Mot de l'auteur : Un petit bisou depuis la Ville Lumière depuis laquelle j'ai oublié de poster hier soir. Merci aux lecteurs qui ont rejoint l'aventure. J'avoue que ça fait me toujours un petit quelque chose de voir que l'histoire est appréciée. J'vous embrasse, et je vous sers la suite sur la plateau d'agent. (Oui oui, plateau d'agent *tousse*).


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Donne-moi ton cœur baby

Partie VIII

Le feu d'artifesse

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- Tu attendais d'autres personnes ? le railla Marcus en débouchant une bouteille de vin.

Même s'il était appliqué à dresser les assiettes avec minutie, Oliver lui offrit un sourire gêné en contemplant l'énorme plat de lasagnes fumant sur son plan de travail. Il avait toujours eut l'habitude de cuisiner en grosses quantités autant par gourmandise que pour avoir des plats d'avance à congeler mais force était de constater qu'il avait peut-être abusé sur la dimension du plat.

- Tu prendras des restes, répondit-il en haussant les épaules simplement.

Marcus s'approcha, la bouteille à la main et leur servit deux verres généreux.

- Chez moi, ça ne s'appelle pas des restes, ça s'appelle le repas des trois prochains jours.

Oliver leva les yeux au ciel en déposant finalement les assiettes sur sa petite table avant de s'installer.

- On verra si tu feras encore le malin quand tu auras mangé et que tu demanderas à être resservi.

- On verra si tu feras encore le malin quand tu verras que cette assiette a une part qui n'est pas carrée, contra Marcus en désignant sa portion.

- Quoi ? s'étonna Oliver avant de se rembrunir. Oh non…

- Eh, je plaisante, se rattrapa Marcus en levant une main. De toute façon, on va le manger.

La mâchoire contractée, Oliver lui offrit une tentative de sourire crispé pour montrer que ça ne lui faisait rien. La tension qui l'avait assaillit en redécouvrant le coffret de parfum lui broyait déjà les tripes avant que Marcus n'arrive alors il s'appliqua à respirer plus calmement pour se donner une contenance.

Une fois Marcus assit, ils trinquèrent et Oliver fut incapable de toucher son assiette. Marcus avait raison, sa portion n'était pas régulière.

- Sérieusement ? demanda le policier. C'est à ce point ?

- Ça me rend pas bien, avoua Oliver en noyant sa gêne dans son verre de vin. Mais c'est pas grave, hein.

Son invité le scruta un instant et Oliver se sentit terriblement mal. Que ses amis en plaisante, il avait l'habitude car ce n'était jamais avec un fond méchant. Pour autant, ses tocs étaient toujours quelque chose qu'il avait du mal à assumer. Roger ne s'était pas gêné pour le mentionner au moment de leur rupture, d'ailleurs.

- Tu veux qu'on échange nos assiettes ? demanda Marcus.

- Quand même pas, tu es mon invité.

Le regard sombre fit plusieurs fois la navette avant que le policier ne se redresse.

- Tu permets ?

Avec une curiosité mêlée de méfiance, Oliver le regarda ramener les deux assiettes côtes à côtes. Sans un mot, Marcus les détailla un instant avec de saisir ses couverts. Avec minutie, il s'appliqua à découper la face irrégulière de la portion d'Oliver qu'il ramena dans sa propre assiette et sans rien dire de plus, il utilisa une feuille d'essuie-tout pour effacer la traînée de sauce, et termina en faisant glisser les plats comme si de rien n'était.

Les mots manquaient à Oliver pour décrire comment il se sentait. Il y avait quelque chose d'amusé dans le regard de Marcus, pourtant il ne fit aucun commentaire. Le gorge d'Oliver se dénoua un peu et il sentit une chaleur agréable s'installer dans son ventre.

- Est-ce que ça te vas comme, ça ?

Marcus ne le prenait pas pour un détraqué, et rien que pour ça, Oliver avait presque envie de lui sauter dessus.

oOo

- Tu as la tête de quelqu'un qui s'est envoyé en l'air, commenta Harry en montant dans la fidèle Polo grise d'Oliver.

Surpris, le châtain lui adressa une mimique amusée avant de lever l'index pour le corriger.

