Bonjour,

Je n'ai pas tout à fait un chapitre d'avance, mais le prochain est déjà bien entamé !

En attendant, je vous souhaite une belle lecture.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, même si j'écris pour le plaisir, c'est une motivation en plus de se savoir lire et d'avoir vos avis. :)


Elizabeth avait rapidement refoulé l'épisode de la pluie. Parfois, quand son regard se portait sur , elle le revoyait prendre sa main avec la plus grande des douceurs, et en embrasser le dos. Elle repoussait alors l'image et cette étrange sensation de chaleur que ce souvenir faisait naître en elle. Elle évitait aussi de croiser trop longtemps son regard brun, de peur de ressentir de nouveau ce trouble qu'elle avait eu quand il s'était tenu proche d'elle. Elle attribuait ces réactions au simple physique de . Il avait, objectivement, un physique séduisant – même s'il aurait gagné à sourire un peu plus. Pour autant, elle n'en oubliait pas son caractère et son comportement passé, tous deux répréhensibles.

Toujours est-il que les visites du gentleman continuaient de se faire nombreuses, peut-être même un peu plus depuis ce fameux épisode. Darcy venait parfois seul, parfois accompagné de sa sœur Georgiana, comme ce jour-ci, pour le plus grand bonheur des sœurs Bennet.

Celles de M. Madden étaient tout aussi fréquentes. Si bien que leur petit groupe, qui comprenait les Bingley, Elizabeth et les trois visiteurs se retrouvait très souvent au complet pour affronter l'hiver.

Il y avait aussi les visites des Green et des Gardener, qui n'étaient pas dupes et se rendaient bien compte de l'intérêt que M. Darcy et M. Madden portaient à Elizabeth. Mme Green et Mme Gardener s'amusaient beaucoup de voir les deux gentlemen essayer de conquérir le cœur de leur amie et nièce. Si la première soutenait , la seconde était plutôt du côté de dont elle avait connu le père.

Les deux couples n'étaient cependant pas présents ce jour-ci, ni , bien qu'il ne soit pas impossible qu'il se montre dans l'après-midi. Les Darcy étaient venus assez tôt mais Elizabeth était ravie d'avoir Georgiana presque pour elle seule. Caroline Bingley n'était pas présente, car partie rendre visite aux Hurst. Darcy, Bingley et Jane et étaient en pleine discussion. Si bien que les deux femmes avaient pu discuter tranquillement pendant un long moment, sans interruption. Elles avaient évoqué leurs dernières lectures, les morceaux de musique que la plus jeune apprenait, les prochains événements de Londres auxquels elles aimeraient assister ensemble. Elizabeth était à présent repue de discussion et avait bien envie de faire un jeu.

–Savez-vous jouer aux échecs, Georgiana?

Elizabeth se souvenait à peine l'avoir appelée Miss Darcy. Très vite, Georgiana lui avait demandé de l'appeler par son prénom et elle avait fait de même.

–Un peu, mais je n'aime pas vraiment cela. Si vous cherchez un partenaire, je vous recommande de proposer à mon cher frère. Il apprécie beaucoup ce jeu auquel il n'a de cesse de vouloir me convertir.

– est occupé, je ne voudrais pas l'importuner. Nous pouvons choisir un autre jeu qui vous plaira davantage.

– Cela ne me dérange nullement et je suis sûre que mon frère serait ravide jouer avec vous!

Le gentleman avait tourné le regard quand sa sœur l'avait mentionnée.

–À quel jeu souhaitez-vous jouer, Miss Elizabeth?

La jeune femme se tourna vers lui.

–Les échecs. J'ai proposé à votre sœur, qui m'a dit ne pas apprécier ce jeu.

– En effet. Je n'ai à mon grand regret jamais réussi à lui faire apprécier. Mais je serai ravi d'être votre partenaire de jeu, si vous m'acceptez. Et si cela ne vous gêne pas, Georgiana.

– Pas le moins du monde, c'est justement ce que je proposais à Elizabeth.

Celle-ci esquissa un sourire poli.

– Dans ce cas, j'accepte.

L'échiquier en palissandre trônait sur un guéridon délicatement sculpté. Sa présence était plus décorative qu'utile car les Bingley, tout comme Georgiana, n'appréciaient pas tant que cela ce jeu. Il avait heureusement retrouvé sa première fonction depuis l'arrivée d'Elizabeth, qui savait lui faire honneur.

Les deux joueurs prirent place l'un face à l'autre. Darcy lui laissa les pions blancs, qui permettent de commencer. Sans perdre de temps, la jeune femme avança le pion de la dame en d4.

