LA NUIT DE LA PREMIÈRE MISSION
Par Andamogirl
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ACTE 2
Le lendemain matin,
A l'aube,
Une tasse de café brûlant à la main, assis dans son fauteuil devant sa table de travail, le général Grant sourit alors qu'il venait de finir de lire les rapports des derniers combats.
Il était satisfait des derniers progrès de ses troupes, malgré les lourdes pertes. Plusieurs tranchées ennemies avaient été prises, les hautes levées de terre hérissées de pieux acérées rasées par les obus, des soldats confédérés avaient été tués par centaines, et on comptait aussi des dizaines de prisonniers, et parmi eux des officiers.
De nombreux déserteurs avaient également été capturés alors qu'ils essayaient de franchir les lignes nordistes. En promettant à ces derniers de les laisser 'rentrer chez eux' – sans arme bien sûr - après les avoir bien nourris et leur avoir donné du whiskey, ils fourniraient de précieux renseignements en échange, ce qui écourteraient le siège.
Le général jeta un coup d'œil aux deux capitaines qui dormaient profondément, chacun sur un lit de camp, à l'arrière de la grande tente, sur la droite.
La 'zone de repos' était séparée par un rideau de la partie 'commandement', et celui-ci avait été tiré sur le côté, laissant entrer la lumière du jour.
Le lit de Grant s'y trouvait aussi, sur la gauche. Des caisses vides avaient été empilées tout autour, formant une sorte d'alcôve, pour lui assurer une certaine intimité.
Etendu sur le dos, vêtu de son pyjama, deux couvertures placées sur lui arrivant jusqu'à son cou, Artemus ronflait légèrement, sa main droite pendant dans le vide.
Près de lui, allongé sur le côté, Jim n'avait que les jambes de couvertes par une seule couverture, et sa tête reposait sur son bras plié sur un coussin. Il portait son uniforme, minus la veste.
Ulysses S. Grant leva les yeux vers le docteur Henderson lorsque l'Officier Médical en Chef de l'Armée de l'Union le rejoignit. « Bonjour Stephen. Avez-vous bien dormi?»
Le chirurgien secoua la tête. «Non, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. J'ai dû amputer la jambe droite gangrénée du lieutenant Richardson, opérer le capitaine Frederiks qui a été blessé par des éclats d'obus au visage, et je n'ai malheureusement pas pu sauver son œil droit, et opérer le lieutenant-colonel Peters qui a reçu un coup de baïonnette dans le ventre. Ils sont tous hors de danger à présent.»
Du menton Grant désigna les deux hommes endormis en disant : « Ils feraient tous les deux d'excellents agents spéciaux de la division du Secret Service, placée sous l'égide du département du Trésor, que va créer le Président Lincoln.» Il but une gorgée de café amer puis poursuivit: « Je vais proposer leurs noms au Président. Ils ont d'excellents états de service et de grandes qualités. »
Henderson s'assit sur une chaise près de Grant. «La division du Secret Service? C'est la première fois que j'en entends parler. Qu'est-ce que c'est?» Demanda-t-il, intrigué.
Grant répondit : «La division du Secret Service sera chargée de la prévention et des enquêtes sur la contrefaçon de la monnaie et des titres du Trésor américain, ainsi que de la protection du président et du vice-président. Mais les agents de cette agence enquêteront également sur tous les crimes relevant de la juridiction fédérale, qu'il s'agisse de meurtres, de vols de banque ou de jeux d'argent illégaux. Le Président souhaiterait nommer William Patrick Wood au poste de directeur du Secret Service. C'est un bon choix, je trouve. Wood est un vétéran de la guerre mexico-américaine et le directeur de l'ancienne prison du Capitole.» Il prit la cafetière et remplit une tasse de café pour Henderson. «Ces deux-là feraient la paire, vous ne trouvez pas? Le capitaine West est un homme intelligent, athlétique, agile, fort et qui sait se battre à poings nus et avec n'importe quelle arme, il très bon cavalier et c'est un excellent tireur. Quant à Artemus il complèterait parfaitement l'approche musclée de West. Il a un esprit brillant, sait s'adapter à n'importe quelle situation, c'est un acteur talentueux, un grand scientifique et un inventeur de génie. Il est courageux, sait se battre, est un excellent tireur, mais il préfère toutefois utiliser 'la ruse, l'astuce et la tromperie' pour vaincre ses adversaires. Sa vivacité d'esprit et ses talents de persuasion sont également des atouts. » Il donna la tasse cabossée à Henderson qui grimaça de douleur en touchant le métal très chaud. «Qu'en pensez-vous, Stephen ?»
