Salut tout le monde!
J'espère que vous allez bien :) Je reviens avec un nouveau fandom (au moins un autre texte, bien plus doux, est en préparation) mais attention aux spoils! Si vous n'avez pas terminé la quête secondaire de Sebastian, revenez plus tard ;)
En bref, la fin de cette quête m'a absolument brisée et j'avais besoin de remédier à ça en imaginant ce qui aurait pu se passer si Ominis avait rejoint Sebastian et lui avait dit ce qu'il aurait dû entendre depuis des années :')
J'espère que vous aimerez!
Enjoy~
Ses poumons étaient en feu.
Pitié, pitié pas ça.
Ominis n'avait jamais couru aussi vite, trébuchant sur les graviers et les débris qui jonchaient le sol inégal des catacombes de Feldcroft. Il entendait le souffle irrégulier de la nouvelle élève dans son dos, et pendant une folle seconde, il sentit une vague de ressentiment sans nom prendre le dessus sur la terreur qui glaçait son sang. Pourquoi les choses avaient-elles dégénéré à ce point?! Comment n'avait-elle pas vu ce que Sebastian préparait?! Comment…
Ominis glissa soudain et n'évita la chute qu'en se rattrapant maladroitement sur le mur. Il grimaça quand la pierre entailla sa paume, la laissant certainement en sang, et ce choc, ainsi que la main de son amie sur son épaule, le ramena à la raison.
«Tout va bien?
- Ça va, mentit-il en se remettant à courir, dépêchons-nous, nous n'avons pas une seconde à perdre.»
Il ne pouvait pas lui en vouloir, il n'en avait pas le droit. Il avait été stupide de croire que quelqu'un pourrait arrêter Sebastian, inconscient de laisser cette responsabilité à quelqu'un qu'il avait rencontré quelques mois plus tôt. Il connaissait Sebastian mieux que quiconque, et il savait pertinemment que rien n'aurait pu le faire renoncer. Personne n'aurait pu le contenir…
Personne, sauf lui… Et il n'avait pas eu la force de dire à son meilleur ami qu'il se battait pour une cause perdue.
Il n'avait pas pu lui dire que sa sœur était condamnée et qu'il se ruinait pour rien.
Le nœud se resserra dans sa gorge, et la culpabilité se mêla à sa peur. Tout était de sa faute. Il n'aurait jamais dû parler à Sebastian de ce maudit scriptorium, n'aurait jamais dû le suivre, et surtout, il n'aurait jamais dû l'abandonner à un moment si critique. Sa peur et ses propres blessures l'avaient empêché de le raisonner, d'aborder le sujet franchement, de le détourner de cette folie, et il sentait maintenant qu'ils allaient tous en payer le prix.
Ominis ne parvenait plus à réfléchir. Tout son être lui hurlait d'aller plus vite, de rejoindre Sebastian avant qu'il ne soit trop tard, mais son corps était trop lent, trop maladroit. Il ne pouvait pas aller aussi vite que son âme l'aurait souhaité. Pendant un instant, il sentit ses yeux le brûler et il chassa les larmes d'un geste rageur. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine, scandant des supplications muettes qu'il se répétait inlassablement.
Pitié, Merlin, pas lui.
Quand ils franchirent un dernier couloir et que sa baguette vibra pour lui signaler la présence d'ennemis, il s'arrêta net, à bout de souffle, et une vague de sueur froide l'immobilisa un instant.
«Non… Non, il n'y avait pas autant d'Inferis avant!»
Son amie se rua en avant, frappant les ennemis avec une efficacité redoutable, et Ominis s'ébroua avant de s'élancer à sa suite.
Ce n'était pas possible, les monstres ne pouvaient pas s'être multipliés ainsi en aussi peu de temps! Bon sang, si seulement il avait été plus courageux! S'il avait laissé Anne barricader les catacombes, il aurait peut-être pu raisonner Sebastian avant que les choses ne dégénèrent à ce point!
Une petite voix lui rappela perfidement qu'Anne n'était plus en état de se débrouiller seule, que son était de santé ne lui aurait jamais permis de sécuriser la sortie. Il avait choisi Anne et Feldcroft, et il avait abandonné Sebastian une fois de plus.
