Hermione regardait d'un air blasé la tonne de dossier qui s'empilait sur son bureau. On était vendredi soir, il était déjà 23 heures et il lui restait encore deux dossiers à relire avant de pouvoir rentrer chez elle. Le département magique de la justice était plongé dans un calme presque inquiétant et Hermione pouvait être sûre qu'il ne restait plus qu'elle dans les locaux.

Hermione frissonna. Noël approchait à grand pas et le monde sorcier connaissait un froid glacial et sec qui vous gelait jusqu'à la moelle. Son bureau avait beau être chauffé, notamment grâce à la grande cheminée derrière elle, Hermione sentait ses membres se raidir.

Le dossier Hortiguez lui prenait énormément de temps. Entre les fautes de procédure réalisées lors de l'enquête par les Aurors, la tentative de fuite du principal concerné et l'importance du réseau de drogue et des acheteurs dont Hortiguez était le chef, Hermione avait encore du travail pour couper toutes les ramifications de l'organisation. Avant d'arriver au service juridique du ministère de la Magie, avant d'être Magistrate d'instruction du parquet magique, elle ne se serait jamais doutée que de telles histoires – pourtant si courantes chez les moldus – pouvaient trouver leur place au sein de la communauté magique. Hermione avait mis toute son énergie dans ce dossier pour éviter que le «Roi de la poudre» comme aimait l'appeler la presse s'en sorte. Il ne lui restait plus qu'à finir de rédiger ses conclusions et l'instruction serait terminée, permettant ainsi l'ouverture du procès et la condamnation d'Hortiguez. Hermione savait parfaitement qu'avec Lise Joliare comme Procureur, Hortiguez ne s'en sortirait pas.

Les pensées d'Hermione furent soudainement interrompues par un petit coup donné à sa fenêtre. Un hibou attendait sagement que la jeune femme lui ouvre pour délivrer son message. Hermione leva un sourcil, étonnée. Quelque chose dans son esprit lui indiqua qu'un message à cette heure-ci ne pouvait qu'être une urgence. Elle se leva, ouvrit la fenêtre rapidement afin de laisser entrer le moins de froid possible, puis détacha délicatement le parchemin de la patte du hibou.

Hermione,

Nous avons besoin de toi. Urgence maximale. Rejoins-moi chez le Ministre de la Magie.

Bien à toi,

Blaise Zabini

Hermione leva de nouveau le sourcil. Que Zabini lui envoie un message n'était pas surprenant. Il était son chef depuis deux ans. Zabini et elle s'était retrouvés sur les mêmes bancs de la faculté de droit à Cambridge après la guerre. Étonnamment, ils s'étaient disputé la première place et avaient tous les deux finis major de promo avec exactement la même moyenne; cela pendant toutes leurs années d'études. Ils avaient suivi exactement le même cursus, avaient passé le même concours afin d'intégrer l'École Magique de la Magistrature (EMM) et s'étaient retrouvé dans le même service. Deux ans plutôt, Zabini était devenu chef du service après le départ de Tomaso; Hermione ayant refusé de concourir au poste.

Hermione se leva de son siège, mis son manteau, s'emmitoufla dans son écharpe et quitta son bureau. Elle marcha d'un pas rapide à travers tout le Ministère de la Magie. Ses pas résonnaient dans le silence. Elle croisa plusieurs agents de sécurité qui la saluèrent, peu étonnés de la croiser à cette heure tardive. Il était de notoriété publique qu'Hermione Granger passait plus de temps au Ministère que chez elle. Il était également de notoriété publique que sa vie privée n'existait pas. Pourtant, même si sa rupture avec Ronald Weasley avait fait la une de la presse à scandale pendant quelques semaines, les potins s'étaient inclinés face au respect qu'imposait Hermione. Quelques journaux à scandale s'étaient de nouveau enflammés lorsque Ron s'était remis avec quelqu'un et l'avait épousé mais cela s'était passé au moment où l'un des derniers mangemorts, Sebastian Nott était condamné pour Crime contre l'Humanité et condamné à mort après l'instruction solide menée par Hermione Granger. Ce procès avait sonné comme le dernier coup d'une longue période triste et sombre et avait apporté une onde de soulagement et de paix dans le monde sorcier. Le mariage de Ron Weasley avec Lavande Brown était donc rapidement tombé dans les oubliettes. Pourtant, il y avait des commentaires à faire sur ce mariage qui en avait surpris plus d'un. Personne n'aurait pu imaginer que le membre du trio d'or se remettrait avec son ex.