– Une ouverture audacieuse, qui vous ressemble, Miss Elizabeth. Je n'en attendais pas moins de vous.

– Je préfère mener la partie que la subir.

Elle leva les yeux vers lui dans un air de défi, mais les baissa presque aussitôt après. Depuis l'épisode de la pluie, elle trouvait l'intensité de son regard difficile à maintenir. Cela faisait remonter trop de sensations refoulées.

Le gentleman avança à son tour un pion, celui placé devant le roi, en e5, afin de la défier et de se positionner lui aussi sur le centre de l'échiquier.

– Le pion de la reine contre celui du roi. Serait-ce un duel entre nos deux sexes, ?

– Je préfère voir cela comme une danse.

–Celle-ci aura été de courte durée. Votre galanterie vous fait perdre votre pion, laissé sans défenses.

Elle accepta le gambit, s'imposant au centre.

–Ce pion n'est qu'une des nombreuses couches qui servent d'armure à mon roi.

–Comptez sur moi pour briser vos défenses une par une.

– Je n'ai aucun doute sur vos talents dans la matière.

N'était-ce pas ce qu'elle avait déjà fait, avec l'homme qu'il était? songea-t-il. Esquissant un sourire, il déplaça son cavalier en c6 afin de menacer son pion. Elizabeth sortit elle aussi son cavalier en f2 afin de protéger son pion. Darcy enchaîna avec sa dame en e7 afin d'ajouter de la pression sur le pion du centre. Elle fronça les sourcils face à ce coup. Sortir sa dame aussi tôt dans la partie montrait une certaine forme d'arrogance. Pensait-il lui faire peur en se montrant si agressif? Au moins, il ne lui faisait pas l'offense de la sous-estimer au point d'essayer de lui faire le coup du berger. Calme, elle répondit avec son autre cavalier en c3 afin de renforcer sa position au centre. Comme elle s'y attendait, il prit son pion en e5 avec son cavalier.

–Un juste dû. Vous avez pris mon danseur, je prends votre danseuse, commenta-t-il.

Elle sourit et avança son cavalier en d5 afin d'attaquer sa dame. Il contre-attaqua avec son cavalier en f3 et la mit en échec.

Son pion prit le cavalier qui menaçait son roi et Darcy recula sa dame.

– Tenez-vous tant que ça à votre dame, ?

– Autant que vous à votre roi.

– Pourtant, vous n'avez pas hésité à la mettre en danger.

– Il faut parfois savoir prendre des risques pour conquérir.

– Vos efforts ne semblent pas porter vos fruits. Vous n'avez plus aucune pièce au centre, tandis que ma position est renforcée.

– Ne criez pas victoire trop vite. La partie ne fait que commencer.

Il répliqua en effet très rapidement, venant menacer son cavalier, puis à nouveau son roi avec sa dame. Elle perdit le premier en sauvant le deuxième, ayant trop tardé à faire le grand roque. Il se montra de son côté plus prudent qu'en début de partie. Alors qu'Elizabeth prenait l'avantage après lui avoir dérobé son second cavalier et une tour, Darcy essaya de prendre sa dame avec ses fous. Il avait dû remarquer qu'elle jouait beaucoup avec. Elle réussit néanmoins à contrecarrer ses coups à temps.

–Vos assauts ne m'effraient pas, .

– Je concède que vous êtes plus résistante que je ne l'aurais pensé.

La partie était pleine de rebondissements. Elizabeth finit cependant par faire une percée dans ses défenses avec sa dame et un fou. Il roqua afin de protéger son roi mais elle le bloqua avec sa tour, lui vola son fou et fit échec et mat… avec sa dame.

– Félicitations. J'ai été imprudent. Votre dame aura eu raison de mon roi.

Il semblait prendre la défaite plutôt bien.

– Vous avez fait l'erreur me sous-estimer.

– Je ne la ferai pas deux fois. Accepteriez-vous de me laisser prendre ma revanche? C'est un plaisir de pouvoir jouer avec une partenaire de votre niveau.

– Le supporterez-vous en cas d'une nouvelle défaite?

– Bien entendu. Je suis convaincu qu'on apprend plus dans les échecs que dans les réussites.

– Et qu'avez-vous appris, dans cet échec?

– Beaucoup. Vous savez vous montrer imprévisible et créative afin de venir à bout de chacune de mes défenses. Pour autant, il y a certaines pièces que vous préférez utiliser et d'autres que vous négligez de façon fréquente.

– Dans ce cas, voyons si votre analyse vous permet de gagner, cette fois-ci.