Quand le dernier Inferi fut réduit en cendres, un nouvel éclair de réalisation le frappa de plein fouet, si violemment qu'il en eut le souffle coupé.
«Qu'y a-t-il, s'inquiéta la nouvelle élève en l'entendant haleter, tu es blessé?
- Non, c'est juste que… Anne est allée chercher Solomon. Je ne sais pas comment il va réagir mais il faut absolument qu'on ait raisonné Sebastian avant qu'il n'arrive. On a moins de temps que ce que je ne pensais, nous devons faire vite.»
Ominis sentit que l'élève en face de lui se raidissait et elle répondit d'une voix rendue blanche par l'angoisse. «Solomon a dit qu'il dénoncerait Sebastian au directeur s'il utilisait la magie noire…»
Ominis eut l'impression que le monde s'effondrait. «Quoi? Tu en es sûre?
- J'étais là quand il l'a menacé.»
Sa phrase se brisa en un tremblement, et Ominis mit de longues secondes à comprendre que la plainte désespérée qui résonnait dans la pièce venait de lui. Il se prit la tête entre les mains, luttant pour que son gémissement ne se transforme pas en sanglot. «Non, non, non, non, non…»
C'était encore pire que ce qu'il imaginait! Il pensait que, en tant qu'ancien Auror, Solomon voudrait trouver Sebastian en premier, régler la situation et éliminer la menace des Inferis avant toute chose. Il pensait qu'ils auraient quelques minutes pour convaincre Sebastian d'abandonner, de faire disparaître toutes les preuves et de déformer la vraie histoire pour que les choses s'arrangent tant bien que mal… Mais s'il allait d'abord voir Black…
Ominis manqua de s'effondrer et il l'aurait fait sans le soutien de son amie.
Non, pas ça… Pas lui…
Tout était fini. Il n'y avait pas d'issue.
Même s'ils réglaient les choses ici, même s'ils arrivaient à convaincre Sebastian, Solomon aurait déjà tout raconté et des Détraqueurs les attendraient à la sortie des catacombes.
Un violent haut-le-cœur le secoua tout entier et il agrippa les bras de la nouvelle élève si violemment qu'il entendit un sifflement de douleur lui échapper. «Ominis, qu'allons-nous faire?»
Il pouvait sentir le froid glacial envahir ses veines, les tremblements s'emparer de son corps, toute lumière et toute joie quitter son monde. Il pouvait entendre les soupirs désincarnés des Détraqueurs, les cris de Sebastian qui serait à jamais arraché à lui. Il pouvait sentir sa détresse, sa rage et son chagrin dans la cellule froide qui le verrait grandir et mourir à Azkaban. Il savait que personne ne prendrait le risque de le désensibiliser à la magie noire, de l'isoler sans pour autant l'emprisonner. Le fait qu'il n'ait que seize ans ne représenterait rien aux yeux de la loi, et il serait enfermé avec les pires criminels simplement parce que personne ne lui avait tendu la main plus tôt.
L'horreur et la culpabilité le ramenèrent violemment à lui, et il sut qu'il avait pris sa décision.
Il ne pouvait pas laisser cela arriver, ce n'était pas la solution. Il ne pouvait pas laisser sa lumière, le soleil de sa vie, finir sa vie entre des murs humides, hanté par ses actes, par sa douleur et par la trahison de ceux qui l'aimaient. Il ne le permettrait pas. Il ne pourrait jamais se le pardonner. Même s'il devait mentir au monde entier, il le protégerait: il ne le laisserait plus jamais croire qu'il était seul contre tous.
Ominis se redressa faiblement et secoua légèrement son amie, la forçant à le regarder.
«Tu dois immédiatement retourner à Poudlard, asséna-t-il avec une détermination qu'il était loin de ressentir, va parler au professeur Black. Explique-lui qu'ils sont en froid et que Solomon a chassé Sebastian de chez lui et qu'il a menacé de le faire expulser de Poudlard à cause de leur divergence de point de vue concernant la santé d'Anne. Raconte que c'est une querelle de famille, que tu as assisté à des altercations, déforme la vérité, omets tout ce qui a trait à la magie noire et aux sortilèges impardonnables. Dis-lui tout ce que tu veux, dis-lui même que tu te demandes si Sebastian et Anne sont bien en sécurité et que tu t'inquiètes pour eux si tu le souhaites, mais tu dois absolument faire en sorte que le directeur ne puisse pas croire un mot de ce que Solomon lui dira à l'avenir. Fais tout ce que tu veux, dis-lui qu'il boit trop ou qu'il est paranoïaque depuis qu'il a dû prendre sa retraite, mais arrange-toi pour qu'il te fasse confiance, puis reviens nous aider.
