- Gemino, chuchota Hermione.
La Gryffondor observait la réplique parfaite qu'elle venait de créer, et mis la bague originale dans la poche de sa cape, satisfaite. Elle se retourna une dernière fois avant de quitter le bureau du directeur, espérant que sa supercherie ne serait pas découverte avant qu'elle n'obtienne quelques réponses.
Elle s'éloignait d'un pas faussement calme de la gargouille lorsqu'une voix manqua de la faire crier.
- Veuillez me suivre, Miss Granger.
Elle se fustigea mentalement, mécontente de s'être laissée fait prendre ainsi, elle n'avait aucunement besoin de se retourner pour savoir qui s'adressait à elle.
La Gryffondor tremblait malgré elle, le silence de Rogue était glaçant, elle aurait préféré qu'il hurle, qu'il la menace, qu'il la saisisse par la taille… Non. Ce n'était définitivement pas le bon moment pour rêvasser.
Elle ne saurait mettre de mots sur leur rapprochement récent et ignorait ce que pouvait bien penser le potionniste, mais il était certain qu'un œil attentif pourrait discerner que leur relation avait évolué et ne se cantonnait plus à un simple rapport élève-professeur.
Il y a quelques mois, Rogue lui aurait enlevé des dizaines de points pour s'être introduit ainsi dans le bureau du directeur, il lui aurait donné des heures de colle, l'aurait déchu de son statut de préfète, il aurait peut-être même voulu la faire expulser.
Elle ne savait pas ce qui l'attendait mais constatait qu'ils prenaient la direction des cachots puis des quartiers personnels de son professeur.
Son cœur battait frénétiquement dans l'angoisse des minutes à venir, ou peut-être était-ce parce qu'elle sentait la cape de Rogue l'effleurer à chaque pas.
Lorsqu'elle pénétra dans la pièce elle reconnut immédiatement le salon qu'elle avait vu dans les souvenirs de Rogue.
- Pourquoi suis-je ici ?
- Vous ne manquez pas de culot, répondit-il. Asseyez-vous.
Elle prit place timidement dans un des fauteuils et regarda d'un air un peu ahuri Rogue remplir deux verres, du whisky pur feu pour lui et du vin d'ortie pour elle, avant de se dévêtir de sa cape et de sa redingote.
- Je vous le redemande, Miss, qu'avez-vous appris ?
La simple évocation de ce souvenir la fit rougir honteusement, elle ne baissa pas pour autant les yeux.
Il jouait avec elle et n'était pas dupe quant aux pensées qui traversaient l'esprit de la jeune femme, c'était même l'effet recherché. Il la voulait assez vulnérable pour qu'elle puisse révéler ses secrets.
Il n'en était pas fier mais il avait néanmoins pris le soin de s'installer à une distance raisonnable d'elle, séparé d'une table basse. Il n'en laisserait rien transparaître mais la proximité physique était dangereuse pour lui aussi. Quel espion pitoyable faisait-il pour se laisser tenter de la sorte? Elle était trop expressive, d'une sincérité déconcertante, trop insolente. Ses pensées et ses actes avaient fini par avoir raison de lui, elle le désirait si avidement, comment résister à ces promesses indécentes ? Il se laissa envoûter quelques secondes par la concupiscence d'Hermione avant de reprendre ses esprits.
- Que faisiez-vous là-bas ?
Il avait quelque chose d'accessible ainsi installé dans son fauteuil, l'air confiant, les jambes croisées, trempant les lèvres dans son verre.
- Vous ne repartirez pas d'ici tant que je n'aurais pas eu de réponses satisfaisantes.
Mais par où commencer ? Elle vida son verre d'un seul coup pour se donner du courage et respira profondément.
- J'ai appris l'existence des horcruxes, monsieur.
Il se redressa.
- Les horcruxes de Voldemort, compléta Hermione d'une voix tremblante.