Le colonel Henderson hocha la tête. « C'est une bonne idée. Mais je ne pense pas qu'Artemus voudra travailler pour le Secret sais qu'il souhaite redevenir un acteur une fois la guerre finie. Être sur les planches, jouer des pièces devant un public captivé par les pièces de Shakespeare, voyager à travers le pays avec une troupe, lui manque beaucoup.» Il se tourna vers les deux hommes et vit West basculer sur le dos et remonter la couverture jusqu'à ses épaules. «Quant au capitaine West, je pense qu'il souhaite poursuivre sa carrière dans la cavalerie.C'est un excellent officier, il ira loin.»
Le capitaine West s'éveilla et s'étira comme un chat après une sieste avant de s'asseoir sur son lit de toile. Dès qu'il vit Grant et Henderson qui le regardaient, il se bondit sur ses pieds, se mit au garde à vous et salua. «Général, Colonel.»
Grant salua en retour «Repos, capitaine.»
Il y eut un grognement, puis Artemus se couvrit les épaules et la tête avec la couverture. «Chuut! J'ai besoin de dormir. » Murmura-t-il.
Le général sourit avec indulgence. «Artemus n'est pas un lève-tôt, mais il travaille essentiellement la nuit, donc ça se comprend.» Dit-il.
Le chirurgien posa sa tasse de café sur la table de travail, prit sa chaise et alla s'installer près du lit étroit sur lequel était allongé Artemus Gordon.
Il rabattit les couvertures sur les pieds de son patient et prit le pouls à son poignet. «Le pouls est un peu rapide,mais il est régulier, c'est bon signe. » Dit-il. Il toucha le front d'Artemus ensuite et découvrit que la fièvre était tombée. «Il n'a plus de fièvre, la guérison a commencé.Parfait. » Il examina ensuite les bandages et constata qu'il n'y avait pas de trace de sang dessus. La plaie était toujours suturée. «Il faut qu'il mange à présent, il a besoin de récupérer des forces. »
Profondément endormi, Artemus ne réagit pas à l'examen.
Ulysses S. Grant hocha la tête et ordonna: «Capitaine, allez à la cantine chercher deux petits déjeuner, un pour un pour vous et un pour Artemus, puis revenez mangerez tous les deux puis vous trouverez un uniforme pour Artemus. »
Le capitaine West salua. «A vos ordres!» Puis il quitta la tente.
Henderson regarda Grant. «Artemus a eu beaucoup de chance. Il va s'en sortir. Cet homme est une force de la nature.» Dit-il.
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Sous la tente de Grant
Plus tard,
Le front plissé, Jim regarda son assiette d'un air peu enthousiaste. Les saucisses étaient rabougries et carbonisées, les haricots beaucoup trop cuits formaient une pâte compacte couverte par un jus grisâtre peu appétissant et la tranche de pain était rassis.
Il n'avait pas pu avoir de petit déjeuner 'spécial officiers' avec de la viande (mystère), des pommes de terre bouillies et du lard bien gras et du pain frais, mais l'ordinaire des simples soldats. Il était arrivé trop tard à la cantine. Il n'y en avait plus.