- Nuance, j'ai la tête de quelqu'un qui s'est envoyé en l'air, et qui travaille à prolonger cette expérience le plus régulièrement possible, chéri.

- Oh chéri, minauda Harry en papillonnant des cils. Résumé de ton week-end en trois mot ?

Oliver eut une moue pensive en lissant son volant. Il avait un air lubrique sur le visage que Harry ne lui avait pas vu depuis un long moment.

- Film, menotte, douche ?

- Dans cet ordre-là ?

- Dans tout les ordres possible, répondit Oliver avec un regard appuyé.

Ils échangèrent un sourire entendu et Harry fouilla dans la boîte à gants pour choisir une compilation de CD. Sur le siège conducteur, Oliver tentait patiemment de faire redémarrer sa voiture. Un grand classique pour la citadine en fin de vie qu'Oliver s'acharnait à maintenir en état de marche, envers et contre tout. Même si la soirée amenait une fraîcheur agréable, Harry baissa la vitre passager en s'éventant avec la main avant d'examiner la sélection mensuelle qu'Oliver avait choisie pour l'accompagner durant ses trajets.

- Starmania ? Les dix commandements ? Tu as autre chose que des comédies musicales françaises ? demanda Harry après avoir inspecté le dos des jaquettes.

- Attends que je démarre avant d'allumer le poste, ça va faire trop pour elle.

Après une courte pause, Oliver réenclencha sa clé dans le démarreur et la voiture se décida enfin à ronronner, bien que Harry n'aimait pas spécialement le bruit qu'elle faisait.

- Oliver, tu es conscient qu'il va falloir te séparer d'elle, un jour ?

- Elle va très bien, objecta Oliver avec patience.

Depuis le balcon du premier étage, Draco les regardait avec consternation, le coude posé sur la rembarre et le menton dans la main.

- Tu pollues mon jardin, lança l'avocat.

Pour toute réponse, Oliver lui envoya un baiser avec la main avant de s'engager dans l'allée et de passer le portail. Prochaine étape, le pique-nique au lac.

C'était leur rituel chaque année depuis qu'ils avaient fréquenté l'internat de Pré-au-lard. A l'époque, les jumeaux et Oliver faisaient le mur pour assister à la Foire et surtout au feu d'artifice qui venait clôturer cette saison de fête. Quand Ron et Harry s'étaient mis à traîner avec eux, le petit groupe s'était agrandit et le programme étoffé.

Ils commençaient toujours par faire un tour à la fête foraine qui s'installait près de la place de la Monnaie, et terminaient le plus souvent à vélo pour remonter au foirail. De là, ils avaient un superbe point de vue pour assister au spectacle pyrotechnique. Fred et George rêvaient déjà de créer le leur, et ils n'avaient jamais lâché leurs effort.

Depuis près de trois ans, c'était leur nouveau rendez-vous. Leur petite bande, qui avait accueillie Hermione, Angelina et Katie avec le temps, se retrouvait un peu plus loin de la ville, au lac de Pré-au-lard et partageait un pique-nique avant que Fred et George illuminent la nuit. Seul Draco était toujours en reste, préférant leur laisser ce moment de retrouvailles. C'était souvent une soirée qu'il passait avec ses propres connaissances.

- Sérieusement, Les Misérables ? se plaignit Harry.

- Eh, respecte un peu. Il y a Michel Sardou dedans.

- Qui ?

- D'après mon père, son équivalent serait Robbie Williams. Je te ferais écouter un jour.

- D'ailleurs, comment il va, ton père ?

Son ami ne manqua pas la manière dont Oliver pinça les lèvres en suivant le tournant de la route de campagne.

- Je ne sais pas trop. Je l'ai appelé dans la semaine, il avait l'air d'aller bien, je dirais.

Harry laissa volontairement la conversation mourir d'elle-même. A son air perdu dans ses pensées, Oliver n'avait pas envie de s'attarder sur le sujet, comme chaque fois qu'il parlait de son père. Edward Wood n'avait jamais réellement compris l'intérêt d'Oliver pour les hommes et vivait dans le déni qu'il finirait pas épouser Angelina après s'en rendu compte que ce n'était qu'une passade d'adolescent. Seulement Oliver approchait de la trentaine et continuait sa passade paisiblement, quant à Angelina, elle avait plutôt l'air de passer ses soirées chez George aux dernières nouvelles.

