Chapitre 710 ! J'espère qu'Uzushio vous plait autant qu'à moi :)
Chansons pour accompagner ce chapitre : 道 ~to you all et My Demons, toutes deux sur ma playlist !
Bonne lecture :)
Chapitre 710 – Les ruines qui nous entourent
Allongés sur et emmitouflés dans une vieille couverture poussiéreuse qu'ils avaient trouvée dans la cabane, Naruto et Sasuke s'apprêtaient à dormir au sol, le bois craquant sous leurs mouvements. Le haori de Naruto leur servait de couverture supplémentaire, la signature orangée du blond tranchant avec l'obscurité de l'abri, les rapprochant sous son aura réconfortante. En pénétrant les lieux, ils avaient découvert que la cabane était dotée de deux fenêtres, en plus d'une table, d'un banc et de quelques objets divers. Il avaient rapidement balayé le plancher, puis secoué le plaid à l'extérieur avant de l'étendre au sol. Cela n'empêcha pas Sasuke de tousser un moment – allongé sur le dos, il avait le corps froid mais la gorge en feu. Naruto se leva pour ouvrir l'une des fenêtres, qui accueillit sans attendre les courants d'air de l'extérieur. Le froid était mordant mais plaisant, vivifiant, à l'image de cette nuit inespérée. Naruto s'assit à nouveau près de Sasuke, couvrant le plaid de son haori là où il rencontrait le cou de son ami. Sasuke laissa filer son regard sur le tissu contre la peau de Naruto, la main qui le tenait, son bras à moitié découvert, son épaule, le bas de son visage où il s'arrêta.
– Merci, souffla-t-il.
Naruto lui sourit. Il s'étendit comme il le put, mesurant dans la nuit la distance qui lui permettrait d'être aussi proche de Sasuke que possible tout en empêchant leurs corps d'entrer en contact. Sasuke bouscula ses calculs en se tournant de son côté, les yeux fermés. Son genou se déposa contre sa cuisse, sa main attrapa la sienne. Et puis, un « bonne nuit » vint caresser sa tempe avant de glisser à son oreille, y résonnant jusqu'à ce qu'il s'endorme.
Le regard dans le vide, Naruto sentit un frisson le parcourir. Il resserra son yukata contre lui, en vain. Il sentit l'air pur de la forêt contre sa peau exposée, la danse invisible de la nature invitant de nouvelles feuilles à rejoindre le sol brunissant de jour en jour. Naruto suivit la direction vers laquelle le vent le poussait, et retourna auprès de Sasuke.
Le matin, il s'était réveillé avec les rayons du soleil, illuminant délicatement les traits de son ami à travers la fenêtre. Il avait fait en sorte de quitter la cabane sans un bruit, recevant avec un sourire la lumière de cette première matinée à Uzushio. Il s'était retourné avant de fermer la porte de la cabane. Pas une fois il n'avait vu Sasuke dormir ainsi depuis qu'ils avaient quitté Konoha.
– Oh, Sasuke, fit-il en s'arrêtant.
Sasuke se détourna de la couverture qu'il était en train d'étendre sur la branche d'un arbre.
– Naruto.
Le blond se rapprocha de lui, constata qu'il portait son haori.
– Tu t'es levé de bon matin, on dirait.
Naruto suivit Sasuke qui alla s'asseoir face au feu de camp, désormais éteint.
– Tu avais l'air de bien dormir.
Sasuke tenait les pans du haori entre sa main. Il était allé remplir leurs gourdes à la rivière, et Naruto s'affairait à relancer le feu afin de les réchauffer.
– Je suis allé faire un tour, fit-il en déplaçant une branche.
Naruto jeta un œil vers la cabane dont les portes et fenêtres étaient grandes ouvertes. Le brun semblait avoir balayé à nouveau – il toussait encore légèrement. Une fois sa gourde chaude, il la tendit à son ami :
– Ça devrait t'aider.
