Juste au moment où elle quittait le cours d'Histoire, le téléphone d'Abby vibra pour annoncer un sms venant d'un numéro inconnu. Il disait simplement : Votre fille est en sécurité – AJC.
Elle s'arrêta d'un coup, figée de peur. Elle ne savait même pas qu'Izzie avait été en danger.
Le Dr Device s'approcha d'elle, vit son expression et la mena avec douceur dans un coin. « Quelque chose ne va pas ?
— Ma… ma fille. J'ai reçu un sms. »
Qui êtes-vous ? envoya-t-elle avec urgence.
Un moment d'attente. Presque une hésitation. Puis, On m'appelle Dr Crowley. Votre ex a essayé de la récupérer. Izzie s'est échappée. Elle est dans ma serre. En sécurité.
Abby se souvint de l'homme ayant vicieusement rabroué le groupe qui doutait de la réalité du Cher Anthony. A présent, sa fille se trouvait avec lui et elle était censée croire qu'Izzie était en sécurité ? Et, en plus, Sarah rôdait autour d'Izzie ? « Je dois aller dans la serre.
— Celle du Dr Crowley ?
— Oui. » Ce simple mot était rempli de doute et de méfiance, malgré ses efforts pour les dissimuler.
Le Dr Device lui adressa un bref sourire. « Tout ira bien. Votre fille va bien. Il n'est pas ce qu'il prétend être. » Elle ajouta des instructions, rapides et simples à suivre.
Abby la remercia en s'efforçant de cacher son incrédulité puis se précipita dans les couloirs en suivant ses indications, pour ne s'arrêter qu'une fois arrivée à la porte de la serre. Izzie était en train de rire. Abby se força à respirer normalement, comme si elle ne venait pas de faire le chemin en courant, et poussa la porte.
L'homme en noir dit quelque chose à la petite fille face à lui et elle se retourna, débordant de joie.
« Maman ! T'es là ! »
Abby prit sa fille dans ses bras et la serra contre elle.
L'homme –le Dr Crowley– posa un bras décontracté sur le dossier du banc et les observa tandis qu'un deuxième enfant émergeait à côté de lui. Aussi grand et maigre que dans ses souvenirs, le professeur portait des vêtements moulants noirs et des lunettes de soleil. En intérieur. Ses cheveux roux flamboyaient, contrastant avec le reste de son corps, et il se déplaçait et s'asseyait avec une insolence désinvolte qu'il aurait dû perdre depuis longtemps, à son âge. « Vous avez trouvé le chemin. » Dit-il. Pince-sans-rire, succinct, brusque, à la limite de l'impolitesse, mais sans le ton agressif et cinglant qu'elle avait entendu précédemment.
Elle rétorqua sèchement : « Oui. Pourquoi est-elle ici ? »
Izzie leva la tête de l'épaule d'Abby. « Mam a essayé de me prendre avec elle, mais ma copine Jess, expliqua-t-elle en désignant la deuxième petite fille, elle m'a dit qu'elle savait où on pouvait se cacher.
— Jess est déjà venue se réfugier ici », compléta le Dr Crowley, toujours avec le même ton. « Elle pense visiblement que je suis un protecteur et que cette serre est un endroit sûr. »
Sûr ? Avec lui ?
Il haussa les sourcils. « Ah, vous étiez dans le groupe qui prétendait que le mari du Dr Fell n'est pas réel, c'est ça ? » La commissure de ses lèvres tressaillit dans ce qui, avec indulgence, pourrait être appelé de l'amusement. « Je vous jure, il pourrait se tenir devant certains d'entre eux et ils ne le réaliseraient pas. Mais St Anthony est le saint patron des choses perdues et des personnes égarées. Je suis sûre que son homonyme apparaît quand c'est nécessaire. »
Abby eut l'impression d'avoir reçu un coup dans l'abdomen, lui coupant le souffle. « Et… et pour Sarah ? Mon ex… Si elle essaye de récupérer Izzie, je devrai–
— Je m'occupe d'elle. » L'agressivité était de retour dans sa voix mais, par bonheur, ce n'était pas dirigée contre elle. « Occupez-vous de mettre Izzie en sécurité. »
Abby le fixa, serrant davantage sa fille contre elle. « Mais– Vous n'êtes pas– Nous ne– Pourquoi feriez-vous ça? »
Il la dévisagea un moment, ses yeux dissimulés derrière ses lunettes. « Appelez-ça– la solidarité, dit-il enfin. Certaines choses valent la peine d'être perdues. Nos cœurs. Nos conclusions hâtives. » Il marqua une pause, et elle eut l'impression qu'il baissait le regard vers Izzie avant d'ajouter, tout bas : « Nos prénoms de naissance. »
Abby se figea en réalisant qu'il savait. Il en savait bien plus qu'il n'en disait, et les questions se bousculaient dans la tête de la jeune mère.
Il étala une jambe devant lui en grimaçant, et sembla prendre une décision. « Vous m'avez un jour accordé votre confiance en montant dans ma voiture, dit-il tout bas. Accordez-la moi à nouveau, si vous le pouvez.
— C'était vous ? Avec… ?
— Ouaip. »
Abby ne put que le dévisager en silence quand elle réalisa.