- Mais ma mère t'envoie le bonjour, reprit Oliver d'un ton se voulant plus léger. Elle m'a demandé si tu passeras la voir lors de ton voyage de noce. Je pense qu'elle veut te refiler des colis de bouffe.

- Ce sera avec grand plaisir. Eh, tu ne tourne pas pour monter au lac ?

Alors qu'il laissait le tournant sur la gauche, Oliver continua son chemin à travers les bois. Harry le regard avec méfiance s'engager dans le chemin de terre qui menait à une parcelle privée qu'Oliver avait hérité de son grand-père paternel. C'était le plus souvent dans ce coin qu'ils allaient chercher des champignons et des châtaignes à l'approche de l'automne.

- On y va après. J'ai un truc à te montrer avant, fit Oliver en perdant son sourire qu'Harry avait reconnu être de façade.

- Oh, Oli, j'aime pas ta tête.

Le soleil teintait le ciel de rayons chauds quand Oliver s'arrêta sur le bas-côté. Harry nota qu'il ne coupa pas le contact sûrement de peur de ne pas pouvoir redémarrer. Après s'être retourné sur son siège, il attrapa un coffret de parfum qu'il posa sur ses genoux et qu'il tapota nerveusement.

- Dis-moi que je peux te faire confiance. J'ai besoin de ton cerveau en capacité de réflexion.

- T'as toujours eu ma confiance, et tu le sais.

Sans un mot, Oliver retira le couvercle et Harry ouvrit des yeux stupéfait. Son regard fit un aller-retour nerveux entre le contenu du coffret et le visage extrêmement pâle d'Oliver.

- Putain de merde, mais Oliver c'est quoi ça ?

- Je crois que c'est de la résine de cannabis. J'ai trouvé ça en bazardant les affaires de Roger. Je te le jure sur la tombe de mon grand-père, c'est pas à moi. J'ai jamais touché à la drogue, tu le sais.

Sans oser toucher le coffret, Harry le fixa comme s'il était démoniaque.

- Mais Oliver, la plaque est énorme.

- Je sais, mais écoute-moi d'abord. Je sais depuis un moment que Roger fume des joints de temps en temps mais je n'ai jamais vu une aussi grosse quantité, et c'est parfaitement emballé. A mon avis il a planqué ça chez moi. J'ai pesé la plaque, elle fait presque un kilo. Tu vas me prendre pour un dingue, mais je crois que c'est ce que Roger cherche en fait. Je crois qu'il se servait de mon appartement pour stocker sa merde. Je l'ai passé au peigne fin, je n'ai rien trouvé d'autre. Ce que je pense c'est qu'il a tout prit avant de me larguer mais qu'il avait oublié ça et qu'il n'avait pas prévu que je change les serrures. Parce qu'il n'a pas d'autres raisons de revenir me voir. Son histoire de jalousie, je n'y crois pas. Il a du faire le lien avec Marcus et il a peur de se faire coincer.

Harry l'écouta, les lèvres pincées. En fait, ça pourrait carrément faire sens pour expliquer toute l'étrangeté de la relation qu'Oliver avait eut avec Roger. Toutes les fois où Oliver n'avait aucune nouvelle de lui, puis Roger qui revenait la bouche en coeur, parmi toutes les choses bizarres entre eux. Le plus jeune l'arrêta en levant une main, comprenant ce que ça pouvait impliquer.

- Attends, tu crois que Roger est un dealer ? Putain mais Oliver, pourquoi tu n'en a pas parlé à Draco ? Ou à ton flic ? Le fait de le cacher c'est des circonstances aggravantes. Ça fait de toi un complice.

- J'ai paniqué. Quand je l'ai trouvé, Marcus devait venir à l'appart juste après. Je n'allais pas lui balancer ça avec le plat de lasagne. Surprise, bon appétit Monsieur le Poulet, ironisa Oliver d'une voix aiguë avant de sortir son paquet de cigarette d'une main tremblante.

Pendant qu'il allumait sa cigarette et tirait longuement dessus, Harry se pinça le nez.

