Merci pour ton retour Guest, j'ai tellement travaillé sur ce chapitre, je suis contente de voir qu'il t'a plu et qu'il rend comme je l'espérais, je voulais vraiment un rendu subtil.
Et merci à toi Athina, ces quelques chapitres vont peut-être te frustrer un peu mais ne t'inquiète pas, ils se retrouveront...
Hermione se tenait dans le hall devant la grande salle en serrant son petit sac à main contre elle, les yeux humides. Elle détaillait ce lieu emblématique de Poudlard qui renfermait les précieux souvenirs de ses six dernières années.
Ces élèves autrefois plein de joie et d'énergie erraient maintenant tels des fantômes sans but, mélancoliques, le regard dans le vague. Ils auraient pu la voir mais personne ne la regardait, tous avaient été assommés par les quarante-huit dernières heures.
Albus Dumbledore était mort.
Symbole de l'espoir perdu, aux yeux de tous cela signifiait que le mal était partout et qu'il avait triomphé.
La peur tétanisait tous les élèves, tous les professeurs, si Poudlard n'était plus un lieu sûr, où pouvaient-ils bien aller ? Si le grand Dumbledore avait fait une erreur, quelle chance pouvaient-ils avoir ?
Il avait confiance en lui… Cette phrase résonnait dans le château et rendait Hermione malade. Perfide, parjure, traître, les adjectifs ne manquaient pas pour décrire l'assassin du sorcier légendaire, plus machiavélique encore que le Seigneur des Ténèbres en personne selon certains professeurs.
Le temps s'était arrêté en attendant les funérailles du directeur, certains élèves étaient partis mais la majorité était resté pour assister aux obsèques dont ses deux meilleurs amis.
Harry était anéanti, il s'était complètement isolé le premier jour, retranché dans les dortoirs de Gryffondor, Ron veillant à ce que personne ne le dérange. Depuis la veille il n'était que colère, il avait juré qu'il tuerait Rogue de ses propres mains dès qu'il en aurait l'occasion.
Il le tenait responsable de la mort de ses parents également puisqu'il avait appris juste avant de partir avec Dumbledore que c'était lui qui avait rapporté la prophétie à Voldemort à l'époque. Fait qui perturbait grandement Hermione.
Elle ressentait un sentiment s'approchant de la culpabilité envers son ami, Rogue avait du sang sur les mains et ces mains-là, il les avait posées sur elle.
Il était plus que troublant d'entendre toutes ces horreurs et calomnies si peu de temps après avoir passé une nuit dans ses bras.
Elle n'avait pas oublié qu'il avait été mangemort, elle avait toujours eu conscience qu'il avait dû commettre de nombreux méfaits pendant cette période, blesser et peut-être même tuer, mais elle avait toujours plus ou moins imaginé qu'il y avait été contraint d'une façon ou d'une autre.
Elle s'interrogeait sérieusement sur les actes dont il avait pu se rendre coupable dans le passé. Néanmoins, il n'était pas envisageable que Dumbledore ait pu accorder sa confiance et offrir un poste à un meurtrier sanguinaire, même en quête de rédemption, quelque chose lui échappait. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait pris la marque et encore moins pourquoi il avait changé de camp, l'énigme était insolvable.
Un sanglot étouffé la sortit de ses tergiversations et lui fit tourner la tête.
Un élève de deuxième année de Serdaigle semblait être en proie à une crise de panique et les quelques élèves qui l'entouraient ne parvenaient pas à calmer sa respiration bruyante. Même le professeur Flitwick et Madame Pomfresh ne trouvaient pas les mots pour l'apaiser.
Ces scènes étaient devenues d'une désolante banalité.
Hermione tourna les talons, il fallait qu'elle soit forte, elle n'avait plus le choix.
La dernière vision qu'elle eut avant de sortir du château fut celle d'Elvira, assise en tailleur par terre et adossée contre un mur, serrant fort sa précieuse Lola, pleurant à chaude larmes, le visage enfoui dans ses poils noirs et bruns. Elle eut un pincement au cœur en pensant à Pattenrond mais elle savait qu'il valait mieux qu'il reste à Poudlard, il serait bien plus heureux ici que partout ailleurs et elle lui avait promis qu'elle le retrouverait bientôt.