L'air frais coupa Hermione dans ses pensées. Elle resserra les pans de son manteau autour d'elle puis transplana au domicile du Ministre de la Magie. Peu de personnes connaissait son adresse personnelle. Hermione avait la chance, en tant qu'Héroïne de Guerre d'avoir plusieurs fois été invitée chez le Ministre. Pourtant, elle n'avait jamais réussi à être très à l'aise avec lui, notamment chez lui. Il y avait une ambiance étrange qui avait toujours dérangé Hermione.

Le spectacle qui accueillit Hermione la laissa stupéfaite quelques instants. La maison du Ministre fumait de toute part. Les gyrophares des pompiers éclairaient de bleu le peu qu'il restait de la façade de la maison. Un petit groupe d'Aurors s'était dispersé tout autour de la scène afin d'en délimiter le périmètre et cacher la situation aux badauds.

Hermione apperçut devant elle, à quelques mètres, Zabini en grande discussion avec un personnage bien connu. Hermione souffla un grand coup. Même six ans après la fin de la Guerre, Hermione n'avait jamais réussi à apprécier Drago Malefoy alors même que, paradoxalement, c'était elle qui l'avait défendu au moment de son procès et qui avait réussi, à l'aide d'Harry, à l'innocenter. Personne n'avait jamais su pourquoi Hermione s'était autant donnée dans la protection et la défense de Malefoy fils, même Harry n'avait jamais posé la question. Pourtant, tout le monde savait que Drago et Hermione s'étaient détesté tout au long de leur parcours scolaire. Haine qui s'était décuplée lorsque chacun avait choisi un camp différent pendant la guerre.

Drago fut le premier à apercevoir Hermione.

- Granger, la salua-t-il lorsqu'elle se fut suffisamment approchée.

- Malefoy, Zabini, répondit-elle.

- Merci d'être venue si vite, dit Zabini. Le Ministre est mort. D'après les premières constatations, il dormait lorsque le feu a pris dans sa chambre. Les pompiers ont été prévenus trop tard. Lorsqu'ils ont réussi à maîtriser le feu, il était déjà mort.

Hermione mis quelques secondes à enregistrer les informations.

- Et sa femme? finit-elle par demander.

- Absente, répondit Malefoy. Elle n'est pas là, nous essayons de la contacter afin de l'informer.

- Quelles sont les premières constations?

- D'après les pompiers, dit Zabini, il semblerait que le feu soit accidentel. Une bougie qui serait tombée dans la poubelle.

Hermione leva un sourcil surpris. Les accidents de ce genre était plutôt banal dans le monde des sorciers. Les bougies sorcières n'étaient pas inflammables.

- Une bougie molduealors, déclara-t-elle.

- Il semblerait.

Hermione resta songeuse un instant. La mort du Ministre de la Magie allait susciter beaucoup de réactions. Forcément, la population sorcière allait attendre des comptes, elle voudrait savoir comment cela était arrivé. Pour l'instant, l'hypothèse la plus plausible était celle de l'accident mais au regard de l'importance du métier exercé par le Ministre, une autopsie allait être réalisée et une enquête serait ouverte afin d'écarter toute autre hypothèse. Ensuite, au-delà de cet aspect purement factuel, il y aurait de nouvelles élections, de nouvelles campagnes et donc de nouveau des manifestations. Le monde sorcier allait de nouveau connaître quelques perturbations dans les prochaines semaines. Hermione sentit ses épaules se contracter. Elle allait avoir du boulot.

- Pourquoi m'avoir appelé? Demanda-t-elle à Zabini.

