Après avoir partagé un moment avec Leah, je me sens un peu plus légère. Confier ce que j'ai sur le cœur m'a beaucoup aidé. Évidemment, Quil a tout su de cet échange, mais il ne m'en a pas tenu rigueur. Au contraire, dans les jours suivants, il a été très bienveillant et à eu l'intelligence de ne pas m'en parler, respectant mon intimité… pas si intime !
Je sors de mes pensées et retourne dans le séjour pour retrouver Quil, qui prépare déjà le goûter de Claire. En un rien de temps, sa présence est devenue un pilier dans nos vies, un soutien précieux dans cette réalité compliquée.
Cet après-midi, nous décidons d'aller nous promener sur la plage. Il ne fait pas particulièrement chaud, mais il y a un beau soleil. Nous longeons la mer, profitant de ce moment tous les trois, Claire, Quil et moi.
Claire est complètement euphorique, elle court partout et rit aux éclats. Quil n'est jamais bien loin d'elle. Je reste légèrement en retrait, observant leur binôme. C'est assez surprenant de voir à quelle vitesse leur lien se renforce chaque jour. Hier, il n'était qu'un inconnu ; aujourd'hui, il est un membre de notre famille.
Il a su si vite s'intégrer à notre quotidien. Ça me donne parfois le vertige rien que d'y penser, mais dans ces moments-là, je n'ai qu'à poser mon regard sur eux et je comprends : il est pour Claire ce dont elle a besoin.
Claire court vers moi, ses petites mains complètement salies par le sable. Je l'attrape sous les aisselles et la ramène contre moi. Elle me demande si je peux la faire sauter très haut dans le ciel.
Je la repose à terre et lui prends la main. Je compte jusqu'à trois et elle saute. Je tire un peu sur son bras pour l'emmener plus haut et elle éclate de rire. Quil nous rejoint rapidement et attrape la seconde main de ma fille.
Nous sommes de chaque côté de Claire, lui tenant fermement les mains. À nouveau, je compte jusqu'à trois et nous soulevons Claire aussi haut que possible. Nous la faisons sauter dans les airs pendant de longues minutes. À chaque atterrissage, elle pousse des petits cris de joie, demandant encore et encore de « voler ».
Mon bras fatigue plus vite que celui de Quil et je finis par lâcher la main de Claire. Elle semble déçue.
— Tu veux bien me ramasser le plus beau coquillage, ma puce ?, demandé-je tendrement.
— Ouiiii !, s'écrie-t-elle.
Elle semble ravie par cette idée et part en quête des plus beaux coquillages. Je continue de marcher tranquillement en compagnie de Quil. Claire reste à quelques mètres devant nous, fouillant le sable.
Quil et moi marchons à un rythme lent, en silence, observant ma fille en pleine concentration. Claire revient régulièrement vers nous, nous montrant ses trouvailles. Je les range distraitement dans son petit sac à dos que je tiens à la main.
Quil rit soudain, attirant mon attention.
— Qu'est-ce qui te fait rire ?, l'interrogé-je, intriguée.
Quil se place devant moi, un sourire malicieux sur les lèvres.
— Tu vois les filles derrière moi ?, me demande-t-il alors que je regarde discrètement dans leur direction. Elles trouvent qu'on forme un beau couple.
Je pouffe de rire.
— Tu es sûr qu'elles ne sont pas plutôt en train de se demander comment Skyler Young a pu se dégoter un mec aussi canon ?, répliqué-je en riant doucement.
Quil hausse les épaules et enfouit les mains dans ses poches, comme s'il était gêné.
— N'importe quoi !, bafouille-t-il.
Je le regarde et mon sourire s'élargit. Je penche la tête sur le côté, en prenant un air ingénu. Je jette un coup d'œil aux filles qui continuent de nous observer en commentant.
— Si tu le dis, dis-je en reportant mon attention sur Quil.
