Bonjour à toutes et à tous !

Voici le nouveau chapitre ! Bonne lecture !


Chapitre 6 : Lordaeron, terre d'asile

- Salope ! fit Jaina avant de cligner des yeux, se demandant ce qu'il se passait.

Elle n'était plus sur les falaises surplombant la mer. Mais dans une pièce piteusement aménagée : une chaise en bois dont l'assise avait été malmenée par le temps, la paille n'offrant visiblement pas un grand confort, une banquette qui ne devait pas supporter plus que le poids d'un enfant, un tapis dont les fils ne tenaient que grâce à la couche de poussière qui les recouvraient et enfin, une paillasse pour deux personnes jetée à même le sol.

La porte de la pièce s'ouvrit et Aliénor entra, posant son regard vert compatissant sur son élève. A la vue de la rousse, l'archimage ressentit mille émotions, la joie, la tristesse, la honte, la culpabilité, et elle finit par se précipiter dans les bras que l'ancienne Présidente des Conseils avait ouverts largement pour accueillir la femme.

L'étreinte était solide, affectueuse et le regard vert qui la couvait n'exprimait aucun jugement, juste de l'inquiétude.

- Je suis désolée, j'aurais dû vous écouter, murmura l'archimage avant d'éclater en sanglot. A cause de ma fierté, de ma témérité, beaucoup sont morts...

- Ca aurait pu être pire, ma chérie. Tu as fini par entendre et te ranger à la raison, et cette humilité fait que tu as sauvé des centaines de vie. Tu peux en être fière. Tu as su reconnaitre ton entêtement et t'en remettre à d'autres pour te conseiller. Et il faut que tu continues sur cette voie.

- Je ne suis pas certaine que la Source veuille m'aider à nouveau, sourit tristement Jaina en essuyant ses larmes. Nous nous sommes battues tout à l'heure.

- Elle a beaucoup de défauts, mais la rancune n'en fait pas partie, fit doucement Aliénor en donnant un petit coup d'index sur le nez de son élève. Vous êtes maintenant les deux moitiés d'un tout surpuissant. Vous allez apprendre à vous connaitre, vous avez tout le temps pour ça.

Aliénor emmena Jaina s'asseoir sur le canapé et l'archimage eut la confirmation de ce qu'elle pressentait : il était vraiment inconfortable.

- Alors, cette destruction d'Orgrimmar ? demanda sérieusement la rousse. Penses-tu réellement que c'était une bonne idée ? Tu dois prendre le temps de la réflexion avant d'agir. Tu ne peux plus te permettre d'avoir des réponses sous le coup des émotions.

- Mais je suis humaine, rétorqua la femme aux cheveux blancs. Je ne peux pas annihiler ce que je ressens, sinon je serais...

- Une horrible Origine de toutes magies, compléta la rousse. Je ne te demande pas de ne pas t'en servir, mais de les tempérer. Tu n'es plus seulement une mage puissante, ma chère. Tu es la gardienne de millions de milliards d'êtres vivant, répartis sur des centaines de milliers de monde. Essaye de prendre la mesure de la tâche qui t'incombe et pour laquelle je t'ai préparée depuis ta plus tendre enfance.

Jaina se pinça l'arête du nez et inspira profondément. Comment pouvait-elle faire taire la colère qui rugissait dans son être, toutes ces voix dans son esprit qui réclamaient vengeance pour la mort atroce que la Horde leur avait offert.

Vengeance. Le mot était posé.

L'archimage secoua la tête et se mordit légèrement la lèvre inférieure.

- Tu as raison. Détruire Orgrimmar serait de la vengeance, pas la justice.

Aliénor sourit et caressa de sa main la joue de son apprentie.

- Garrosh tombera, ce n'est qu'une question de temps. Et tu feras ça dans les règles. Sinon le conflit s'éternisera et des milliers d'innocents mourront.

Jaina acquiesça. Elle prenait lentement conscience que sa condition de déesse l'obligeait à réfléchir autrement, à ne plus voir que le seul point de vue des humains, ou de l'Alliance. Elle devait retrouver son désir de neutralité qui lui avait fait construire Theramore, qui avait conduit à ce qu'elle ferme les yeux quand la Horde avait assassiné son père pour mettre fin à une guerre sanglante. Elle entrevoyait déjà une existence éternelle de sacrifices.