La question était purement légitime. Normalement, c'était le Procureur Général ou l'un de ses substituts qui était appelé sur les lieux. Une enquête préliminaire était réalisée puis, à la fin de cette enquête préliminaire et si cela est nécessaire, le procureur saisit l'instruction pour poursuivre l'enquête et monter un dossier d'instruction. Il était donc anormal qu'Hermione soit appelée.

- Article 90 alinéa 5 du code de procédure pénale magique, répondit laconiquement Malefoy. Procédure exceptionnelle.

Hermione passa en revue les articles du code. Elle connaissait parfaitement les dispositions du code de procédure pénale magique et s'en voulut quand elle se rappela ce que disposait cet article.

- L'instruction est saisie de manière automatique lorsqu'une personne publique est concernée, récita-t-elle.

- Je te charge de l'enquête, déclara Zabini. Tu travailleras avec Drago. J'ai le sentiment que cette affaire est plus complexe qu'elle n'y paraît.

- C'est la bougie qui te perturbe? Demanda Hermione.

- Oui.

Zabini avait raison. Il était plutôt rare chez les sorciers d'utiliser des objets moldus, notamment les bougies. Autant les téléphones portables s'étaient répandus, de même que les télévisions et les appareils électroniques comme la radio mais tout ce qui concernait les autres objets, les sorciers utilisaient la magie.

Hermione regarda Zabini discuter avec un pompier. Le silence entre Malefoy et elle s'épaissit d'un coup. Le peu de fois où ils étaient amenés à se retrouver, que ce soit pour des soirées professionnelles ou au cours de l'exercice de leurs fonctions respectives, ils faisaient toujours en sorte de ne pas se retrouver que tous les deux. Chacun savait ce que l'un avait fait pour l'autre. Pourtant, ils n'en avaient jamais discuté. C'était quelque chose d'implicite. Une sorte de secret tabou dont aucun des deux ne souhaitait parler. La tension qui était présente n'était pas une tension de haine mais plutôt une sorte de gêne.

Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que Zabini reviennent vers eux.

- D'après le capitaine, tout est sécurisé. Nous allons pouvoir entrer.

Hermione se mis en route direct. Malgré ses vêtements chauds et le sort de réchauffement qu'elle s'était lancée, elle commençait à sentir le froid s'insinuer.

- Je ne suis pas persuadée que Granger ait la bonne tenue pour une fouille de décombres, déclara Drago d'un ton sarcastique.

- Ce que tu ne sais pas Malefoy, c'est que je suis la reine des escarpins, répondit Hermione d'un ton froid et hautain.

Et elle entra dans la maison d'un pas ferme. Une fois dans la bibliothèque, là où le corps avait été retrouvé, Hermione senti la chaleur des décombres l'entourer. Elle pouvait encore apercevoir quelques objets fumer. Tout était noirci. Rien ne semblait avoir résisté au feu.

- Le capitaine des pompiers dit qu'il ne s'agit pas d'un feu volontaire mais qu'il semblerait que ce soit un simple accident, déclara Zabini.

- C'est quand même étonnant qu'il ne se soit pas réveillé et qu'il n'est pas cherché à fuir, répondit Malefoy. Il avait installé un système anti-transplanage mais qui ne l'empêchait pas, lui, de transplaner.

- Malefoy a raison, renchérit Hermione en reposant un cadre calciné sur les restes du canapé. Il aurait dû se réveiller. Il faut que nous attendions le rapport de l'autopsie pour savoir s'il était déjà mort au moment où le feu s'est déclaré ou si c'est le feu qui l'a tué.

Hermione se dirigea vers Malefoy. Celui-ci était en train d'examiner la poubelle. Hermione plongea également son regard dans le contenant, ne comprenant pas ce qui retenait tant l'attention de Malefoy.

- Tu vois quelque chose, demanda-t-elle.

- Je vois ça, dit-il en pointant de sa baguette un objet calciné.

Hermione fronça les sourcils. Elle n'arrivait pas vraiment à déterminer ce que c'était. Elle s'assura que ses gants étaient correctement mis puis elle plongea la main dans la poubelle. Drago approcha sa baguette afin de mieux l'éclairer.

