Saigner à travers un pansement
« Vous viendrez me chercher devant le Palais quand vous aurez fini », avait ordonné la sénatrice Amidala au chef de son service de sécurité.
Et quand le capitaine Typho avait protesté qu'il n'était pas question de la laisser seule au milieu de la famille royale d'une planète étrangère, elle avait rétorqué que les compétences de son garde du corps seraient nécessaires pour infiltrer le camp de prisonnières et libérer les otages, tandis qu'elle, en tant que représentante officielle de Naboo en visite sur Zygerria, devait accomplir sa propre part du plan en distrayant ses hôtes. La confiance qu'elle feignait en le renvoyant servirait d'ailleurs à endormir leurs soupçons, s'ils en avaient.
Un tel raisonnement était contraire à tout ce que le capitaine avait appris, par formation ou par expérience. Mais dans la hiérarchie nubienne, il n'y avait que la reine qui pût contredire l'ordre de la sénatrice en exercice.
Ainsi se retrouva-t-il, le lendemain midi, à scruter les robes des mille dignitaires qui traversaient en tous sens la place royale, essayant de reconnaître au milieu d'eux la silhouette de la sénatrice. « Je serai grimée en armatrice zygérienne », lui avait-elle annoncé quand il avait repris contact, sa mission accomplie. « Déguisez-vous aussi et profitez de la foule à l'heure des audiences pour me retrouver discrètement. » Et quand il avait voulu l'interroger sur ces inquiétantes recommandations, elle ne lui avait accordé qu'une réponse lapidaire : « Il y a eu des complications. »
Malheureusement pour le capitaine, Padmé Amidala n'était pas grande. Dans la foule des Zygériennes, qui la dominaient de plusieurs têtes, même l'acuité exercée de son seul œil valide aurait peiné à la repérer, s'il n'avait pu s'aider de ses binoculaires de combat, programmées pour identifier la sénatrice dans toutes les cohues.
Elle se tenait à l'ouest de la place, derrière une grande fontaine qui représentait le roi père, heureux de nourrir métaphoriquement la nation en éventrant un happabore. Elle faisait semblant d'inspecter l'étal d'une marchande de légumes violets aux allures de courges, tout en surveillant la file de speeders qui tournaient autour du bassin pour déposer leurs passagers ou les reprendre avant de fuser en direction de l'avenue principale. Elle portait la longue toge verte des armatrices zygériennes, qu'elle avait complétée d'un capuchon rehaussé de dorures afin de dissimuler l'humanité de ses traits.
Le temps que le capitaine Typho récupérât son véhicule et s'insérât dans la bonne voie, la fausse armatrice avait fini ses emplettes et acquis un panier qui contenait quelques uns des curieux comestibles. Elle jeta ses achats d'abord à l'arrière du speeder, avant de monter en vitesse. Typho démarra aussitôt et fonça vers le port spatial, où leur vaisseau les attendait avec les otages libérées, prêt à décoller grâce aux ordres de Dormé.
« Êtes-vous blessée, sénatrice ?
– Tout va bien, capitaine.
– Vraiment ? Parce que vous avez du sang qui vous coule sur la main. »
Pendant que Padmé Amidala relevait sa manche pour inspecter le bandage hâtif qui lui entourait le poignet et d'où perlaient des gouttes de sang, Gregar Typho se demandait, une fois de plus, quelles déesses il avait offensé pour mériter d'exercer son métier auprès d'une casse-cou pareille. Comme elles savaient le punir de sa fidélité, lui que tout l'or du monde ne convaincrait pas de démissionner !
Mais vraiment, que n'assurait-il la protection d'un politicien plus tranquille, comme le chancelier Palpatine ?
Ce chapitre a été écrit pour le prompt 22 du Whumptober 2024 sur Tumblr.