Sasuke la saisit en le remerciant.
– Ce sera sûrement mieux ce soir.
Naruto acquiesça, avant de se stopper net dans ses mouvements. Il dévisagea son ami un instant.
– Tu, bredouilla-t-il. On…
Sasuke se retourna vers lui, regard inquisiteur. Naruto n'avait pas eu l'intention d'émettre à voix haute ses pensées, mais il poursuivit :
– On… dort ici, ce soir ?
– Sinon où ?
La bouche entrouverte, il ne répondit rien.
– C'est plutôt pratique, ici.
Naruto acquiesça, toujours incapable de répondre.
– Tu préférerais trouver un autre endroit ?
Naruto secoua la tête en signe de négation. La veille, il avait ri en demandant à Sasuke s'ils étaient les deux premiers nouveaux habitants d'Uzushio. Sasuke ne lui avait pas répondu « oui » – il avait simplement commencé à incarner cette réalité.
– Alors on est vraiment les deux premiers nouveaux habitants d'Uzushio…
Les sourcils de Sasuke s'élevant sur son front, Naruto comprit qu'il avait encore parlé à voix haute. Il s'éclaircit la voix.
– Et donc on… habite… ensemble ?
– N'est-ce pas ce qu'on fait depuis qu'on a quitté Konoha ?
Sasuke ne put retenir un rire face au visage incrédule de Naruto. Celui-ci se changea en vague de tendresse alors qu'il ressentit à nouveau comme pour Naruto, aucune seconde près de lui n'était prise pour acquise.
– Cela dit, vivre de pêche et de feu de camp a ses limites.
Sasuke sentit immédiatement l'onde de choc qu'il avait sans le vouloir projetée vers son ami, et reprit :
– L'hiver approche, et je doute que les températures deviennent plus clémentes dans cette forêt. Il va nous falloir de quoi nous approvisionner et rester au chaud.
Quelques secondes passèrent avant que Naruto n'enregistre les paroles de Sasuke. Une brise vint caresser son visage, et il frissonna.
– Et comment va-t'on s'approvisionner ?
Il avait la désagréable impression de ne poser que des questions auxquelles il aurait dû avoir les réponses, mais son esprit était momentanément vide – trop occupé à s'ajuster, à s'emplir d'un sens nouveau autour des pointillés traçant la silhouette de Sasuke.
– J'imagine qu'on va dépendre un certain temps du pays des vagues.
Il finit de boire sa gourde, et se leva pour rendre son haori à Naruto.
– Tu peux le garder, fit-il.
– Je me suis réchauffé, répondit Sasuke.
Il partit récupérer plus d'eau, et en profita pour se laver le visage.
– J'irais bien explorer les environs, lança-t-il en se brossant les cheveux à l'aide de sa main. Il sentit que ses mèches brunes étaient désormais plus longues contre sa nuque.
Naruto se leva à son tour, enfilant son haori.
– Alors allons-y. J'ai pris ce chemin tout à l'heure mais je n'y ai rien trouvé de particulier, fit-il en indiquant un sentier à l'ouest. On pourrait repartir vers la rivière ?
Sasuke acquiesça, et ils s'élancèrent vers un nouveau chemin, celui-ci moins direct. Il s'approchait de la rivière pour ensuite la longer, serpentant à travers la forêt à l'aube des montagnes et à l'ombre des ruines, rapprochant les marcheurs de l'entrée du village.
– C'est bien un sentier typique d'un village shinobi, fit Naruto à voix basse.
Sasuke avait pensé la même chose. Étant cependant hors d'usage, le parcours qu'ils empruntaient était plus apaisant qu'énigmatique. Ils n'étaient pas en train de fuir ou de se cacher, et personne n'était à leur poursuite.
Ils découvrirent rapidement que d'autres sources d'eau chaude accompagnées de petites cabanes étaient dispersées ci-et-là dans la forêt, ce qui anima immédiatement Naruto.