Il but une gorgée de café très chaud et l'apprécia. Il était très fort et très amer. «Au moins il y a quelque chose de bon.» Commenta-t-il. Il transféra son plateau de ses genoux à son lit pliant, sans avoir touché ni au plat, ni au morceau de pain, puis regarda Artemus qui, armé d'une cuillère dévorait sa 'purée de haricots', tout mangeant son pain racorni. «Comment pouvez-vous manger ça?» Demanda-t-il, surpris, puis il se rappela qu'Artemus n'avait quasiment rien mangé pendant trois mois.
Plus qu'affamé Artemus termina son assiette en un temps record puis s'empara du plateau de Jim qu'il posa sur ses genoux. «Vous êtes sûr que vous n'en voulez pas? »
Le capitaine West secoua la tête. «Non, allez-y.»
Ravi, Artemus commença par dévorer les saucisses noircies, une bouchée n'attendant pas l'autre. Puis quand il eut fini, il expliqua: «Je n'ai rien avalé du tout ou presque, depuis trois voulais manger mes lacets de chaussure avant de déserter pour avoir quelque chose dans l'estomac, mais quelqu'un me les a volé pendant la nuit alors que je m'étais assoupi. »
Surpris, Jim fronça les sourcils. «Vous travailliez au mess des officiers, vous ne pouviez pas trouver quelque chose à manger?»
L'espion secoua la tête. «Non, les vivres s'amenuisant pour les officiers, nous étions très surveillés pour que personne ne vole ne serait-ce qu'un morceau de pain. J'avais un soldat derrière moi lorsque je cuisinais qui veillait à ce que je ne vole rien. Voler de la nourriture vous envoyait devant le peloton d'exécution.» Dit-il. Il fit une pause pour boire une gorgée de café et grimaça le trouvant infect, puis il ajouta: «Vous ne trouvez pas ce repas bon, mais moi si, c'est succulent par rapport aux lézards, à l'herbe, aux racines, au cuir de ma ceinture et aux vers de terre que j'ai dû manger pour ne pas mourir de faim lorsque j'étais à Petersburg … J'ai même dû manger des insectes ces derniers jours afin de pouvoir survivre. »
Il mangea ensuite les haricots réduits en purée et le pain presque dur, s'étouffant presque tellement il avalait vite, sans mâcher au préalable.
Posant une main apaisante sur le bras d'Artemus Gordon, James West dit: «Du calme! Pas si vite, capitaine Gordon, je ne veux pas que vous mouriez étouffé. Le général m'a ordonné de m'occuper de vous, il me ferait fusiller s'il vous arrivait quelque chose de malencontreux.» Il sourit et demanda: «Puis-je vous appeler Artemus?» Et il ajouta, la main offerte: « Mes amis m'appellent Jim. »
Le visage d'Artemus s'assombrit soudain. «Vous pouvez m'appeler Artemus, 'James', mais je tiens à préciser que nous ne serons pas amis.» Déclara-t-il d'un ton froid.
Le sourire de Jim disparut et il retira sa main. «Comme vous le souhaitez.» Puis il fronça les sourcils, surpris par la réaction de l'espion.
Il avait pourtant d'être un homme ouvert, aimable, chaleureux, à l'amitié facile.
Dégageant des ondes négatives, signifiant 'laissez-moi tranquille' le capitaine Gordon avala le reste de son repas, le regard rivé sur son assiette.
Le silence devint pesant, et fut soudain brisé par les coups de canon et de mortiers des troupes de l'Union et des tirs de fusils.
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Plus tard,
Le général Grant entra sous la grande tente en trainant les pieds, frissonnant. Il était fourbu, trempé par la pluie et couvert de boue après avoir parcouru à cheval, pendant des heures, les lignes de l'Union pour encourager ses soldats et officiers.
Il se débarrassa de son manteau, le jetant sur le dos d'une chaise, puis il se rendit à dans la 'partie nuit'. Ses yeux trouvèrent Artemus dans la pénombre.
L'espion était assis sur son lit de camp, vêtu d'un uniforme d'officier, minus la veste et les bottes, et buvait un café fumant.
