bruit incessant de la pluie qui frappait le bitume. Il aimait ces moments simples avec ses parents. Son père, Thomas Wayne, marchait d'un pas assuré, sa stature imposante dégageant une confiance tranquille. Sa mère, Martha, riait légèrement, ajustant son manteau en cachemire autour de ses épaules pour se protéger de l'humidité. Tout semblait paisible, à sa place. Mais cette paix ne dura pas.
Sans crier gare, une ombre surgit de l'obscurité. Un homme, en haillons, une arme pointée vers eux, s'interposa brusquement. Son visage était caché sous une capuche usée, mais son regard, celui d'un homme désespéré, perçait les ténèbres.
« Donnez-moi tout ce que vous avez ! » aboya-t-il, sa voix trahissant une nervosité palpable.
Le cœur de Bruce s'emballa. Ses parents, eux, restèrent calmes. Thomas, toujours protecteur, tendit son portefeuille sans un mot, espérant désamorcer la situation. Mais ce n'était pas assez. L'homme fixait le collier de perles immaculées autour du cou de Martha. Son regard avide se posa dessus, et d'un geste brusque, il arracha le bijou. Les perles éclatèrent, rebondissant sur le sol mouillé dans un bruit sec et étrange.
Bruce se souviendrait toujours de ce moment. La pluie semblait s'arrêter, les bruits de la ville se fondirent dans un silence oppressant. Puis, il y eut le coup de feu.
Le corps de Thomas s'effondra d'un seul coup, comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Bruce n'eut pas le temps de réagir avant qu'un second coup de feu ne retentisse. Sa mère tomba à son tour, ses mains fines se crispant une dernière fois sur les plis de son manteau avant de sombrer dans l'immobilité.
Le jeune Bruce resta figé, incapable de bouger ou même de crier. Tout s'était effondré autour de lui, en un instant. La pluie continuait de tomber, froide et indifférente, s'infiltrant à travers ses vêtements. Ses yeux, grands ouverts, étaient rivés sur les corps de ses parents. Ils étaient là, gisant dans cette ruelle sale, sans vie. Ses perles roulaient encore doucement sur le sol, comme des fragments brisés de la vie qu'il connaissait.
Le bandit s'enfuit, mais Bruce ne remarqua même pas son départ. Ses pensées étaient prisonnières de cette scène irréelle. Le temps semblait s'étirer à l'infini, chaque seconde plus douloureuse que la précédente. La terreur, l'incompréhension, la rage... tout se mélangeait dans son esprit en un tourbillon de douleur insupportable.
C'est à ce moment-là que quelque chose changea en lui. Une chaleur étrange commença à se répandre dans son corps, partant de son estomac pour se diffuser dans ses membres. Son cœur battait si fort qu'il avait l'impression qu'il allait exploser. Ses poings se serraient d'eux-mêmes, comme animés par une force qu'il ne contrôlait pas. Il sentait une énergie croître, une puissance mystérieuse et sauvage, qui émanait de lui sans qu'il comprenne comment.
Le métal autour de lui commença à vibrer. Des objets insignifiants, comme des bouts de tuyaux rouillés et des morceaux de métal éparpillés dans la ruelle, se mirent à frémir, puis à se soulever lentement du sol, comme attirés par une force invisible. Bruce ne savait pas ce qui se passait, mais il pouvait sentir cette énergie incontrôlable circuler en lui, alimentée par sa douleur, par sa colère.
C'était son alter. Il ne le savait pas encore, mais cette nuit-là, le traumatisme de la perte de ses parents avait éveillé une puissance enfouie en lui, une force magnétique qui se manifestait pour la première fois.
Les jours suivants furent un véritable brouillard pour Bruce. Le choc avait laissé place à un vide immense. Le manoir Wayne, autrefois si vivant, était devenu silencieux, presque oppressant. Alfred, le majordome de la famille, veillait sur lui, mais Bruce se murait dans un silence que personne ne pouvait briser. Il errait dans les couloirs du manoir, revivant sans cesse la scène dans la ruelle, les perles de sa mère roulant sur le sol, les coups de feu, le regard vide de son père.
La nuit, il ne dormait presque plus. Allongé dans son lit, les yeux grands ouverts, il sentait cette force en lui, ce pouvoir qu'il ne comprenait pas. Il passait des heures à fixer ses mains, se demandant d'où venait cette énergie qui semblait surgir de nulle part. Il avait peur. Peur de ce pouvoir, peur de ne pas pouvoir le contrôler. Chaque fois qu'il se laissait submerger par ses émotions, il sentait cette énergie magnétique envahir son corps, faire trembler les objets métalliques autour de lui. C'était comme un monstre qu'il ne pouvait pas retenir, une force brute et sauvage.