Pour quiconque qui verrait le château de l'extérieur, lors d'une promenade par exemple, c'était une magnifique journée. Le soleil chauffait agréablement la peau, il n'y avait pas un seul nuage et les oiseaux s'amusaient avec le léger vent qui secouaient les feuilles des arbres. L'été était presque là.
La Gryffondor aurait préféré un air froid, glacé, une pluie battante, de violentes rafales qui l'auraient fait se presser, qui l'auraient obligé à courir sans se retourner.
Au lieu de ça, elle avançait lentement, pas après pas, luttant pour ne pas faire demi-tour. Elle répétait son plan dans sa tête encore et encore, essayant de se persuader que tout allait bien se passer, qu'elle allait y arriver que tout ça allait bientôt se terminer, qu'elle retrouverait vite ses amis et une vie normale. Ils allaient y arriver, cette folie, ce drame ne serait que passager, il n'y aurait pas d'autre perte. Un miracle se produirait et Harry survivrait aussi, oui, il ne pouvait en être autrement.
Une éternité plus tard, après avoir longé tout le côté Est de la forêt interdite, elle s'arrêta, une boule dans le ventre et le souffle coupé. Elle avait peur.
Si elle avait brillamment réussi son épreuve de transplanage, elle n'avait jamais essayé d'aller aussi loin et elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle se laissa imprégnée de l'image de la maison de ses parents, se focalisant sur tous les détails qui lui venaient. Les couleurs des murs et du toit, l'allée en pierre qui passait au milieu de jardin, les tulipes, la petite fissure dans le coin supérieur droit de la porte d'entrée, les buissons hauts derrière lesquelles elle aimait se cacher lorsqu'elle était petite. Plus concentrée que jamais, elle s'évapora.
L'arrivée fut pour le moins mouvementée, elle finit étalée de tout son long dans l'herbe fraîchement coupée, derrière les buissons, les cheveux dans les yeux, des feuilles lui chatouillant la joue et des ronces écorchant ses mollets.
Elle resta immobile quelques secondes en analysant la situation. Pas de douleur fulgurante, pas de sang, son petit sac sous le coude, elle avait réussi.
Elle marmonna un sortilège de nettoyage en se relevant pour enlever les traces de terre sur sa robe puis en profita pour métamorphoser sa tenue en vêtements moldus, initiative qu'elle aurait dû prendre avant de transplaner, songea-t-elle.
Elle sonna, la mélodie familière lui serra la poitrine, c'était la chose la plus difficile qu'elle n'ait jamais eu à faire.
Lorsque la porte s'ouvrit sur sa mère, elle retint un sanglot de justesse.
- Hermione, ma chérie ! Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Où est ta valise ?
Elle s'était peut-être rendue présentable mais les cernes sous ses yeux et son regard éteint ne mentaient pas. Elle se jeta dans ses bras.
- Maman, je… Je voulais juste vous voir avant…
Son père arriva dans son champ de vision et l'enlaça à son tour, inquiet.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé Mimi, tu vas bien ? Viens vite, on va te faire un thé.
Il ne fallait pas qu'elle pleure, détermination et ténacité étaient ses maîtres-mots.
Alors que son père était rentré, elle usa de la légilimencie sur sa mère, à pas de velours, aussi légère qu'une plume.
L'émotion l'emporta aussitôt. Hermione était le centre de son monde, comme si chaque pensée et sentiment dépendait d'elle, elle était reliée à chaque parcelle intime de son esprit. Elle ne pouvait pas déranger cette organisation mentale sans risquer de la faire courir à sa perte irrémédiablement, elle n'avait pas le niveau, elle devait s'y prendre autrement.
Elle passa alors la porte à son tour et rejoignit son père dans la cuisine, il avait sorti trois tasses et commençaient à faire chauffer l'eau.