– C'est comme si un petit village avait existé ici ! Je me demande qui pouvait bien y vivre…
– C'est en tout cas la seule partie encore habitable d'Uzushio, pour le moment.
– Ces cabanes pourraient servir…
– A quiconque voudrait se rendre à Uzushio, compléta Sasuke.
Ils échangèrent un regard lumineux, habité d'une étincelle d'espoir.
Naruto et Sasuke décidèrent de retourner au pays des vagues afin d'informer la famille d'Inari de leur projet, et de faire des provisions en vue d'un plus long séjour à Uzushio. La route leur était désormais plus familière, et le chemin leur parut moins long maintenant qu'ils l'avaient découvert. Le chant des mouettes rencontra celui d'un village animé alors qu'ils arrivèrent à destination, et Naruto sentit un apaisement différent le gagner alors qu'il reconnut le paysage autour de lui.
– Je crois que ça me plaît, quelque part, de voyager entre Uzushio et le pays des vagues, fit-il.
Sasuke leva le visage vers le ciel, ressentant les paroles de Naruto. Une partie d'eux avait éclos au pays des vagues, et y vivrait toujours.
La fin de journée approchait, et après s'être reposés de leur voyage dans une échoppe familiale, ils se dirigèrent vers la bibliothèque. Ils y trouvèrent sans peine Inari, attelé à couper du bois. L'air sérieux, il ne remarqua d'abord pas leur présence, et Sasuke et Naruto décidèrent d'attendre. Ce fut alors Kotome qui s'aventura près d'eux, réjouie de les voir de retour. Naruto répondit à son accueil chaleureux avec le même enthousiasme, lui expliquant rapidement la situation.
– Alors vous êtes vraiment allés jusqu'à Uzushio !
Des étoiles dans les yeux, elle leur demanda plus de détails sur le chemin. Sasuke suivait la conversation de près sans pour autant y participer, s'assurant qu'aucun malaise ne s'installait à la mention des paysages en ruines de l'ancien pays des tourbillons. Il portait une attention presque inconsciente aux gestes du blond, au ton qu'il utilisait, à son chakra qu'il ressentait en tout instant. Il fut soulagé de l'apparition d'Inari alors que le sujet s'approchait dangereusement de la rivière d'Uzushio. Il se rendait bien compte qu'il ne pourrait empêcher cette conversation d'arriver ; cependant, la réaction de Naruto face au spectacle brisé d'Uzushio était encore vive dans sa mémoire, et il savait que les sentiments de ce dernier, à défaut de transparaître sur son visage, l'étaient tout autant.
Le soleil avait entamé sa descente vers les eaux profondes du pays des vagues, et Inari ne tarda pas à mener Naruto et Sasuke vers la résidence de sa famille, leur assurant que Tazuna et Tsunami étaient impatientes de les revoir.
Sans surprise, ils furent accueillis dans la bonne humeur – et même, le soulagement, car l'incertitude concernant le chemin menant à Uzushio avait laissé un soupçon d'inquiétude planer sur le village, alors même que personne ne doutait des capacités extraordinaires des deux shinobi, d'autant plus lorsqu'ils étaient alliés.
Ils se trouvèrent rapidement assis autour de la table du salon, ce qui ne manqua pas de raviver quelques souvenirs dans les esprits de chacun. Naruto aurait pu en rougir, quelques jours plus tôt – mais plus maintenant.
A la place, il lança une conversation sur le petit village caché qu'ils avaient découvert derrière les ruines d'Uzushio, et sur la possibilité d'y héberger quiconque voudrait y voyager. Son enthousiasme était communicatif et les questions et observations fusèrent.
– Vous pouvez déjà être certains que Kotome sera l'une des premières à y séjourner, fit Inari dans un rire.
– Elle a l'air déterminé pour sûr !
