Irradiation

« Le capitaine Rogers vous appelle, patron. »

Tony Stark, dont les deux mains gantées manipulaient des manettes pour insérer des microcircuits sur ce qui se révélerait un jour être la paire de lunettes la plus chère de la planète, mais qui n'était actuellement que des bésicles tout juste propres à vous donner la migraine de votre vie, se redressa lentement et fit craquer son dos plié en deux depuis… trop longtemps, apparemment.

« Passe-le-moi, Friday.

– Tony? Tu m'entends ? Tony ?

– Parfaitement, Cappy King, je t'entends comme sur grandes ondes.

– Okay. On a besoin de ton aide.

– Mmmhum ?

– La base d'Hydra dans laquelle on se trouve contient un laboratoire qui expérimente sur du palladium. D'après le scientifique que Sam a capturé, ils ont irradié le métal pour en faire une bombe à retardement, mais quand nous les avons pris par surprise ils ont fait exploser leurs recherches.

– Merde. Vous êtes blessés ?

– Vision a absorbé le choc pour nous, mais depuis il est sans connaissance. Nat, Sam et Wanda manifestent des symptômes d'irradiation. Ils vomissent et… ils ont des lignes noires qui se développent sur le corps, comme des veines toxiques. Nat m'a dit que tu saurais quoi faire.

– J'apprécie sa confiance, parce que c'est elle qui m'avait fourni l'antidote, à l'époque.

– Est-ce que tu sais ce qu'il faut faire, ou est-ce qu'il faut que j'appelle quelqu'un d'autre ?

– Bien sûr. Pas la peine d'exploser ton forfait. Deux minutes. »

Friday avait déjà déployé des hologrammes qui détaillaient l'intérieur de la base grâce à la mémoire du téléphone de Captain America, qu'elle avait piraté dès le début de l'appel. La liste des composants et des appareils identifiables dans le laboratoire où se tenait Rogers s'afficha en lettres bleues à la droite du patron, tandis que la composition de l'antidote que le Shield avait jadis concocté apparaissait à gauche.

Friday avait pris grand soin des archives qu'elle avait hérité de son prédécesseur Jarvis et, parmi les leçons essentielles que celles-ci contenaient, elle avait retenu que le palladium représente un danger mortel pour les êtres humains et que sa menace doit être endiguée au plus vite. (Aussi, que l'on ne peut pas faire confiance au patron pour prendre soin de sa santé. Malheureusement, avoir identifié cette vérité ne lui permet pas nécessairement d'inciter Mr Stark à une meilleure hygiène de vie. Voir ci-dessus : les quinze dernières heures passées sur le projet de rétrovision augmentée binairement.)

« Et toi ?

– Moi, quoi ?

– Tu m'as décliné les symptômes des onze d'Ocean, mais tu ne m'as pas parlé de Danny. Comment tu vas ?

– Je suis en état de poursuivre la mission.

– Ouais, alors, venant de toi, ça ne veut vraiment pas dire grand-chose. Est-ce qu'on peut résoudre des mots croisés sur tes biceps aussi ? Tu as régurgité tes barres protéinés ?

– Concentre-toi sur l'antidote, Tony.

– Oh, mais c'est ce que je fais, mon ex-capitaine. J'ai besoin de toutes les infos pour cela. Si le sérum modifie tes réactions par rapport à celles des autres, ça peut nous en apprendre beaucoup. »

Le soupir de Captain America se répercuta dans toute la pièce, pendant que le patron continuait à travailler sur les formules chimiques.

« J'ai des traces noires, mais pas autant que Sam et Nat. Plus que Wanda, je crois : elle ne paraît pas très affectée de l'extérieur, mais elle n'arrête pas de vomir. Je suis le seul à ne pas avoir de nausée. J'ai mal au crâne, mais c'est peut-être juste Hydra… »

À son sourire, Friday soupçonnait que le patron s'apprêtait à rebondir sur la blague, mais il se reconcentra sur ses données.

« J'ai une recette qui devrait marcher. Voilà ce que tu vas faire... »

Alors que le patron dictait ses instructions au capitaine, Friday nota, une fois de plus, ce curieux vice de conception qui rend les humains plus capables de sauver leurs amis que de s'aider eux-mêmes. Sans ce bug procédural, qui sait où serait parvenue leur espèce ?


Ce chapitre a été écrit en réponse au prompt 24 du Whumptober 2024.