Chapitre 7 : Je veux le voir
Depuis son entrée dans l'Armée, Roy Mustang était connu et reconnu pour son calme, sa maitrise de la situation et ses stratégies implacables. De l'Académie à son tout nouveau titre, il pouvait se vanter de n'avoir jamais fait une seule erreur. Enfin, ça c'était avant. Avant que le Fullmetal disparaisse. Avant qu'il ne soit retrouvé et ramené à bon port. Avant tout ça.
Il était désormais préoccupé par la situation, plus que de raison. Il était préoccupé par le retour du blond mais surtout par ses émotions à lui. Il se sentait incapable, inutile et malgré lui, il avait recommencé. Recommencé à boire. Sortir sa bouteille de Whisky de son meuble globe, et de verser un verre (ou plusieurs?) était redevenu une habitude depuis quelques soirs. Il s'était pourtant juré de ne jamais recommencer mais c'était plus fort que lui. Hughes l'avait déjà interpellé à ce sujet, mais sans succès.
Ce matin-là, le brun arriva vers 10h avec des cernes plus marqués qu'ordinaire. En traversant le long couloir qui menait à son bureau, il reconnut le jeune homme assis. Alphone. Le plus jeune était sur le canapé d'attente à gauche du bureau de Riza. Roy Mustang salua Riza et s'attarda sur le visage du cadet Elric. Il avait désormais une sacrée carrure, son visage était doux mais fermé et était habillé modestement. D'un geste silencieux, il invita le cadet à le suivre dans le bureau. Une fois assis, les deux hommes se regardèrent pendant plusieurs secondes. Le militaire ne put s'empêcher de penser qu'Alphonse n'avait rien avoir à Edward. «Edward est plus…» pensa t-il.
- Vous faites peur Colonel… Lanca Alphonse
- Bonjour Alphone
- Où est mon frère?
- Je te propose d'y aller après le repas du midi.
- Et depuis quand vous faites son emploi du temps?
- Depuis qu'il a intégré l'Armée, répondit immédiatement Roy Mustang
Les deux hommes se dévisagèrent du regard, et Alphonse reprit:
- Pourquoi vous essayez de m'éloigner de mon frère?
- Ne te fais pas d'idée. Je le fais pour son bien.
- Son bien, hein? Répondit avec sarcasme Alphonse
Après plusieurs minutes de silence, Alphonse prit une grande respiration et interpella le Colonel sur son frère. Ce dernier répondit laconiquement aux questions incessantes du cadet «Oui, il avait mangé, oui il s'exprimait, oui il avait repris du poids, oui acceptait le suivi médical, oui..».
En écoutant les propos du Colonel, Alphonse ne put s'empêcher de remarquer quelque chose. Le militaire qui l'avait longtemps impressionné, intimidé et même effrayé. Cette même personne avait l'air exténué. Il nota les cernes, les cheveux en bataille et surtout la chemise pas entièrement repassée. D'ailleurs, plus les minutes passaient, plus il était persuadé que le costume était de la veille. Et pour la première fois depuis qu'il le connaissait, il avait l'impression de voir Roy Mustang comme un être humain.
Bien sûre, il ne portait pas le militaire dans son cœur, surtout depuis toute cette histoire avec son frère. Enfin, pas celle de l'enlèvement, l'histoire entre lui et son frère. Et pour la première fois depuis qu'il le connaissait il ressenti de la pitié avec cet homme. La culpabilité le détruisait, c'en était risible.
Après leur discussion mouvementée, Alphonse fut ensuite invité à patienter jusqu'au repas et il passa le reste de son temps avec Hughes. Il avait toujours apprécié ce dernier, c'était pour lui une figure paternelle qu'il appréciait sincèrement. Ils retrouvèrent Havoc et Breda, qui étaient toujours bloqués aux Archives. Alphonse proposa aux 3 soldats d'aller boire un café, ce qu'ils acceptèrent sans grande difficulté. Assis à table, autour de leurs boissons chaudes, le silence fut soudainement douloureux. Et puis, Hughes lança un «Vous vous souvenez quand Edward n'arrivait pas à …». L'anecdote fit rire le groupe, et puis Alphonse se mit à pleurer chaudement.
Et alors qu'il essuyait ses quelques larmes, une voix grave se fit entendre:
- Alors Alphonse, est-ce que le binôme aux archives travaille vraiment ou ils font semblant depuis le début?
- Nonnn, répliqua Alphonse, ils travaillent durs, ils m'ont montré …
- Et surtout Colonel, nous devons décider quel document sera à archiver ou détruits…C'est beaucoup de responsabilité! Compléta Breda
- Bien évidemment, toute l'équipe à une grande responsabilité, allons donc manger! Invita le Colonel
Finalement, après le repas, le Colonel et Alphonse se dirigèrent vers l'hôpital. Le Colonel eut du mal à convaincre les soldats de laisser passer Alphonse, mais ils purent finalement accéder à l'aile Kilam tant convoitée par ce dernier. Roy Mustang salua l'équipe médicale qui étaient sur place, et s'assura auprès d'eux qu'ils pouvaient rendre visite à Edward Elric. Après avoir eut l'aval d'un des médecins de garde, ils se dirigèrent vers la chambre en question. D'un geste de la main, le Colonel invita le cadet à toquer à la porte et un faible «Entrez» résonna. Alors que le frère cadet avait la main sur la porte, le Dr Kotseva déclara d'une voix grave:
- Que faites-vous Messieurs?
