3- L'échec (empreintes digitales / arrestation injustifiée / je t'ai chauffé)

Carlos tomba au sol avant de sentir la douleur dans sa jambe. Sa première pensée fut pour TK, il devait s'en sortir, jamais il ne supporterait qu'il lui arrive quelque chose parce qu'il aurait essayé de le sauver. Il avait déjà failli le perdre trop de fois, il refusait de prendre ce risque à nouveau, sa vie ne valait pas la peine d'être vécue sans lui.

"Cours ! Sauve-toi ! Cours !" Hurla-t-il encore et encore jusqu'à ce que l'amour de sa vie ne disparaisse de son champ de vision.

Il ne bougea que pour s'asseoir en grimaçant, sa jambe avait été transpercée de part et d'autre par une balle. Il envisagea de se jeter dans la rivière, d'essayer de fuir mais, il n'eut que le temps de lancer son porte-feuilles dans la rivière. Sa jambe lui faisait trop mal pour bouger et ses assaillants étaient déjà sur lui.

Ils lui agrippèrent les bras et le forcèrent sur ses pieds. Carlos étouffa un cri de douleur, mais parvint à tenir debout, soutenu par les aisselles par deux gardes. Ils le forcèrent à marcher malgré la douleur qui lui transperçait la jambe à chaque mouvement. Ils revinrent sur la rive droite de la rivière et le forcèrent à monter dans une camionnette où une dizaines de personnes étaient assises, poings liés, un sac noir sur la tête. Il ne fallut pas longtemps pour que le policier soit assis de force entre deux autres prisonniers, pour qu'il soit lui aussi attaché et privé de la vue.

L'angoisse monta en lui alors que le véhicule roulait, il se demanda ce qui allait lui arriver, si TK allait s'en sortir, ses pensées se tournèrent ensuite vers sa mère et le reste de sa famille. Il se demanda si cette attaque n'avait visé que New-York ou aussi le reste du pays. A quel point ce pays qui se targuait démocratique et sûr avait pu succomber à une attaque terroriste ? En était-ce au moins une ? L'armée était-elle impliquée ou avait-elle été prise par surprise comme eux ? Faire des hypothèses l'aidait à ne pas perdre son sang-froid, il savait qu'il devait garder son calme s'il voulait saisir la moindre opportunité de sauver sa peau.

Il sembla à Carlos que le véhicule roula pendant une quinzaine de minutes en ne ralentissant que pour tourner, avant de s'arrêter. Des mains se saisirent du bras du policier et le tirèrent hors de la camionnette. Sa jambe blessée lâcha lorsqu'il toucha le sol et il s'écroula dans un grognement de douleur. Des rires retentirent autour de lui, mais il ne réagit pas, même si la rage bouillonnait en lui, il savait qu'il n'était pas en position de le faire.

Les terroristes le remirent debout avec brutalité, le forcèrent à avancer sur quelques mètres et lui retirèrent la cagoule. Il était dans une sorte de bâtiment en bitume, tout était sombre. La seule lumière était celle, trop claire pour qu'il distingue ce qu'elle cachait, qui venait d'une porte ouverte. Une dizaine d'hommes armés entourait Carlos et les autres prisonniers avec qui il était arrivé. Ils les conduisirent vers un homme qui tenait une liste, lui avait un masque de gorille.

"Ton nom ?

- Carlos Reyes.

- Ta profession ?

- Dresseur équestre.

- Porte deux !"

Carlos ne savait pas pourquoi il avait menti sur son métier, il avait suivi son instinct. Il fut poussé par les gardes à travers les couloirs sombres, passa devant de nombreuses portes de lumières jusqu'à être poussé à travers l'une d'elle. Il lui fallut quelques instants pour s'habituer à la luminosité du soleil d'automne et pour reconnaître l'endroit où il était. Un stade. Un stade dont les gradins étaient divisés par des barbelés. Un stade où de nombreux hommes, femmes et enfants étaient parqués et gardés par des hommes armés de mitraillettes. Un stade, non, c'était à présent une prison.

Un homme avec un masque de singe le projeta sur un siège, le laissant tremblant de douleur, le souffle coupé.

"Ca va mon gars ? demanda un homme devant lui.

- Ca ira."

Mais cet homme, noir la trentaine, très carré, ne fut pas satisfait de sa réponse. Il l'aida à se faire un pansement avec un bout de sa chemise tout en lui chuchotant qu'il était là depuis le matin. Il avait été arrêté alors qu'il s'installait au marché pour vendre ses légumes. Il lui dit que dans leur section ils étaient tous agriculteurs. A côté, ils étaient médecins ou vétérinaires. Il lui dit aussi qu'ils devaient éviter de discuter devant les gardes sous peine de se faire frapper.

"Merci, chuchota Carlos une fois le bandage terminé.

- Adam.

- Carlos."

L'attente commença, sans eau, sans nourriture, sans possibilité de se lever de son siège, ni d'aller aux toilettes.