- Mais et…
- Je m'occupe de Sebastian. Il est… (Sa voix s'étrangla dans sa gorge et il déglutit péniblement avant de reprendre.) C'est mon meilleur ami. J'ai cru que d'autres le pourraient, mais je suis le seul à pouvoir lui faire entendre raison.»
Il sentit que la nouvelle élève hésitait, qu'elle brûlait de lui apporter son soutien et de l'aider à raisonner Sebastian, et il crut un instant qu'elle refuserait. Mais enfin, après des secondes qui semblèrent durer une éternité, elle poussa un long soupir. «D'accord…» Elle serra les épaules d'Ominis, comme pour lui donner un peu de sa force, puis elle le lâcha, presque à regret, et se dirigea vers la sortie en courant.
«Sois prudent!»
Il laissa le bruit de sa course s'estomper au loin, et il s'autorisa quelques secondes de silence pour inspirer profondément, calmer les battements effrénés de son cœur et la sensation de froid dans ses muscles. Il n'avait pas le droit à l'erreur. Il devait absolument le sauver, le ramener sur le droit chemin.
Ominis avança d'un pas déterminé, la baguette levée pour guider ses pas et sa main blessée suivant la paroi des catacombes.
Sebastian avait toujours été sa lumière, son lien avec le monde, et maintenant qu'il était perdu dans l'obscurité, il était temps qu'il lui rende la pareille. Il donnerait tout pour le convaincre, il n'y avait pas d'autre solution. Tout reposait sur lui.
Il parvint enfin dans la dernière salle souterraine et quand le rire extatique de Sebastian lui parvint enfin parmi les sifflements rauques des Infernis, il se figea, à bout de souffle.
«Sebastian, haleta Ominis, qu'est-ce que tu…
- Je te l'avais dit, l'interrompit-il sèchement, la relique est la solution!» Il se rapprocha rapidement de lui, rendu fébrile par la puissance contenue entre ses mains. «Je voulais annuler la malédiction, faire disparaître la magie noire, mais je n'observais pas le problème sous le bon angle! Ceci…» Il y avait une passion fiévreuse dans sa voix, et même sans le voir, Ominis sut que ses yeux devaient briller devant la relique qu'il observait avec une ferveur presque religieuse. «Ceci me permettra de la contrôler, comme je contrôle les Inferis!
- Les contrôler?» Il ne put s'empêcher de hausser les ton, la voix rendue rauque par l'inquiétude et par la douleur. «J'ai dû me battre contre eux pour te rejoindre!»
Sebastian laissa échapper un petit soupir mauvais qui lui brisa le cœur. «Et tu t'en es sorti, non?»
Ominis serra les poings et il dut lutter pour ne pas faire un pas en arrière. Il ne le reconnaissait pas, ne le reconnaissait plus depuis des semaines. Ce n'était pas à cela que ressemblait son rire. Ce n'était pas ainsi qu'il se comportait. Bien sûr, il était plus impulsif que lui, mais jamais il ne l'aurait mis en danger aussi inutilement. Il ne savait pas si ça pouvait être un effet de la relique, mais il était certain que jamais Sebastian ne lui aurait parlé ainsi dans des circonstances normales. Et l'entendre utiliser ce ton lui faisait presque aussi mal que le reste.
«J'aurais pu mourir, et la nouvelle élève aussi!
- Allons, Ominis, susurra-t-il.» La voix de Sebastian s'était faite grave, plus grave qu'il ne l'avait jamais entendue, et quand une main se posa lourdement sur son épaule, il eut l'impression qu'elle était faite de béton. «Si j'avais voulu t'empêcher de me rejoindre, tu ne serais pas là.»
