Les liens du cœur

« … je ferai tout, l'impossible s'il le faut, mais absolument tout ce que tu voudras, souffla sa voix dans son oreille.

Il pouvait sentir le souffle chaud sur sa peau, tandis qu'il parlait, la voix à moitié étouffée de sanglots. Il sentait aussi son corps pressé contre le sien et les larmes couler dans son cou. Il avait du mal à comprendre ce qui se passait mais il se sentait bien, en sécurité, comme lui seul savait le lui faire ressentir.

– Je t'aime tellement, poursuivit-il doucement, le faisant rater quelques battements de cœur. Je veux juste que tu te réveilles pour pouvoir te le dire, encore et encore, jusqu'à ce que tu l'entendes, que tu le comprennes, que tu l'acceptes. Jusqu'à ce que tu me pardonnes et même après ça, je te le redirai encore et encore. Et même si tu ne veux plus de moi, je te le dirais encore et…

– Je t'aime… aussi, souffla-t-il.

– Eddie ! lâcha Buck en se redressant.

Eddie pleura silencieusement la perte mais il ouvrit lentement les yeux, clignant des paupières pour chasser la brume de l'inconscience.

Le plafond blanc de la chambre lui sembla étrangement familier, mais il lui fallut un moment pour réaliser où il se trouvait. Une chaleur apaisante l'enveloppa alors qu'il croisait les prunelles inquiètes mais pleine d'espoir de Buck.

Il ne put s'empêcher de lui sourire.

– Comment tu te sens ? s'enquit-il en caressant tendrement sa joue.

L'esprit encore embrouillé, Eddie tenta de se rappeler ce qui s'était passé.

La dernière chose dont il se souvenait clairement était la confrontation avec Doug. Un frisson de peur parcourut son échine à cette pensée, mais il fut rapidement remplacé par une vague de confusion et d'inquiétude. Où était Maddie ? Est-ce qu'ils l'avaient retrouvé ? Buck le savait-il seulement ?

– Confus, répondit Eddie, sa voix rauque, les yeux se remplissant de larmes. Maddie… Il a emmené Maddie, il…

Buck le força à le regarder dans les yeux et essuya ses larmes, son expression se radoucissant.

– Maddie est en sécurité, murmura-t-il. Doug a été arrêté, grâce à toi, tu as appelé à l'aide et il n'a pas pu aller loin. Tu as eu le bon réflexe, Eddie. Doug a peut-être eu le dessus physiquement, mais c'est toi qui as gagné.

Les souvenirs revenaient par vagues maintenant.

La rage dans les yeux de Doug, la douleur, le désespoir de protéger Maddie à tout prix, le sang qui s'échappait de son corps. Eddie sentit une douleur sourde dans son abdomen, mais la pensée que Maddie était en sécurité valait bien chaque blessure.

– J'ai tellement eu peur de te perdre que pour la première fois de ma vie, j'ai prié, admit-il, les larmes lui brouillant les yeux. J'ai promis de te dire que je t'aime Eddie, je t'aime plus que tout au monde et je suis désolé d'avoir été un idiot, de ne pas avoir su voir, comprendre avant. Et j'espère de tout cœur que tu me pardonneras.

Eddie sourit faiblement, sentant une chaleur douce envahir son cœur malgré la douleur.

Ces mots résonnèrent dans son esprit comme une révélation. Il fixa Buck avec tout son amour. Buck l'aimait. Ce simple fait, si puissant, dissipait toutes ses craintes et ses doutes.

– Je ne vois pas comment je pourrais faire autrement, dit-il simplement.

Buck sourit, un sourire timide mais sincère.

– Est-ce que ça veut dire que… tu sais ? Tu veux bien revenir… être avec moi ? Comme pour de vrai, cette fois ?

– Je veux tout avec toi Buck, absolument tout.

Buck passa sa main sur sa joue et se pencha sur lui, lui laissant le temps de se dégager, mais Eddie se pencha plus prêt de lui alors que ses lèvres rencontraient celles de Buck.

C'était doux et chaste mais c'était le premier baiser parfait.

Buck se dégagea et Eddie posa son front contre le sien, sentant une paix nouvelle s'installer en lui. Il réalisait qu'il n'était plus seul, ils formaient désormais une unité familiale bien plus forte.

Ensemble, ils pourraient affronter n'importe quoi.

– Christopher ?

– Il est avec Carla, confirma Buck. Tout est rentré dans l'ordre. Tout ira bien maintenant.

Eddie savait que Buck avait fait le nécessaire pour ça, il pouvait se donner le temps de construire maintenant.

Ils restèrent ainsi, les yeux dans les yeux, leurs souffles s'entremêlant, savourant ce moment de connexion et de compréhension mutuelle. Pour la première fois depuis longtemps, Eddie se sentit véritablement en paix, prêt à affronter l'avenir avec Buck à ses côtés.

Eddie ne sut qu'il s'était rendormit que quand il s'éveilla en sursaut quand quelqu'un toqua à la porte. Buck resserra son étreinte sur lui alors que Maddie entrait dans la pièce son fauteuil poussé par son propre garde du corps et Chase entra juste derrière eux.

– Eddie, souffla-t-elle alors que Buck les réarrangeait pour qu'ils puissent tous se voir sans relâcher son étreinte sur lui.

Eddie n'était pas sûr d'être prêt à le laisser le quitter, même pour s'asseoir dans la chaise quelques centimètres plus loin. Maddie était dans un sale état, le visage entièrement tuméfié et un bras cassé de ce qu'il pouvait en voir. Ce salopard ne l'avait pas raté et Eddie ne comprenait pas comment il avait eu le temps de la mettre dans un tel état pendant le court laps de temps où elle avait été avec lui.

