18 Octobre : Artiste

Kuang HuaShi avait la réputation d'être le meilleur artiste de l'Empire. Des nobles se battaient pour acheter les gribouillis qu'il faisait sur un coin de table quand il s'ennuyait. Gribouillis qu'ils achetaient à prix d'or pour les exposer comme des reliques alors même que ce n'était que des études rapides sans intérêt, voir, des griffonnages moches pour passer le temps. Sa liste de commandes était longue comme le bras et sa réputation si large qu'il pouvait prendre le temps qu'il voulait et faire ses commandes dans l'ordre dont il avait envie.

Il travaillait souvent par fixation.

Lorsque quelque chose titillait sa curiosité, il pouvait passer une année entière à travailler sur une seule idée jusqu'à en avoir fait le tour et pouvoir le peindre les yeux fermés, avec le pinceau entre les orteils.

Kuang HuaShi était aussi celui qui contribuait par la vente de son art à la grande majorité des revenus de la Maison de son Maître.

QingMing aussi vendait pas mal de ses écrits ou de ses calligraphies, MiChong vendait sa soie à des tarif exorbitants, mais même si leur contribution aurait pu faire tenir une maison noble sans difficulté pendant des mois, l'art de Kuang HuaShi était quand même celui qui leur rapportait le plus.
Sans doute aidé, il fallait l'admettre, par les talents de courtier de QingMing.

Le demi-démon avait organisé la rareté de ses œuvres avec une grande efficacité. Chacune de ses toiles se vendait aux enchères à prix d'or. Même la possibilité de rejoindre sa liste d'attente était mise aux enchères. S'il avait eut un mauvais fond, Kuang HuaShi aurait pu être amer d'être utilisé ainsi pour les finances de la Maison. Mais pour ca, encore aurait-il fallut que son maître le force ou le pousse. QingMing le laissait totalement libre de faire ce qu'il voulait, comme il voulait. S'il n'avait pas envie de produire quoi que ce soit pendant des semaines ou des mois, jamais son maître n'avait insisté. A part une fois, parce que l'Empereur attendait une commande. Mais c'était l'Empereur. On ne faisait pas attendre l'Empereur.

C'était pour ca que l'esprit avait installé ses encres sur le bord du lac pour peindre à la volée quelques paysages. Il avait prit dans sa liste d'attente tout ce qui était attendu avec de l'eau, des plantes et des montages et emplissait feuille après feuille de coups de pinceaux aussi précis que dédaigneux. Il méprisait les gens qui payaient pour son art. Il moquait ceux qui passaient commande. Ces gens ne comprenaient pas que l'art véritable venait autant du cœur que des mains. Ses plus belles œuvres étaient celles qui venaient d'elles-mêmes. Il n'était que leur média pour apparaitre. Il expliquait parfois que les plus belles œuvres existaient déjà dans le monde des esprits et n'attendaient que le bon moment et le bon artiste capable de les entendre et de les révéler sur le papier.

"- C'est magnifique, Kuang HuaShi." Souffla Sha ShengShi, un sourire de fascination au visage.

L'artiste aimait quand le jeune shishen lui donnait son avis sur ses œuvres. Le jeune homme n'y connaissait rien. Il appréciait l'art pour ce qu'il était. Son regard d'enfant était dénué de tout calcul. Il appréciait ou détestait avec le cœur et non avec sa tête. C'était ce que Kuang HuaShi voulait comme client pour apprécier ses œuvres. Il n'aimait pas quand on tentait de réfléchir son art.

"- Tu voudrais que je t'apprenne ?"

Sha ShengShi secoua la tête en souriant.

"- C'est gentil, mais je n'ai pas envie de connaitre le comment, j'aurais l'impression que ca tue la magie de ce que tu fais."

L'artiste sourit. Vraiment, il aimait bien Sha ShengShi.