Sa réponse lui fit l'effet d'une gifle, et il s'immobilisa, bouche-bée. Une partie de lui – celle qui gonflait en lui depuis qu'ils s'étaient rencontrés, depuis que Sebastian s'était assis à côté de lui lors du premier banquer, depuis qu'il lui avait tendu la main et ne l'avait plus lâchée, depuis ces premières nuits durant lesquelles ils avaient chassé leurs cauchemars et partagé leurs peurs, depuis ces effleurements d'épaules, ces rires et ces accolades complices – sursauta en entendant cela, et il sentit ses jambes flageoler tandis que son cœur manquait un battement avant de repartir à toute allure. Il en restait sans voix, soufflé par le sous-entendu, par le privilège que Sebastian lui accordait: même aveuglé par les ténèbres, il voulait le voir.
Au cœur de l'enfer, c'était lui qu'il voulait ici, à ses côtés.
Alors, Ominis sut que tout n'était pas encore perdu et qu'il avait une chance de le convaincre. Qu'ils avaient encore une chance infime de s'en sortir et d'éviter le pire.
Calmant au mieux les battements effrénés de son cœur et contrôlant l'espoir fou qui venait de s'emparer de lui, il laissa la rationalité et l'horreur de la situation dans laquelle ils se trouvaient reprendre le dessus.
«Quoi?
- Je te l'ai pourtant dit: je ne veux pas utiliser ce pouvoir pour de mauvaises raisons. Je ne suis pas comme ta famille, Nis. Je veux m'en servir pour sauver Anne et pour vous protéger.
- En utilisant des sortilèges impardonnables et une relique maudite?! Pour nous protéger de quoi?!
- De tous ceux qui pourraient vous vouloir du mal, rétorqua violemment Sebastian en se rapprochant, menaçant, le dominant de toute sa hauteur, si j'avais eu ce pouvoir ce soir-là, Anne ne serait pas maudite! Alors maintenant que je possède cette relique, je ferai en sorte que nous ne soyons plus jamais en danger et que plus personne ne puisse nous séparer.»
Ominis sentit gronder en lui un mélange de peur et de colère, une envie d'exploser et de laisser échapper tout ce qu'il pensait vraiment des motivations de Sebastian. Il eut envie de lui dire à quel point il était hypocrite, de lui rappeler qu'il l'avait forcé à le suivre dans ce scriptorium malgré ses réticences et son angoisse. Il eut envie de le pousser, de le secouer, de lui dire que s'il avait voulu le protéger, il ne l'aurait pas confronté ainsi à ce qui hantait ses jours et ses nuits depuis l'enfance, qu'il ne l'aurait pas forcé à faire face au squelette de la seule membre de sa famille qu'il avait jamais aimée. Dans d'autres circonstances, il lui aurait ouvert les yeux en lui montrant qu'il n'avait plus eu pour objectif de le protéger depuis qu'il s'était tourné vers la magie noire…
Mais il ne le fit pas.
Gardant sa souffrance pour lui, il se contenta de pousser un soupir douloureux et de baisser sa baguette malgré la menace toute proche des Inferis. Le cœur lourd, il la rangea dans les pans de sa robe et se rapprocha au point de sentir les effluves de magie émaner de son meilleur ami. Lentement, calmement, comme pour approcher un animal blessé, il leva les mains pour encadrer le visage de Sebastian qui ne se dégagea miraculeusement pas.
Oubliant sa paume blessée, Ominis parcourut lentement ses traits, dessina avec ses doigts ensanglantés les lignes qui marquaient son front, les cernes qui alourdissaient ses yeux, ses joues creusées par l'épuisement et la magie noire, et quelque chose se brisa en lui. Il ne l'avait plus touché ainsi depuis des années, depuis qu'Anne avait été maudite. Il dut refouler un sanglot qui gonflait dans sa gorge quand il réalisa à quel point son ami avait changé, à quel point ses traits s'étaient durcis… À quel point il était à bout de forces.
«Sebastian, souffla-t-il doucement, ce n'est pas à toi de nous protéger. Ce n'est pas ton rôle.
- Bien sûr que si, gronda Sebastian en agrippant ses poignets pour les écarter de son visage, qui le fera sinon?»
Ominis secoua lentement la tête: c'était si simple, si évident… Et pourtant, personne n'avait pu lui dire ce qu'il désespérait d'entendre depuis des années, depuis la mort de ses parents.