Avant même que ses parents aient repris la parole, elle leur lança tour à tour un puissant sortilège de confusion suivi d'un sortilège de faux-souvenir pour leur faire croire qu'ils n'avaient pas d'enfant. Leurs regards hébétés lui indiquaient qu'elle était sur la bonne voie.
Reprenant le chemin vers l'esprit de sa mère, elle constata que son agencement mental n'avait guère été modifié, tout était tourné vers une personne en particulier mais l'image d'Hermione n'était plus très claire, elle essaya autant que faire se peut de lui faire croire que cette place était occupée par son mari, écartant tout souvenir qui pourrait mettre en avant une incohérence hasardeuse.
Une fois satisfaite de ce qu'elle avait fait, elle se concentra sur son père. Son esprit à lui était complètement différent, très structuré, les choses étaient bien moins intriquées entre elles mais plutôt classées par importance. Il vouait un amour inconditionnel à sa famille en tant qu'entité, c'était sa raison de vivre. Le sortilège de faux-souvenir semblait suffisant puisque cela touchait seulement à cette entité. Une fois l'idée intégrée que son foyer ne comportait pas trois mais seulement deux personnes, le cours de ses pensées restait aussi stable qu'avant qu'elle n'intervienne.
C'était une bonne chose, sa mère éprouverait peut-être des difficultés par moment, mais son père lui apporterait la stabilité dont elle avait besoin.
Enfin, la dernière chose qu'elle fit fut de mettre au premier plan la passion de son père pour l'Australie ainsi que son envie de vivre là-bas, impulsif comme il l'était, elle était certaine qu'ils y auraient déménagé en moins d'un mois.
Ils iraient bien.
Lorsqu'elle leva le sortilège de confusion, ses parents la regardaient comme s'ils n'avaient aucune idée de ce qu'elle faisait ici.
- Eh bien Monsieur et Madame Granger, il est temps pour moi de vous laisser, il semble que vous attendez quelqu'un, dit-elle en désignant la troisième tasse. Mais n'oubliez pas, l'isolation c'est le futur, pensez-y !
Elle leur servit un sourire impersonnel et tourna rapidement les talons pour s'enfuir.
Elle avait transplané.
Lorsqu'elle arriva à destination, elle sut qu'elle s'était désartibulée avant même de ressentir l'effroyable douleur et le liquide chaud qui coulait le long de son avant-bras.
Elle aurait hurlé si elle n'avait pas été si abattue, elle n'avait plus l'énergie.
Bien sûr qu'elle avait manqué de détermination, elle ne voulait pas quitter ses parents, elle maintenait encore fermement la poignée de la porte quand elle avait transplané, ça n'aurait pas pu se passer différemment.
Elle jeta un coup d'œil rapide à son coude gauche pour constater l'étendue des dégâts et eut la nausée en voyant la plaie béante qui saignait abondamment. Elle était profonde, son bras était déformé en une position qui n'avait plus rien de naturelle, elle avait terriblement mal.
Rassemblant toutes ses forces, elle murmura des incantations pour consolider son os cassé, refermer la plaie et ne plus sentir la douleur. Elle fouilla fébrilement dans son sac, faisant tomber de nombreuses fioles et autres contenants, jusqu'à trouver le dictame qu'elle appliqua généreusement sur la plaie qui se referma presque aussitôt.
Lorsque la douleur devint supportable et qu'elle parvint à mobiliser légèrement son bras, elle attrapa un vêtement dans son sac pour le mettre en écharpe. Enfin, elle respira profondément et se mit debout tant bien que mal.
Au moins elle était arrivée là où elle voulait, dans la forêt de Dean, qui était exactement comme dans son souvenir, quand elle y avait campé avec ses parents plus de dix ans auparavant.
Elle définit un périmètre en marmonnant des sorts de protection, d'insonorisation, de repousse-moldu et finit par se laisser tomber sur un des rochers environnants.