- Oli. parles-en à Draco. On ne parle pas d'une boulette, on parle d'une plaque entière. Imagine que Roger se fasse chopper. S'il te balance avant, personne ne te croira et vu le chien qu'il s'avère être, c'est trop grave. Fais-moi confiance et parles-en à Draco. Il va t'aider. Il travaille souvent avec l'agent Zabini et il a déjà géré des affaires en lien avec de la drogue.

- Sauf que l'agent Zabini est le coéquipier de Marcus. Autant ça ne me dérange pas d'être menotté au lit, mais pas pour de la détention de stupéfiant.

- Alors tu compte faire quoi avec ça dans ta voiture ? explosa Harry en montrant le coffret.

- Je pensais la balancer dans le lac, avoua Oliver après avoir expiré sa fumée vers le plafond de la voiture. Harry, si je balance Roger, je sais que je vais être dans la merde. Ce sera écrit dans mon casier, et je ne pourrais pas travailler en foyer. Et Roger saura que c'est moi qui l'ai balancé. Il a déjà utilisé Cormac pour me casser la gueule, tu crois qu'il fera quoi la prochaine fois ?

- Oliver, tiens-toi aux faits, tenta de le raisonner Harry en utilisant les gestes qu'il avait vu un millier de fois chez son mari quand il préparait ses plaidoiries. Tout le reste ce ne sont que des suppositions. On ne sait pas si Roger est vraiment un dealer.

Sans réfléchir, il saisit la cigarette qu'Oliver s'apprêtait à porter à nouveau sa bouche et la coinça entre ses propres lèvres. Il tira longuement dessus devant la mine réprobatrice d'Oliver.

- Potty…

- La ferme, tu me stresses, répliqua Harry en expirant la fumée par la fenêtre entrouverte. Donc, les faits. Tu as trouvé cette merde chez toi. C'est pas à toi, et c'était dans les affaires de Roger. Ça, se sont les faits. Alors dépose ça au commissariat et c'est eux qui vont enquêter. Tu n'as rien à te reprocher, au pire ils vont t'auditionner et ils se rendront compte que Roger t'as baisé la gueule. Draco t'aidera, mais là, ce que tu t'apprête à faire, c'est une énorme connerie.

Nerveusement, l'index d'Oliver tapota à rythme régulier sur le volant et il passa sa langue sur sa lèvre en un tic nerveux.

- Et si c'est Marcus qui m'interroge ? C'est le coéquipiers de Zabini, il sera forcément au courant.

- Oli, merde. Les jumeaux l'ont vu faire une clé de bras à Cormac alors qu'il te connaissait à peine. Il n'est pas con, si tu lui expliques il comprendra. De ce que j'en sais il ne pourrait même pas être mêlé à l'affaire vu votre relation.

- Il n'y a pas de relation, répliqua Oliver d'un ton amer. On se voit et on couche ensemble. Je ne pense même pas que ses collègue savent qu'il est homo.

Harry plissa les yeux en tirant longuement sur la cigarette. La fumée le fit tousser mais c'était ça ou il tordait le cou d'Oliver.

- T'as même pas envie d'y croire, lâcha-t-il après un moment de silence.

- Tu veux que je te dise quoi en fait ? s'emporta Oliver, les yeux brillants. Je suis malade à en crever de lui cacher ça. Je ne voulais pas ça. Je voulais juste… merde, fait chier !

De colère, il abattit son poing contre sa vitre bloquée. Il serrait tellement la mâchoire que Harry était sûr qu'il pourrait s'en briser les dents. Après une inspiration profonde, Harry lui rendit sa cigarette qu'Oliver écrasa machinalement dans son cendrier portable avant d'en rallumer une nouvelle, ce qui fit sourire son ami. S'il pensait à changer de cigarette, c'était qu'il était en voie de se calmer. Harry se réinstalla sur le siège et posa ses mains sur son ventre. D'une voix plus posée, il reprit :

- Je pense que tu l'aime beaucoup plus que ce que tu es prêt à t'autoriser. Mais, Oli, c'est pas parce que Roger est un gros con que l'agent Flint le sera aussi. Je pense que tu devrais lui faire confiance. C'est son job, après tout. Mec, tu as tout les indicateurs au vert, tu veux qu'il t'arrive quoi ? Dans le pire des cas, ta mère est diplomate en France. En un coup de téléphone tu peux avoir un des meilleurs avocats du pays. Gâche pas ça, tu le regretteras.