«Je suis tellement désolé que tu aies eu l'impression que c'était à toi de le faire, c'est peut-être aussi de ma faute… Ce n'est pas ta responsabilité, ça ne l'a jamais été. Ce sont aux adultes de protéger les plus jeunes, et si aucun d'entre eux n'a pu t'aider à te sentir protégé, je n'ose pas imaginer à quel point tu as dû te sentir effrayé.»
Sebastian pouffa, mais Ominis le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il avait fait mouche. «Tu crois que j'ai peur? Moi?
- Non, je crois que tu t'es senti abandonné et que personne n'a été à la hauteur, reprit prudemment Ominis, que ton oncle n'a pas su te dire les bons mots et qu'il n'a pas eu la force de prendre cette responsabilité parce qu'il est lui-même brisé depuis des années.»
La pression se resserra sur ses poignets, mais il ne cilla pas, même quand Sebastian haussa le ton et que les Inferis se rapprochèrent lentement. «Mon oncle est un lâche! Un pleutre qui n'a jamais été capable de prendre soin de nous et qui n'a pas pu protéger Anne! Il n'a même pas pu essayer de la sauver! Il l'a abandonnée! Alors je ne peux pas renoncer!
- Je sais. Je sais, et j'en suis sincèrement désolé. Je n'essaye pas de lui trouver des excuses, je veux juste te dire que c'était à lui de te rassurer quand vous vous êtes retrouvés seuls, Anne et toi, que ce n'était pas à toi de prendre la responsabilité de la sécurité de ta sœur ou de la mienne… Et que tu n'as pas à le faire maintenant non plus.»
Il déglutit et réduit encore une fois l'espace qui les séparait. Il était maintenant assez proche pour que ses poings serrés soient l'ultime barrière entre eux, pressés entre leurs poitrines.
«Tu n'as pas à assurer ce rôle. Je n'ose pas imaginer à quel point ça a dû être horrible pour toi, de porter ce fardeau en refusant de montrer à quel point il t'en coûtait. Et je sais aussi que cette malédiction a dû accentuer ce sentiment. Je sais que ce n'est pas comparable, mais moi aussi ça me ronge d'être aussi impuissant face à la souffrance d'Anne.
- Sauf que nous n'avons plus à l'être.» Cette fois, la voix de Sebastian était plus basse, presque suppliante, comme s'il tentait de le convaincre en retour. «J'ai désormais le pouvoir de l'aider, de contrôler cette malédiction et de faire disparaître sa douleur.»
Ominis secoua lentement la tête. «Aucune magie, même la plus noire, ne pourra la guérir.»
Il sentit immédiatement le corps de Sebastian se raidir, et ses poings furent libérés quand il se dégagea furieusement et se recula. «Tu n'as pas le droit de dire ça. Tu ne peux pas me dire d'abandonner, pas maintenant que j'ai ce pouvoir à portée de main. Pas après tout ce que j'ai sacrifié.»
Sa voix se brisa sur ce dernier mot, porteuse de sanglots bravement contenus, et Ominis suivit le mouvement, refusant de l'abandonner, illustrant ses paroles par leur proximité physique.
«Sauf que tu n'es plus seul. Tu peux compter sur nous, sur tes professeurs, et sur moi pour veiller sur toi et pour vous accompagner, Anne et toi, dans cette épreuve.»
Pour la première fois, il hésita un instant, conscient que ses prochaines paroles avaient le pouvoir de faire basculer les choses, positivement ou négativement, mais enfin, poussé par l'urgence, il leva à nouveau les mains, rencontrant le visage tiré de son ami, et il parvint à articuler lentement. «Tu es aimé, Sebastian. Anne t'aime de tout son cœur, notre nouvelle amie t'aime et… Je t'aime aussi. Plus que tout. Si tu continues sur cette voie, tu risques de nous perdre et de te perdre en route, mais si tu renonces, si tu acceptes que nous sommes impuissants face à ce drame, tu dois savoir que tu seras toujours autant aimé et soutenu, que nous serons tous là pour toi.»
