Penser positif…

Faut toujours finir une histoire, même des années après... D'autant que celle-là est courte. Alors on est parti... pour arriver à une véritable conclusion. Merci.

Je choisis un mode de vie paisible. (*)

Je n'ai été amoureuse que d'une seule personne dans ma vie, enfin je crois, si on peut appeler ça aimer...

C'était complètement fou, irrationnel. Je le sentais arriver avant même de l'apercevoir.

Je me souvenais parfois à peine de ses traits tellement j'avais du mal à le regarder en face. Mais pour moi il était le plus beau. Je ne l'observais que de loin, je ne l'admirais que dans l'ombre.

Il me paralysait, il m'envoûtait, il me rendait malheureuse, nostalgique, languissante, en vie...

J'étais au lycée, je n'avais pas de boutons, pas d'appareil, des amis, une vie sociale, mais je détestais mon corps que je planquais derrière plusieurs couches de vêtements. Les tuniques un peu amples étaient mes meilleures amies.

Lui, il était plus vieux, en dernière année. La peau mate, le regard bleu nuit et la décontraction qui va avec ceux qui savent qu'ils plaisent.

Jusque-là, ma vie amoureuse était banale. Quelques flirts, quelques roulages de pelle pour faire comme tout le monde, un vrai petit copain pendant deux semaines qui avait tripoté les formes que je peinais à cacher et une séparation pour une autre, plus avenante, plus expérimentée.

Mais avec lui, je sentais que je pourrais avoir plus, ressentir, vibrer, pas simplement faire comme si...

La fin de l'année approchait et une peur panique me bouffait lentement. Il allait partir. Tout le monde partait de Forks pour tenter d'avoir une vraie vie et je n'allais plus le revoir, plus jamais.

Il faisait partie de l'équipe de Basketball du lycée et je m'étais forcée à assister à l'un de leurs entraînements pour espérer apprendre quelque chose, le nom de l'université où il allait, s'il restait sur Forks pour les vacances que je puisse espérer le croiser, s'il avait quelqu'un... N'importe quoi!

Je me tenais nerveusement dans le couloir menant aux vestiaires quand je l'avais croisé avec ses potes, rigolant sur la fête prévue sur la plage deux jours plus tard pour leur dernier match.

Les dernières années n'avaient pratiquement plus cours et leur remise de diplômes se ferait dans une semaine. Je savais que c'était ma dernière chance de le voir vraiment.

Il ne m'avait pas vu l'espionner, il ne me regardait jamais vraiment. Une fille comme moi, dans un couloir, n'éveillerait jamais son intérêt. Mais moi j'avais tout vu, tout entendu, détaillé le moindre de ses gestes, à l'abri de son regard qui ne rencontrait que ceux de ses coéquipiers, mon cœur battant à cent à l'heure tandis qu'il enlevait son maillot pour claquer les fesses de l'un d'eux avec.

J'avais supplié deux de mes amies pour qu'on aille sur la plage ce soir-là. Elles connaissaient mon obsession pour lui, on lui avait même donné un surnom.

Elles avaient gentiment accepté et j'avais décidé de taper fort, pour qu'il me remarque, pour que je n'aie pas de regrets, pour que je ne meure pas un peu plus de l'avoir laissé partir sans lui parler, pour au moins essayer quoiqu'il arrive...

Des vêtements près du corps, un peu de maquillage... Je me revois encore, me préparant longuement, la peur au ventre.

J'apprenais qu'ils avaient remporté le match quand Jacob avait klaxonné. C'était lui qui m'emmènerait et qui me ramènerait, condition sine qua non pour que Charlie me laisse y aller. Ce dernier avait d'ailleurs grogné en me voyant habillée de la sorte. Mais Jacob et mes amies m'avaient fait tellement de compliments qu'il avait fini par céder devant mon air ravi.

La petite plage était bondée, je reconnaissais des têtes, des couples, beaucoup avaient déjà pas mal bu. Tout le lycée de Forks semblait s'être retrouvé là. Jacob nous avait laissées pour retrouver sa copine du moment. Des copains de classe commençaient à nous entourer avec des bières, j'en avais bu, j'avais rigolé avec eux, j'avais attendu le sentiment familier qui m'indiquerait son arrivée et puis je l'avais finalement repéré, seul, en train de se diriger vers les vagues, à l'écart.

Je ne sais pas ce qu'il m'avait pris, mais je l'avais suivi, sans réfléchir, une bière à la main.

Il paraissait sombre, triste. Je lui avais tendu ma bière dans un sourire timide et il m'avait regardée, vraiment regardée. Je ne sais pas ce qu'il avait lu sur mon visage mais une sorte de reconnaissance avait éclairé ses traits quand il m'avait pris la bière, me remerciant dans un murmure.

Cet instant était le plus magique de ma vie. Il était tellement beau, tellement touchant. J'étais fière de lui avoir apporté un peu de réconfort, aussi minime soit-il.

De sa belle voix il m'avait appris qu'il était triste que le lycée se termine, même s'il partait à Los Angeles, que tout ça allait lui manquer.

Il me reconnaissait, j'étais en deuxième année, amie avec Jacob avec qui il parlait de temps en temps.

Je lui avais appris mon prénom et il l'avait répété dans un joli sourire en me recommandant de bien en profiter.