Voilà donc ce que Dumbledore manigançait avec Potter.
Il fulminait. C'était donc de ça qu'il était mis à l'écart, rien que ça ? Comment pouvait-il décemment choisir de révéler un élément de cette importance à Potter et pas à lui ?
Rogue s'était levé et faisait désormais les cents pas devant Hermione, déconfite.
- Combien ? gronda-t-il au bout d'un certain temps.
Il se rassit face à elle, tentant de se calmer.
Elle lui raconta le souvenir de Slughorn, les horcruxes déjà détruits, les hypothèses concernant les autres, et sa conclusion que Harry devait en être un.
De longues minutes s'en suivirent pendant lesquelles Rogue semblait réfléchir intensément, la tête plongée dans ses mains, accoudé sur ses genoux.
- Il doit bien exister une solution, professeur ?
- Non, aucune.
Son ton était sans appel.
Il pointa sa baguette sur son verre pour le remplir à nouveau et fit de même avec celui d'Hermione. Il vida le sien et se leva, recommençant à déambuler.
La Gryffondor hésitait, elle ne savait pas si elle devait s'en aller ou lui apporter des précisions et elle mourrait d'envie de lui demander des explications sur les horcruxes.
- J'ai fait des recherches… Connaissez-vous le conte des Trois Frères de Beedle le Barde ?
Il haussa un sourcil en la défigurant.
- Vous vous instruisez en lisant des livres pour enfants maintenant ?
- Je suis tombée dessus par hasard. Mais je me demandais s'il pouvait y avoir une part de vrai là-dedans…
- Vous êtes ivre, déclara-t-il en lui retirant son verre.
Hermione soupira, n'importe qui aurait cette réaction, présenté comme cela.
- Harry a une cape d'invisibilité. Elle est transmise dans sa famille depuis des générations et elle est plus efficace que tout ce qui peut exister sur le marché, même après tant d'années.
Il renifla, prêt à lui lance une pique acerbe mais lui accorda le bénéfice du doute.
- J'ai repéré ce symbole… il était dans le livre, je l'ai vu sur une bague dans le bureau du Professeur Dumbledore. Une bague qui servait d'horcruxe, mais qui n'en est plus un. Le symbole apparaît sur la pierre.
Rogue s'arrêta de marcher pour lui faire face, elle était toujours assise au fond du fauteuil.
- Qu'insinuez-vous ?
- Je ne sais pas, je voulais prendre la bague pour l'étudier. Je pense que la pierre a un lien avec cette histoire et si les reliques existent, je pense qu'elle pourrait être la fameuse pierre permettant de ramener les morts à la vie.
- C'est absurde, il n'existe rien de tel.
- Et si c'était le cas, monsieur?
Elle sortit la bague de sa poche en se levant et la tendit à Rogue qui l'observa attentivement.
Il était intrigué par la magie qui émanait de l'objet et d'un informulé il sépara la pierre de l'anneau qu'il rendit à Hermione, sans quitter des yeux le symbole des reliques de la mort.
- C'est un horcruxe, vous disiez ?
- Ça l'était, Dumbledore l'a détruit.
Les sourcils froncés, il passa sa baguette autour de la pierre.
Il s'agissait là sans le moindre doute d'un puissant objet magique et il était impossible qu'une telle puissance puisse se dégager d'un stigmate d'horcruxe.
Le souffle coupé, elle le regarda se concentrer sur la pierre, l'analyser et lui lancer des sorts pendant une vingtaine de minutes, commençant à croire que son hypothèse n'avait rien de ridicule.
- Qu'en pensez-vous?
Il leva lentement les yeux vers elle, il n'avait alors plus rien d'accessible.
- Sortez.
- Monsieur ?
- Vous m'avez entendu.
Dans l'incompréhension, Hermione se rapprocha doucement.
- La pierre…
- Hors de question.
- Mais…
- Foutez le camp !