Ominis crut que son ami allait se reculer, rompre le contact, mais, étrangement, Sebastian ne se dégagea pas. Il se mordit légèrement la lèvre pour refouler son chagrin et caressa tendrement ses pommettes, conscient qu'il jouait gros et qu'un seul mot pouvait faire pencher la balance en sa défaveur. «Tu as fait tout ce que tu pouvais, plus que quiconque. C'est tout à ton honneur et c'était incroyablement courageux… Mais tu ne peux pas la sauver, pas même avec la magie noire. Mais tu peux être là pour elle, l'accompagner tout au long du chemin qu'il vous reste à parcourir ensemble. Tu peux revenir de notre côté, sortir d'ici, avec moi, et nous oublierons que tout ça est arrivé. Nous retrouverons Anne et nous serons à nouveau ensemble jusqu'à la fin, quoi qu'il arrive. Mais pour ça, il faut que tu lâches prise et que tu acceptes qu'il n'y a rien que tu puisses faire. Que ce n'est pas ta faute, ni ta responsabilité. Que tu as le droit d'être en colère et triste, mais que tu n'as pas à emprunter cette voie. Même Anne te l'a dit tout à l'heure. Alors rentrons, d'accord? Ensemble.»
Il sentit les lèvres de Sebastian trembler, et il ne fut certain d'avoir choisi les bons mots que quand une larme glissa entre ses doigts, le paralysant momentanément.
Ils avaient déjà été aussi vulnérables l'un pour l'autre. Sebastian l'avait vu et entendu pleurer quand les cauchemars avaient hanté ses nuits, et lui-même l'avait serré dans ses bras quand il avait fondu en larmes le jour où il avait appris qu'Anne ne pouvait être guérie. Il avait déjà séché ses larmes, entendu sa voix flancher, et pourtant, cette simple marque de souffrance, cette déchirure dans la façade déterminée que son ami portait depuis des mois, lui coupa le souffle.
«Parle-moi, insista-t-il doucement, je veux t'aider alors dis-moi quelque chose, n'importe quoi.»
Il y eut encore quelques longues secondes de silence, rompu uniquement par les sifflements des Infernis, puis, enfin, un murmure s'éleva, si bas qu'il faillit ne pas l'entendre.
«Je ne peux pas la laisser souffrir, Ominis… Je ne peux pas supporter de la voir ainsi et de rester aussi impuissant…
- Je sais, souffla-t-il doucement tandis que des larmes brûlaient ses yeux, je sais que ça te ronge. Mais tu n'as pas à porter ce poids seul. Tu peux m'en parler, et nous pouvons demander de l'aide pour que nous soyons tous soutenus dans cette épreuve.
-Tu ne peux pas me demander ça. Tu ne peux pas me demander d'abandonner alors que je suis si proche du but.
- Je suis tellement désolé, Sebastian… Mais c'est une illusion… Ce n'est pas un objectif que nous pouvons atteindre. Pas même avec la relique.»
Il sentit les mâchoires de son ami se serrer, comme s'il allait laisser sa colère exploser… Ou plutôt, comme s'il faisait un effort surhumain pour se donner un air plus assuré et masquer la détresse dans laquelle il se noyait. Puis une main vint rencontrer la sienne, celle qui l'élançait encore à cause de la coupure sur sa paume, s'y accrochant comme à une bouée.
«S'il te plaît, ne me demande pas ça… Je ne peux pas la laisser souffrir. C'est ma sœur, Ominis, et je… (Sa voix se brisa.) Je ne peux pas accepter ça sinon… Sinon elle me laissera et je serai vraiment seul cette fois.»
Une nouvelle larme glissa sur le dos de sa main et, malgré tous ses efforts, les lèvres d'Ominis se mirent à trembler. «Tu ne seras jamais seul. Je serai avec toi.»
Sebastian secoua la tête et laissa échapper un hoquet avant de reprendre. «Non, pas ça. J'ai besoin que tu me soutiennes dans ces recherches. J'ai besoin de ton aide.
- Et je suis là pour ça, le rassura-t-il, je vais t'aider à quitter ce chemin et je vais te ramener avec moi dans la lumière, auprès d'Anne. Mais pour ça, pour te protéger, il faut que nous détruisions la relique et le livre, ensemble.»
Face au silence de son ami, Ominis ne dégagea pas la main à laquelle Sebastian s'accrochait mais, de l'autre, il effleura une mèche de cheveux, la repoussa tendrement derrière son oreille avant de la loger dans sa nuque.