Le capitaine West se leva, salua puis dit: «J'ai apporté à manger à Artemus, puis un uniforme et je l'ai aidé à s'habiller, Monsieur.»
Sourire aux lèvres, Artemus ajouta: «Et un Long-John chaud et propre. Ce fut merveilleux de le mettre. Puis il se mit debout et salua à son tour. «Bonjour général.»
Ulysses S. Grant salua à son tour puis il hocha la tête. «Bonjour Artemus. Ainsi vêtu vous ressemblez à un officier et non plus à un vagabond.»
Soudain très faible, Artemus chancela pendant quelques secondes puis ses genoux se dérobèrent sous lui. Il s'affaissa lourdement sur son lit de camp.
Une migraine lancinante explosa soudain dans sa tête et il gémit de douleur. Il posa la tasse de café à ses pieds, l'odeur l'insupportant soudain.
Grant fronça les sourcils, à la fois contrarié et inquiet. « Restez allongé, Artemus. Vous n'êtes pas en état de vous lever, la preuve.»
La tête qui tournait, Artemus déclara : «Je n'aurais pas dû me lever si vite… me lever tout court.» Puis il eut la nausée.
Il avala la bile qui montait dans sa gorge et la brûlait.
Grant attendit qu'Artemus retrouve un peu de couleurs, s'allonge sur son lit étroit, puis, debout, adossé à un poteau, il dit: «J'aimerais vous parler de quelque chose, messieurs. Le président Lincoln veut créer une agence fédérale de maintien de l'ordre appelée 'Division du Secret Service' qui sera placée sous l'égide du département du Trésor. Les agents du Secret Service seront chargés de prévenir et d'enquêter sur la contrefaçon de la monnaie et des titres du Trésor américain, et le travail des 'agents spéciaux' consistera à protéger le président et le vice-président. Ces agents spéciaux enquêteront également sur tous les crimes relevant de la juridiction fédérale, du meurtre au vol de banque en passant par les jeux illégaux, plus d'autres missions comme par exemple comme escorter de dangereux prisonniers ou une cargaison d'or, ou bien servir d'escorte à des dignitaires étrangers. Je pense que lorsque la guerre sera terminée, vous devriez postuler pour être agents spéciaux du Secret Service, messieurs, et demander à être partenaires car vous avez tous les deux des qualités qui se complètent.J'appuierai votre demande. »
Se sentant un peu mieux, mais faible comme un nouveau-né, Artemus dit: «Je suis désolé de vous décevoir, Monsieur. Mais j'ai l'intention de retourner sur scène après la guerre. Je suis un acteur avant tout, être un agent spécial du Secret Service ne m'intéresse pas.»
Le capitaine West se positionna à son tour: «Quant à moi, je veux poursuivre ma carrière dans l'armée, Monsieur. Ce serait un plaisir et un honneur de rester à vos côtés, en tant qu'aide de camp. »
Ulysses S. Grant fut déçu, mais ne s'avoua pas vaincu. «Est-ce qu'il y aurait quelque chose qui vous ferait changer d'avis, messieurs?»
Le capitaine Gordon répondit: «Pour ma part, j'accepterais ce poste uniquement lorsque vous serez Président des Etats-Unis, Monsieur. Pour être à nouveau à vos côtés et pouvoir vous protéger. C'est une condition sine qua non.»
Le capitaine West ajouta: «Je suis du même avis qu'Artemus, Général.»
Cela fit rire Ulysses S. Grant. «Je n'ai pas l'intention de devenir le successeur du Président Lincoln, messieurs. Pas du suis un soldat, pas un politicien. »
Encore plus pâle que d'habitude, Artemus eut un étourdissement, et il murmura: «Docteur Henderson…» Puis, il perdit connaissance et bascula sur le côté.
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Plus tard,
Satisfait, le colonel Henderson ferma son grand sac noir après qu'il eut changé le pansement et les bandages d'Artemus Gordon.