Retirant immédiatement la main de la poignée, Alphonse se retourna et le Colonel répondit:
- Je vous présente le frère du Fullmetal, Alphonse
- Colonel, il me semblait que seul vous pouviez avoir accès à cette aile…Commença le Dr Kotseva
- Je sais Dr, mais c'est son frère.
- Colonel… Je ne peux accepter une telle rupture du contrat...
- S'il vous plait! Supplia Alphonse
Après plus d'une heure de négociation, le Dr Kotseva accepta à contrecœur. Elle rappela aux deux hommes les quelques règles importantes à suivre. Et les deux se dirigèrent vers la porte de la chambre du Fullmetal.
Il toqua de nouveau, et un autre «Entrez» lui répondit. Alphonse entra seul dans la pièce, et ne put empêcher les larmes de couler à la vue de son frère. Oui, il avait un peu maigri et manquait clairement de vitamine D, mais il était là en chair et en os. Comme conseillé par le Dr, Alphonse s'assit au bord du lit, près des pieds de son ainé. Elle lui avait demandé de ne pas faire de grand geste, et de garder une distance raisonnable. Mais surtout d'éviter tout contact. Bien qu'il n'était pas d'accord avec toutes ses règles, il comprit l'importance de ces dernières. Cependant, il ne put s'empêcher de le toucher, pour bien s'assurer que c'était lui. Qu'il était vivant. Sa main alors se déplaça lentement mais surement vers les pieds de son frère qui n'étaient qu'a quelques millimètres de déposa alors discrètement une partie de ses doigts sur le drap qui recouvrait les pieds, «l'air de rien» pensa-t-il.
De son côté, Edward ne put s'empêcher de sentir une sensation de brulure à ce contact. Il ne put s'empêcher de retirer lentement le pieds en question de la main de son frère. Sans un mot, Alphonse continua de donner des nouvelles de Winry et de Pinako. Il insista sur les qualités de la vie à Rizembool. «Douce et silencieuse. Douce et reposante. Loin de tout ça, loin du Colonel». Piqué à vif, Edward lui demanda des explications. Maladroitement, le cadet expliqua que s'il venait avec lui il serait protégé, au repos et pourrait reprendre des forces.
- Alphonse, je vais rester encore un peu. J'ai besoin de rester ici…Ajouta l'ainé
Bien qu'il connaissait la vraie raison de la décision de son frère, il ne put s'empêcher de se sentir coupable et inutile. C'est donc d'un pas lourd qu'il quitta la chambre, et sorti de l'hôpital sans un mot pour le Colonel. Il reparti comme prévu pour Rizembool le lendemain matin.
Le lendemain, comme tous les jours depuis le retour d'Edward Elric, Roy Mustang retourna auprès de son subordonné, et resta de longues minutes devant la porte. Son esprit était flou et ses pensées se bousculaient. Il avait encore bu la veille, et sa tête était embrumée. Etant donné qu'Alphonse était reparti sans lui parler, il ne savait pas de quoi les deux frères avaient pu cela le préoccupait plus que de raison.
Toujours face à cette porte, il hésita longuement avant de manifester sa présence. Finalement, il prit son courage à deux mains et toqua. Une petite voix l'invita à entrer. En entrant dans la pièce, il fut ébloui par le soleil qui illuminait la pièce, et se protégea les yeux avec sa main avant de se diriger dos à la fenêtre:
- Ah bonjour Colonel
- Bonjour, comment vas-tu?
- Bien, et vous? Vous avez l'air fatigué..
- Comment était les retrouvailles?
Comme à son habitude, le Colonel s'assit au bout du lit, à quelques millimètres des pieds du blond. Et comme à chaque fois, il luttait contre lui-même pour ne pas le toucher, pour ne pas se rapprocher. Le Colonel osa demander:
- Tu as l'air…triste? Que se passe-t-il?
A cette question, Edward baissa les yeux et raconta brièvement la conversation. La raison de la dispute l'étonna grandement, les frères Elric ne se disputaient jamais. Bien sûre, par le passé, il y avait eu des conversations «intenses» mais c'était souvent à cause de l'inconscience du frère ainé lors des missions.
Roy Mustang regarda l'heure, et fut surpris qu'il soit déjà 16h. Il se leva d'un coup sec, ce qui fit sursauter Edward.
- Désolée si je t'ai fait peur! Déclara-t-il en s'approchant du visage du blond sans s'en rendre compte
- Non…Non…Ce…
Roy Mustang était désormais à quelques centimètres du blond, et ses mains autour de ses épaules. Edward était immobile, sa respiration était saccadée. La poigne du Colonel était ferme et chaude. Ses mains étaient larges et ses doigts serraient fortement ses épaules.
- Oui..Non..Je… Begaya Edward
- Edward? Ca va?
- Oui..Je…D'accord…
C'est en entendant ces mots que Roy Mustang se rendit compte du rapprochement physique et du regard perdu de son subordonné. Il se figea et s'écarta en quelques secondes. Il lui sourit, et s'allongea sur le canapé de la chambre en disant:
- Pour une fois que Riza n'est pas là, je vais faire la sieste ici. On se retrouve pour le diner!
Edward Elric était figé, et il ne pouvait penser correctement. Le contact était inattendu, et il avait eu peur. Son regard était dirigé vers la masse qui était allongée sur le canapé. Il pouvait entendre la respiration lourde et régulière de son supérieur.
