Crowley se gara à sa place habituelle, idéalement proche de la porte pour les mauvais jours, croisa les bras sur le volant et posa son front dessus. Les muscles de sa jambe choisirent ce moment pour se contracter et un sifflement lui échappa.

Un bruit terrifié venant de la banquette l'obligea à revenir à une réalité vacillante.

« Warlock, dit-il en limitant ses mouvements pour éviter de provoquer une autre vague de douleur. Il y a deux cannes dans le porte-manteau. Tu peux les ramener ? »

Il entendit un soupir de soulagement. « Ouais », fit Warlock, avant de se glisser hors de la voiture et disparaître à l'intérieur.

« Crowley, mon cher ?

— Hm ? » Pas de contact physique, lui rappelèrent de vieux instincts. Pas en public, là où les autres peuvent le voir. Trop dangereux.

Aziraphale continua, « C'est toi l'expert des jambes douloureuses. Comment me conseilles-tu de sortir de la voiture ? »

Crowley soupira et se redressa, laissant tomber sa tête en arrière sur l'appui-tête. « Pivote jusqu'à faire face à la portière, et hisse-toi à l'aide de la carrosserie. Tu devrais attendre ta canne. Tu ne vas pas avoir la même tolérance à la douleur que moi. »

Warlock amena les cannes et chacun utilisa la sienne pour aller jusqu'à l'ascenseur, puis dans le couloir, et enfin dans l'appartement. Uns fois la porte refermée, Crowley se laissa aller un long moment, passant un bras autour d'Aziraphale pour enfouir le visage contre l'épaule de sa moitié.

Cela ne pouvait pas durer. Warlock fit un bruit infime et Crowley tressaillit, s'écarta instinctivement d'Aziraphale et se retourna, prêt à se battre pour… Il se reprit avant d'avoir pu faire des dégâts physiques, trop tard : Warlock avait déjà eu un geste de recul.

C'était la dernière chose dont il avait besoin. Il n'avait pas la force d'être un soutien pour qui que ce soit. « Je vais dans la chambre », croassa-t-il avant de rejoindre aussi vite que sa jambe le lui permettait ce lieu de sécurité et solitude relative.

Warlock et Aziraphale le regardèrent partir.

Aziraphale soupira et eut besoin de s'appuyer davantage sur la canne à la pomme qu'il n'aurait apprécié, mais il n'avait pas le choix. Il regarda Warlock, plaqué contre le mur comme s'il s'attendait à des hurlements ou des coups. « Ce n'est pas contre toi, dit-il avec douceur. Il souffre de plus de traumatismes qu'il n'accepte de le montrer, et la journée d'aujourd'hui a été plutôt… rude, pour lui. »

Warlock n'eut pas l'air convaincu mais s'éloigna au moins du mur. « S'il ne veut pas que je sois là… je fais quoi ?

— Tu restes ici, ordonna Aziraphale. Fais-toi quelque chose à manger et repose-toi. Je vais– je vais veiller sur lui. »

Warlock se dirigea vers la cuisine, clairement soulagé. Aziraphale marcha dans les pas de Crowley.

Il le trouva sur le lit, étendu sur le ventre, ses lunettes noires jetées sur la table de chevet. Aziraphale ferma la porte derrière lui et s'assit à côté de Crowley, laissant le matelas soutenir sa jambe blessée. Cela guérirait vite, il le savait mais, en attendant, avoir cette aide s'avérait un soulagement. « Ce n'est que moi, murmura-t-il. Nous sommes seuls. Puis-je te toucher ? »

Crowley tourna juste assez la tête pour révéler un œil rougi, puis tendit la main pour se cramponner à Aziraphale. Quelques manœuvres pleines de précautions plus tard, Crowley se retrouva avec le bras passé en travers du torse d'Aziraphale, le visage enfoui dans son gilet, tandis qu'Aziraphale passait avec douceur sa main dans les cheveux de Crowley qui tremblait contre lui, en partie à cause des larmes, en partie à cause de la peur. « Je suis là, répétait-t-il, encore et encore. Je te tiens. Je ne vais nulle part. »

Enfin, les tremblements ralentirent puis cessèrent. Cependant, Crowley ne leva pas le regard. « P'rdon, marmonna-t-il.

— Tu n'as rien à te faire pardonner. » Aziraphale laissa ses doigts descendre vers la nuque de Crowley. « C'est moi qui ai fait n'importe quoi.

Crowley leva alors la tête, et soupira longuement avant qu'une pointe d'amusement se glisse dans son expression. « Tu sais, plein d'étudiants refusent encore de croire que je suis ton mari.

— Bien sûr que tu es mon mari, » dit Aziraphale, en tentant de garder la légèreté de ton que Crowley avait initié. « Qu'est-ce que tu es censé être sinon ? Un phacochère ? »