- Il y aura aussi des moments de bonheur et de satisfaction, promit Aliénor qui avait toujours su lire en elle. Ne perds jamais espoir.

La rousse esquissa un sourire et se pencha pour embrasser tendrement le front de l'archimage.

- Je dois y aller, Hermione va te réveiller d'une minute à l'autre. A bientôt Jaina.

- A très vite j'espère, fit doucement la femme avant que le décor se dissipe.

Jaina cligna des yeux en se redressant. La lumière était chiche dans la pièce dans laquelle elle se trouvait. Un chalet en bois, jugea-t-elle par les murs qu'elle voyait. Une odeur de renfermé et de poussière se mêlait à celle d'un feu de cheminée qui projetait dans la pièce sa douce lueur orangée.

Hermione était assise face à elle dans un fauteuil défoncé et afficha un mince sourire avant de se lever et de récupérer une tasse fumante sur une petite table branlante pour la tendre à l'archimage.

- Bien dormi ? s'enquit la Source.

Il n'y avait aucune trace de sarcasme ou de moquerie dans la voix de la brunette aussi Jaina acquiesça et prit la tasse avant de humer son contenu.

- Vous n'avez rien de plus fort ? demanda la nouvelle Source.

- Je vous apporte ça, répondit Hermione en tournant les talons pour se planter devant un meuble bas.

Jaina tiqua en remarquant que la brunette avait Deuillegivre accroché dans son dos.

- Où sommes-nous ? Demanda l'archimage, masquant son inquiétude d'être seule avec une femme potentiellement dangereuse.

- Dans une petite cabane dans les marécages d'Aprefanges. Encore aujourd'hui y habitait une sorcière dont la principale activité était de dévorer des enfants. Maintenant, elle bouffe les pissenlits par la racine. Ah, voilà, du whisky, ça vous va ?

- Parfait.

La brunette revint avec deux verres pleins et la blonde but d'une traite la moitié de sa boisson.

- Je vous présente mes excuses pour la façon peu cavalière dont je vous ai traitée, fit doucement Hermione. Mais je ne pouvais pas vous laisser raser Orgrimmar. Ça aurait été... une manière peu convenable de commencer votre mandat d'Origine de toutes magies.

- Et je vous remercie de m'avoir empêché de le faire. Deux fois que je ne prends pas en considération vos conseils et... je vous écouterai, à l'avenir.

- Oh... euh... je ne prétends pas avoir toujours les bonnes réponses, Dame Portvaillant. Et... euh... votre ami Kalecgos est passé pendant que vous dormiez. Je l'ai senti voler dans tout Azeroth et je lui ai demandé de venir. J'en ai profité pour lui rendre l'iris de focalisation. Cet objet a provoqué déjà trop de merdes pour le laisser en libre circulation.

- Vous avez bien fait.

- Votre ami vous attend à Dalaran. Vous voir endormie l'a rassuré mais il veut vous parler.

Jaina se leva pour poser son verre vide sur une table.

- Vous venez avec moi ? Vous n'allez pas rester ici cette nuit.

- Non, je vous remercie. J'ai des choses à faire pour rendre ce taudis habitable. C'est pas encore optimal, je vous le concède, sourit Hermione. Mais demain matin, ce sera la maison la mieux aménagée d'Azeroth !

- Et pour Deuillegivre ? Que comptez-vous faire ?

- Hmmm, je dois faire des recherches. L'épée a déjà été détruite et pourtant, l'âme de Ner'zhul était encore dans le métal. Il faut que je trouve le moyen de détruire les âmes du démon et de la Force pour que cette épée ne soit plus aussi dangereuse.

- Venez avec moi à Dalaran, insista l'archimage. Je vous donnerai accès à la bibliothèque du Kirin Tor. Vous y trouverez peut-être des réponses.

- Je vous rejoindrais demain matin. Pour ce soir, je… je préfère rester auprès de Minerva.

Jaina acquiesça et posa sa main sur l'épaule de la brunette.

- Je serai à l'auberge, n'hésitez pas à demander à l'aubergiste de me réveiller. Et je crois que Sylvanas avait un service à vous demander.

- C'est noté. Bonne nuit, Dame Portvaillant. Et merci pour tout.