C'était la première fois depuis son arrivée que quelqu'un dormait dans sa chambre. Edward était inquiet. Etant donné que c'était le Colonel, il n'était pas en danger. Mais il était évident, qu'il ne pourrait pas se reposer s'il était dans la pièce. Il se leva en douceur, et sorti de la pièce sur la pointe des pieds. Il indiqua à l'infirmière la plus proche qu'il prenait la chambre voisine pour faire sa sieste, et de le réveiller pour le souper. Il en profita aussi pour dire que le Colonel mangerait ici avec lui.
Il s'allongea donc dans ce lit intact, et tenta de fermer les yeux. Mais ses pensées les plus profondes le rattrapèrent. Son visage était entièrement porté sur cette porte entrouverte, et la disposition lui rappela lorsqu'il était avec le Maitre. Il n'avait pas le droit de sortir de la pièce. Sa mémoire se mélangea avec le présent. Il fut pris d'un intense frisson, et fut finalement rattrapé par la fatigue. Endormi, les ombres et odeurs de l'hôpital se mêlaient aux bruits du Tunnel. Il avait soudainement l'impression d'être attaché. Il se sentait en danger, sa respiration était devenue saccadée et il tremblait de tout son être. Dans ce sommeil perturbé, une présence s'imposa. Une présence lourde, froide, violente.
Roy Mustang s'était réveillé presqu'une heure plus tard, et avait quitté la chambre d'un pas vif en remarquant que le Fullmetal n'était plus là. Un des infirmiers l'informa que le blond dormait dans la chambre voisine. Il poussa la porte lentement, et lança un «Fullmetal?». Il remarqua alors que ce dernier s'agitait dans son sommeil, et bégayait des mots incompréhensibles.
- Fullmetal, tu es là? une voix lointaine
Roy Mustang sentit une main sur son épaule et une voix grave l'inviter à l'éloigner de la porte. Le Dr Kotseva alluma la lumière et annonça sa présence. Le Fullmetal se leva d'un geste et s'assit sur le rebord du lit. Elle le ramena dans sa chambre où le Colonel attendait sur le canapé.
- Fullmetal, bien dormi?
- Oui, et vous?
- Je t'ai empêché de dormir, je dois ronfler…
- Non, ça va
Il reprit place dans son lit, remis la couverture jusqu'à son abdomen et se fit silencieux. Son esprit se perdit dans ses pensées.
Le repas tant attendu arriva, et ils mangèrent l'un à côté de l'autre. Ce soir-là, le blond toucha à peine à son repas, au grand désarroi de son supérieur. Après le repas, le Colonel rentra chez lui et le Fullmetal resta seul face à ses pensées.
Edward Elric avait cru l'espace d'un instant qu'il était de retour là-bas. Le Colonel lui avait bien dit que le chef de gang était mort, donc il n'avait pas de raison particulière de s'inquiéter. Il était sorti des tunnels, il était sorti de tout ça et il était en sécurité ici. «Oui, voilà, je suis en sécurité». Il se surprit à repenser à la conversation avec son frère, et l'insistance de ce dernier à le ramener à Rizembool. Toute cette histoire, l'avait contrarié «pourquoi souhaite-t-il à tout prix que je rentre avec lui?» se demanda-t-il en sentant le sommeil l'envelopper. Il s'endormi assez rapidement, mais eu une nuit très agitée.
Une fois chez lui, Roy Mustang regarda longuement la bouteille et le verre vide. Finalement, il se servit un verre. Il s'endormit en pensant «cela devient vraiment une habitude».
Le lendemain au bureau, il composa le numéro du frère Armstrong, ce dernier décrocha en quelques secondes.
- Colonel, encore vous, que me vaux le plaisir?
- Major… J'ai une question concernant le chef de gang enfui...
- Colonel, j'ai une équipe qui le cherche depuis la libération… J'ai dit que je vous tenais au courant!
- Je sais, mais il...
- Qui?
- Le Fullmetal. Le Fullmetal dit des choses qui me perturbent...
- C'est-à-dire? Ne faites pas de la rétention d'information…
- Je n'en ai pas la moindre intention. Mais selon l'équipe médicale, il prononce souvent le mot «Maitre » … Qu'est-ce que cela veut dire?
- Colonel, avez-vous lu le rapport?
- ….
- Pourquoi posez-vous la question?
- Je n'ai pas encore ouvert le rapport…
- Colonel…! Je ne suis pas un exécutif, je n'ai donc pas de compte à vous rendre… Mais! Mais! Par affection pour le Fullmetal, je vais vous expliquer.
Le Major se lança alors dans un discours pour le moins émotif, mais complet. Il raconta les détails de la mission, comment ils l'avaient trouvé et surtout dans quel état. Il retranscrit les paroles du chef de gang à destination du Fullmetal. Pendant le monologue du Major, le Colonel avait en main le dossier scellé, et ses doigts jouaient avec.
Finalement, il ouvrit le dossier. Le rapport était détaillé, agrémenté de photos et de bilans médicaux. Et puis, il arriva au sous-dossier concernant le Fullmetal. Comme il le savait déjà les sévices étaient importants. «Réfléchis…Comment tu vas gérer Edward chez toi…» pensa Roy Mustang.
