Chapitre 16: Deuxième sortie à Pré-au-Lard, et celle-là je ne suis pas près de l'oublier! (2)
Il fut inutile de les chercher bien longtemps. La petite bande discutait dans le hall au moment même où nous descendions du bureau directorial. Enfin une partie de la petite bande, puisque Delphini Blake n'était pas là, faute que je sois allé la chercher chez Hagrid, et Albus était absent lui aussi. Il y eut une telle appréhension dans leur regard en nous voyant nous diriger vers eux McGonagall, Lupin et moi accompagnés des trois Langues-de-Plomb que je commençai à craindre qu'ils ne soient pas totalement innocents des accusations portées contre eux.
«C'est bien eux ! Mais celui qui avait sa baguette à la main n'est pas là.» s'exclama l'un des témoins de Boswell.
J'avais peu de doute sur l'identité de qui avait pu avoir sa baguette à la main et McGonagall non plus.
«Ils me semblent que ces jeunes gens sont en effet sortis à cinq.» dit-elle avant d'ajouter en s'approchant du petit groupe. «Monsieur Malefoy, pouvez-vous me dire où est Monsieur Potter ?»
Ce fut Rose Granger-Weasley qui intervint pour lui répondre:
«Albus est descendu dans sa salle commune, Professeur McGonagall.»
Sa réponse lui valut une remarque acerbe du Directeur du département des Mystères, gryffonfor de son état :
«De mon temps, les élèvesde Gryffondor ne frayaient pas avec les serpentards.»
«Et on ne peut que se féliciter que les jeunes générations soient plus intelligentes que celles qui les ont précédées.» rebondis-je.
Il me lança un regard meurtrier, mais je n'en avais cure. Je n'allais pas m'émouvoir d'un regard qui était à peine une pâle copie de celui que j'étais capable de produire moi-même le cas échéant.
«Suivez-nous.» lançai-je aux adolescents présents dans le Grand Hall avant de prendre la direction de la salle commune des serpentards.
À notre arrivée dans les cachots, Albus ressortait tout juste de la salle commune, la discussion s'engagea donc dans le couloir. Je résumai aux cinq adolescents les accusations portées contre eux par les représentants du ministère. Au grand déplaisir de Boswell qui aurait manifestement souhaité pouvoir les cuisiner à sa façon, mais que je n'avais pas la moindre intention de laisser faire.
Albus nia en bloc en expliquant :
«Nous nous sommes juste arrêtés pour voir ce que c'était que cette inscription à moitié effacée sur le mur. Mais nous ne sommes responsables ni de son apparition, ni de sa disparition.»
L'incrédulité de Boswell était manifeste :
«Pourquoi vous seriez-vous arrêté dans cette ruelle pour observer des lettres à moitié effacées sur un mur.»
«Parce qu'elles n'y étaient pas auparavant.» intervint le fils du loup-garou. «Du coup, ça m'a intrigué et je les ai montrées à mes amis.»
«Comment saviez-vous qu'elles n'y étaient pas auparavant ?» reprit le chef des Langues-de-Plomb.
«Parce que j'habite Pré-au-Lard avec mon père et ma grand-mère. Du coup, je connais tout le village comme ma poche». affirma Teddy Lupin. «Et Albus dit vrai, nous n'avons touché à rien.»
«Alors comment expliquez-vous que l'un de mes hommes ait vu votre camarade détruire cette inscription !» s'emporta son interlocuteur.
«Peut-être qu'il croit l'avoir vu, mais qu'il se trompe.» osa suggérer Teddy Lupin avec une audace qui me fit penser que Rose Granger-Weasley faisait des émules.
Je décidais d'intervenir en interpellant moi-même le soi-disant témoin de Boswellque je fixai délibérément dans les yeux, les bras croisés d'un air sévère. Car même si son nom m'échappait, je me souvenais de lui pour l'avoir eu en cours quelques années auparavant. C'était un serdaigle qui avait particulièrement peur de moi, suffisamment peur espérai-je pour qu'il dise la vérité même si elle contrariait son chef.
«Qu'avez-vous vu exactement?» lui demandai-je sèchement.
Il hésita un assez long moment avant de lâcher:
«J'ai vu les lettres à moitié effacées par-dessus leurs épaules. J'ai pensé que c'était eux qui les effaçaient, alors je leur ai crié d'arrêter. Quand ils se sont retournés, ce garçon avait sa baguette à la main.»
Je me tournai vers Albus.
«Il s'est mis à nous hurler dessus sans qu'on l'ait entendu arriver. J'ai sorti ma baguette parce que j'ai eu peur. C'était un réflexe stupide, je suis désolé. Mais de toutes façons, je ne m'en suis pas servi.» dit-il en réponse à ma question muette.
«C'est faux, il ment! Ils mentent tous!» se mit à crier Boswell.
J'étais sidéré. Même si je ne l'appréciais pas beaucoup, je lui faisais au moins le crédit de n'être pas du genre à perdre ses nerfs. D'ailleurs, je n'étais pas le seul à être étonné, Rose Granger-Weasley qui devait bien le connaître, puisque Boswell était l'un des principaux collaborateurs de sa mère, le regardait avec un mélange de surprise et d'inquiétude.
«Et qu'est-ce qui vous permet d'affirmer qu'ils mentent, puisque votre collaborateur et témoin ne les a vus lancer aucun sort?» rétorquai-je en faisant un pas pour m'interposer entre Albus et Boswell.