Oliver tourna vers lui un visage tellement peiné que Harry lui pressa l'épaule.

- Je l'aime beaucoup.

- Je sais, Oli. Mais fais-moi confiance. On va t'aider.

De dépit, Oliver secoua la tête, un sourire amer aux lèvres.

- J'aurais une dette éternelle envers Maître Malfoy.

- Ça devrait suffire à le convaincre de te défendre, l'encouragea Harry.

oOo

- Cours, cours, cours ! cria Fred alors qu'Oliver allumait la mèche de la fusée d'une main peu assurée.

Ils dérapèrent dans l'herbe tandis que la fusée filait vers le ciel. Quand ils s'arrêtèrent, trois mètres plus loin, Oliver perdit sa trajectoire de vue avant que des gerbes n'illuminent la nuit dans une explosion écarlate et que le bruit résonne dans la campagne. Même si les jumeaux avaient certifiés que c'était sans danger, son coeur battait la chamade sous la poussée d'adrénaline et il avait un sourire béat, le nez fixé dans les étoiles.

- Merci, t'es le meilleur, s'exclama Oliver en tapant la main tendue de Fred.

A peine plus loin le long de la berge du lac, Harry sirotait un gobelet de bièraubeurre avec Ron pendant que George finalisait les dernières installations du spectacle sous l'œil attentif d'Angelina. Ils étaient décidément de plus en plus proches ces deux-là.

Les joues chauffées autant d'avoir couru qu'avec tout l'alcool qu'il avait ingurgité, Oliver se laissa tomber sur la nappe de pique-nique avec la grâce d'une vache. Si la discussion qu'il avait eut avec Harry lui avait mit le moral dans les chaussettes, il avait fallu peu de choses pour qu'il remonte, le temps d'un instant. Harry avait raison, il était bien entouré.

Une fois garés, ils avaient rejoint Ron et Hermione qui avaient déjà installé tout le coin repas. Oliver avait immédiatement suivit les jumeaux qui l'avaient mis au défi de se baigner dans le lac avec eux. Grâce à la bonne humeur contagieuse de Fred et George, il s'était laissé entraîner à offrir son plus beau plongeon, fièrement en boxer et ignorant les sifflements de Ron et Harry quand aux suçons qui parcouraient sa clavicule. Les lèvres bleues et parcourut de frissons violents, les baigneurs s'étaient vite séchés avant d'attraper la mort. Pour ce genre de soirée, Oliver avait toujours un sac rempli d'affaires de rechanges dans son coffre. De toute façon, le plongeon dans le lac impliquait forcément une douche minutieuse à son retour.

L'alcool s'en était vite mêlé et Oliver sentait le poids dans son ventre un peu moins lourd à mesure qu'il s'enivrait. Avec application, Ron retourna la plaque de saucisses qu'il avait fait grillé et lui tendit un bout de pain.

- Alors ? demanda le cadet Weasley.

- C'était génial. Je crois que je me suis cramé quelques poils sur le bras, mais j'ai adoré.

- Alors garde de la réserve pour tout à l'heure. Ils bossent sur celui-là depuis un an. Les essais étaient remarquables.

- Je n'ai aucun doute là-dessus.

Avec application, Oliver s'occupa de son sandwich à la lueur vacillantes des flammes du feu de camp. Après avoir alterné les couches de crudités avec soin, Ron lui servit une saucisse avec les pinces et réussi l'exploit de la faire tomber directement dans le sandwich sans rien toucher d'autre. Oliver souffla dessus avec impatience. Il avait une faim terrible et s'il voulait être en forme pour travailler le lendemain, il devait rapidement éponger tout l'alcool qu'il avait ingurgité.

Harry s'installa près de lui et passa ses bras autour de ses épaules.

- Ça va mieux ? demanda son meilleur ami à voix basse.

- Ouais, répondit mollement Oliver en haussant les épaules. De toute façons il n'y a pas grand-chose que je puisse faire d'autre.

- T'as raison, profite.

Les jumeaux revirent vers eux avec un sourire triomphant.

- On a compté environ huit mètres de recul. Dites-nous quand vous êtes prêts et on lance les festivités.