Son regard la brisa, il n'avait jamais été aussi méprisant, pas même envers Harry. Elle déglutit, luttant pour préserver un semblant d'assurance.
- Je ne partirai pas sans la pierre, monsieur.
Hermione eut à peine le temps de réaliser qu'il pointait sa baguette sur elle qu'elle se retrouva propulsée plusieurs mètres en arrière et heurta la porte brutalement. Elle se redressa difficilement sur ses coudes, meurtrie, et croisa le regard destructeur de l'ancien mangemort.
- Vous n'êtes qu'une espèce de gamine sans aucun intérêt, tout juste baisable. Dégagez.
Rogue avait l'air profondément dégouté, sa baguette toujours tendue vers elle. Effrayée, elle se releva en vitesse et partit en courant, ignorant la douleur dans sa cheville et les larmes qui brouillaient sa vue.
Prise de nausées, elle s'arrêta dans les premières toilettes sur son chemin et s'effondra.
Elle était secouée de violents sanglots. Plusieurs mois de tensions accumulées, la peur, les agressions et elle en était là, à genoux en train de vomir.
Elle s'évertuait à surmonter les obstacles dignement, elle allait jusqu'au bout de ses forces pour trouver des solutions, elle avait tout donné et pourquoi ? Pour se faire humilier et piétiner par Severus Rogue, encore.
Elle ne comprenait pas ce qu'il s'était passé, ce qu'elle avait fait, elle ne l'avait jamais vu utiliser la force avant les mots, et quels mots. La vulgarité ne faisait habituellement pas parti du registre du maître des potions, loin de là. Il avait vraisemblablement voulu la remettre à sa misérable place et lui faire mal. Comme toujours, il avait été d'une efficacité redoutable. Et en plus de ça il l'avait privé de son seul espoir de sauver son ami.
Si elle était certaine d'une chose après ça, c'est que cette pierre n'était pas un vulgaire caillou, il y avait vu quelque chose, elle avait forcément son importance. Elle ne s'arrêterait pas là, elle la récupèrerait.
La Gryffondor décida de se lever d'un pas rageur mais manqua de tomber tant elle avait mal. La décharge d'adrénaline était passée, elle prenait conscience qu'elle s'était faite méchamment malmener. Sa cheville était enflée et prenait une teinte bleutée à vue d'œil, elle sentait une douleur lancinante à l'arrière de tête et remarqua en y glissant ses doigts qu'elle saignait.
Ce n'est que lorsqu'elle se réveilla à l'infirmerie qu'elle comprit qu'elle avait perdu connaissance.
D'après madame Pomfresh, un Serpentard l'avait entendu crier et lorsqu'il était arrivé dans les toilettes, elle était inconsciente.
Hermione avait raconté à la médicomage qu'elle était tombée dans les escaliers et s'était réfugiée dans les toilettes les plus proche car elle se sentait malade, son histoire avait dû la convaincre puisqu'elle n'eut pas à se justifier davantage.
Elle s'en sortit avec une vilaine entorse de la cheville et une commotion cérébrale que Madame Pomfresh n'eut aucun mal à soigner, et fut autorisée à quitter l'infirmerie le lendemain matin.
Il fallut quelques jours à Hermione pour se remettre de ses émotions, Rogue semblait être destiné à hanter ses nuits, qu'il s'agisse de rêves doux ou de cauchemars traumatisants.
Elle ne l'avait pas revu depuis qu'il lui avait pris la pierre et c'était un grand soulagement.
Cependant elle redoutait l'inévitable, en effet le cours de défense contre les forces du Mal allait commencer d'une minute à l'autre.
Harry et Ron ne s'était pas aperçu de l'angoisse qui gagnait Hermione alors qu'ils attendaient devant la salle de cours.
Elle leur avait fourni la même excuse qu'à madame Pomfresh et tous semblaient juger très plausible le fait qu'elle puisse se montrer si maladroite.
