Petit avertissement : Je viens de me rendre compte que j'avais oublié l'OS 39 et publié le 39 à la place. J'ai corrigé l'erreur, donc n'hésitez pas à revenir un peu en arrière pour lire le véritable OS 38 : Fais attention à toi !


« A propos d'hier… » commença Crowley

Warlock lui adressa un regard méfiant, où la peur germait. « Tu ne veux plus de moi, c'est ça ? »

Crowley se passa une main sur le visage. « Bien sûr que si. C'est juste… Ecoute. Quand j'ai rencontré Aziraphale et que je suis tombé amoureux de lui, j'avais de très mauvaises fréquentations. C'était comme si on était… eh bien, opposés en tout, et si jamais quelqu'un nous avais surpris ensemble… Disons simplement que lorsqu'ils l'ont découvert, le domicile d'Aziraphale a été réduit en cendres. » Sa mâchoire se contracta. « J'ai cru l'avoir perdu. Nous n'avons plus à nous inquiéter d'eux maintenant, mais parfois… », il grimaça et remonta d'un geste ferme ses lunettes sur son nez. « Certains jours difficiles, les vieux instincts refont surface. L'espace d'un instant, j'ai oublié qu'on était en sécurité et j'ai… enfin, tu as vu comment j'ai réagi.

— Ouais. » Warlock triturait le bout des manches de son pull. « J'ai cru que tu voulais me foutre dehors.

— Pourquoi je f'rais ça ?

— Pourquoi tu ne le ferais pas ? » rétorqua Warlock en haussant les épaules avec indifférence pour masquer la douleur. « C'est ce que tous les autres ont fait.

— Tes toasts sont en train de cramer », l'averti Crowley.

Warlock se retourna d'un coup et récupéra les tranches pour les jeter sur une assiette, puis souffla sur ses doigts. « Tu n'as répondu à ma question. »

Crowley soupira, changeant de position sur sa chaise pour masquer sa propre douleur. « Très bien. Parce que je refuse de te faire ce qu'on m'a fait, d'accord ? Heureux ? On peut parler d'autre chose maintenant ? »

Warlock le dévisagea longuement.

Aziraphale, qui venait d'apparaître à la porte de la cuisine, en fit de même.

Crowley soupira, s'affala contre la chaise et écarta celle d'Aziraphale avec le pied. « Désolé », marmonna-t-il pendant que son ange prenait place autour de la table avec eux.

« C'est rien », murmura Warlock.

Aucun d'eux ne mentionna les nombreuses fois où Crowley s'était réveillé en pleine nuit en criant le nom d'Aziraphale.

Ce dernier se servit un toast et en poussa un second vers Crowley avec un regard appuyé.

Crowley le prit, résigné. « Tu me lâcheras pas tant que j'en n'aurais pas mangé, hein ?

— En effet », confirma joyeusement Aziraphale, comme l'enfoiré qu'il était.

« Ngk. Hum. D'accord… »


Les étudiants remarquèrent que le Dr Fell se comportait comme d'habitude, exception faite de la canne qu'il utilisait pour se déplacer. Ils s'en rendirent vite compte et ne le lâchèrent pas, puisque ce n'était que temporaire. Ils le suivaient, portaient ses livres, ouvraient les portes et de manière générale, le protégeaient. Si son téléphone avait plus de notifications que d'ordinaire, ils mettaient cela sur le compte d'autres étudiants qui s'inquiétaient, plutôt que d'imaginer que son époux prenait de ses nouvelles. Il tendait certes à parler de son Cher Anthony, mais, cela aussi, c'était normal. Malgré tout, ils décortiquaient attentivement ses récits et, lorsqu'ils les comparaient à l'identité prétendue de son mari, cela ne faisait aucun sens.

Le Cher Anthony était plein de bonté. Attentif. Protecteur. Avec cette idée en tête, ils observaient le Dr Crowley, avec son attitude moqueuse. Avec la férocité de sa voix et de son sourire (si fin qu'il en était tranchant comme un rasoir) et sa manière de gronder et de rager tant sur les gens que sur les plantes. Avec un regard si noir qu'il terrifiait même derrière ses lunettes noires. Quand le Dr Crowley avait-il seulement protégé ou défendu qui que ce soit ? (A part ceux qui utilisent l'ascenseur. À part une jeune personne menacée physiquement.). Quand s'était-il déjà montré bon, doux ou encourageant ? (À part envers un enfant blessé et perdu. À part envers un intrus terrifié. À part envers une inconnue aux pieds douloureux.). Les rares compliments qu'il accordait étaient faits du bout des lèvres (et chacun d'eux était chéri, précieux et très recherché).

Non, selon le consensus général, le Dr Crowley et le Cher Anthony n'avaient rien en commun, à l'exception d'un prénom. Ils n'allaient pas être induits en erreur par les quelques personnes en désaccord (qui ne le connaissaient que personnellement, après tout), et se fier uniquement à ce qu'ils voyaient et entendaient. Et d'ailleurs, les rumeurs ne disaient-elles pas que le Cher Anthony n'existait même pas ? Peut-être était-il réel, ou peut-être pas. Mais puisqu'on le disait si gentil, et que le Dr Crowley avait lui-même déclaré qu'il ne l'était jamais, que faire d'autre à part le croire sur parole ?