Assise à côté du feu, Hermione réglait son appareil photo numérique avec attention.

- Je pense qu'on devrait tirer juste avant de partir, conseilla-t-elle. Les gendarmes sont arrivés très vite l'an dernier, on aurait pu se faire attraper.

- S'ils viennent on peut se planquer dans mon bois le temps qu'ils partent, répondit Oliver. Montez par le chemin de terre, Harry connaît le trajet.

- On réparti les voitures avant, dans ce cas.

Le temps de leur repas fut consacré aux partage des voitures. Minuit approchait quand il démontèrent tout leur campement et préparèrent les véhicules. Uniquement éclairés par les lampes, ils couvrirent leur feu de camps pour l'étouffer et emballèrent leurs déchets dans des sacs poubelles. Oliver bailla à s'en décrocher la mâchoire quand ils s'installèrent sur leur couverture de pique-nique.

Devant eux, le lac calme renvoyait le reflet des étoiles, et plus loin les bois participaient à rendre le moment magique. Petit à petit, ils arrêtèrent de parler, et lorsque les jumeaux allumèrent enfin le feu d'artifice, ce fut un moment hors du temps.

Oliver fut captivé par les bouquets qui illuminèrent le ciel. Couleur après couleur, les fusées explosaient en détonnant dans la campagne silencieuse, et un intense frisson le parcourut. Ses yeux émerveillés suivaient les trajectoires avec attention. C'était incroyable, une bulle hors du temps où ils étaient réunis entre amis pour partager cet instant qui les unissait tous.

Quand la dernière fusée mourut dans une gerbe d'étincelle, un silence presque religieux s'installa. Puis Harry et Ron applaudirent avec enthousiasme, et Oliver porta ses doigts à sa bouche pour siffler de concert avec eux. Avec sa lampe torche, Oliver regarda avec amusement George rouler le patin du siècle à Angelina pendant que Hermione les mitraillait comme un paparazzi.

- Vous êtes les meilleurs, lança Oliver en tirant Fred dans une accolade. Merci, les gars.

- Je vois qu'il y en a qui profitent bien, commenta Katie avec un sourire en coin.

Angelina leur répondit par un éclat de rire et Oliver abandonna l'idée de la photographier avec son téléphone au bout de la troisième photo floue. Hermione lui fit un clin d'œil entendu après avoir désigné son appareil-photo numérique. Voilà de belles photos à ajouter à sa collection.

Au moment de se quitter, Oliver eut la surprise de voir sa portière conducteur être rouverte par Harry qui lui désigna le siège passager d'un air autoritaire.

- Hors de question que tu conduises ce cercueil à roulette dans ton état. Je te ramène chez nous et tu partiras demain quand tu auras cuvé.

Quoi qu'Oliver tenta d'articuler, ce fut étouffé par un bâillement pendant que Harry bataillait pour rapprocher le siège du volant.

- Et comme c'est moi qui conduit, je choisi la musique.

La Polo ne fut pas trop difficile à démarrer et Oliver savoura sa dernière cigarette du soir, le poignet posé sur la vitre passager. A travers la campagne défilante, ils accompagnèrent Madonna sur le tempo entraînant de Hung Up.

oOo

- Tu as une mine atroce, commenta Angelina quand ils se rejoignirent au quartier de l'association de Lupin.

Un pauvre sourire étira les lèvres d'Oliver et il fit le tour des tables de nourritures pour remplir son sac en prévision de leur déambulation dans le quartier.

- Nuit compliquée, répondit-il en espérant qu'elle ne s'attarderait pas sur le sujet.

Pour son plus grand soulagement, Angelina hocha simplement la tête et lui proposa un médicament contre la gueule de bois. Oliver lui tapota l'épaule en déclinant sa proposition et ils partirent pour leur maraude du soir, après avoir salué Lupin et les autres bénévoles. Madame Rosmerta ne l'avait fait travailler que pour le service du midi mais Oliver continuait de se traîner comme s'il avait des boulets au pieds. Son humeur était au plus bas, et force était de constater que le bain de minuit de la veille avec Fred et George ne faisait pas bon ménage avec sa gueule de bois. Il avait passé la matinée à vomir et enchaîné les cigarettes comme un pompier.

