« Vous êtes le jardinier ? »
Crowley tourna la tête en direction de la voix inconnue et aperçut un jeune en âge d'être étudiant, mais qui étonnamment n'eut aucun geste de recul devant le 'diabolique' Dr Crowley. « Je travaille ici, temporisa-t-il. Pourquoi ? »
La personne haussa les épaules. « J'aime bien les plantes ? » Puis, iel ajouta plus doucement, comme si les mots lui avaient échappé, « ça me rappelle chez moi.
— Ça te manque, chez toi ? » questionna Crowley d'un ton égal, tout en reprenant son arrosage des plantes de la serre, avant le début des cours.
« Juste le jardin. » Le visage de lae môme se ferma.
Crowley n'insista pas. « J'ai toujours aimé les jardins », dit-il plutôt. À l'extérieur, l'air printanier devenait plus humide, et des flaques d'eau parsemaient l'herbe. « C'est dans un jardin que j'ai rencontré mon mari, après tout. »
Le silence tomba soudain derrière lui, et Crowley sentit sur lui un regard pesant. Il passa devant le pommier miniature et se glissa sur le banc voisin pour en vérifier la terre sans fatiguer sa jambe. Un regard par-delà son épaule révéla l'admiration et l'émerveillement sur le visage de lae môme, comme s'iel venait de tomber par hasard sur une créature rare et précieuse. D'ordinaire, c'était Aziraphale qui recevait ce genre de regard, mais il faut dire qu'il était identifié comme queer à la seconde où on le rencontrait. Un sourire pince-sans-rire étira les lèvres de Crowley. « Tu viens d'arriver dans le coin, pas vrai ? »
Lae môme le dévisagea, puis hocha la tête et décampa.
Crowley lae suivit du regard, haussa les épaules et retourna à son travail.
Après plusieurs jours, lae môme réapparut. Même s'iel ne fixait plus Crowley en silence, l'admiration teintait sa voix quand iel demanda avec hésitation, « Est-ce que ça s'arrange ? »
Crowley, qui vivait ce qu'Aziraphale appelait un jour « façon riz soufflé, car ça crépite, éclate et craque de partout », lui lança un regard. Sa nuque craqua. « Ouais », dit-il, car c'est à l'évidence ce que lae môme a besoin d'entendre. « Ouais, ça s'arrange. Certains jours sont meilleurs que d'autres, bien sûr.
— Mais vous êtes heureux ? »
Il bougea légèrement, sentit sa hanche faire un pop et, les lèvres serrées, trouva une position plus confortable. « J'ai un visage grognon par défaut, l'informa-t-il d'un ton neutre. Si tu veux voir quelqu'un rayonner de bonheur, demande au Dr Fell qu'il te parle de son mari.
— Je ne pourrai jamais faire ça ! s'exclama-t-iel. C'est un professeur !
— Et à– » dire vrai j'en suis un aussi, tu sais, allait ajouter Crowley.
Mais lae môme s'exclama « Et alors il est trop important pour que quelqu'un comme moi le dérange ! » et détala une nouvelle fois.
A la troisième apparition de lae môme, Aziraphale lisait (de manière très délibérée) sur un des bancs pendant que Crowley travaillait.
« Rebonjour », dit Crowley en lae remarquant. Il indiqua Aziraphale d'un geste faussement distrait de la main, « je te présente mon mari. Mon ange, c'est la jeune personne dont je t'ai parlé. »
Aziraphale ferma son livre à l'approche de lae môme et lui adressa un grand sourire, « c'est un plaisir de te rencontrer. »
Lae môme le reconnut, devint blanc comme un linge et s'effondra. Aziraphale réagit avec l'adresse de celui qui a passé la moitié de sa vie à rattraper quelqu'un pouvant s'écrouler à tout moment, et l'aida à s'asseoir sur le banc. « Ô misère ! Que lui arrive-t-il ? »
Crowley interrompit ce qui devait être son douzième juron pour marmonner, « Iel a eu… peur ? » et retourna à ses jurons presque inaudibles en claudiquant pour les rejoindre.
« De moi ? » questionna Aziraphale, stupéfait, pendant qu'il vérifiait son pouls et sa respiration, puis cherchait une éventuelle blessure. « N'est-ce pas généralement…
— Moi qui suscite ces réactions, ouais. » Crowley se laissa tomber de l'autre côté du banc avec un sifflement de soulagement. « Alors ?
— Tout semble aller bien. »
Lae môme s'agitait et marmonnait des excuses frénétiques, presque incohérentes. Deux mains se posèrent avec douceur sur ses épaules, l'une tendre, l'autre osseuse.
« Doucement, dit Crowley. Tout va bien. Respire. Allez, doucement. »
Aziraphale sortit un paquet de biscuits de la poche de sa veste, Crowley présenta une bouteille d'eau. Le duo regarda les couleurs lui revenir aux joues tandis qu'iel mangeait et buvait.
« A présent, cher enfant, dit Aziraphale, quel est le problème ? »
