18- Vengeance (narrateur peu fiable / perte d'identité / je vois ce qui est à moi et je le prends)

L'île des agriculteurs se figea pendant la répartition. Le bruit de moteurs d'avions de guerre venait de résonner au-dessus d'eux. La peur, mais aussi l'espoir saisit Carlos. Depuis deux jours, il avait commencé à se rapprocher d'autres prisonniers et à discuter de rébellion. L'idée que le gouvernement américain envoie enfin des troupes pour arrêter les terroristes réveillait tout son corps et effaçait la fatigue.

Il échangea un regard avec Adam, la volonté de son ami de se battre et continuer à se lever tous les matins était impressionnante, surtout vu l'état de sa plaie. La nécrose se propageait et Carlos, tout comme Adam, savait que l'amputation allait être inévitable s'il n'était pas pris en charge très vite.

Le regard du policier chercha ceux des autres prisonniers prêts à se rebeller. Tous avaient la même flamme de la détermination au fond des yeux. Ils attendaient juste la confirmation que ces avions annonçaient que l'heure de la vengeance était arrivée.

Cette immobilité nocturne dura quelques secondes, une explosion retentit et le ciel matinal encore noir se remplit de feu. Un frisson passa parmi les prisonniers, tout de suite suivi par un cri de rage collectif. Ils sautèrent sur les gardes autour d'eux.

Carlos avec une poignée d'autres hommes retourna dans le hangar pour se charger de ceux qui vérifiaient que tout le monde était levé. Il était en transe, son cœur débordait de rage comme lorsqu'il avait appris la mort de son père. Il voulait se venger de ces jours de servitude, d'exploitation, de l'état d'Adam, de la mort d'Enzo, de la disparition de Jonah, de sa séparation de TK.

Les gardes levèrent leurs armes vers eux, mais les rebelles se dispersèrent, le hangar était leur prison, ils en connaissaient chaque recoin et angle mort. Carlos évita plusieurs balles dans sa direction et sauta sur le premier terroriste qu'il rencontra, sans aucun remords, il lui brisa la nuque et continua vers le suivant.

Les hommes masqués venaient encore et encore vers eux, mais Carlos n'avait pas peur, seules l'adrénaline et sa soif de vengeance coulaient dans son corps. Les combats au corps à corps s'enchainèrent, les armes des soldats étaient récupérées par ses compagnons. Le sang coulait à flot.

Puis soudain ce fut le silence. L'aube, rouge sang, se levait sur un champ de désespoir. Une centaine de cadavres encore chauds jonchait le sol abreuvant le sol de leur liquide vital.

Plus loin, les sons de coups de feu et d'explosions résonnaient entre les tours de New York. L'adrénaline pulsait toujours dans le corps de Carlos alors qu'il rejoignait Adam, appuyé contre une table pour soulager son pied.

"Aux bateaux !" hurla un homme.

La marée grise se mit en route, leur soif de vengeance toujours vive. Carlos glissa son bras autour de la taille de son ami, lui offrant de se servir de lui comme d'une béquille, et suivit le mouvement.

A présent, il voulait fuir cet îlot maudit, confier Adam à des personnes qui pourraient le soigner et retourner New York pour retrouver TK.

Ils se serrèrent sur les six bateaux de pêche que les professionnels de la mer conduisirent jusqu'à la terre la plus proche. Ils s'attendaient à un comité d'accueil, seul le vent était sur la berge. Ils débarquèrent sans encombre. Certains partirent vers le sud, d'autres au nord, mais la majorité d'entre eux se dirigèrent vers New York.

Carlos et Adam étaient à la traîne, l'agriculteur avait du mal à marcher. Il supplia plusieurs fois Carlos de l'abandonner sur le bord de la route, mais le texan refusa de le laisser à son sort ainsi.

La nuit tombait quand ils atteignirent les premières avenues de New York d'où provenaient un bruit sourd. La rumeur des combats raviva l'adrénaline en Carlos qui insista pour mettre son ami à l'abri dans une habitation. Adam refusa, mais cette fois le policier ne lâcha pas l'affaire. Il savait que le blessé serait trop en danger au milieu des combats. A force d'arguments, Adam céda et accepta de se mettre en sécurité. Ils se dirigeaient vers un immeuble quand un coup de feu retentit et la scène se figea.