Je me rapproche de Quil et j'observe les filles du coin de l'œil qui semblent avoir des cœurs à la place des yeux. J'échange un regard complice avec Quil et je souris en coin. Il éclate de rire.
— Elles disent quoi là ?, demandé-je, poussée par la curiosité.
— Mais c'est que t'y prends plaisir en plus !, se marre-t-il.
— Oh allez, c'est toi qui as commencé !, boudé-je.
Quil me rapporte toute leur conversation et nous en rions tous les deux, tout en essayant de garder l'illusion que l'on est en couple. Nous flirtons ainsi pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que les filles cessent de nous épier, comprenant peu à peu qu'on les a remarquées.
Enfin, j'appelle Claire, complètement absorbée par le pâté de sable qu'elle réalise, et elle se précipite vers moi. C'est le moment de rentrer à la maison ; nous avons bien profité de la journée. Quil et moi nous dirigeons vers ma voiture, continuant de jouer notre petit jeu pour faire parler, veillant à donner l'impression d'une famille parfaite.
De retour à la maison, Claire file jouer dans un coin du salon. Je m'installe sur le canapé avec une tasse de thé pendant que Quil s'occupe de ranger la cuisine que nous avions laissée en bazar. Il me rejoint bientôt, s'asseyant à côté de moi.
Il observe Claire qui gribouille en silence. Elle commente ses œuvres et prend soin d'expliquer à sa poupée que c'est important d'utiliser du rouge.
— C'est pour maman, et maman elle aime le rouze ! C'est sa couleur préférée !
Ah bon ? Je lâche un petit rire et tandis que Quil se tourne vers moi pour me dévisager en silence.
— Je ne savais pas que c'était ma couleur préférée, chuchoté-je. Il faut croire que maintenant ça l'est !
Quil rit doucement avant de confirmer que cette décision était irrévocable. Claire se tourne vers nous, ne comprenant pas cette hilarité soudaine.
— J'ai dit une bêtise à tonton Quil, expliqué-je. Continue tes dessins mon cœur.
Je bois une gorgée de mon thé, consciente que Quil ne m'a pas lâché du regard un seul instant.
— Skyler, m'interpelle-t-il, alors je tourne la tête vers lui. Pourquoi tu penses que les filles de la plage se demandaient « comment Skyler Young a pu se dégoter un mec aussi canon » ?, m'interroge-t-il, en mimant les guillemets avec les doigts.
Je soupire, posant ma tasse de thé sur la table basse. C'est une question délicate.
— C'est juste que... à Neah Bay, les gens parlent beaucoup. Tu ne t'en rends pas compte, mais avoir 20 ans et être mère célibataire d'une fillette de deux ans, ce n'est pas vraiment bien vu. J'adore ma vie ici, mais quand j'étais enceinte ça a fait énormément jasé… Aujourd'hui, ma vie sociale est proche de zéro, et ça me complique la tâche pour commencer une relation sérieuse ou même espérer rencontrer quelqu'un…, avoué-je en baissant les yeux.
Quil reste silencieux un moment, méditant ces paroles. Puis il pose une main rassurante sur la mienne.
— Pourtant, tout le monde voit que tu es une mère formidable. Et pour ce que ça vaut, n'importe quel mec serait chanceux de t'avoir dans sa vie, dit-il avec une sincérité qui me réchauffe le cœur.
— Aussi réconfortant que le chocolat…, murmuré-je avec un faible sourire en repensant à la description que Sam fait de son Bêta. Merci Quil, malheureusement tout le monde ne pense pas comme toi.
— Et toi tu penses à tort que tout le monde se moque de toi !, insiste-t-il. Tu sais, les filles à la plage ne pensaient pas seulement qu'on formait un beau couple, elles trouvaient que tu avais de la chance d'avoir réussi à trouver un mec qui accepte Claire et elles ne sont pas les seules !
Je hausse les sourcils, étonnée. Je l'encourage à développer son argumentation. Quil m'apprend qu'il a capté plusieurs conversations autour de nous, et ce à plusieurs reprises.