– Je suis tellement heureuse de voir que tu vas mieux, lui sourit-elle.

– Je vais bien, promit-il. Toi ?

– Rien de plus grave que ce qu'il m'a déjà fait subir, affirma-t-elle en relevant la tête. Je survivrai et je sais qu'il ne me fera plus jamais de mal maintenant.

Eddie fronça les sourcils ne sachant pas trop comment interpréter cela.

Il leva les yeux sur Buck qui le regarda de façon bienveillante avec douceur et tendresse comme s'il était la personne la plus précieuse à ses yeux.

– Je vais m'assurer qu'il passe le reste de ses jours en prison, affirma soudain Chase. Et je vais déposer un dossier pour que la cour suprême étudie ma demande d'application de la peine de mort à ce cas. En traversant la frontière après l'enlèvement de Maddie, Doug Kendall a commis un crime fédéral et a semé des victimes derrière lui.

– La peine de mort ? souffla Eddie alors que Maddie fronçait les sourcils, aussi perdue que lui.

– Quelles sont nos chances qu'elle soit réellement appliquée si nous l'obtenions ? demanda Buck.

– Buck, c'est la peine de mort, souffla-t-il. C'est…

– Je veux juste savoir si nous pouvons nous engager dans cette voie, si un politicien ne viendra pas tout foutre en l'air à la dernière minute en empêchant son exécution.

– En Californie, la peine de mort est moratoire, affirma Chase. Ça veut dire que si elle est déclarée par la cour suprême, personne du pouvoir législatif ne peut l'en empêcher.

– Très bien, alors ce sera la décision de Maddie et Eddie, affirma-t-il. Je l'accepterai quel qu'elle soit.

– Alors nous en reparlerons plus tard, confirma Chase. Eddie ? Je… tenais à m'excuser pour ce que j'ai dit, je… C'était déplacé et ça t'a mis dans une situation où tu as failli perdre la vie…

– Tu n'es pas responsable des actes de cet enfoiré, répliqua Eddie. Il m'a poignardé parce que j'étais la personne entre lui et Maddie mais il aurait pu le faire à n'importe qui d'autre. Je préfère que ça soit moi.

Buck se raidit et le serra plus fort contre lui.

– Dites pas ça patron, lâcha Tim le regard inquiet.

Eddie fronça les sourcils.

Tim ne l'avait jamais appelé comme ça. Son patron c'était Buck, il ne l'appelait que « Monsieur » et le changement était perturbant.

Il se tourna vers Buck qui lui sourit tendrement.

– Tim va coordonner une équipe pour vous protéger Christopher et toi. Il dépend de Carla maintenant et il t'est complètement détaché à partir de ce jour, affirma-t-il. Et il le restera. Il est aussi chargé de t'obtenir tout ce que tu souhaites et…

– Je n'ai pas besoin de…, tenta-t-il de protester.

– Tu as besoin, trancha Buck. Doug, tes parents, je suis passé trop prêt de te perdre, bien trop de fois, donc je ferai le nécessaire pour te protéger.

– Je veux rester pompier et il ne pourra pas me suivre partout.

Buck interrogea Tim du regard pour voir ce qu'il avait prévu à ce sujet mais c'est Chase qui reprit la parole.

– Et bien je suppose, qu'il trouvera des anciens pompiers pour rejoindre ton équipe, comme je l'ai fait pour Buck quand il a commencé au 118.

– Tu as fait quoi ? s'exclama Buck.

– Tu crois vraiment que j'allais te laisser sans équipe de sécurité pour courir dans les incendies ? railla-t-il. Je ne suis pas si débile et avant que tu n'hurles, cette décision a été prise en accord avec Carla et M. Harmitage. Tu es une cible tout autant que tes proches alors nous veillons sur toi autant que sur eux.

Buck se renfrogna et Eddie se pressa contre lui pour l'apaiser.

– Qui ? souffla-t-il.

– Pas important, si tu ne les as pas repérés en trois ans alors ils sont très doués. Bien, une dernière chose avant que je ne parte régler son compte à M. Kendall, dois-je ou non déposer le dossier de divorce.

– Non ! trancha Buck. Enfin, si… tu veux toujours de moi ?

– Je veux toujours de toi, lui sourit-il.

– Bien, souffla-t-il avant de l'embrasser tendrement sur les lèvres. Chase, en fait, dépose le dossier.

– Quoi ? sursauta-t-il ne comprenant plus rien.

– Je veux divorcer, confirma Buck alors qu'Eddie sentait son monde s'effriter. Parce que je veux t'épouser correctement cette fois.

Et c'était tellement mignon que Eddie avait envie de fondre mais il avait eu peur que Buck ne change d'avis et il lui mit une tape sur le bras pour montrer son mécontentement.

– Ne plaisantes pas avec ça, gronda-t-il. J'ai encore un peu de mal à croire que c'est réel.

– C'est réel, lui affirma-t-il avec conviction. Maintenant que je t'ai, je ne te laisserai plus jamais partir loin de moi.

Il entendit à peine quand tout le monde prit le parti de les laisser seul.

Il était totalement happé par le regard azur de Buck. Comment n'avait-il pas vu ce qu'il ressentait ? Ses yeux dégoulinaient d'amour et de tendresse.

Buck joua avec son nez quelques instants, avant de picorer ses lèvres et Eddie voulait plus mais Buck se gardait bien de le serrer contre lui à cause de sa blessure.

Celle-ci commençait à se réveiller et il ne put retenir un gémissement de douleur.

– Eddie, se dégagea-t-il inquiet. Je t'ai fait mal ?

– Non, je vais bien. Tout va bien. Embrasse-moi encore.

Buck lui caressa la joue et l'embrassa avec douceur et Eddie voulait ça pour le restant de ses jours.