Je ne possède aucun des personnages des films.

2011 : Presque 30 ans après être parti, Ethan Hunt revient à Middlefield parce qu'il en ressent le besoin, alors que les missions semblent de plus en plus dures à supporter...

Ce texte a été écrit pour le défis Almayeniser les tous de la Bibliothèque de Fiction : Défi du 20 octobre 2024 : écrire un texte où quelqu'un achète / offre des fleurs

En espérant que cela vous plaise !

Bonne lecture

PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)


Des lys et des marguerites

Le petit fleuriste de Middlefield n'avait pas changé en trente ans. Ethan se tenait devant la vitrine, observant son reflet se superposer aux bouquets colorés. Il se revit enfin venir ici pour acheter des fleurs pour la fête de mères maintenant, trente ans s'était écoulé… il avait quarante-huit ans, son visage restait relativement semblable à ce qu'il était, mais ses yeux trahissaient une fatigue que même son entraînement ne pouvait plus masquer.

La clochette tinta doucement quand il poussa la porte. L'odeur des fleurs fraîches le frappa comme un coup au cœur - sa mère adorait les fleurs. Elle en mettait toujours sur la table du petit déjeuner, même au plus fort de l'hiver.

- Je peux vous aider ? Demanda une femme d'âge moyen derrière le comptoir.

Elle le regarda avec une légère insistance, comme si elle essayait de replacer son visage.

- Des lys, répondit-il, la gorge serrée. Blancs… et des marguerites sauvages, si vous en avez.

La fleuriste continua de l'observer tout en rassemblant les fleurs, son front plissé dans un effort de mémoire.

- Excusez-moi mais... vous me rappelez quelqu'un. Vous êtes du coin ?

- Je l'étais, répondit simplement Ethan. Il y a longtemps…

- Oh... Je vois

Elle pencha légèrement la tête, cherchant toujours.

- En tous cas vos traits me sont familiers.

- Ils sont communs…

La vendeuse secoua la tête avec un petit rire gêné.

- Désolée, je ne voulais pas vous importunez. Vous avez dit des lys et des marguerites ?

- Oui, c'est ça… Des lys blancs et des marguerites…

Les fleurs préférées de ses parents. Sa mère disait toujours que les lys apportaient de la grâce à une pièce, et son père prétendait que les marguerites lui rappelaient leur premier rendez-vous, quand il avait improvisé un bouquet dans le champ derrière l'église.

OoooO

Après son achat, le trajet jusqu'au cimetière fut étrangement familier, comme si ses mains se souvenaient naturellement des virages de cette route qu'il n'avait pas empruntée depuis si longtemps. La vieille Chevrolet de location grimpait doucement la colline, ses pneus crissant sur le gravier. Ethan s'arrêta devant le petit portail en fer forgé. Le cimetière de Middlefield n'était pas bien grand, tout le monde se connaissait ici, même dans la mort. Les tombes étaient bien entretenues, avec des fleurs fraîches et des petits drapeaux américains ondulant dans la brise d'été.

Ses pas le guidèrent automatiquement vers l'endroit où reposaient ses parents. Les pierres tombales étaient simples, comme ils l'auraient voulu. "Nathan Hunt, 1935-1984" et "Margaret Hunt, 1937-2001". Pas de grande épitaphe, juste leurs noms et ces dates qui encadraient des vies entières. Ethan s'agenouilla lentement, sentant chacun de ses muscles protester. Les blessures du Kremlin n'étaient pas encore totalement guéries et son corps lui rappelait quotidiennement qu'il n'avait plus vingt ans.

- Hey, murmura-t-il, disposant délicatement les fleurs. Je suis désolé d'avoir mis si longtemps à venir.

Le silence du cimetière était apaisant, tellement différent du chaos constant de sa vie.

- Je suis désolé pour beaucoup de choses, en fait, continua-t-il doucement. D'être parti comme je l'ai fait… De ne pas être revenu plus souvent… De vous avoir fait de la peine…

Le vent bruissa dans les arbres, faisant danser les pétales des marguerites.

- J'étais tellement sûr d'avoir raison à l'époque… Tellement certain que je devais voir le monde, que je ne pouvais pas passer ma vie dans une ferme.

Il eut un rire amer.

- J'en ai vu, du monde. Plus que je n'aurais jamais imaginé. Et maintenant...

Sa voix se brisa légèrement pendant que les larmes lui montaient aux yeux.

- Maintenant je donnerais n'importe quoi pour une soirée de plus sur le porche, à t'écouter Papa parler de la récolte pendant que toi, Maman tu te plaindrais que je ne mange pas assez.

Il passa une main fatiguée sur son visage. Les derniers mois l'avaient vidé, plus que n'importe quelle mission. Le divorce avec Julia, l'explosion au Kremlin, la traque... Il était las de tout ça, las de cette vie sans attache où même son nom n'était plus vraiment le sien.

- Si c'était à refaire, murmura-t-il, je resterais avec vous. Je reprendrais la ferme. Je me marierais avec une fille du coin. J'aurais des enfants qui grandiraient en grimpant aux arbres et en nourrissant les poules, finit-il en pleurant réellement, s'écroulant presque sur les tombes de ses parents. Je suis tellement fatigué…

Il lui fallut du temps pour se reprendre, mais il y parvint et arrangea une dernière fois les fleurs avant de se relever péniblement.

- Je vous aime. J'espère que vous le saviez, malgré tout.

OoooO

La ferme n'était qu'à quelques minutes en voiture. Elle aussi semblait figée dans le temps, comme une photographie jaunie qu'on aurait sortie d'un vieil album. La peinture blanche s'écaillait par endroits, mais la structure était solide, son père avait toujours été méticuleux dans l'entretien et Ethan payait un gardien depuis la mort accidentelle de sa mère 10 ans plus tôt.

Ses mains tremblaient légèrement quand il sortit les clés. Il les avait gardées toutes ces années, incapable de s'en débarrasser malgré tout. La porte grinça doucement en s'ouvrant. L'intérieur était plongé dans la pénombre, les meubles recouverts de draps blancs comme des fantômes silencieux. L'odeur était la même pourtant, ce mélange de bois ciré, de pommes et de quelque chose d'indéfinissable qui disait simplement "maison".

Presque malgré lui, Ethan commença à retirer les draps dans le salon. Le vieux canapé en cuir émergea, celui où il s'installait pour lire pendant les longues soirées d'hiver. La table basse où sa mère posait toujours un verre de lait et des cookies quand il rentrait de l'école. Le fauteuil à bascule de son père... Il s'assit sur le canapé, juste pour un moment. Le cuir était frais contre sa nuque quand il laissa sa tête retomber en arrière. Ses yeux se fermèrent presque malgré lui.

Et pour la première fois depuis des mois, peut-être des années, Ethan Hunt s'endormit profondément, bercé par les souvenirs d'une vie plus simple et le murmure lointain du vent dans les champs de blé.