— Aujourd'hui à la plage, mais aussi à la garderie, à l'épicerie… Que tu sois là ou que je sois seul avec Claire d'ailleurs, énumère-t-il. Je l'admets, les gens d'ici ont tendance à jaser, mais c'est pareil à La Push si tu veux mon avis.
Il rit et se reprend en voyant mon air intrigué.
— Bref, je peux d'ailleurs t'affirmer que personne ne croit à cette histoire de l'ami de la famille qui joue la nounou, mais au moins les gens sont contents que tu aies un homme dans ta vie.
— Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?, le réprimandé-je gentiment.
— Je ne voulais pas t'embarrasser, avoue-t-il en haussant les épaules.
Je ris et secoue la tête. C'est incroyable de me cacher un truc pareil, mais je comprends qu'il ait voulu me protéger des ragots. Il se gratte l'arrière du crâne, gêné, et sourit franchement. Je l'observe un instant avant de reprendre ma tasse de thé.
Tandis que je bois, une idée s'insinue dans mon esprit. Je repose ma tasse sur la table et plonge mon regard dans celui de Quil, il fronce les sourcils.
Oui, c'est une idée stupide.
— On n'a qu'à faire semblant, dis-je.
Une lueur d'incompréhension traverse ses iris et je reprends :
— Quand on se balade à Neah Bay, rien que nous trois, on n'a qu'à faire semblant d'être une famille parfaite, pour alimenter les ragots, expliqué-je. Et tu me racontes tout ce que tu entends avec tes super oreilles de loup ?
Il secoue la tête et j'insiste en papillonnant des paupières.
— Allez, s'il te plaît ! Quiiiiil ?, souris-je de toutes mes dents.
Il me regarde fixement, relâche les épaules et finit par soupirer comme un bœuf.
— Ok !, cède-t-il.
— Cool ! Ça va être drôle !, décrété-je en tapant dans mes mains. Bon, Claire, ma chérie, c'est l'heure du bain.
Je me lève d'un bond et m'approche de ma fille pour l'emmener se laver avant de manger. Quil nous suit du regard jusqu'à ce qu'on arrive à l'étage et disparaissent de sa vue.
Plus tard dans la soirée, je suis assise sur le canapé, regardant distraitement la télé, tandis que Claire joue tranquillement sur le tapis à mes pieds. Profitant de ce moment calme, Quil est accoudé au comptoir de la cuisine, une tasse de chocolat chaud à la main. Mon téléphone portable vibre dans ma poche me sortant de mon film.
Je lis le message reçu, me rappelant que je dois participer à une fête Makah la semaine prochaine. Je suis l'une des chanteuses du groupe de musiques traditionnelles qui se produira le soir de la fête.
— Dis, Quil, tu fais quelque chose vendredi soir dans quinze jours, demandé-je en levant les yeux de mon portable pour le regarder.
— Pas que je sache. Pourquoi ?, répond Quil en arquant un sourcil, intrigué.
— Eh bien, il y a une sorte de cérémonie qui a lieu ce soir-là, sur la plage. C'est une fête importante pour les Makah, je me dis que ça peut être sympa pour toi d'y assister.
Quil semble surpris par cette invitation, mais son visage s'éclaire rapidement d'un sourire sincère.
— Carrément, j'adorais y aller !, déclare-t-il tout sourire, puis, une question traverse son esprit et il ajoute avec un léger rire : Mais dis-moi, comment est-ce que je dois m'habiller ?
Je ris doucement, secouant la tête.
— Comme tu veux ! Ne t'en fais pas pour ça, tu seras surtout là pour assister, pas pour participer.
Quil acquiesce, satisfait de la réponse et je lui offre un sourire en retour, contente qu'il ait accepté. Bien qu'il n'y ait rien de vraiment surprenant, Claire est en partie Makah et je ne compte pas déménager à La Push !