Il regarda et dità son patient : «La plaie est en train de cicatriser gentiment. L'infection est partie. Quant à votre état de santé général, il faudra du temps avant que vous ayez récupéré toutes vos forces. Vous ressemblez encore à un squelette capitaine, et vous êtes très faible. »
Le front plissé, Artemus soupira. «Je déteste être coincé sur ce lit, colonel. D'habitude, je fais des dizaines de choses par jour, et là, je ne fais rien d'autre que dormir et manger, je m'ennuie, je n'en peux plus ! il faut que je fasse autre chose. »
Le chirurgien hocha la tête. «Je comprends, mais vous avez été gravement blessé, Artemus, et vous êtes en convalescence, et les symptômes que vous m'avez décrits, à savoir les maux de tête, les étourdissements, la faiblesse et la sensation que votre tête tourne sont ceux d'un homme qui a souffert de la faim. Il faut les soigner le seul remède est de manger de la viande rouge, du boudin, du foie, des haricots, des lentilles et des œufs. Et boire du lait et manger du fromage malheureusement il y a les trois-quarts de cette liste qu'il est impossible à obtenir.»
Etendu sur son lit, Artemus dit: «Comme le lait et le boudin, par exemple. Toutes les vaches ont été abattues pour les manger dans un rayon de 100 miles autour de Petersburg, et les porcs aussi. Il n'y a plus ni canards, ni oies, ni lapins non plus. Il n'y a plus de gibier petit ou gros. Il reste des poules, heureusement et les haricots ne manquent pas. La nourriture que nous mangeons est expédiée depuis Washington, vous le saviez? Je vais continuer à manger ce qu'on sert à la cantine. Il faudra que ça aille, colonel.»
Henderson plissa le front. «Non, je l'ignorais… J'avoue que je ne m'y suis jamais intéressé, et c'est un tort en tant que médecin, car pour être en bonne santé, il faut bien manger. Dans ce cas vais demander au quartermaster plusieurs vaches. Il vous faut des produits laitiers, et mes autres patients en auraient bien besoin y a certainement parmi les soldats des hommes qui savent traire une vache et faire du fromage avec. Je vais aussi demander au quartermaster qu'il me trouve des bœufs et des cochons. On trouvera bien des bouchers parmi les soldats. »
Fermant les yeux, Artemus dit: «C'est une bonne idée, colonel.»
Henderson ajouta: «En ce qui concerne votre manque d'occupations, je vais en parler au général, il vous trouvera certainement quelque chose à faire. Comme vous allez mieux, je vous autorise à vous lever, et à marcher, mais ne quittez pas cette tente. Vous êtes encore trop faible pour aller vous promener dehors, sans parler du fait qu'il fait froid et humide, et vous pourriez attraper un mauvais rhume dans votre état de faiblesse généralisée, qui pourrait se transformer en pneumonie.»
Très heureux, Artemus sourit. «Merci colonel!»
Le CMO eut un frisson et ajouta. « Je vais faire installer un autre brasero ici pour que vous n'ayez pas froid. A plus tard. » Puis il tourna les talons.
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Le lendemain matin,
Tenant une petite boîte métallique, le capitaine West entra dans la 'zone de repos' de la grande tente du général Grant.
Il trouva le capitaine Gordon assis sur une chaise pliante devant une petite table. Elle était encombrée de piles rapports dont un qu'il était en train d'annoter, le front plissé, visiblement mécontent. Sur le côté, à gauche, il aperçut plusieurs feuilles de papier vierge, un buvard déjà taché, un porte-plume et un pot d'encre.