Finalement, les garçons et la majorité des élèves hurlèrent de joie quand le professeur McGonagall vint leur annoncer que les cours de défense contre les forces du Mal étaient suspendus provisoirement, de quoi ravir également Hermione qui se sentit un peu plus légère.
Dumbledore serait absent encore quinze jours selon Harry et elle craignait son retour, elle allait forcément avoir des problèmes.
Elle était frustrée et déçue de ne pas avoir accès à la pierre. Les jours s'enchaînaient, chaque jour était plus long que le précédent et elle n'avait aucun moyen d'avancer.
Rogue brillait par son absence, plus personne ne le croisait dans les couloirs, il n'apparaissait plus lors des repas dans la grande salle et n'assurait plus ses cours.
L'hypothèse la plus plausible selon Hermione était qu'il était parti, probablement occupé par une mission. Elle aimait particulièrement cette éventualité car cela lui laisser la possibilité d'essayer de s'aventurer dans son bureau ou ses quartiers pour rechercher la pierre. Bien sûr, elle avait peu d'espoir, quand bien même elle parviendrait à entrer dans l'une de ces pièces, elle n'y trouverait probablement rien du tout.
Mais les chances n'étaient pas nulles et il fallait qu'elle essaye.
La vieille du retour supposé du directeur, Hermione profita d'une de ses rondes de préfète pour s'aventurer dans les cachots.
Elle se tenait devant la porte des appartements de Rogue sans parvenir à faire le moindre geste. Selon elle, c'était ici qu'elle avait le plus de chance de trouver la pierre, mais à son plus grand malheur c'était également là qu'elle avait le plus de chance de trouver son professeur s'il était encore à Poudlard.
Elle tremblait d'appréhension, se remémorant malgré elle la douleur et le choc subis lorsqu'elle avait été projetée contre cette même porte deux semaines auparavant.
Après de longues minutes d'hésitation, elle se lança.
Elle se retint de pousser un cri d'effroi en entrant dans le salon qui semblait avoir été saccagé.
De nombreux débris de verre jonchaient le sol sous les étagères, les diverses potions avaient imprégné et coloré le tapis, plusieurs livres trainaient à proximité et l'un des coussins du fauteuil sur lequel elle s'était assise la dernière fois était déchiré.
Elle regarda partout, cherchant une trace de Rogue, puis remarqua quelques gouttes de sang sur le mur de gauche dans la pièce, à proximité d'une porte. S'approchant avec précaution elle observa ce qui était vraisemblablement une empreinte de poing dans le mur, était-ce Rogue lui-même qui avait fait tout ça ?
Elle poussa la porte entrouverte et découvrit la chambre.
La première chose qui attira son regard fut le miroir brisé face à elle, la petite pierre se trouvant juste devant, comme si elle y avait été lancée avec force.
Elle s'accroupit pour la récupérer et perçut soudainement une forte odeur de sang et le bruit d'une respiration laborieuse.
Elle contourna rapidement le lit et fut prise d'un haut-le-cœur en découvrant Rogue allongé par terre, couvert de sang, le teint livide, les yeux mi-clos, respirant de manière dangereusement lente.
Elle se laissa tomber à genoux à ses côtés et comprit rapidement d'où venait toute ce sang, une profonde coupure en forme de ''Y '' séparait la marque des ténèbres en trois parties.
Il y avait également d'autres coupures plus petites mais tout aussi profondes un peu plus haut sur son bras et probablement une grande au niveau de sa cuisse gauche à en juger par la façon dont son pantalon s'imprégnait de sang de seconde en seconde.
Elle n'avait jamais vu les effets du Sectumsempra mais elle peinait à ne pas y penser devant sa chair déchirée.
S'était-il infligé ça lui-même ? Sa main droite était en piteux état, ses articulations étaient ensanglantées et gonflées, comme s'il avait cogné dans un mur.