La maraude du mardi avait habituellement un côté réconfortant qu'Oliver ne retrouva pas ce soir-là. Il avait réussi à esquiver les thermos de madame Rosmerta avec plus ou moins de subtilité, aussi son dos ne fut pas aussi malmené que la dernière fois qu'il avait participé. Avec Angelina qui s'était laissé aller à raconter sa soirée avec George, la maraude avait quelque chose qui donnait à Oliver l'impression étrange d'être au moment suspendu qui précédait un orage.

- Je pense que je m'en doutais un peu, commenta Oliver après avoir allumé une cigarette. Vous allez bien ensemble.

Son amie eut un sourire timide en réponse, et Oliver eut le loisir de voir ses yeux pétiller. Ils s'arrêtèrent sur leur banc habituel pour faire l'inventaire de leur sac quand Oliver se rendit compte du nombre d'appel manqué sur son téléphone. Deux venaient du portable de Harry, et un troisième provenait du téléphone fixe de Harry et Draco. Une ride préoccupée barra son front quand il rappela. Pourquoi avoir appelé tant de fois que ça ?

Ce fut Draco qui décrocha avant d'être visiblement bousculé par Harry.

- Ramènes tes fesses tout de suite à la maison, ordonna Harry d'une voix blanche.

L'air manqua immédiatement à Oliver. Est-ce que Harry avait finit par tout avouer à Draco ? Pourtant il lui avait donné sa parole de lui laisser vingt-quatre heure pour organiser ses pensées. Ça ne ressemblait pas à Harry de briser une promesse de la sorte.

Un crépitement peu agréable se fit entendre et il lui sembla un instant que Harry se disputait en fond avec Draco, sans qu'il en comprenne la raison. Le téléphone crépita à nouveau et Harry reprit à toute vitesse.

- Oli, un mandat d'arrêt a été déposé contre Dingus. Les chiens ont trouvé des plaques de cannabis chez lui mais il n'est trouvable nul part. Est-ce que tu as finis ta maraude ?

- Comment ça des plaques de cannabis ? s'étouffa Oliver.

Le monde tourna autour de sa tête et il manquait d'air. Il allait suffoquer.

- Lâche ce téléphone ! tonna la voix de Draco. Tu n'as pas le droit de fouiller mes dossiers !

- Oli, continua Harry prestement. J'ai vu les photos des plaques et ça pue. Oublie la maraude et dépêches-toi de venir à la maison. Je m'occupe de Draco.

- Comment ça tu t'occupes de moi ? Potter, lâche ce dossier ! menaça Draco.

- Oli, fais-moi confiance. Juste, viens à la maison.

La tonalité marquant la fin de l'appel arriva brusquement. Oliver resta un moment pantelant, les yeux dans le vague avant se rendre compte qu'il n'arrivait plus à respirer. A tâtons, sa main fouilla la poche de sa veste pour en tirer son aérosol sous le regard alerté d'Angelina.

oOo

- Je vais vous laisser, s'éclipsa Harry après avoir tapoté sur l'épaule d'Oliver.

Les mains croisées sur son bureau, Draco avait un visage fermé qu'Oliver ne lui avait jamais vu. Finalement, il se renfonça dans son fauteuil en cuir et tapota de l'index sur le dossier fermé qu'il avait devant lui. Alors qu'Oliver était certain d'être enterré six pieds sous terre, il ne s'attendait pas au ton posé de Draco.

- Il va me falloir une explication, parce que j'ai beau faire tout l'effort du monde, je ne comprends pas ce qui se passe dans ta petite tête. Tu es venu me harceler pour connaître des informations sur un mec avec qui tu espérais un flirt d'adolescent, mais tu ne me contactes même pas quand tu trouves de la drogue chez toi ? Dis-moi, ta mère t'as bercé trop près du mur ? Ton père t'as fait tomber de la table à langer, peut-être ?

Oliver ne se donna pas la peine de relever les sarcasmes. Nerveusement, il porta son pouce à sa bouche et se mit à mordiller son ongle. Draco reprit, après croisé ses longues jambes.

- Pour ce que je m'apprête à faire, je veux ta promesse que tu seras totalement transparent avec moi. Si je te pose une question, je veux une réponse claire et précise. Pas de mensonge, pas de cachotterie, est-ce que je me fais bien comprendre ?