Naruto n'avait pas vraiment de mot pour décrire ce qu'il ressentait tant cela était nouveau pour lui, mais il était plus que ravi à l'idée de poursuivre sa découverte d'Uzushio avec une descendante du clan Uzumaki, et de partager avec elle ce voyage vers leur héritage. Le sentiment d'avoir de la famille au pays des vagues, aussi lointains que leurs liens puissent être, l'avait d'abord effrayé – sans qu'il ne prenne la mesure de cette anxiété. Puis, lentement, cela s'était transformé en force. C'était sans doute l'une des multiples raisons pour lesquelles il était si simple pour lui de se sentir à sa place au pays des vagues. Mais plus que du côté de Kotome, dont l'espoir et la joie à l'idée de renouer avec ses origines étaient évidentes, c'était en réalité vers Hinako que ses pensées se tournaient. Il devinait sans peine que Sasuke songeait la même chose.
Assis à côté de lui, il effleura doucement la main du brun du bout des doigts alors qu'il saisit son verre d'eau. Un geste rapide et presque imperceptible, mais transparent. Sasuke laissa son regard filer vers sa main, pâle et immobile. Tsunami n'avait rien manqué, et elle sourit doucement.
– Je te ressers, Naruto ?
Il acquiesça vivement.
– Merci ! Comme d'habitude, c'est délicieux.
Ils mangèrent en silence un instant ; un silence confortable, réconfortant. Plus tard, Naruto expliqua comme le projet de restauration de la bibliothèque du village les avait inspirés à restaurer Uzushio, et communiqua certaines de leurs idées. Tazuna ne put s'empêcher de commenter que l'ampleur était assez différente, et Inari souligna que c'était là ce qui rendait le projet intéressant. Tsunami était admirative et ne cacha pas son émotion ; comme tout le monde au village, elle connaissait bien Hinako et sa famille, et cet héritage inattendu que Naruto et Sasuke étaient décidés à s'approprier lui fit chaud au cœur.
– Si c'est de main d'œuvre dont vous avez besoin, vous pouvez compter sur nous !
– C'est vrai, ajouta Tazuna, il y en a plus d'un qui serait heureux de travailler sur un tel projet. Moi le premier, fit-il.
– Et moi encore plus ! A vrai dire…
Inari marqua une pause, et tous les regards se tournèrent vers lui.
– Je suis prêt à vous suivre. Et cela va sans dire, mais Kotome aussi. Elle a toujours eu très envie de se rendre à Uzushio, finit-il dans un sourire.
Naruto et Sasuke restèrent muets de surprise un instant. Tazuna et Tsunami n'étaient guère étonnés de son intérêt, pour autant la détermination d'Inari les laissa également ébahis. Ce fut finalement Sasuke qui répondit :
– Les portes d'Uzushio sont ouvertes à tous, et surtout à vous. Selon ce qui convient à Tsunami, tu peux bien évidemment te rendre à Uzushio et nous aider quand tu le souhaites.
Naruto remercia silencieusement Sasuke d'avoir trouvé les mots qu'il n'aurait su prononcer avec une même éloquence. Leur discussion se recentra ensuite sur la bibliothèque et les progrès qu'ils y faisaient, et Inari ne manqua pas de montrer de nouvelles photos à Naruto et Sasuke. Leurs avancées étaient visibles, et considérables – ce qui ne fit que les motiver davantage concernant leur propre projet. Sasuke s'affaira par la suite à aider Tsunami à nettoyer la table, laissant Naruto aller s'asseoir avec Inari près de Tazuna. Il lisait le journal, une coupelle à la main. Naruto et Inari continuèrent de discuter des détails des travaux pendant un long moment, et Inari lui dessina même quelques croquis pour complémenter ses explications. Puis, alors qu'il tournait une page, Tazuna releva soudainement les yeux vers Naruto :
– Tant que j'y pense, Naruto, il y a une lettre pour toi. Je crois qu'elle vient de Kakashi. Tu me feras penser à te la donner avant que j'oublie.