A ce moment je l'avais vu dans ses yeux, il me trouvait jolie... Un groupe de filles avait ensuite cassé notre échange, l'entraînant loin de moi. J'étais retournée auprès des autres, la tête ailleurs, complètement chamboulée par ce qui venait de se passer.

La nuit avait continué. J'entendais le rire excité de mes amies dès qu'il passait à proximité, je sentais la bière faire son effet, je sentais ses regards curieux. Le beat de la musique pulser dans mes veines, l'odeur du feu de camp emplissait mes narines tandis que je me demandais si je devais essayer de lui parler encore une fois.

Je n'étais pas satisfaite et en même temps heureuse. C'était un étrange mélange.

Jacob était venu me prévenir qu'il s'éloignait un peu avec sa copine, qu'il reviendrait dans une heure ou deux.

Puis j'avais senti deux bras m'entourer. J'avais à peine capté le regard rond d'une de mes amies que je m'étais sentie m'élever dans les airs. C'était lui.

Il sentait l'alcool et ses pas étaient un peu lourds, des amis à lui rigolaient, des filles me lançaient des regards bizarres, j'entendais des phrases telles que «tu les prends au berceau», «détournement de mineur», mais je m'en foutais.

C'était lui et il m'emmenait loin d'eux, loin de tout.

A l'abri des rochers, j'ai connu un vrai baiser, intense, celui qu'on n'oublie pas, qui vous remue l'estomac. J'ai aussi connu ma première fois, le sentiment puissant de se trouver attirante dans les yeux de l'autre, dans ses gestes.

J'avais mis de côté son trop plein d'alcool qui le rendait parfois pesant, la douleur, mon innocente maladresse, ma tête un peu trop remplie de bières et ne m'étais concentrée que sur cette sensation enivrante d'appartenir à l'autre, la chaleur de son corps qui réchauffait le mien, le fait que c'était lui qui me faisait toutes ces choses et seulement lui.

Quand il avait joui en moi, il m'avait remerciée d'un baiser tendre et m'avait pris dans ses bras.

Puis des gens avaient crié son nom, le cherchaient, l'appelaient.

Il m'avait alors tendu mes vêtements, avait enfilé les siens et était parti dans un sourire, répétant encore mon prénom.

Quand j'étais revenue sur la plage, il n'était plus là. Il n'y avait plus grand monde à dire vrai. Jacob m'avait traînée à sa voiture et je n'étais capable de me demander qu'une chose, est-ce que je le reverrais?...

Trois jours après, au lycée, il était passé à côté de moi sans me dire un mot, sans m'adresser le moindre regard... Il était passé à autre chose, je n'existais déjà plus.

Et puis il était parti...

Je n'ai jamais compté les nuits où j'ai pleuré, où je lui en ai voulu, où je me suis détestée pour avoir l'air si nul qu'il ait eu honte de moi.

Mais je n'ai jamais regretté cette nuit.

C'est la seule où je me suis sentie vivante, en accord avec quelqu'un jusqu'à ne faire plus qu'un, où je ne me suis pas sentie seule.

J'ai toujours eu honte de n'être capable de me référer dans ma tête qu'à cette histoire de lycée pour me rapprocher des autres et de leurs confidences sur l'amour, le vrai, celui qui vous fait tout oublier et tout ressentir.

Seul Jacob connaît cette réalité. Pour mon groupe et Jasper, je ne suis que la Bella frigide qui n'arrive pas vraiment à ressentir, à tomber amoureuse.

J'ai connu quelques hommes qui m'ont sincèrement plu, qui m'ont fait de l'effet, qui m'ont touché mais jamais assez. J'ai toujours eu froid dans leurs bras. Je n'ai jamais été une femme, je n'étais rien. Je continuais à faire comme si… Et ce plaisir qui n'arrivait jamais, que je n'ai jamais connu.

J'ai vu des psy, j'ai essayé beaucoup de gadgets, d'aphrodisiaques, j'ai atterri dans ce groupe et je me suis résolue à continuer à vivre, parce que, quoiqu'il en soit, j'avais de la chance.

Et puis Edward est entré dans ma vie. En un mois, il a tout bouleversé.

Je me sentais en sécurité avec lui. Une sorte d'attraction platonique. Il était plus qu'une nouvelle connaissance mais tout était clair, évident jusqu'à ce que ça se passe. Et c'est allé vite, trop vite...Mais j'accepte.

C'est brusque, violent, animal, passionné. J'expulse toutes mes frustrations, toute ma colère, toute ma peine refoulée avec lui. J'arrive à lâcher prise, j'oublie mes peurs, mes complexes.

Au milieu de tout ce fatras un peu fou, je ressens la même chaleur presque oubliée, la même impression d'être belle, d'être vivante dans ses bras. Tout ça est bien réel.

J'y crois à nouveau.

Edward me veut, il me veut vraiment, tout le temps, il devient dépendant. Il ne m'ignorera jamais, il ne m'oubliera jamais. Je suis celle qui l'a fait y croire à nouveau.

Et enfin au-dessus de tout ça, il y a le plaisir, l'indescriptible plaisir qu'il me donne.

Et je ferai tout pour ne pas perdre ça.

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pppp

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