Levant les yeux vers son 'colocataire' Artemus soupira et dit à l'autre homme: «Ces rapports sont un cauchemar à lire. L'orthographe est affreuse, la grammaire épouvantable, il n'y a pas de ponctuation, ce n'est pas structuré et il y a des taches d'encre pour couronner le tout. En plus de cela, certaines écritures sont quasiment illisibles, et il faut que je dépêche des soldats aux quatre coins du front pour que les officiers qui les ont rédigé, me les réécrive, en s'appliquant cette fois ! » Enervé, il croisa les bras et ajouta . «Je déteste ce travail! Je suis un espion, pas un secrétaire ! »
Sourire aux lèvres, Jim s'assit sur son lit portable. «Bonjour Artemus. »
Le capitaine Gordon aperçut la boite que tenait l'officier et, curieux, il se calma d'un coup et demanda: «Il y a quoi dans la boite ?»
Souriant mystérieusement, Jim traça un cercle sur le couvercle cabossé avec le bout de son doigt. « C'est un petit cadeau pour vous, Artemus.»
Le capitaine Gordon fut agréablement surpris. «Pour moi?»
Hochant la tête James West ouvrit la boite et en sortit un cookie aux pépites de chocolat. «Mollie m'a donné ce cookie tout à l'heure. Sa mère m'a-t-elle dit, lui envoie des paquets de cookies chaque semaine. Elle m'a dit qu'elle me donnerait un cookie par jour à partir d'aujourd'hui.»
Regardant le biscuit avec convoitise, Artemus ne put s'empêcher de se lécher les lèvres avec gourmandise et demanda: «Mollie? Je suppose que c'est une jolie infirmière et que vous flirtez tous les deux? »
Offrant le cookie à Artemus, James répondit: «En effet, elle est belle, vive, intelligente, blonde avec des taches de rousseur sur le nez, je trouve cela adorable.»
Une fois le cookie aux pépites de chocolat dans sa main, Artemus le sentit puis il sourit de plaisir. «Mmm… il a l'air très bon. C'est autre chose que les biscuits rassis qu'on mange avec notre pseudo café.Je vous remercie, c'est très gentil de votre part, James.»
Refermant la boite, Jim dit: «Je vous en apporterai un sur deux, d'accord?» et il vit Artie hocher la tête avant de croquer dans le cookie.
Petit bout par petit bout pour faire durer le plaisir.
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Deux semaines plus tard,
C'est au milieu de la nuit qu'Artemus fut réveillé par un bruit étrange, proche, et tendit l'oreille. Il fronça les sourcils ne parvenant pas à identifier.
Intrigué, il se dressa sur ses coudes et regarda autour de lui, cherchant à le localiser.
Le bruit disparut soudain.
Il s'aperçut que la partie 'zone de repos' de la tente était faiblement éclairée par une seule lampe à pétrole posée sur sa table de travail ainsi que par les braises rougeoyantes du brasero qui apportaient en outre une douce chaleur dans la 'pièce'.
Il nota que le lit de James West était vide.
Il nota également que le rideau séparant la grande tente en deux avait été tiré et il entendit le capitaine West discuter à voix basse avec un autre homme, certainement l'officier qui le remplaçait comme aide-de-camp, se dit-il.
Tous les deux de trouvaient dans la partie 'commandement' de la tente.
Le bruit se fit entendre à nouveau.
Il le reconnut cette fois – quelqu'un était en train de couper de la toile avec un couteau.
Il sut alors que quelqu'un voulait pénétrer sous la tente sans être vu, mais ce n'est pas le mot 'voleur' qui apparut dans son esprit, mais 'assassin'.
Un assassin qui avait pour mission de tuer le général, il en était sûr.
Sur ses gardes, Artemus se leva et marcha a pas de feutrés en direction de 'l'alcôve' où Grant s'était aménagé une 'chambre' avec des caisses vides de fusils empilées les unes sur les autres.
Il regarda le général qui dormait sur son lit de camp, tout habillé, uniforme taché de boue et bottes crottées à ses pieds, ses mains croisées reposant sur sa poitrine.
Son chapeau était posé près de l'oreiller.
Il était prêt à se lever et aller sur le front en cas de problème.
Il scruta la pénombre et parvint cette fois à localiser le bruit. Il provenait de l'arrière de la 'pièce', là où Grant rangeait sa selle et son tapis de selle.