- Non, merci à vous, Hermione. Vos actions de ces derniers jours ont sauvé beaucoup de mes gens.

- J'aurais voulu faire plus, murmura la brunette.

- Ca aurait pu être le cas si je vous avais écouté plus tôt, conclut Jaina avant de quitter la chaumière.

L'air humide et chargé des odeurs caractéristiques des marais la prit à la gorge. L'archimage fit quelques pas le long d'un chemin de terre sec qui serpentait entre deux étendus d'eau sale et boueuse. Au loin, les ruines de Theramore brillaient de la magie arcanique qui courait sur les gravats.

Jaina détourna le regard, une larme coulant sur sa joue fraiche, et fit apparaître un portail pour Dalaran. Elle avait hâte de retrouver Kalecgos et de se coucher pour sombrer dans une inconscience bienvenue.


Le jour était levé sur Dalaran depuis une petite demi-heure. Les rues de la cité des mages voyaient les marchands ouvrir leur échoppe, des jeunes mages couraient pour aller suivre leurs cours, des praticiens plus aguerris se rendaient à l'auberge pour prendre un petit déjeuner avec leurs pairs. Attablée dans cette auberge, Sylvanas Coursevent offrait aux clients présents un spectacle incroyable. Sa table était couverte de divers plats et la haute-elfe mangeait avec un plaisir évident, des gémissements de bonheur franchissant ses lèvres à chaque bouchée, sous les regards ahuris du patron de l'établissement et des mages lève-tôt.

Consciente d'être le centre de l'attention, l'ancienne réprouvée souriait et expliquait qu'elle avait pu manger mais sans goûter pendant qu'elle était mi-vivante, mi-morte, et que les goûts et les parfums étaient les choses qui lui avaient le plus manqués.

La porte de l'auberge s'ouvrit et l'ancienne général forestier leva le nez de son assiette avant de faire signe à la nouvelle cliente de venir s'attabler.

Hermione Granger se glissa sur un siège et Sylvanas poussa vers elle une assiette remplie de petites brioches au chocolat.

- Il parait que vous avez quelque chose à me demander ? commença tranquillement la brunette en déchirant la mie d'une brioche avant d'en arracher une belle bouchée.

- Oui. Je ne peux pas retourner à Lune d'Argent. Je dois rester avec mon peuple et beaucoup ne sont pas Hauts-Elfe. Je voulais savoir si vous pouviez nous aider à remettre en état Lordaeron.

- Vous voulez vivre dans la ville natale du connard qui vous a tué ? demanda Hermione, intriguée.

- Ouais. Il me doit bien ça, répondit Sylvanas dans un rictus.

- Vous voulez commencer quand ? Demanda la Source en se servant une tasse de thé.

- Dès que vous pouvez. Ca s'est bien passé avec Portvaillant hier soir ?

- Hmmm... je pense qu'elle a compris qu'il valait mieux qu'on travaille ensemble.

Le rictus de Sylvanas s'élargit.

- Heureuse de l'entendre dire, fit l'elfe en se resservant de salade de fruits. Je suis heureuse de votre arrivée dans notre monde. La puissance de l'archimage en inquiétait plus d'un. Votre présence représente un contre-pouvoir salutaire.

- Dame Portvaillant est quelqu'un de raisonnable et de sensé. Ses... écarts d'hier sont seulement dus au choc qu'elle a subi. J'ai parfaitement confiance en elle.

- Vous me flattez, Hermione, fit une voix derrière la brunette.

L'ancienne Gryffondor se tourna légèrement et croisa le regard bleu de Jaina.

- Vous ne deviez pas demander à l'aubergiste de venir me réveiller ? gronda gentiment l'archimage en prenant place à table.

- Je viens seulement d'arriver, expliqua Hermione en poussant vers la femme aux cheveux blancs le plat de brioches.

- Hmm, avez-vous dormi ? s'inquiéta Jaina en remarquant la pâleur du teint de la Source.

- Suffisamment pour emprunter quelques bouquins et de filer à Lordaeron pour retaper les murs et virer les toiles d'araignées.

- Les ouvrages sont à consulter sur place, rectifia Portvaillant avec un regard qui signifiait "Si vous sortez un seul livre de la bibliothèque, je laverai le sol de Dalaran avec vos tripes".