Sa coupelle de saké vide, il se resservit et reprit la lecture de son journal, sans rien ajouter. Naruto lâcha un léger rire et prit note mentalement, espérant que Sasuke avait également entendu.
Déclinant l'invitation de Tsunami, Sasuke et Naruto décidèrent de passer la nuit dans le ryokan près de la mer auquel ils s'étaient habitués. Ils marchaient en silence, Sasuke fixant sans s'en rendre compte la manche du yukata de Naruto, dans laquelle il avait rangé la lettre de leur ancien professeur. Il s'attendait à ce que Tsunade contacte Naruto, mais pas à ce que Kakashi prenne les devants si rapidement. Il pouvait se douter du contenu de la lettre, et d'autant plus imaginer la situation à Konoha alors que le supposé futur Hokage avait décidé d'accompagner hors du village celui que tous considéraient comme un criminel, et ce pour une durée indéterminée. En même temps, quelques pas devant lui, Naruto appréciait pleinement sa balade nocturne au bord de l'océan. Il ne lui dit rien de ses pensées.
Le propriétaire les reconnut et les accueillit chaleureusement, leur offrant même une réduction en raison de leur fidélité. Naruto resta un moment à dialoguer avec le gérant tandis que Sasuke s'excusa et rejoignit leur chambre – toujours la même. Il se reposa un moment dans cet espace qui lui était désormais familier, appréciant d'avoir un moment pour lui-même. Ses pensées divaguèrent pourtant inévitablement vers le blond, et vers Konoha. Il savait que si Naruto rentrait, il ne l'accompagnerait pas. Cette idée le troubla un instant, et il se mit à composer une liste mentale des choses dont ils auraient besoin à Uzushio – c'est après tout dans ce but qu'ils étaient rentrés au pays des vagues. Il en était à se demander comment ils pourraient transporter efficacement un maximum de provisions et de matériel quand Naruto fit son apparition, apportant avec lui l'éclat du soleil couchant.
– Tu savais que Shimane-san, le gérant, est aussi originaire d'Uzushio ? fit-il en s'asseyant près de Sasuke.
– Enfin, sa grand-mère est née là-bas, ajouta-t-il. Il m'a dit qu'il avait entendu parler de notre voyage, et que ça lui plairait beaucoup de passer à Uzushio un jour. En attendant, il m'a parlé de sa fille, qui selon lui serait sûrement intéressée par du travail sur place – besoin d'aventure, ou quelque chose comme ça…
Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Sasuke alors qu'il écoutait le blond, son enthousiasme se communiquant par-delà les murs de leur chambre, par-delà l'obscurité de la nuit. Alors qu'il rangeait ses affaires, Naruto tomba sur la lettre que Tazuna lui avait confiée – après que Sasuke le lui ait rappelé.
– Ah, fit-il en l'ouvrant.
Il la lut rapidement à voix haute, avant de la replier et de poser son regard sur Sasuke. Ni l'un ni l'autre n'était surpris par le contenu, mais peut-être légèrement par le ton – Kakashi demandait à Naruto de rentrer au village aussitôt que possible, soulignant le fait qu'en tant que futur Hokage, il ne pouvait pas se permettre d'être si loin du village si longtemps.
– J'imagine qu'il fallait s'y attendre.
Son ton était plus froid que d'habitude – il ne cherchait pas à cacher sa désillusion. Kakashi ne le contactait que pour lui dire de rentrer, sans même prendre la peine d'ajouter un mot pour Sasuke, ou de simplement écrire plus chaleureusement. Sasuke devina ses pensées, et lui lança :
– Cette lettre reflète sûrement plus les motivations des conseillers de Tsunade que les sentiments de Kakashi.
Naruto lui adressa un regard surpris. Sasuke détourna le visage, une légère amertume se dévoilant sur ses traits – comme si Kakashi avait besoin qu'il le défende. Il se reprit rapidement :
– Qu'est-ce que…
Il s'interrompit, incertain.
– Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Son regard était plus assuré que ses paroles, flottant dans l'air comme si elles ne lui appartenaient pas.
– Ce que je compte faire, répéta le blond en s'allongeant au sol. J'avais prévu de rentrer, et de devenir Hokage…
Il afficha une moue songeuse tandis qu'il détaillait sa main contre le plafond. Il n'avait pas l'air d'être véritablement en train de réfléchir, et Sasuke se rendit compte que toute la tension dans la pièce était concentrée de son côté.
– J'imagine que c'est un avertissement ? fit Naruto.
– Et ça ne te fait rien ?
Naruto se désintéressa de sa main pour se tourner vers Sasuke.
– Que veux-tu que ça me fasse ? Je n'ai plus l'intention de devenir Hokage.
Ils laissèrent un silence s'installer entre eux, passer de la bouche muette de Sasuke aux yeux clairs de Naruto, avant que celui-ci ne soupire. Il se releva pour s'asseoir.
– Cela dit, il faudra bien que je leur annonce, et le plus tôt le mieux. Puisque Kakashi semble pressé, je n'ai qu'à partir demain !
Sasuke ne répondit rien.
– Est-ce que ça t'embête ?
Il secoua la tête en signe de négation.
– C'est seulement pour quelques jours.
– Je sais, Naruto.
Le blond le dévisagea un long moment, alors même que Sasuke avait tourné son attention vers l'extérieur.
– Tu penses qu'une fois là-bas, je vais changer d'avis ?
Son visage partiellement illuminé par la lune, seules ses lèvres bougèrent alors qu'il répondit :
– Non, je ne pense pas.
Il se retourna vers Naruto, son regard perçant dissimulant à peine la pointe narquoise sur ses lèvres.
– J'ai bien compris quel genre d'ami j'étais pour toi, usuratonkachi.
Naruto fut incapable de répondre. Sasuke reporta son attention sur le paysage nocturne, au moins en apparence, et ajouta :
– Ça a toujours été réciproque.
Le cœur de Naruto rata un battement, peut-être deux, et il fronça les sourcils alors qu'il n'était plus sûr de savoir si son cœur battait correctement – y portant inconsciemment sa main, il serra son yukata entre ses doigts. Il s'éclaircit la voix à plusieurs reprises avant de pouvoir émettre un son, tentant de dénouer le nœud qui s'était formé dans sa gorge.
– Sasuke…
Ses mots avaient été prononcés avec une certaine nonchalance, et Sasuke n'y avait même pas réfléchi – mais la vision de Naruto perdant ses moyens le força à prendre la mesure de ses paroles, et il sentit ses joues se réchauffer alors qu'il se répétait intérieurement les mots qu'il avait confiés à Naruto. Cette chaleur vint alors se propager pour atteindre sa poitrine et son ventre, et, l'émotion le gagnant, il baissa la tête. Il sursauta presque lorsqu'il sentit la main de Naruto contre sa joue, et releva le regard vers celui brillant de son meilleur ami. Naruto laissa sa main glisser dans son cou, jusque dans sa nuque, et lentement, il approcha Sasuke contre lui, dans une étreinte fragile.
Sasuke passa son bras dans le dos de Naruto, le serrant contre lui. Fermement, résolument. Il savait que Naruto ne changerait pas d'avis.
Ce qu'il sentit en premier en se réveillant, ce fut la main de Naruto dans la sienne. Ils étaient restés enlacés un long moment, et Naruto s'était endormi contre lui. Il n'avait pas voulu le réveiller, alors il l'avait allongé près de lui, maintenant ce contact que le blond semblait vouloir retrouver jusque dans son sommeil, comme une promesse qu'il resterait à ses côtés.
Et ce qu'il vit en premier en se réveillant, ce fut le sourire de Naruto, visible jusque dans ses yeux à peine réveillés.
– Bien dormi ?