Ils replacèrent les pièces et Elizabeth engagea de nouveau avec le pion de la dame. Cette fois-ci, Darcy ne lui fit aucun cadeau et joua avec beaucoup plus de prudence. Elle dut redoubler de concentration. Darcy jouait défensif et chacune de ses attaques étaient soigneusement préparée. Il avait plusieurs coups d'avance et elle subissait ses assauts avec peine. Si elle avait tendance à jouer beaucoup avec la dame, lui était particulièrement doué avec ses cavaliers. Il avait bloqué tout le plateau, ne laissant aucune faille dans laquelle se précipiter, ne lui donnant aucune pièce qu'il n'aurait voulu sacrifier et coupant ses attaques avant même qu'elles ne soient lancées. Pour autant, elle se défendit bien et ne le laissa pas prendre en otage tout le centre. S'ils avaient beaucoup discuté lors de la première partie, presqu'aucun mot ne fut échangé durant cette seconde, si ce n'était pour féliciter l'autre d'un coup ou d'une tactique jugée brillante. Leur concentration était telle qu'ils ne virent pas tout de suite qu'il y avait un nouveau venu. venait en effet de les rejoindre.

– Ne vous dérangez pas pour moi, continuez! J'apprécie beaucoup les échecs et je suivrai votre partie avec plaisir.

Malgré la présence de Madden, Elizabeth s'obligea à rester concentrée. Sa présence lui donnait encore plus envie de battre . La partie dura encore un moment, mais les cavaliers de Darcy finirent par faire une percée. Il prit sa dame et si elle tenta de résister avec ses pièces restantes, ce ne fut ensuite plus qu'une question de temps avant que son roi ne soit échec et mat.

– Nous voilà quittes, , dit-elle en faisant tomber son roi blanc. Nous avons chacun gagné une partie. Je vous propose d'en rester là et de laisser la place à votre prochain adversaire.

Darcy esquissa un bref sourire.

– Merci pour ces deux parties, Miss Elizabeth. J'espère avoir l'occasion de vous affronter à nouveau.

– Avec plaisir, répondit-elle en souriant.

Il y avait une lueur intense dans son regard, qu'elle peinait à soutenir en restant neutre. Heureusement, il se tourna vers .

– Me voilà donc à la recherche d'un adversaire. Souhaitez-vous m'affronter, Madden?

– Avec joie, Darcy!

Les deux hommes s'affrontèrent donc sur le plateau. Tous deux étaient très concentrés, comme s'il y avait un prix à la clé. Leur affrontement dura longtemps, plus longtemps encore que la seconde partie qu'Elizabeth avait jouée avec Darcy. Ils parlèrent peu mais l'atmosphère lourde de ce combat était palpable. Elizabeth observa leur combat, le trouvant instructif. Au-delà du jeu, son regard se perdait parfois sur leurs mains, qu'elle trouvait bien faites. Et à deux reprises, elle profita que les deux hommes soient concentrés pour contempler discrètement leurs visages. Les deux gentlemen étaient d'une beauté égale, si ce n'était que l'un avait un visage plus ouvert et souriant que l'autre.

En milieu de partie, elle fut rejointe par Georgiana et les deux femmes s'amusèrent à commenter le jeu des hommes, tout en restant silencieuses dans les moments de concentration nécessaires. Comme Georgiana dit soutenir Darcy, Elizabeth prit le parti de Madden afin que chaque joueur ait sa supportrice.

La compétition dura longtemps. Les deux joueurs étaient tous les deux très doués, mais il y avait une légère avance d'un côté, qui permit de faire basculer l'équilibre. Les derniers coups pour finir furent rapides. Peut-être même trop…

– Eh bien, , il semblerait que nous soyons à égalité.

Si Madden semblait avoir pris une légère avance au départ, cela n'avait été qu'une illusion. En effet, Darcy avait rapidement retourné la situation et dominé le terrain pendant le reste de l'affrontement. Il s'en était fallu de peur pour qu'il remporte le duel, car Madden s'en était sorti de justesse. Il ne pouvait en effet plus bouger aucune pièce à part son roi, mais cela le mettrait en échec : ce dernier était donc pat et la partie nulle.


Sans doute l'avez-vous compris, ces parties d'échecs ne sont que des métaphores des relations de nos trois personnages et de leur évolution. Je trouve que les mots peuvent véhiculer beaucoup de choses et trahir les sentiments. C'est pourquoi quand Darcy joue avec Elizabeth, il parle de partenaire, tandis qu'avec Madden, il parle d'adversaire.

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, que ce soit positif ou négatif ! Vos retours sont toujours précieux. :)

Merci à vous de me lire !