La forêt était bruyante, elle entendait les bruissements des feuilles qui s'agitaient sous le vent, les gazouillis des oiseaux, le clapotis de la cascade un peu plus loin. Le cadre était idyllique.
À ses pieds se trouvaient son sac renversé et tous les récipients étalés sur la terre.
Que dirait Rogue s'il voyait cela ? Elle avait manqué de casser plusieurs de ses bocaux et de gâcher ses précieux ingrédients.
Il avait finalement accepté qu'elle se serve dans sa réserve à la seule condition qu'elle lui rende l'équivalent de tout ce qu'elle avait pris pour compenser sa perte.
Elle rangea ses affaires précautionneusement et installa son campement, elle avait métamorphosé une de ses couvertures en une petite tante et y avait lancé un sortilège d'extension afin de pouvoir y tenir debout. Un second plaid lui permettrait de ne pas dormir sur le sol dur, ce ne serait pas confortable mais ce serait suffisant, elle n'aurait pas à subir les intempéries.
La Gryffondor pris place juste devant la tente, assise en tailleur, puis sortit plusieurs parchemins et une plume et commença à griffonner des idées d'objets que Voldemort aurait pu transformer en horcruxe.
Pendant ce temps-là, de nombreux sorciers s'avançaient dans le parc de Poudlard, se rendant à la cérémonie en l'hommage d'Albus Dumbledore.
Devant les rangées de chaises se dressait la pierre tombale en marbre blanc de l'illustre sorcier.
Les élèves et le personnel du château occupaient déjà les premiers rangs du côté de la forêt interdite. Les membres de l'ordre du Phénix se tenaient debout, entourant la sépulture.
Lorsque l'assemblée fut au complet, Minerva McGonagall commença son discours d'une voie plus grave qu'à l'accoutumée, sous le regard attentif d'un homme solitaire qui occupait le dernier rang, installé au milieu d'autres anonymes.
Il avait des cheveux gris en bataille, une barbe poivre et sel bien fournie cachant son cou, un cape bleu nuit qui s'accordait parfaitement avec ses yeux d'un bleu profond. Les sourcils froncés, l'air contrarié, il semblait chercher quelqu'un parmi les élèves.
La transformation était réussie, il était absolument méconnaissable. La seule personne qui aurait pu l'identifier était probablement celle-là même qui manquait dans les rangs. Changer la couleur de ses yeux n'aurait pas pu la duper, son regard était le même, intense et pénétrant.
Les centaures tirèrent leurs flèches en hommage à l'un des plus grands sorciers de tous les temps et au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de là, Hermione pleurait.
Un peu plus tard, alors que la nuit tombait et que les derniers sorciers quittaient le parc à Poudlard, la Gryffondor avait allumé un feu pour se réchauffer, l'air était froid dans la forêt lorsque le soleil disparaissait.
Elle triturait nerveusement une fiole remplie d'un liquide violet en songeant que trois jours plus tôt exactement, elle était dans les bras d'un homme qui l'avait fait vibrer.
Elle était seule, livrée à elle-même, habitée par le doute et la peur de l'inconnue.
La jeune femme se leva et but d'une traite la potion de sommeil sans rêve. Elle avait besoin de dormir, de ne plus penser pendant quelques heures.
Elle aurait voulu tout oublier et se réveiller quelques années auparavant, quand Voldemort n'était encore qu'un spectre irréel, que Rogue n'était pas le Prince de Sang Mêlé et qu'elle ne connaissait pas le goût de sa peau.
Lorsque son seul objectif était d'obtenir l'approbation de ses professeurs et que ses complexes se résumaient à des incisives trop longues.
Elle éteignit le feu et contempla quelques instants l'obscurité, le ciel noir parsemé de points blancs scintillants et la pleine lune entourée d'un halo lumineux.
Elle sortit un petit bocal qu'elle avait gardé dans la poche et y récupéra une feuille de mandragore qu'elle mit dans sa bouche, la coinçant dans le creux entre sa gencive et sa joue, là où elle pourrait rester en place aussi longtemps qu'il le fallait sans risquer de l'avaler ou de la faire tomber.