- J'étais partie pour déjeuner au calme. Si c'est pour pourrir mon repas, vous pouvez prendre une autre table, grogna Sylvanas en dévisageant les deux humaines.

Hermione roula des yeux et allait répliquer quand Kalecgos fit irruption dans l'auberge. Il s'inclina respectueusement devant les trois femmes et posa un délicat baiser sur les lèvres de Jaina.

- Mes hommages, Asalhir, fit-il en direction d'Hermione avant de prendre une chaise et de s'asseoir près de l'archimage.

- C'est quoi ce squat ? Siffla la haute-elfe. Je vous préviens, je nourris pas à mes frais tous les traines savates de Dalaran !

- Traîne savate ? S'étouffa Jaina. Je suis la cheffe du Kirin Thor.

- J'suis pas de Dalaran, répondit tranquillement Hermione en piochant un bout de pain pour y étaler de la confiture.

- Et moi, je suis un dragon. Je n'ai pas de savate, sourit Kalec en tendant la main en direction d'un morceau de canard grillé.

Il se prit une tape sur la main de la part de l'elfe.

- Hermione, je veux bien la nourrir. Pour les autres, le tavernier est juste derrière, siffla Sylvanas.

- Je vous ai accueillie à Theramore, répliqua Jaina.

- Et je vous trouve charmante, sourit Kalecgos.

- Bon, ça va, allez-y, grogna Sylvanas non sans ramener vers elle une assiette de frites au paprika.

Le petit déjeuner se passa dans une conversation courtoise, Sylvanas et Jaina discutant de la situation géo-politique d'Azeroth, Hermione écoutant distraitement les échanges.

- Hermione, vous êtes prête ? Je vais vous déposer à la bibliothèque avant d'aller voir Veerasa, fit Jaina en essuyant ses lèvres de sa serviette. Sylvanas, vous m'accompagnez ?

- Evidemment. Ma sœur a perdu son mari, elle va avoir besoin de réconfort.

- Je dois aller voir mon vol, fit Kalecgos en se levant. Je serai de retour ce soir, promit-il avant de déposer un baiser sur les lèvres de l'archimage. A ce soir, mesdames.

Jaina insista pour régler le petit déjeuner et les trois femmes sortirent de l'auberge pour prendre la direction de la bibliothèque de Dalaran.

- Quels sont ces vêtements étranges que vous portez ? Demanda Sylvanas en désignant d'un geste de la main la tenue d'Hermione.

La Source regarda son jean un peu fané, sa chemise qui avait été plus blanche quelques années plus tôt et sa veste en cuir élimée aux coudes dont le dos frottait au fourreau de Deuillegivre.

- Ca ? Une tenue assez classique de mon monde d'origine.

- Hmmm... nous irons vous acheter des vêtements plus passe partout avant de partir pour Lordearon, dit Jaina en s'engageant dans une vaste rue.

- Vous venez avec nous ? S'étonna Hermione. Vous avez sûrement mieux à faire au Kirin Tor.

- Après les évènements d'hier, j'ai besoin de faire une action positive. De reconstruire au lieu de détruire, répondit l'archimage en poussant la porte de la bibliothèque.

L'air qu'afficha Hermione en voyant les innombrables rangées de livres valait le détour. Jaina trouva que la Source ressemblait à un enfant le jour de la Sanssaint quand il découvrait tous les bonbons qui attendaient d'être dévorés.

- Nous passerons vous chercher en fin de matinée, fit l'archimage. Et n'oubliez pas, aucun ouvrage ne quitte la bibliothèque.

La brunette ne répondit pas, attrapant déjà plusieurs livres, les calant dans ses bras. Sylvanas haussa les sourcils et sortit de la pièce, laissant Jaina observer l'attitude de sa moitié magique. Elle était différente de ce que l'archimage avait aperçu jusqu'ici et cette facette de la Source était attachante.

- Bonne lecture ! lança-t-elle sachant pertinemment qu'Hermione était hermétique à tout ce qui se passait autour d'elle.

Jaina esquissa un mince sourire. Elle savait ce que ressentait la Source. Sur ce point, elles étaient semblables.