- J'ai dit à Harry que je ne voulais pas te mêler à ça. Laisse-moi trouver un autre avocat qui se débrouillera tout aussi bien.

Le blond renifla avec mépris.

- Je pense pouvoir te convaincre que tu n'a pas vraiment d'autre choix.

Avec minutie, il ouvrit le dossier devant lui et fit coulisser une photo devant lui. Rien que pour cette information, il brisait plusieurs lois et Oliver comprit qu'il n'y avait pas de retour possible en arrière.

- Ce que tu as trouvé chez toi, c'est la même chose ? reprit Draco d'une voix plus posée.

Oliver n'eut même pas à prendre la photo. Un seul coup d'œil lui suffit pour identifier les nombreuses plaques de résine et il hocha la tête, la bouche sèche.

- Oui. L'emballage est réalisé pareil, et il y a le même sceau gravé. Celle que j'ai pèse exactement un kilo.

Sans un mot de plus, Draco rangea la photo et referma le dossier qu'il poussa sur le côté. Oliver le regarda avec application se saisir d'un magnifique stylo-plume argenté et commencer à prendre des notes sur une feuille vierge.

- Il y a quelque chose dont on doit parler bien avant tout ça, reprit-il avant de croiser à nouveau les mains sur son bureau. Qu'est-ce que t'as répété Harry concernant les informations que je t'ai donné sur l'agent Flint ?

- Pourquoi on parle de Marcus, là ?

- Je t'ai demandé de répondre à mes questions. Ne change pas de sujet, toi et moi nous savons que tu as une excellent mémoire quand ça t'arrange.

Le châtain soupira avant de poser ses coudes sur ses genoux. Même si le mariage remontait à presque un mois, Oliver avait gravé les paroles de Harry sans sa mémoire.

- Tu as dit à Harry que c'était une très mauvaise idée de me rapprocher de lui.

Avec méfiance, Oliver regarda Draco se lever et rejoindre un petit buffet sur le côté d'où il sorti un verre et une grande carafe ambrée.

- Tu bois en plein travail ?

- Ce n'est pas pour moi, répondit Draco en s'adossant à sur son précieux bureau, debout face à Oliver. Ce que je vais te dire ne dois pas quitter ce bureau, car même Harry n'est pas au courant. Oliver, ton charmant policier n'a pas été muté ici de son plein gré. Il a été rétrogradé provisoirement de la brigade de Londres.

Il fallut un instant à Oliver pour mesurer la pleine portée de ses mots. Provisoirement ? Marcus était assez discret sur sa vie, et il n'avait jamais parlé de ce qui l'avait amené à un bled perdu comme Pré-au-lard mais une infime, minuscule partie d'Oliver espérait qu'ils auraient encore l'occasion de se fréquenter. Ça signifiait que Marcus savait qu'il allait repartir, et qu'il lui avait caché ?

- Comment ça ? bafouilla Oliver avant de se ressaisir avec une attitude faussement détachée. On peut rétrograder un policier ?

- Sa mutation est provisoire, éluda Draco. Mais il devrait repartir à l'automne après son passage en commission. Et je vois à ta tête que tu ne le savais pas. En fait, si son audition est concluante, il va retrouver son statut et sa brigade.

Les mains crispées sur les accoudoir du fauteuil qu'il occupait, Oliver le défia du menton.

- Draco, arrête de jouer aux devinettes et dis ce que tu as à dire. Parce que je ne pense pas que ce qui t'inquiètes c'est que je pleure sur une relation morte avant-même d'avoir existé.

Avec patience, Draco pinça ses lèvres et fit tourner l'alcool dans le fond du verre avec lenteur. Quand son regard d'orage se posa sur Oliver, il sut qu'il n'allait pas aimer la suite.

- Et si je te dis maintenant que c'est lui et Zabini qui sont sur le dossier de Fletcher, ta petite tête arrive à faire le lien avec sa brigade d'origine ?

Le déclic arriva d'un coup et Oliver sentit sa gorge se serrer en même temps qu'un immense poids s'abattait sur ses épaules.

- Putain, Draco, ne me dis pas que Marcus est un agent des stup…

Pour toute réponse, Draco lui tendit le verre d'alcool avec un air compatissant.