Les jours qui suivirent, l'équipe de Mustang fut prise dans une urgence militaire à Central ce qui empêcha le Colonel d'aller voir son subordonné. Ce n'était pas l'envie qui manquait, mais il n'avait simplement pas le temps. Il y avait des rapports à relire, des réunions interminables et des missions à préparer. Riza fut la première à l'interpeller sur ses visites à l'hôpital, ce que le Colonel balaya d'un revers de main. Trois jours. Il ne fallut pas plus de 3 jours à Maes pour débouler dans son bureau dans prévenir. Le visage du Colonel se ferma et ses traits se durcirent. Il savait ce que son ami allait lui dire, et il n'avait pas le temps pour ça.
- Si tu n'y vas pas, moi j'irais! Lui lança Maes d'un ton réprobateur
- De quoi parles-tu? Lui répondit le Colonel
- Alphonse vient à Central et apparemment il n'a pas le droit de le voir. Et comme par hasard…tu ne vas plus le voir non plus…
- Je n'ai aucun compte à te rendre Maes!
- Roy ne te ferme pas s'il te plait…
- Il ne s'est rien passé, Alphonse est passé le voir. Apparemment, il voulait que son frère rentre avec lui, mais le Fullmetal a souhaité rester ici…!
- Et pourquoi tu n'y vas plus?
- Je n'ai rien d'autre à te dire! Répondit-il sèchement
- Roy, parle-moi...
- Je suis très occupé en ce moment comme tu peux le voire…
- A vider ta bouteille de Whisky?
Le Colonel le fusilla du regard, et prit une grande respiration avant de répondre:
- Edward est persuadé que le chef de gang est encore vivant.
- Comment ça?
- Je le sens, c'est tout!
- Mets ton égo de côté…. Et va le voir! Mets-toi à sa place! Personne ne va le voir, et puis son frère vient, ils se disputent, et toi tu ne reviens plus...
- Effectivement, dis comme ça...
- Et donc?
- Je vais voir...
- Maes avait raison, il devait arrêter de faire son égoïste. Vers 16h30, le Colonel arriva à l'hôpital, et fut accueilli par des visages fermés. Il toqua à la porte et entra sans attendre l'habituel réponse.
- Bonjour Fullmetal, désolée de ne pas être venu ces derniers jours mais la charge de travail était...
- Le Fullmetal ne le regardait toujours pas, et avait la tête baissée, le Colonel continua:
- Comment tu vas? Qu'as -tu fait? Comment te sens-tu?
Un silence lui répondit, et il se rapprocha encore un peu du Fullmetal:
- Ecoute…
Et il fut frappé par l'apparence du blond. Ses cheveux, son visage, le haut de son corps, ses bras. Ses bras. Ses bras tremblaient. Il semblait avoir minci. Il se demanda pourquoi les bras du Fullmetal tremblaient. Lui faisait-il peur? Que s'était-il passé pendant ces quelques jours? Suite à ces mots, il s'approcha encore un peu
- Je suis là…Tu m'entends? Dit-il en voulant le toucher
- NE M'APPROCHEZ PAS! Hurla le concerné! Ne me touchez pas! Laissez-moi tranquille!
- Que se passe-t-il? Dis-moi… Lui répondit en douceur le Colonel
- JE VEUX QUE VOUS QUITTIEZ CETTE CHAMBRE!
A ces mots, il sorti de la chambre. Une fois dans le couloir, Dr Kotseva lui expliqua que le Fullmetal n'avait pas beaucoup mangé ces derniers jours et qu'il avait peu dormi.
- C'est de ma faute, murmura le brun
- Nous n'accusons personne. Ne sous-estimons pas qu'il ait été un otage, qu'il a été prisonnier pendant plusieurs mois. Je pense que rester trop longtemps ici va le …
- Détruire...
- Tout à fait, il a besoin d'un signal fort. Nous avons eu une note du Généralissime en ce sens. Tout est bon de notre côté, tout est prêt pour son départ.
- Je retourne dans sa chambre…Maintenant?
- Oui, vous en sentez-vous capable?
«Capable» pensa le Colonel, c'est tout ce que TOUT le monde avait à la bouche. Maes, Alphonse, Riza… Il se ressaisit, remit en place son costume et retourna dans la chambre du Fullmetal sans s'annoncer.
- Fullmetal! Dit-il d'une voix grave
- Oui? Dit le blond en regardant les draps
- Je viens t'annoncer que demain vers 14h, tu quitteras cet Hospital!
- C'est vrai...? Lui répondit une faible voix
Le Colonel se rapprocha, et s'assit aux côtés du Fullmetal.
- Je suis désolée de ne pas être venu ces derniers jours, mais j'étais débordé…
- …
Le Colonel s'approcha encore, et il chuchotait presque:
- Je suis sincèrement désolée... Je te propose un deal, tu sors de l'hôpital et tu viens vivre avec moi. Qu'en penses-tu? On ira travailler ensemble...?
- Ensemble...? Répéta-t-il
- Oui, il est temps que tu sortes d'ici.
- Sortir d'ici…
En entendant ces mots, le Colonel posa sa main sur celle du Fullmetal. Ce dernier sursauta mais ne la retira pas. Le contact brula le brun, et il retira sa main dans la foulée. Assis sur le lit, il chuchota:
- Comment vas-tu?
- Ça va…Pourquoi chuchotez-vous?
- Je ne sais pas, répondit le brun – Comment te sens-tu?