«Nous allons la perdre, Sebastian, quoi que tu fasses. Mais si tu utilises la magie noire, si tu choisis cette voie, tu la perdras dès aujourd'hui, tu n'auras plus l'autorisation de la voir. Et je veux t'éviter cette souffrance. Tout comme Anne le souhaite aussi. Tu ne trahiras personne en renonçant à l'obscurité, tu ne décevras personne non plus, et tu ne seras pas moins méritant de notre amour, bien au contraire, parce que nous saurons que tu as fait le bon choix. Un choix impossiblement difficile, mais le seul qui nous permettra de rester ensemble, tous les trois, et de nous aimer tant que nous en avons le temps.»
Son pouce dessina un cercle apaisant dans sa nuque, sentant tous les muscles tendus sous sa peau et priant pour que ses mots suffisent à le convaincre.
«Viens avec moi. Rentrons à la maison et allons retrouver Anne.»
Il sentit distinctement quelque chose se briser en face de lui quand quelque chose se relâcha soudain dans la nuque de Sebastian, et pendant une seconde éternelle, ils restèrent ainsi, silencieux, hors du temps.
Un instant, Ominis crut qu'il avait échoué, qu'il l'avait perdu à jamais.
Puis, ce fut la délivrance.
Autour d'eux, les Inferis s'effondrèrent soudain, réduits en cendre, et il comprit qu'il avait retenu son souffle que quand il laissa échapper un long soupir tremblant. Un lourd sanglot secoua les épaules de Sebastian et de nouvelles larmes dévalèrent ses joues, trempèrent leurs mains enlacées. «J'ai… Tellement mal, Ominis… Je suis tellement en colère…
- Je sais…
- Et j'ai si… Si peur… (Un hoquet l'interrompit.) Je ne veux pas être seul… Pas encore…
- Tu ne seras jamais seul. Anne sera toujours avec toi. Et moi aussi. Et nous trouverons des adultes qui pourront te protéger pendant cette épreuve.»
Sebastian chercha longuement ses mots, puis un bruit sourd fit comprendre à Ominis que la relique venait d'échapper à la main libre de son ami. Alors, enfin, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre, s'enlaçant si violemment qu'ils en eurent tous les deux le souffle coupé. Ils s'agrippèrent aux robes, aux épaules, aux cheveux, et pourtant, Ominis ne grimaça pas, même quand il fut certain que les mains de son meilleur ami laissaient des bleus sur leur passage. Le soulagement s'était emparé de lui, chassant la douleur et la peur, et il ne réalisa pas tout de suite qu'il s'était mis à pleurer, lui aussi.
Ils glissèrent sur le sol, à genoux dans la cendre et dans la poussière, le visage enfoui dans la gorge de l'autre, et il laissa Sebastian sangloter contre sa robe, s'accrocher à lui avec un chagrin atrocement viscéral. Il ne tenta plus de le convaincre, ni de le remercier de les avoir choisis, il se contenta simplement de l'attirer au plus près, de laisser ses mèches brunes caresser son visage tandis qu'il soufflait avec un soulagement palpable. «Je suis là. Je suis là, je ne te laisserai pas.»
Merlin, merci… Merci de me l'avoir rendu…
Ils restèrent ainsi longtemps, enlacés sur le sol du souterrain, et ils le seraient restés plus longtemps encore si des bruits de pas n'avaient pas attiré l'attention d'Ominis qui se raidit immédiatement. Malgré l'urgence qui fit tambouriner son cœur dans sa poitrine, il veilla à ce que son ton reste calme et bienveillant, et il fut épaté par son propre sang froid quand il embrassa le haut de la tête de Sebastian avant de reprendre doucement.
«Tu as été incroyablement courageux, et Anne te sera aussi reconnaissante de nous avoir choisi. Mais le temps presse, ajouta-t-il en passant une main douce dans le dos de son ami, je sais que c'est difficile, mais il faut qu'on détruise la relique et le livre, maintenant.»
Sebastian se redressa légèrement, les yeux rougis et les joues trempées de larmes. «Non… Pas tout de suite, s'il te plaît…
- Je suis désolé, mais nous ne devons laisser aucune trace de magie noire derrière nous, et les renforts arrivent.