Les troupes de la Horde était arrivée à Orgrimmar en fin de matinée et depuis les festivités se déroulaient dans toute la ville. Les soldats étaient traités en héros, la bière coulait à flot, mais le chef de guerre n'avait pas le cœur à faire la fête. Son plan avait partiellement échoué, et il mettait ça sur le compte des deux déesses. Si l'une avait trépassé, l'autre était toujours en vie et se trouvait à Dalaran, d'après ses espions placés au sein du Kirin Tor.

- Gloire à la Horde ! Criait des enfants en courant dans les rues.

- Mort à Jaina Portvaillant ! Répondit un soldat en brandissant sa hache. Elle connaitra le même sort que sa ville.

- Et tous les traitres réprouvés seront passés au fil de l'épée ! Ajouta un gradé en levant sa choppe.

Garrosh était peut-être un orc, mais il était loin d'être un imbécile. Jaina et sa déesse apprivoisée étaient trop fortes magiquement pour être tuées en combat, d'autant plus qu'il n'avait plus l'iris de focalisation en sa possession. Il allait devoir être plus subtil pour faire tomber l'archimage et la déesse. Et quand ce sera fait, l'Alliance ne pourra pas arrêter la Horde.

Un éclaireur arriva en courant, tenant un parchemin roulé dans sa main.

- Chef de guerre, un nouveau continent a été découvert, la Pandarie ! S'exclama l'orc. Nos troupes y ont engagé le combat avec l'Alliance et demandent des renforts !

Un rictus éclaira le visage de Garrosh. Il devait attirer l'archimage et la déesse sur cette nouvelle terre. Là-bas, il trouverait bien un moyen de se débarrasser des deux humaines.


Quand Jaina et Sylvanas revinrent chercher Hermione à la bibliothèque, la chef du Kirin Tor masquait tant bien que mal son inquiétude. La veuve de Rhonin, Vereesa, tentait de garder la tête haute pour ne pas couler avec ses deux enfants en bas-âge. Sylvanas avait tenu la main de sa sœur toute la matinée, lui promettant d'être là pour elle et les jumeaux. Et alors que leur visite touchait à sa fin, les trois femmes furent dérangées par un mage qui apportait une missive rédigée par le roi Varian Wrynn d'Hurlevent. Les bateaux de l'Alliance avaient découvert un nouveau continent et les navires de la Horde les avaient attaqués. Sylvanas et Jaina retournèrent à la bibliothèque pour trouver Hermione entourée de livres ouverts.

- J'ai l'impression que vous avez eu votre lot de mauvaises nouvelles, fit doucement la brunette en levant le nez de l'ouvrage qu'elle consultait.

Elle ôta sa paire de lunette qu'elle rangea dans son étui.

- Je ne pourrai pas venir avec vous à Lordaeron, répondit Jaina avec regret. Je dois me rendre à Hurlevent pour une réunion au sommet.

- Pas de souci, rassura la Source en rangeant les différents ouvrages sur les étagères. Vous avez le temps de déjeuner ?

- Des découvertes dont vous voulez me faire part ? Interrogea Jaina.

- Non, plutôt des conseils que vous n'avez pas demandés mais que je voudrais que vous entendiez, sourit Hermione.

- Allons dans mon bureau, proposa l'archimage. Nous demanderons aux cuisines de nous apporter de quoi nous sustenter.

Une dizaine de minutes plus tard, Sylvanas, Jaina et Hermione étaient attablés et tandis que l'elfe mangeait avec appétit, l'archimage poussait la nourriture de sa fourchette et la Source ignorait son assiette, son regard parcourant l'ancien bureau de Rhonin. Il régnait dans cette pièce un joyeux désordre et l'atmosphère lui faisait penser au bureau de Dumbledore. Manquait seulement des centaines d'objets farfelus et un perchoir à phénix.

- Je vous écoute, Hermione, fit Jaina, faisant sortir la Source de sa rêverie.

- Hmm, oui, veuillez m'excuser Archimage. Pour votre réunion au sommet, je ne saurai que vous conseiller de taire votre condition de demi-déesse. En fait, je vous conseillerai de la taire tout le temps. Nous sommes déjà trois à être au courant, c'est trop, fit Hermione en coulant un regard d'avertissement à Sylvanas.

- Je ne dirai pas un mot sur la condition de l'archimage.

- Kalecgos ne révèlera pas cet état, je m'en porte garante.