Bruce se demandait souvent ce que ses parents auraient pensé de tout cela. Ils avaient toujours été si sûrs d'eux, si forts. Lui, en revanche, se sentait perdu. Il voulait maîtriser ce pouvoir, mais il ignorait par où commencer. Il n'avait personne vers qui se tourner, personne pour comprendre ce qu'il traversait. Il était seul, terriblement seul dans ce manoir trop grand pour lui.
Les jours se succédaient sans qu'il ne parvienne à trouver de réponses. Sa seule certitude était qu'il devait comprendre cette force. Il n'avait pas le droit d'échouer. Gotham était une ville sans pitié, et s'il ne maîtrisait pas ce pouvoir, il serait à jamais vulnérable. Il le savait. Et il ne laisserait jamais cela arriver.
Environ 80 % de la population mondiale possèdait un "alter", une capacité surnaturelle qui peut varier de dons physiques impressionnants à des pouvoirs plus subtils ou même dangereux. Ces alters se manifestaient généralement dès l'enfance, faisant des pouvoirs une partie intégrante de la vie quotidienne. En raison de cette évolution, la société a dû s'adapter pour gérer les alters, et les héros professionnels étaient devenus des figures centrales. Ces héros, autorisés par des licences officielles, utilisaient leurs alters pour protéger la population contre les vilains, résoudre des situations d'urgence, et maintenir l'ordre public.
Les années passèrent. Bruce n'était plus l'enfant effrayé de cette ruelle. Il avait grandi, son corps s'était affermi, son esprit s'était aiguisé. Il avait appris à contrôler son alter, à canaliser cette énergie magnétique qui coulait en lui. Mais ce contrôle avait un prix. Il s'était coupé du monde. Gotham, sa ville natale, était devenue pour lui un lieu de souffrance et de solitude. Chaque rue, chaque bâtiment lui rappelait la nuit où tout avait basculé.
C'est à ce moment-là qu'il prit une décision radicale. Il devait quitter Gotham. La ville qui avait vu grandir Bruce Wayne n'était plus qu'un tombeau pour lui, un rappel incessant de ce qu'il avait perdu. S'il restait ici, il ne pourrait jamais se reconstruire, jamais devenir le héros qu'il voulait être. Il décida de partir, loin de ces souvenirs qui le hantaient, loin de cette ville qui l'étouffait.
Il choisit un nouveau nom, une nouvelle identité. Ken Nemo. « Ken » pour symboliser la force, le poing. « Nemo » pour signifier qu'il n'était plus personne, qu'il laissait Bruce Wayne derrière lui. Ce nom représentait sa renaissance, son désir de devenir quelqu'un de nouveau, quelqu'un de plus fort, capable de faire face aux ténèbres.
Mais avant de partir, il passa des heures à réfléchir à ce que cela signifiait vraiment d'être un héros. Il se souvenait d'All Might, ce héros légendaire qui incarnait tout ce qu'il admirait. All Might n'était pas seulement un symbole de puissance, il représentait l'espoir, la lumière dans un monde plongé dans l'obscurité. Lui, aussi voulait symboliser l'espoir, mais il voulait aussi représenter la peur dans les yeux des criminels…Bruce, ou plutôt Ken, se demandait s'il pourrait un jour être comme lui, ce héros japonais. Qu'est-ce que cela signifiait, être un héros ? Pouvait-il vraiment apporter la justice à Gotham, lui qui était né de la tragédie et de la colère ?
Ses pensées le tourmentaient alors qu'il se préparait à entrer à l'académie des héros. Ce lieu prestigieux représentait pour lui une nouvelle chance, un nouveau départ. Mais il savait que même là-bas, il ne serait jamais totalement débarrassé de son passé. Les ombres de Gotham le suivraient partout où il irait.
L'académie se dressait devant lui, majestueuse, imposante. Les couloirs, les salles d'entraînement, tout respirait l'excellence. Bruce, désormais Ken Nemo, ressentait à la fois de l'excitation et de la crainte. Cette nouvelle étape dans sa vie était cruciale. Il devait prouver qu'il méritait sa place ici, prouver qu'il pouvait maîtriser son alter, qu'il pouvait devenir un héros, malgré le poids de son passé.
Il regarda une dernière fois vers l'horizon, vers Gotham, la ville qu'il avait laissée derrière lui. C'était le début d'une nouvelle vie, une vie où il pourrait peut-être, un jour, devenir celui qu'il avait toujours admiré : un véritable héros.