-Je…La chambre…Je…Chaud…
- Tu avais trop chaud?
- Non!
Edward Elric commençait à s'agiter, et sa respiration se faisait de plus en plus forte et saccadée. Sa tête allait de gauche à droite dans un mouvement erratique. Roy Mustang mit son doigt sous le menton du blond, le forçant à le regarder.
- Edward. Je ne te veux aucun mal. Voilà. Respire. Regarde-moi. C'est moi. Roy Mustang. Je ne veux que ton bien. Super. Respire tranquillement. Je ne veux pas te faire de mal...
Il fallut quelques minutes à Edward pour se calmer. Roy Mustang reprit la conversation:
-Pour revenir avec l'après hôpital. Comment tu te sens de vivre avec moi?
- Oui…
- Tu es sûre?
- Oui…Je…Fenêtre?
- Tu veux que j'ouvre la fenêtre?
- Non! La Chambre…Fenêtre?
- Tu seras dans ma chambre d'ami, il y a une belle fenêtre qui donne sur une rue animée. Est-ce que cela te convient?
- Oui..
Le repas arriva quelques minutes après, et ils mangèrent en silence.
Edward Elric passa de nouveau son repas à repenser à son frère. Alphonse ne semblait pas comprendre pourquoi son ainé voulait rester, ou plutôt «il ne veut pas essayer de comprendre» conclut intérieurement Edward. Sa vie était ici, et cela faisait des années qu'il se sentait chez lui auprès du Colonel et de son équipe. Il ne voulait pas rentrer à Rizembool, il ne voulait pas être regardé avec pitié. Il n'aimait pas l'attention, et surtout pas dans ces conditions. Le seul qui le regardait normalement, c'était le Colonel., il avait envie de raconter, de lui dire certaines choses. Mais il n'y arrivait pas, il ne trouvait jamais le bon moment. Et puis, il n'avait pas encore récupéré l'usage de la parole. Là-bas, son «Maitre» lui avait interdit de parler, et il n'arrivait à s'en détacher.
Malgré le soutien du corps médical, les nuits ne se passaient pas bien. Les souvenirs de son séjour dans le Nord se mêlaient aux souvenirs de la journée. Il revivait inlassablement les mêmes scènes, entendaient les mêmes bruits de serrures et de ceinture, les mêmes odeurs de brulés. Il lui arrivait de vouloir que tout s'arrête. Que tout se termine. Il en était sur maintenant, il ne pouvait pas oublier tout ce qu'il avait vu, entendu et «subi». Il ne l'oublierait jamais.
Soudainement, des paroles firent échos «Tu seras marqué à jamais, les gens vont savoir et ils s'éloigneront de toi, tu m'appartiens désormais. Je suis le seul qui t'acceptes tel que tu es. Celui que tu es devenu, celui que tu étais au fonds de toi.». Il frissonna subitement au souvenir de ces mots. A la vue de cette réaction, le Colonel demanda en chuchotant:
- Tu as froid?
- Oui, un peu…
- Attends, dit-il en rabattant la couverture sur lui - ça va mieux comme ça?
- Oui, merci.
- Et puis comme une révélation, Edward Elric lança:
- Je n'ai pas de tenue propre!
- Bien vu, je vais t'apporter une tenue pour toi que j'ai en stock
- Heure?
- Après le repas, soit 14h. Ensuite on ira chez moi...
- Pourquoi faire?
- Pour que tu prennes possession de ta chambre
- Mais j'ai besoin de tenues. Pourra-t-on sortir? Et le soir on fera quoi?
- Ce que tu veux!
- Je ne veux rien! Cria le Fullmetal
Le silence recouvra la chambre, et le Colonel repris:
- Edward, sache que je suis là pour toi. Et si tu veux rester plus longtemps ici, tu peux. Tu es ma priorité.
- Non…
- Très bien, on se dit à demain alors?
- Oui
Le lendemain à 14h, le Fullmetal attendait impatiemment le Colonel. Roy Mustang lui donna la tenue, et attendit ce dernier dans le couloir. Environ 1 heure plus tard, la porte s'ouvrit et Edward Elric apparut. Ils se dirigèrent vers la sortie, où une voiture les attendait.
Le trajet de l'hôpital à l'appartement du Colonel fut silencieux, tout comme le départ de l'hôpital, mais le blond était nerveux et luttait contre lui-même pour ne pas crier ou pleurer. Une fois arrivés, le Colonel invita son nouveau colocataire à entrer et lui présenta sa nouvelle chambre, la fenêtre donnait sur la rue piétonne. L'appartement était dans un état de propreté exceptionnel, tout devait être accueillant et pour cela le Colonel avait aussi rajouté quelques plantes. Cette nouvelle décoration étonna autant le Fullmetal que le Colonel lui-même, le résultat était bluffant. Il laissa ce dernier prendre connaissance de sa chambre, et une fois revenu dans le salon il proposa d'aller faire quelques achats afin de renouveler la garde-robe de son nouveau colocataire.
Ils se dirigèrent donc ensemble dans le centre-ville, et visitèrent quelques magasins. Le Colonel maintenait une distance physique avec ce dernier que soit pour lui proposer des vêtements ou pour l'essayage. Il regardait son subordonné, avec une intensité dont il ne sentait pas capable, il le regardait déambuler dans les rayons. Au bout de 2 heures seulement, et alors qu'ils avaient trouvé plusieurs tenus; le Fullmetal reposa tous les vêtements et sorti d'un coup du magasin. Il fut rattrapé par le brun:
- Que se passe-t-il? Tu veux qu'on aille dans un autre magasin?