Sasuke acquiesça, murmurant un « toi aussi, on dirait » en réponse. Sasuke avait trouvé le sommeil, mais il était seul dans ses rêves. La silhouette de Naruto évaporée, sa main tendue vers tout ce qui pourrait l'en rapprocher, en vain. Il se tourna sur le dos.
La lumière filtrait à travers les shoji, douce et chaleureuse. Naruto, couché sur le côté, continuait de regarder Sasuke. Il cherchait à lire sur ses traits s'il était véritablement serein à l'idée de le voir retourner à Konoha, à détecter toute trace d'anxiété et de désaccord sur son visage, dans l'alignement imparfait d'un sourcil ou le pli irrégulier de ses lèvres. Son visage semblait parfaitement reposé. Alors son regard glissa le long de son corps. De l'autre côté du futon, le poing serré du brun s'échappait légèrement de sous la couverture.
– Naruto, est-ce que tu pourrais faire un détour par l'ancien appartement où je vivais ? Il y a quelques affaires que j'aimerais récupérer. Un haori, et puis…
Tâchant de se distraire, Sasuke avait tenté tant bien que mal de focaliser ses pensées sur l'aspect pratique des prochains jours. Mais il ne pouvait penser qu'à Konoha, à ce que tout le village lui avait pris. Il avait voulu prononcer ses mots sans rien ressentir, les transmettre à portée purement fonctionnelle, mais aucune parole ne pouvait exister sans écho. Les murs sombres de son ancienne résidence se rappelèrent à lui, comme reconstruits à l'identique dans un espace parallèle, et il crut s'y trouver à nouveau – seul face au silence assourdissant, engourdi par l'épaisseur accablante de ses souvenirs. Il fronça les sourcils, puis soupira.
– Un album photos. Il n'y en a qu'un, tu ne peineras pas à le trouver.
– Bien sûr, Sas'ke. Dis-moi si tu as besoin d'autre chose.
Sasuke secoua la tête, comme pour ne pas dire non, tout en le criant de ses pleins poumons. Il ne voulait rien de Konoha. Mais il ne voulait pas rentrer seul à Uzushio. Il reprit :
– Tu veux que je te l'écrive ?
– Mon cerveau a une fonction mémoire, lui aussi.
Il se retourna vers Naruto.
– Ah, c'est vrai.
– Sas'ke !
Naruto s'apprêtait à poursuivre, mais le faible sourire qui tentait d'éclore sur les lèvres de son ami l'arrêta.
– Tu veux peut-être que je t'écrive l'adresse, au moins.
– Je ne l'ai pas oubliée.
Sasuke ne répondit rien. Il se leva, et fouilla dans ses affaires un instant. Puis il tendit une clé à Naruto, la seule qu'il possédait.
– Tu peux laisser la clé là-bas.
Naruto le fixa un instant, l'air surpris, réalisant que Sasuke lui confiait sa dernière visite de l'appartement dans lequel il avait vécu pendant des années. Il s'assit, puis l'accepta. Et puis, il prit conscience de ce que cette clé signifiait véritablement.
– Sasuke, fit-il.
Sa main avait recouvert celle de son meilleur ami. Le brun pouvait lire sans peine ce que les yeux du blond ne cherchaient pas à cacher, et il serra la mâchoire afin de continuer à le regarder.
– Je rentre à Uzushio dans quelques jours. Je te le promets.
Sasuke acquiesça en silence, et Naruto fut surpris de la force avec laquelle il eut envie de le serrer contre lui. Et plus encore, d'à quel point il avait envie de l'embrasser, sans en être embarrassé. Parce-qu'il avait le droit d'aimer Sasuke.
Il pressa sa joue contre l'épaule de Sasuke, et s'imagina déposer dans le creux de son cou un baiser infiniment léger. L'instant suivant, il sentit la main de son coéquipier dans son dos, refusant de laisser Naruto lui échapper.
L'appel de Konoha, séparant à nouveau Naruto et Sasuke... à suivre ! J'espère que ce chapitre vous a plu, à bientôt pour la suite :)