- Qu'est-ce que c'est? Demanda-t-il.

- On dirait un objet moldu, répondit Hermione en fronçant les sourcils. On dirait une sorte de minuteur.

- Un quoi?

- Un minuteur. C'est un objet programmé pour sonner au moment que tu as choisi.

- Pourquoi est-ce qu'il y aurait un minuteur dans la poubelle du Ministre?

- Aucune idée, répondit Hermione.

Elle fit un signe à un Auror qui se trouvait dans la pièce et mis l'objet dans le sac en plastique qu'il lui tendit.

- On verra ce que le labo en dit, conclua Hermione.

Elle continua de faire le tour de la pièce. Rien d'autre ne lui parut étrange. Il s'agissait d'une bibliothèque normale, comme cela revenait à la mode avec ses grandes étagères le long des murs et des canapés plus ou moins confortables au mileu.

- On a réussi à localiser la femme du Ministre, déclara Zabina d'un coup. Elle est chez ses parents.

- Bien, nous allons la voir alors, répondit Malefoy. Granger?

- J'arrive, dit Hermione en jetant un dernier coup d'œil.

Malefoy sorti de la bibliothèque et Hermione le suivit. Juste avant de sortir, Zabini l'arrêta.

- Ça va aller? Demanda-t-il.

- Pourquoiça n'irait pas?

- Avec Drago. Vous allez réussir à travailler ensemble?

- Si je te dis non, est-ce que tu changerais la situation?

- Non, répondit Zabini. Vous êtes les deux meilleurs pour résoudre cette affaire.

- C'est bien ce que je pensais.

Zabini lui adressa un sourire d'encouragement. Il se rendait parfaitement compte que la situation n'était pas plaisante. Il connaissait Drago depuis l'enfance. Ils avaient grandi ensemble. Ils avaient vécu la guerre différemment puisque Zabini ne s'était pas mouillé. Il avait toujours été le plus modéré de tous. Mais il savait parfaitement ce qu'il se passait dans la tête de Drago. Concernant Hermione, il ne la connaissait que depuis leurs années à Poudlard. Il regardait de loin cette jeune sorcière née moldue ravir la première place à tout le monde et briller par son intelligence. Il avait vu comment elle portait le trio d'or par son cerveau et comment tous les garçons étaient admiratifs et craintifs devant elle. Quand ils s'étaient retrouvés à la fac, il avait véritablement découvert Hermione. Il avait découvert son côté plus fragile, il avait découvert son humour et sa gentillesse. Il avait découvert sa soif de justice. Il avait découvert la véritable Hermione. Il ne savait pas exactement ce qui liait Drago et Hermione. Il ne connaissait pas leur secret. Mais il savait qu'il y avait quelque chose entre eux, quelque chose qui les lieraient à jamais. Il avait été d'ailleurs plus que surpris quand il avait appris qu'Hermione s'occupait de la défense de Malefoy. Tout le monde sorcier avait été surpris.

- Les parents de Sophia habitent à la frontière de l'Ecosse, déclara Drago. On ne peut donc pas transplaner jusqu'à chez eux. On va passer par la cheminée jusqu'à Liverpool et de Liverpool, nous pourrons prendre une autre cheminée pour Carlisle. Une fois là-bas, nous pourrons transplaner jusqu'à chez eux.

- Très bien, répondit Hermione. Cela me convient.

Ils se dirigèrent en silence vers le pub sorcier le plus proche, laissant derrière eux le bruit assourdissant et les sirènes. Hermione profita de la marche pour jeter un coup d'œil à Drago. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu. Bien sûr, il faisait souvent la une des tabloïds de par son nom de famille mais également de par sa fonction. En tant que chef des Aurors, il avait beaucoup de pression sur les épaules. Malefoy n'avait pas tellement changé depuis la fin de la Guerre. Bien sûr, il avait complètement perdu les rondeurs de l'adolescence. Il avait pris en masse, notamment à travers les exercices physiques liés à son métier et il avait perdu cette petite lueur qui existait dans ses yeux durant leurs années à Poudlard et sa méchanceté. Une chose n'avait cependant pas changé. Il était toujours aussi hautain et froid. Il vous regardait avec ses yeux gris couleur orage et vous aviez l'impression de vous transformer en statues de glace. D'après les connaissances d'Hermione, il n'était pas marié, ni même engagé dans une relation. Il avait été un temps fiancé à Astoria Greengrass mais cela s'était fini pour une raison inconnue de tous. Les spéculations avaient été nombreuses mais la vérité n'était jamais sortie.