- Non
- Que se passe-t-il? Tu n'aimes pas ce que tu as choisi?
- Non
- Parle-moi, je t'en prie! Dit-il en se plaçant devant ce dernier
- Je…Je ...n'ai pas d'argent...
- Roy Mustang ne put empêcher un sourire timide.
- Oh non! Mais c'est pour moi!
- Non, je ne peux pas accepter! Je ne peux pas!
- Mais si voyons...!
-Non, non! Ne me forcez pas s'il vous plait! Je vous en prie!
- Je ne te force à rien…Si tu ne veux pas, on ne le fait pas. Dit-il déstabilisé par la situation
- Je ne veux pas, je vous promets que…. Je le promets!
Lorsqu'il entendit les mots sortir de la bouche du Fullmetal, il se stoppa net. Son cœur se brisa à la sortie de ces mots. Ce dernier avait mis les mains devant son visage, et tremblait de tout son corps. Il s'approcha lentement du blond mais ce dernier recula. «Comment je vais me sortir de cette situation?» pensa le Colonel. Heureusement, on était en pleine semaine, donc il y avait peu de clients. Il chuchota:
- Est-ce que cela te convient si je paie les vêtements avec une avance sur ton salaire?
- C'est possible?
- Evidemment, je suis le Colonel Mustang! Je peux tout faire…!
- Après ce consensus et avec une nouvelle garde-robe, les deux rentrèrent chez le Colonel. Le Fullmetal se rua dans la chambre, et n'en ressorti que pour le diner.
- Je ne savais pas que vous cuisiniez Colonel!
- Ah ah, je ne peux pas manger à la cafétaria ou à l'hôpital tous les jours! D'ailleurs c'était pas trop mal les repas là-bas, non?
- Hmm...
Le repas se fit en silence, mais fut rompu par le Colonel:
- Demain si tu es d'accord, on ira à Central ensemble. Qu'en penses-tu?
- Oui, mais que vais-je fairelà-bas?
Havoc et Breda sont sur des dossiers d'Archives, qu'en penses-tu?
- Pourquoi pas...
Après le repas, le Colonel se mit sur le canapé du salon et commença à lire un livre. La psychologue lui avait conseiller de continuer à faire ses activités habituelles. En fin de soirée, le visage cerné et le corps fatigué, le blond annonça qu'il allait se coucher.
Le lendemain, le brun se réveilla le matin en entendant des bruits de… «Alchimie?». Il se leva et décida de prévenir de son arrivée en appelant le Fullmetal alors qu'il franchissait la porte. Cependant, il eut le temps d'apercevoir une scène étonnante. Le Fullmetal avait barricadé la porte d'entrée grâce à l'Alchimie. Ce dernier sursauta en voyant le Colonel sortir de sa chambre:
- Bon… Bonjour Colonel! Je suis désolée…
- Bonjour Fullmetal, tu prends quoi le matin? J'ai du thé, du café…?
- Un thé…
- Très bien. Viens choisir ton thé!
Il rejoignit son supérieur dans la cuisine, et se rapprocha de la boite de thé. Il pouvait entendre et sentir la respiration du Colonel tellement il était proche de lui, il pouvait sentir son odeur et presque entendre son cœur battre. C'était beaucoup d'invasion. Beaucoup trop. Il frissonna au souvenir des dernières proximités physiques qu'il avait eu. Il se savait sorti du tunnel, mais les souvenirs étaient toujours présents et les marques de son séjour encore fortes. A ce souvenir, il fut enveloppé par une ombre indescriptible, un poids se fit sentir sur ses épaules et un frisson le parcourut. Il avait l'impression qu'on le serrait très fort, qu'un souffle lourd et qu'une voix grave était juste derrière lui. Il avait l'impression que des mains le serraient et qu'il ne pouvait plus respirer. Pouvait-il respirer? Sa gorge était serrée, sa bouche fermée et tremblante.
Un second frisson parcourut sa colonne vertébrale. Il ne pouvait s'en détacher, «il» le suivait partout. Parfois, il pouvait même jurer qu'il entendait sa voix et sentir son odeur. D'un geste il prit un sachet de thé au hasard et alla s'asseoir rapidement.
Après un petit déjeuner plutôt silencieux, les deux soldats partirent pour Central. Une fois dans la caserne, une grande partie des soldats ne purent cacher leurs joies de revoir le fameux Fullmetal Alchimiste. Le Colonel calma d'une main toutes les sollicitations, et mit la main sur l'épaule du Fullmetal tout en se dirigeant vers l'aile de l'équipe. Lorsque Riza le vit, elle ne put s'empêcher d'avoir les yeux humides, et de verses quelques larmes.
- Edward! Quel soulagement! Dit-elle en se rapprochant
Elle remarque que plus elle s'approcha de ce dernier, plus il reculait. Elle se stoppa net en remarquant qu'Edward avait son dos contre le torse du Colonel. Elle jeta un coup d'œil au Colonel, qui la rassura d'un geste de la main. Elle dit:
- Ah, je suis tellement contente de te voir! Bienvenue chez toi! Tu as mangé? Tu veux un croissant?
- Non, non, merci…bégaya-t-il
- Le Colonel va te trouver un bureau, que vas-tu faire aujourd'hui? Te reposer? Te mettre au soleil? Manger?
