11 octobre

Ingrédients et sorts (Ingredients and spells)

M!Corrin x Rhajat (Fire Emblem Fates)


«Vous ne voudriez pas vous couper les ongles, mon amour ? »

Si Rhajat lui demandait ça, c'était qu'elle avait quelque chose en tête. Jamais elle ne s'était souciée de son apparence physique, qu'il fût un demi-dragon, qu'il puisse potentiellement avoir un rythme de croissance plus lent que le sien : il était son âme sœur, elle n'en démordait pas. La jeune fille avait commencé comme une glorificatrice beaucoup trop dévouée qui le suivait partout et Corrin avait tout fait pour la convaincre patiemment d'arrêter. Il ne l'aurait pas cru à l'époque, mais il était sincèrement tombé amoureux d'elle et maintenant, il décelait chacun de ses comportements louches.

Louche, c'était exactement le mot : avec ses cheveux longs et la frange qui lui obscurcissait le visage, ses prunelles foncées, son ongle du pouce continuellement rongé, elle ne ressemblait pas à la fille du chef de la Tribu du Vent. Encore moins à une princesse par alliance des royaume de Nohr et d'Hoshido ! Encore moins en cette période automnale, proche de la fête des morts, où les vivants et les esprits allaient se rencontrer bientôt pour se mélanger pendant quelques jours. À ces moments-là plus qu'aux autres, Corrin n'appréciait pas du tout cette idée de se couper les ongles.

« Ils ne sont pas si longs que ça, prétendit le jeune prince. »

Puis, comme il savait que sa femme passait tellement de temps à l'observer qu'elle le connaissait dans les moindres détails de son anatomie, il précisa :

« Pour un dragon. Je risquerais de me causer de graves lésions aux doigts en les raccourcissant davantage, tu vois ? Après tout, il s'agit de mes griffes.

-Je sais bien qu'il s'agit de vos griffes, répondit la magicienne en approchant subtilement un coupe-ongles de lui. C'est pour ça que j'en ai besoin.

-Ah ! Tu en viens enfin au fait ! »

Rhajat le fit taire en l'embrassant, étendue aux trois quarts sur lui, à plat ventre, les bras croisés et son innocente arme de destruction de griffes dans la main. Ce n'était pas une diversion, elle se sentait vraiment impliquée dans ce baiser et elle était sincèrement convaincue que son mari finirait par lui donner ce qu'elle voulait. Après tout, il était son âme sœur !

Cependant, Corrin, s'il s'était un peu laissé contaminer par la bizarrerie de la jeune fille, sa tendance à suivre les gens qu'elle aimait pour veiller sur eux, il demeurait une personne assez terre-à-terre. Il esquiva le coupe-ongles dès qu'elle essaya de l'approcher à nouveau de lui.

Rhajat grogna et décida d'adopter une stratégie :

« Votre frère m'aurait laissé faire, décréta-t-elle. Il sait l'importance que revêtent ces rituels magiques !

-Mon frère, soupira Corrin. Quel frère ? S'il est question de sortilèges, je suppose qu'il s'agit de Léo. Pourquoi mon frère a-t-il un rapport avec mes griffes ?

-Il n'en a pas, je dis juste que vous pourriez vous montrer plus enthousiaste, mon amour.

-Enthousiaste à propos de quoi ? Tu ne m'as toujours pas dit la raison qui te pousse à vouloir que je te les donne. »

Aucun des deux époux ne faisait semblant. Ce n'était pas un jeu. Ils étaient tout simplement comme ça. Mais, maintenant qu'il commençait à y voir plus clair, Corrin se sentait plus coopératif. Il se redressa contre les oreillers et s'enquit :

« Quel genre de sortilège veux-tu tisser avec des griffes de dragon ? Par pitié, ne me dis pas que ça servira à ce que des ennemis s'éviscèrent tout seuls de l'intérieur. Et que c'est pour ça que tu ne m'as rien dit.

-Non, je voulais simplement que ce soit une surprise, marmonna Rhajat. Ce sort servira à accroître la vitalité de vos frères et sœurs. Vous les aimez tellement. Les griffes de dragon agissent concrètement sur leur métabolisme et leur psyché, mais ce qui fait tenir cette incantation, l'ingrédient le plus important, c'est l'amour. Vous auriez été si heureux de les voir sortir indemnes de tant de périls sur le champ de bataille.

-Oh, Rhajat, souffla Corrin, touché que sa femme pût être si attentionnée malgré son attitude maussade. Je te remercie. Mais, ajouta-t-il pendant qu'elle lui donnait des baisers, je pense toujours que tu devrais demander leur avis à mes frères et sœurs avant de les ensorceler. »