Malefoy ouvrit la porte du pub et la tena à Hermione. Elle le remercia et souffla de soulagement en sentant la chaleur des lieux l'entourer. Elle se dirigea vers les cheminées, Drago sur ses talons, sans prêter attention aux regards des clients. Cela faisait un moment qu'elle avait cessé de remarquer les regards et les chuchotements des gens sur son passage.

Drago prit de la poudre de cheminette, la jeta dans la cheminée et entra dedans en prononçant suffisamment fort le nom de la ville pour que la cheminée l'entende mais assez doucement pour que les personnes à proximité ne l'entendent pas. Hermione fit de même lorsque Drago disparu.

Ils se retrouvèrent rapidement devant le domicile des parents de Sophia Wales. Hermione sonna. La maison était glaciale de l'extérieur. D'un autre côté, le temps ne faisait pas honneur à la sombre demeure. La neige assombrissait fortement le paysage.

La porte s'ouvrit rapidement. Sophia Wales était une femme très belle. Brune de cheveux, yeux sombres et très grande, c'était une femme qui dégageait une aura mystérieuse.

- Bonjour, dit-elle en regardant Hermione et Drago d'un air légèrement surpris.

- Bonjour Madame Wales, répondit Drago. Je suis Drago Malefoy, chef des Aurors et voici Hermione Granger, juge d'instruction. Est-ce que nous pourrions entrer?

Hermione assistait avec intérêt à l'échange. A ses côtés, Drago Malefoy, blond, glacial, impénétrable et en face, sa version féminine, mais brune. La femme les laissa entrer sans plus de formalité. L'intérieur de la maison était tout aussi glacial que l'extérieur. Un grand hall en bois les accueilli. Sophia Wales les précéda jusque dans un salon vert, où seules les flammes de la cheminée éclairait la pièce.

Sophia Wales invoqua une théière de thé avec des tasses et les fit s'asseoir sur le canapé.

Drago déposa délicatement son manteau et son écharpe à côté de lui puis plongea son regard dans celui de son hôte.

- Nous avons une mauvaise nouvelle à vous annoncer Mme Wales, commença-t-il. Cette nuit, un incendie s'est déclaré chez vous. Malheureusement, votre mari se trouvait dans la maison à ce moment-là. Il est décédé, j'en suis désolé.

Au premier abord, Sophia Wales ne réagit pas. Sa main se figea en l'air. Même le thé cessa de bouger dans la tasse. Hermione ne la quitta pas des yeux. Elle trouvait toujours intéressant de voir comment les proches réagissaient à l'annonce du décès de la victime.

Sophia Wales réagit comme toute femme réagirait à la mort de son époux. Elle s'effondra. Pourtant, quelque chose dans son attitude frappa Hermione. Mme Wales reposa de manière brutale sa tasse lorsqu'elle apprit que le corps de son époux serait autopsié.

- Vous ne pouvez pas faire cela, dit-elle d'un ton sec. Mon mari était très croyant, je refuse que son corps ne soit sali par vos manipulations.

- Malheureusement, de par son statut de Ministre de la Magie, nous n'avons pas le choix, dit Hermione d'un ton ferme.

- C'est scandaleux.

- Vos parents ne sont pas là? Continua Hermione en observant la pièce.

Sophia Wales la regarda d'un air courroucé.

- Ma mère est décédée i ans. Je n'ai jamais connu mon père.