- Tout à fait, dit le Colonel en se déplaçant vers son bureau et ainsi se séparer du Fullmetal qui était resté collé à lui
A ce moment-là, le Fullmetal senti un froid l'envahir. Ce vide soudain céda la place à une présence plus lointaine, à une voix et des mains plus puissantes. Toujours immobile, il était incapable de comprendre ce qu'il venait de se passer. Pourquoi avait-il froid tout d'un coup? Il fut sorti de ses pensées par une voix douce:
- Edward, tu viens?
- Oui
Il rentra donc dans le bureau du Colonel, et s'assit sur le canapé en attendant les ordres.
- Riza, nous allons donc informer les autres de la venue du Fullmetal...
- Je les invite – Dit Riza en quittant le bureau
- Enfin seuls, le Colonel se rapprocha du Fullmetal qui sursauta à sa vue
- Ce n'est pas trop? Je ne vais pas trop vite? Lui demanda -il
- Quoi? Dit-il en s'éloignant
- Je veux dire…Ils seront tous très contents de te voir… Mais si tu n'es pas à l'aise avec cette situation, je peux les faire entrer un par un...
- Non…Ce n'est pas grave…
- Fullmetal, sache que je suis là pour toi.…
- Non, ça ira, enfin je pense…Hughes …
- Oui, dit le Colonel en rigolant- Mais je peux le maitriser!
- Colonel?
- Oui?
Ils étaient maintenant assis l'un à côté de l'autre, à seulement quelques centimètres. Leurs corps étaient contre le dossier du canapé, les coudes portaient les visages. Le Colonel se recula en pensant «je suis trop près», et sourit au Fullmetal:
- Je suis désolée Fullmetal, chuchota-t-il
Le blond en question était sur une autre planète. Il avait ressenti de la protection de la part du Colonel lorsque Riza s'était approché et puis il avait ressenti le vide. Devait-il se méfier du Colonel? Aucun de ces actes ne lui indiquait qu'il allait tenter quelque chose.
- Pourquoi vous vous éloignez de moi?
Surpris par cette question, il se rapprocha de nouveau et murmura:
- J'étais mal installé, mais…
Il fut coupé par une entrée en fanfare de l'équipe «sauvé par le gong» pensa-t-il. Toute l'équipe était entrée dans le bureau sans prévenir, et la joie était au rendez-vous ainsi que l'émotion. Havoc et Breda racontait qu'ils avaient revu Maximilian à Luton, qu'il allait bien. Ils discutèrent aussi du conflit dans le sud, et pendant que l'équipe était aux petits soins avec le Fullmetal, Maes se rapprocha de son ami:
- Heureux?
- Hm, dit-il en remontant les épaules
- On a interrompu quelque chose?
- Pas le moindre du monde…Bon! Ça suffit tout le monde! Retournez travailler! Le Fullmetal va passer un bout de sa journée aux Archives avec Breda et Havoc!
Le Colonel se retrouva seul, enfin presque. Maes était resté dans son bureau:
- Comment va-t-il?
- Difficile à dire
- Où va-t-il vivre?
- Chez moi
- Chez toi? Mais…Comment ça se passe?
- Bien, rien à dire. Il est fatigué, en hyper vigilance mais reste très calme.
- Mais là, on a interrompu quelque chose, non?
- Pas le moindre du monde …
- Sur le canapé à quelques centimètres?
- Ne me mets pas des bâtons dans les roues, ce n'est déjà pas facile. J'essaie de réparer mes erreurs!
- Tout douxle lion ! Venez manger chez nous ce Week end, ça nous fera plaisir.
- D'accord, capitula-t-il
- Samedi midi, sans faute!
Maes partit ensuite dans les méandres de Central. A ce moment-là, Roy Mustang se rendit compte qu'il était incapable de dire ce que faisait son meilleur ami à Central.
La fin de la journée arriva plus vite que prévu, et ils rentrèrent en silence le long du Canal de la ville. Une fois dans son lit, le Fullmetal se retourna plus d'une dizaine de fois avant de trouver le sommeil vers 3h du matin. Toute la nuit, il repensa à cette phrase «Ce n'est pas trop? Je ne vais pas trop vite?», c'était exactement la même phrase que le Maitre lui avait dit la première fois.
Les jours passèrent et se ressemblèrent. Le Fullmetal était affecté au tri des Archives et cela semblait bien se passer. Le tri n'allait pas plus vite, mais au moins il avait une activité et ne s'ennuyait pas. Il semblait aller à toutes ses séances de psychologue à l'hôpital, et bien qu'il en revienne perturbé ces moments semblaient lui faire du bien. Les soirs étaient plutôt tranquilles, et les discussions légères. En général, ils rentraient ensemble, cuisinaient ensemble et se couchaient relativement tôt. Le Colonel était attentif aux mots utilisés et aux gestes du blond. Il voulait éviter de le blesser ou de lui faire peur.
Le repas chez les Maes arriva beaucoup plus vite que prévu. Ils se dirigèrent vers la maison en question, et au fur et à mesure qu'ils s'approchèrent de la porte, le Colonel senti le blond se tendre et s'aperçut que son visage était fermé.
- Bienvenue à tous les deux! Entrez! Hurla Maes depuis la fenêtre de sa cuisine
Le Colonel fit un geste de la main, et ouvrit le portail de la résidence Hughes. La porte d'entrée était ouverte, et le Colonel tenta un:
- C'est nous!