Il s'y rendit en silence, et là, il aperçut l'homme qui venait de découper l'épaisse toile de la tente, se glisser à l'intérieur de celle-ci.
Il était vêtu de noir de la tête aux pieds et tenait un long couteau, qu'il leva, pointe acérée vers le bas, prêt à poignarder sa cible: Ulysses S. Grant.
C'était le deuxième homme envoyé par les officiers supérieurs du général P. G. T. Beauregard, se dit Artemus en le voyant.
Il fit un pas en avant et allait appeler «à la garde!» quand il marcha sur une brindille (brindilles utilisées pour allumer le brasero) qui craqua avec un petit bruit sec.
L'assassin se figea, se rendant compte qu'il n'était pas seul et aperçut alors le capitaine Gordon. Il l'attaqua aussitôt pour l'éliminer – afin de pouvoir poursuivre sa mission sans accroc.
Dans un réflexe qui lui sauva la vie, Artemus leva le bras pour bloquer la lame qui s'abattait sur lui et, rassemblant ses forces, donna un coup de poing au visage encapuchonné et barbouillé de suie de l'assassin, avec sa main libre.
Irrité par la résistance de l'autre homme, l'assassin recula en grondant, puis il frappa Artemus au visage avec une droite, alors que ce dernier était assailli par un vertige et chancelait.
Le sang gicla du nez de l'espion.
L'assassin poignarda ensuite Artemus au flanc, et le capitaine poussa un cri de douleur en grimaçant. Il tomba ensuite à genoux, les mains plaquées sur sa blessure.
L'homme vêtu de noir se déplaça rapidement vers la droite, puis la gauche, cherchant sa cible et finit par découvrir la 'chambre' de Grant.
Le général qui s'était éveillé en sursaut en entendant le cri de douleur d'Artemus était maintenant assis sur son lit, à la fois désorienté et confus, encore à moitié endormi.
En un instant, l'assassin saisit par le général par les cheveux, qui n'eut pas le temps de réagir, souleva le couteau en l'air et, un sourire de satisfaction sur les lèvres, plongea la lame vers le cou de sa future victime.
Soudain, un coup de feu retentit dans la tente.
L'assassin s'effondra au sol d'un bloc et resta immobile, un trou à la tempe. La balle venait de traverser son crâne de part en part.
En équilibre sur un genou, les dents serrées, faisant tout ce qu'il pouvait pour résister à la douleur, Artemus abaissa le Remington fumant qu'il tenait d'une main ferme, et qui appartenait au capitaine West.
En quelques secondes, Ulysses S. Grant fut auprès d'Artemus et l'aida à s'asseoir sur son lit de camp. Il remarqua alors que l'autre homme était blessé et saignait abondamment.
Le rideau fut tiré sur le côté et James West se précipita dans la 'zone de repos' de la tente, accompagné par deux sentinelles armées de fusils.
Ulysses S. Grant ordonna: « Appelez le colonel Henderson, vite !» et un des deux soldats partit en courant chercher le chirurgien.
Le second soldat prit la lampe à pétrole et augmenta la lumière.
Le capitaine West récupéra son arme puis il regarda le général. «Vous allez bien Monsieur?» Demanda-t-il, très inquiet.
Ulysses S. Grant hocha la tête. «Moi oui, mais Artemus est blessé.» Il allongea Artemus sur le lit de camp puis aperçut une profonde coupure au-dessus de son pantalon, à la hanche gauche. « Tenez bon Artemus, Stephen est en route.» Dit-il en posant la main sur la plaie pour faire pression. Il jeta un coup d'œil au cadavre, regarda ensuite la sentinelle et lui ordonna: «Emmenez-moi ce rebelle hors de cette tente!» Puis il prit la taie d'oreiller que le capitaine West lui tendait, puis l'appliqua sur la blessure, fort. « Ça va aller, Artemus,» Ajouta-t-il d'un ton rassurant.
Mais Artemus ne l'entendit pas. Il s'était évanoui.
A suivre.