- Et bien, dite lui de ne pas vous appeler Asalhir. C'est le nom de l'Origine de toutes magies chez les dragons et c'est le meilleur moyen de vous griller auprès de tous les vols draconiques d'Azeroth.

- Pourquoi souhaitez-vous que personne ne sache que je suis l'autre moitié de l'Origine de toutes magies? S'enquit la kultirassienne.

Hermione croisa ses mains sur la table et posa son menton dessus.

- Vos amis de l'Alliance se serviraient de vous comme d'une arme et vous seriez obligée d'abandonner la neutralité qui guide votre conduite depuis la création de Théramore. La Horde sera effrayée de savoir qu'une déesse chercher à l'exterminer et sera poussée dans ses retranchements. Toutes les actions les plus ignobles seront mises en œuvre pour vous faire reculer : meurtre de vos amis, tortures, j'en passe. Et une puissance supérieure qui veut la destruction de ce monde pourrait bien se mettre en tête de vous tuer, ce qui fera exploser cette terre.

Jaina déglutit et acquiesça lentement. Effectivement, Hermione avait des arguments.

- Je comprends. De toute façon, le fait que je sois la cheffe du Kirin Tor a déjà de quoi inquiéter Garrosh.

- Profitez donc de votre réunion au sommet pour réaffirmer la neutralité du Kirin Tor, suggéra la brunette.

- Varian ne comprendra pas, intervint Sylvanas. Hier, elle voulait détruire Orgrimmar et aujourd'hui, elle va indiquer ne pas participer au conflit qui se joue en Pandarie ?

- Hier, elle était la dirigeante d'une ville qui a été rasée de manière lâche par la Horde. Aujourd'hui, elle est à la tête du Kirin Tor qui a toujours été neutre dans le conflit Alliance/Horde, répondit Hermione. Et son petit écart ne sera pas révélé par nous, n'est-ce pas Dame Coursevent ?

- Comptez sur moi. Vous ne mangez pas ? Demanda Sylvanas en louchant sur l'assiette de la brunette.

- Non, servez-vous... Et quand vous aurez fini, nous irons à Lordaeron. Vous devez avoir hâte de vous installer avec vos réprouvés.

- Je vous ferai un portail pour vous y rendre directement, proposa Jaina. Si j'ai le temps, je vous rejoindrai quand j'en aurai fini à Hurlevent.

- Ne vous inquiétez pas, retaper des vieilles ruines pour en faire une ville resplendissante est parfaitement dans mes cordes, sourit Hermione.


Jaina pénétra dans le donjon d'Hurlevent. Le roi Varian était assis sur son trône, son fils Anduin à ses côtés. L'archimage fit un rapide sourire au jeune homme qu'elle considérait depuis longtemps comme son neveu puis porta son attention sur les autres participants. Genn Grisetête était celui qu'elle appréciait le moins. Le chef des worgens laissait trop transparaître son côté animal, annihilant de plus en plus son humanité. Aux yeux de l'archimage, il ne valait pas mieux que certains membres de la Horde. Le représentant des gnomes, Gelbin Mekkanivelle, avait toute sa sympathie. Son courage était immense, contrairement à sa taille. Et il avait un sens de l'humour délicieux. Contrairement à Tyrande Murmevent et Malfurion Hurlorage, les deux chefs des elfes de la nuit. Jaina n'arrivait jamais à cerner les deux époux et cela la gênait.

- Après avoir rasé Théramore avec une lâcheté ignoble, voilà que la Horde poursuit sa guerre sur le nouveau continent de Pandarie, commença Varian.

Des images de sa ville dévastée s'imposèrent dans l'esprit de Jaina qui frissonna de dégoût et de colère. Mais sentant tous les regards posés sur elle, elle respira profondément et garda la maitrise de ses émotions.

- Nous devons arrêter Garrosh Hurlenfer par tous les moyens, poursuivit le roi d'Hurlevent. Aussi, j'ai convoqué ce conseil de guerre pour demander à tous les peuples de l'Alliance d'engager leurs forces.

- Le Kirin Tor gardera sa neutralité, annonça Jaina.

- C'est comme ça que vous répondez quand on tue vos gens ? Feula Genn Grisetête.

- Taisez-vous ! Gronda Varian au Worgen.

- Je ne suis plus la dirigeante de Théramore, mais la cheffe du Kirin Tor. Et je ne me servirai pas des mages pour assouvir une vengeance personnelle, rétorqua l'archimage en toisant du regard Genn. Même si j'en meurs d'envie.