Il fut accueilli par Elysia et Grâce qui avait un joli napperon avec des motifs fleurs et encore les gants de cuisine. Ils se firent la bise et furent inviter à s'asseoir dans le salon. Le Fullmetal observait la décoration, la table était dressée et Elysia jouait dans le salon. On entendait Maes et Grâce rigoler depuis la cuisine au sujet de la température du four. C'était une vision paisible, qui ressemblait à de beaux souvenirs d'enfance. Il était apaisé, il se sentait presque comme chez lui. Tout était différent de chez le Colonel: l'ambiance, les couleurs, la luminosité des pièces. Chez le Colonel, il se sentait à la fois en sécurité mais surveillé. Ici, il se sentait en paix avec lui-même mais presque invisible, ce qui ne le dérangeait pas car il aimait être anonyme.
- Roy, Edward! Mettez-vous à table! Nous allons bientôt commencer! Lança Maes depuis la cuisine
Ils s'assirent tous à table, y compris Elysia qui ne tenait pas en place. Le repas était délicieux, ils s'étaient régalés. Vers la fin du repas, Elysia agrippa le Fullmetal par le bras et le secoua dans tous les sens en le tirant vers elle pour lui «faire un bisou sur la bouche! », elle le tira tellement fort qu'il tomba par terre et ensuite elle lui sauta dessus pour lui faire un bisous sur «la bouche», et s'enfuit en rigolant. Sa mère lui courut après afin de lui faire la morale, et le Colonel s'approcha du Fullmetal en souriant:
- Elle n'a pas changé!
Le Fullmetal ne répondit pas, et se précipita au-dessus de l'évier de la cuisine dans une envie soudaine de vomir. Maes arriva quelques secondes après:
- Edward? Demanda une petite voix - Tu vas bien?
- Oui, oui, j'ai eu…
- Une contrariété?
- Où est le Colonel?
- A table
- Tout seul?
- Oui
Maes avait suivi le Fullmetal dès sa sortie de table, et avait même empêché son ami de se lever. Il pourrait gérer cette situation, et apporter son soutien à ses amis. Il observait le Fullmetal depuis l'embrasure de la porte, et avait décidé d'intervenir lorsqu'il avait vu mettre un couteau dans sa manche. Il reprit d'une voix dure:
- Edward, donne-moi ta main
- Pourquoi?
- Je suis ton ami, je ne veux que ton bien. Tout comme le Colonel. On est là pour toi. Elysia est un enfant, elle ne te veut pas de mal.
- Je sais…Je ne suis pas énervé.
- Je vais m'approcher de toi, et tu vas me donner l'objet que tu as mis dans ta manche, d'accord?
Le Fullmetal tremblait et des larmes commençaient à couler sur ses joues.
- Je..Je n'ai rien dans la manche… Bégaya-t-il
- Je vais m'approcher, d'accord? Bien, je vais mettre ma main dans ta manche et prendre ce que tu as mis dedans…D'accord?
Finalement, le Fullmetal fit un oui de la tête, et Maes s'approcha et retira le couteau que le Fullmetal avait mis dans sa manche. Il le fit délicatement afin de ne pas le blesser.
- Tout se passe bien là-bas? Lança le Colonel d'une voix inquiète
- Oui! On apporte le gâteau! Répondit Maes
- Ne lui dites rien, chuchota le Fullmetal
- Ça reste entre nous, mais sache que tu peux tout lui dire.
- Pas vraiment...
- Pourquoi? Pourquoi tu dis ça? Il a fait quelque chose…?
- Non, mais…Pas le passé, vous vous souvenez? L'hématome? Parfois je pense qu'il peut recommencer…
- Est-ce qu'il agit mal avec toi? Il t'a fait du mal?
- Non, non
- Tu peux tout me dire.
- Non, il ne s'est rien passé…
Pendant plusieurs minutes Maes regarda le blond et se demanda pourquoi il avait pris un couteau. Et surtout quelles étaient ses intentions. Blesser Elysia. Non! Son ami? Non! Pour se protéger? Cela voulait donc dire qu'il ne se sentait pas en sécurité. A cette pensée, son cœur se remplit d'une tristesse incommensurable.
Les deux sortirent de la cuisine avec le gâteau, le Fullmetal avait les yeux rougit par les larmes et s'assit à sa chaise. Maes sourit au Colonel afin de le rassurer sur la situation. Grâce était de retour, sans Elysia, qui faisait maintenant la sieste. C'était un fraisier fait maison, tout le monde avait pris une grosse part.
Lors du chemin du retour, le Colonel demanda:
- C'était vraiment bon, non? Demanda-t-il au Fullmetal
- Oui
- Mais j'ai préféré le dessert
- Moi aussi
- Tu seras toujours d'accord avec moi?
Un silence lui répondit. De retour chez eux, le Colonel s'excusa pour aller faire la sieste. Le Fullmetal ouvrit la fenêtre de sa chambre et regarda les gens passer. Il se passait tellement de chose dehors, les commerces, les passants, les restaurants et autres activités. Il y avait aussi les odeurs. Les bruits des discussions, les voitures et de la ville. Mais surtout les bruits des enfants, des jeux, des pleurs, des cris et des rires.
Le reste du week-end se passa sans encombre, et se fut déjà le lundi.