Hermione ne réagit pas. Elle nota cependant dans sa tête que Drago et elle n'avaient pas été informé de ces détails. Elle se rendit compte par la même occasion que Mme Wales ne bénéficiait pas de la même notoriété que son mari. Autant le défunt Ministre de la Magie était souvent exposé dans les médias, autant on voyait très peu sa femme. Elle était toujours présente aux cérémonies et autres événements qui nécessitaient sa présence mais elle avait toujours réussi par on ne sait quel moyen à se préserver de la presse.

Drago continua de poser les questions d'usage puis Hermione et lui quittèrent les lieux.

Ils marchèrent pendant un moment en silence, chacun se remémorant les dernières heures.

- Café? demanda Drago.

- Volontiers, souffla Hermione.

Ils entrèrent dans le premier café qu'ils rencontrèrent. Ils rangèrent leur baguette afin de ne pas effrayer les moldus qui étaient assis. Les Aurors étaient obligés de s'habiller en tenues moldu afin de pouvoir passer partout. On ne savait jamais où pouvaient mener les enquêtes. Hermione, pour sa part, préférait largement les vêtements moldus, du fait de sa naissance.

- Qu'est-ce qu'on a sur Sophia Wales? Demanda Hermione après avoir commandé un chocolat chaud.

- Pas grand-chose, répondit Drago en passant sa main dans ses cheveux. On connait uniquement ses informations civiles et le fait qu'elle a eu un enfant d'un premier mariage avant d'épouser le Ministre de la Magie il y a 15 ans.

- C'est étonnant, elle fait très jeune, commenta Hermione.

- C'est vrai, elle a rencontré son premier mari très jeune.

- Que fait-elle comme métier?

- Elle est scientifique. Elle travaille dans un labo, elle invente des trucs mais je ne sais pas exactement quoi. Je crois que c'est un labo assez généraliste.

- Mmh.

Hermione remercia d'un sourire le serveur qui lui servit son chocolat chaud et se replongea dans ses pensées. Drago la regarda. Il ne trouvait pas qu'elle avait beaucoup changé depuis leurs 11 ans. Il se souvient de la première fois qu'il l'avait rencontré. Elle était toute petite, les cheveux éparpillés autour de son visage. Il se souvint qu'il l'avait trouvé déjà jolie à l'époque. Mais elle était une née-moldue et son père lui avait strictement interdit de lui adresser la parole. Pourtant, plus les années passées, plus il était admiratif et ébahi par tout ce qu'elle dégageait. Il lui enviait son intelligence et son courage. Il cachait alors toute cette admiration derrière une haine apparente. Pendant la Guerre, tout avait changé entre eux. Ils s'étaient mutuellement sauvés la vie. A partir de ce moment-là, leur relation avait changé.

En grandissant, elle avait quitté ses rondeurs enfantines. Elle avait grandi, avait laissé pousser ses cheveux qui tombaient en boucles un peu folles dans son dos, s'était fait une frange et des petites taches de rousseur étaient apparues sur ses pommettes et son nez. Elle portait au quotidien des tenues élégantes, juchées sur ses talons. Elle avait eu raison tout à l'heure, elle était la reine des escarpins. Il n'avait jamais d'ailleurs compris comment elle avait pu, l'espace de quelques mois, fréquenter Weasley. Drago supposait qu'il n'était d'ailleurs pas étranger à leur rupture; Ronald ne supportant pas que Potter et Hermione s'occupent de sa défense. Et puis, même s'il ne partageait plus la haine qu'il avait envers le roux, il le trouvait profondément bête et insipide. Hermione, bien au contraire, était brillante et intéressante.

Lorsque la jeune femme sortit de ses pensées, elle vit Drago plongé dans la lecture d'un message sur son téléphone. Elle ne put s'empêcher de sourire face à cette vision.

- Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça? Demanda Drago d'un ton froid et le sourcil levé.

- Rien, répondit-elle en riant. Jamais je n'aurais cru voir le grand Drago Malefoy avec un téléphone portable.

Drago lâcha un petit rire sec. Hermione ne s'en offusqua pas. Elle savait ce que cela signifiait. Ce qu'elle ne sut pas par contre, ce fut que Drago senti une petite chaleur dans sa poitrine lorsqu'elle lui fit un grand sourire.