- Nous avions averti feu Rhonin de la présence néfaste de la Horde au Kirin Tor et au conseil des six. Il a payé de sa vie la traitrise d'un elfe de sang, susurra Malfurion.

- Le traitre a été banni hier et Kalecgos du vol draconique bleu l'a remplacé au sein du Conseil. Cela est de nature à vous rassurer ?

- Jusqu'à la prochaine traitrise, répondit sombrement Tyrande.

- Je me porte garante du Kirin Tor et cela devrait vous suffire, s'agaça Jaina.

- Je comprends votre position, archimage Portvaillant, conclut Varian, faisant taire les autres chefs de l'Alliance. Cependant, pourrons-nous vous solliciter votre aide pour tout ce qui ne concerne pas les batailles en elle-même ? Par exemple, la cartographie du continent, ou l'étude des nouvelles plantes ?

- Bien sûr. Tant que cela reste à vocation pédagogique et non martiale, répondit Jaina.

- Parfait. Nous ne vous retenons pas plus longtemps, Archimage. Et merci de vous être déplacée.

Portvaillant était prête à partir mais une question de Tyrande Murmevent la cloua sur place.

- Des elfes de sang m'ont indiqué que le Kirin Tor avait aidé une déesse à trouver une amie à elle. Et depuis la chute de Théramore, nous n'avons plus aucune nouvelle de ces deux divinités. Vous pouvez nous en dire plus, Archimage ?

Jaina se retourna pour faire face à l'elfe de la nuit.

- La première déesse était possédée par une force maléfique. Elle s'est jouée du conseil des six et a aidé la Horde à détruire ma chère cité. Elle est morte, tué par l'autre déesse.

- Et cette autre déesse, où est-elle et de quel côté penche-t-elle ? Demanda Genn. Doit-on s'en inquiéter ?

- Je crois savoir qu'elle se moque des batailles entre l'Alliance et la Horde et cherche seulement la tranquillité.

- Je veux la rencontrer, ordonna Varian. Où est-elle ?

- Elle... est occupée à reconstruire Lordaeron pour que Sylvanas et les anciens réprouvés s'installent là-bas.

- Les morts vivants à Lordaeron ? Jamais ! Feula Genn Grisetête.

- Anciens réprouvés, répliqua sèchement Jaina. La déesse leur a rendu leur condition antérieure à la malédiction du fléau. Ils sont tout aussi humains que moi... et plus que vous, ne put-elle s'empêcher d'ajouter.

Grisetête gronda et s'avança d'un pas menaçant vers l'archimage.

- Genn, ça suffit, recule, pesta Varian. Archimage, veuillez transmettre à la déesse que je souhaite la rencontrer. Et vous aurez l'obligeance de vous rendre disponible.

Jaina serra les dents et fit un léger acquiescement de la tête avant d'ouvrir un portail pour Lordaeron et de le franchir. Elle avait l'intuition qu'il y avait peu de chance qu'Hermione accepte de rencontrer le roi d'Hurlevent. Comment allait-elle faire pour la convaincre de discuter avec Varian, qui n'était pas l'homme le plus patient et le plus diplomate du monde ?


Thrall et son cercle de chamans avaient arrêté leur sort et regardaient vers le ciel, les yeux écarquillés de stupeur. La magie qui vibrait dans l'air venait de loin, de l'autre côté de l'océan. Elle était chaude, enivrante et un des orcs osa demander à voix haute ce que tous pensaient tout bas.

- Thrall, qu'est-ce qui se passe ?

L'ancien chef de guerre attendit avant de répondre, se délectant du pouvoir qui se répandait à la surface d'Azéroth.

- C'est la déesse. Elle use d'une magie surpuissante pour reconstruire et non détruire. Et la planète l'en remercie, se faisant écho de son pouvoir.


Hermione était soulagée. Lordaeron n'était pas un tas de gravats. La cité majestueuse était encore debout. Certes, les remparts et les murailles étaient abimés, mais faciles à réparer. Aussi, depuis une bonne heure, la Source se promenait dans l'ancienne cité et faisait parler sa magie. Si personne ne venait la déranger, elle aurait fini avant la tombée de la nuit. La suivant comme son ombre, Sylvanas était émerveillée par ce qu'elle voyait. Les fissures disparaissaient sous l'effet de son pouvoir, les jardins se voyaient débarrasser des mauvaises herbes (ce qui était une coquetterie, il fallait l'avouer) et les façades des bâtiments étaient comme neuves.