- Quoi?
- Anne est allée chercher de l'aide, comme tu lui as demandé. Après tout, nous sommes descendu tous les quatre ici, Anne, la nouvelle élève, toi et moi, parce que nous cherchions un moyen de sauver ta sœur, sauf que nous ne savions pas que des Infernis grouillaient dans les catacombes. Tu as héroïquement proposé de les affronter et de les retenir pendant que nous barricadions la porte et que nous allions chercher de l'aide. C'est bien ce qui s'est passé, n'est-ce pas?
- Mais ce n'est…
- N'est-ce pas, insista Ominis, en raffermissant sa prise sur les épaules de Sebastian qui frémit, comme s'il reprenait enfin pied avec la réalité.
- C'est… Oui… Oui, c'est ce qui est arrivé…
- Bien. Alors pour que les renforts croient à notre version, nous devons détruire la relique et le livre. Ensuite, nous pourrons rentrer à la maison et oublier toute cette histoire, d'accord?
- Mon oncle ne nous croira jamais. Il sait ce que je préparais, il en parlera à Black et…
- C'est pour ça que nous devons détruire les preuves, murmura Ominis en baissant la voix, pour que notre amie commune, qui est actuellement en route vers Poudlard pour parler au directeur avant Solomon, puisse le convaincre que ton oncle est paranoïaque depuis qu'il a dû prendre sa retraite.»
Les pas se rapprochaient de plus en plus, et une sueur glacée recouvrit le front d'Ominis quand il réalisa qu'ils n'avaient que quelques secondes pour détruire les traces de magie noire. Il fallait à tout prix que Sebastian se décide, maintenant.
«Je t'en prie, Sebastian, nous devons le faire.
- Je n'y arriverai pas…
- Alors faisons-le ensemble.»
Il entendit une injure se réverbérer sur les murs – Solomon, sans doute suivi d'Anne – et il aida son ami à se lever. Enfin, alors que les bruits résonnaient de plus en plus près, Sebastian hocha lentement la tête, le regard vide, le cœur brisé. Surpris par sa propre audace, porté par son soulagement, Ominis encadra à nouveau son visage de ses mains et déposa un baiser chaste sur son front. «Tu es merveilleux et incroyablement courageux.»
Instinctivement, leurs mains libres se trouvèrent et, de l'autre, ils brandirent leur baguette, d'abord vers le livre, qu'ils incendièrent d'un même geste. Puis, serrant leurs doigts entremêlés et échangeant un regard – déterminé pour Ominis et tremblant pour Sebastian – ils se tournèrent vers la relique.
D'abord, il crut qu'elle résisterait, qu'elle serait impossible à détruire et que la magie noire refuserait de se laisser vaincre, mais elle se brisa avant qu'il n'ait eu le temps de formuler sa crainte. C'en était presque… Décevant. Pourtant, il ne fut rassuré que quand il écrasa les débris de verre et d'os du talon de sa chaussure et qu'il les entendit crépiter. Alors, seulement, il s'autorisa à laisser échapper un long soupir tremblant.
«Voilà, souffla-t-il en serrant la main de Sebastian dans la sienne, c'est terminé.»
Son ami hocha lentement la tête mais ne répondit pas, manifestement épuisé et désespéré que son plan ait été voué à l'échec.
«Il ne pourra rien t'arriver, insista Ominis, et je resterai avec toi jusqu'au bout. Nous veillerons l'un sur l'autre et nous demanderons le soutien des professeurs. Tout va bien se passer, je te le promets.»
Cette fois, les pas étaient presque sur eux, mais quand Sebastian lui répondit d'une voix rauque, son ami l'entendit malgré tout.
«Merci… Merci de m'avoir sauvé…
- Je te l'ai dit, je suis là pour toi.»
Ils échangèrent un sourire épuisé, et quand Solomon apparut à l'entrée de la pièce, il les trouva debout au milieu d'un cercle de corps incandescents. Ils se tenaient toujours par la main, les visages noircis par les cendres et des lignes blanches dessinées par les larmes sur leurs joues, droits parmi les flammes, rayonnants dans les ténèbres des catacombes. Sans aucune trace de magie noire pour les accuser.
J'espère que ce petit texte vous aura plu! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ;)