Ayant enfin fini les extérieurs, la Source entama les intérieurs. L'écurie ne fut qu'une formalité et en quelques minutes, elle était prête à accueillir les chevaux des futurs habitants. Le moulin et le grenier furent très rapidement opérationnels et la forge nécessita un peu plus de travaux pour pouvoir reprendre ses activités.

Hermione s'arrêta quelques instants pour boire à sa gourde avant d'attaquer l'hospice quand elle ressentit une petite douleur dans la poitrine. Elle fronça les sourcils et porta deux doigts à sa carotide.

- Un problème ? Demanda Sylvanas.

- Non, probablement un point de côté, répondit la brunette en rangeant sa gourde. J'aurai fini d'ici trois heures. Si vous voulez prévenir votre peuple qu'il pourra emménager ce soir, c'est le moment.

- Parfait. Et un banquet sera dressé en votre honneur dans la salle du trône. Vous serez en état d'y assister ?

- Avec plaisir Sylvanas.

L'elfe gratifia la brunette d'un sourire et s'éloigna en courant, pressé de prévenir son peuple et de préparer les festivités. Hermione inspira profondément et lança à nouveau sa magie pour nettoyer de fond en comble l'hospice. Mais la douleur dans sa poitrine se fit plus lancinante, quoi que toujours supportable.

Une grimace froissa les traits de son visage et elle interrompit sa magie pour s'assoir à même les dalles froides.

- Merde... lâcha-t-elle en prenant une nouvelle fois son pouls.

- Tout va bien ? Demanda une voix grave derrière elle.

La Source tourna la tête pour voir Jaina s'approcher d'elle et lui tendre la main pour l'aider à se relever, aide qu'accepta Hermione.

- Oui, juste de la fatigue, mentit la brunette.

- Ma réunion s'est finie plus tôt que prévu. J'ai croisé Sylvanas qui m'a indiqué où vous trouvez si je voulais me rendre utile.

- Tout s'est bien passé ?

- Comme je m'y attendais. Avec une surprise de taille néanmoins. Les elfes de la nuit ont eu vent de votre présence dans notre monde et le roi Varian exige de vous voir.

Hermione se mit à rire et secoua la tête.

- L'arrogance des humains est sans limite. Que me veut-il ?

- Hmmm, savoir si vous serez une menace et tenter de vous faire rejoindre l'Alliance, je suppose, sourit Jaina.

- Et ce Varian vous causera des ennuis si je refuse de le rencontrer ?

- C'est une possibilité. Mais j'aime à croire qu'il n'osera pas s'opposer à la cheffe du Kirin Tor. Alors, vous avez besoin d'aide ?

- Ce n'est pas de refus, archimage. Montrez-moi comment vous allez aménager cet hospice.

Jaina leva son bâton mais Hermione l'arrêta d'un geste.

- Vous êtes l'autre moitié de l'Origine de toutes magies et nous sommes entre nous. N'utilisez pas ce bâton de simple archimage, sourit Hermione. Faites parler vos mains.

Portvaillant acquiesça et rangea son arme. Elle se frotta les mains tout en se concentrant sur ce qu'elle voulait faire. Des étincelles surgirent de ses doigts et se répandirent dans tout le bâtiment, chassant la poussière, réparant le sol, redressant le cadre tordu des lits en fer forgés.

- C'est parfait, continuez comme ça, commenta Hermione. Je vais m'occuper de la salle du trône car Sylvanas a prévu une fête mémorable ce soir. Tout doit être prêt dans les temps.

Jaina acquiesça et continua à lancer ses sortilèges. La magie répondait au moindre de ses mouvements, à ses pensées. C'était aussi naturel que respirer. Jaina prit conscience de la puissance de sa magie et comprit les avertissements d'Hermione. Elle était une arme et elle devait faire attention à ce que sa magie ne tombe pas entre de mauvaises mains.


Et voilà ! La suite la semaine prochaine !

D'ici là, portez vous bien !

Bises,

Sygui et Link9