«Je sais qu'ils mentent et je vais vous le prouver.» répliqua-t-il d'une voix éraillée par la colère avant d'ordonner en s'adressant à Albus. «Donnez-moi votre baguette tout de suite.»
Albus leva les yeux vers moi pour savoir ce qu'il devait faire. Je n'aimais pas du tout la tournure que prenait les évènements, mais je ne pouvais pas inciter Albus à refuser. Je hochais donc la tête en signe d'assentiment et même temps que je sortais ostensiblement ma baguette pour décourager Boswell de faire quoi que ce soit de stupide. Albus tendit donc sa baguette avec un froncement de sourcils mécontent qui ressemblait assez au mien.
«Qu'est-ce que c'est que cette baguette?» grommela Boswell après s'être saisi de la baguette d'Albus
Manifestement le contact de cette baguette de «serpent» lui semblait désagréable.
«Priori Incantatum!» lança-t-il néanmoins.
Avec un résultat qui ne manqua pas de me soulager même si je restais de marbre.
«Il s'agit du dernier sort que Monsieur Potter a lancé pendant mon cours de Métamorphose de vendredi après-midi.» observa McGonagall d'un ton sec. «Ce qui signifie que ce jeune homme ne s'est effectivement pas servi de sa baguette à Pré-au-Lard aujourd'hui et que les accusations que vous avez formulées contre lui sont sans fondement.»
«Je n'en crois rien!» beugla Boswell. «Il se sera servi de la baguette de l'un des autres.»
«C'est ridicule.» assénai-je d'un ton méprisant.
Mais Lupin avait déjà lancé un coup d'œil significatif à son fils qui sortit sa baguette de mauvaise grâce pour la tendre au chef des Langues-de-Plomb. Les autres l'imitèrent. Les quatre autres Priori Incantatum n'aboutirent à rien d'autres qu'à faire ressortir différents sorts étudiés en cours.
Notre Directrice toisa Boswell d'un regard glacial:
«Il ne vous reste plus qu'à présenter vos excuses. Non? Eh bien, Remus, je vous remercie de raccompagner ces messieurs jusqu'à la Grande Porte.»
Le Directeur de département des Mystères lui adressa un regard mauvais, mais il emboîta le pas du loup-garou sans dire un mot avec ses sbires sur les talons. Je les suivis de loin, pas seulement pour vérifier qu'ils nous quittaient bien sans faire d'histoire, mais aussi parce qu'il était largement temps de ramener Miss Black de chez Hagrid.
Un peu plus tard je montai à la bibliothèque pour emprunter un ouvrage de la Réserve, lorsque je découvris la petite bande au complet engagée dans une intense conversation que l'Assurdio probablement lancé par Albus rendait inaudible. Madame Pince, décidément totalement indifférente à ce qui ne la dérangeait pas, les laissait faire. Penchés les uns vers les autres par-dessus la table, ils étaient si concentrés, qu'ils ne m'aperçurent même pas. Je fus frappé par leur air inhabituellement préoccupé. J'aurais donné cher pour savoir de quoi ils s'entretenaient ainsi.
…
Quelques heures plus tard, je me tournais et me retournais dans mon lit incapable de trouver le sommeil. Je ne cessais de me repasser le film des incidents de l'après-midi. Quelque chose ne collait pas dans les attitudes des uns et des autres.
Soudain, je fus traversé par une idée que j'essayais vainement de chasser en me disant que je pouvais bien attendre le lendemain pour en avoir le cœur net. Mais rien n'y faisait, je restais fixé sur cette idée, incapable de m'endormir. De guerre lasse, je finis par me lever en maugréant contre ma propre stupidité, j'allais être crevé toute la journée. Malgré tout, j'enfilai une robe convenable par-dessus mon pyjama et je m'enfonçai dans la cheminée de mon appartement à Poudlard pour ressortir quelques instants plus tard de celle du hall du Manoir des Prince.
La voix de crécelle de mon grand-père s'éleva de l'un des tableaux:
«Mais qu'est-ce que c'est que ce boucan? Ah, c'est vous, mais qu'est-ce qui vous permet de débarquer ainsi au beau milieu de la nuit pour réveiller les honnêtes gens.»
«Sans doute le fait que je sois chez moi.» grondai-je à voix basse pour ne pas alerter toute la maisonnée. «Quant à réveiller des «honnêtes» gens, encore faudrait-il qu'il y en ait à réveiller ici.»
«Mais dites donc espèce de …» commença-t-il, mais le reste de sa diatribe se perdit dans un couinement outré quand je lui balançais un sortilège sans sommation.
C'était un peu facile, mais je n'étais pas revenu au Manoir en pleine nuit pour perdre mon temps à polémiquer avec ce vieux crétin. Je me dirigeai donc sans attendre vers la bibliothèque et dans la bibliothèque vers le coffret où Albus et moi avions convenu de ranger la baguette que le portrait de Salazar Serpentard avait choisi de lui léguer (*).
J'ouvris le coffret d'un rapide mouvement de baguette … pour constater qu'il était vide. Je restais de longues minutes àcontempler la garniture en velours vert où se dessinait encore la forme de la baguette de notre fondateur. Albus était reparti à l'école avec non pas une baguette mais deux et ce constat éclairait d'un jour nouveau les événements de l'aprè des questions qui m'avait fait me relever au milieu de la nuit était résolue. Je savais désormais pourquoi le témoin de Boswell avait pris un temps un peu trop long pour répondre à ma question quand je lui avais demandé ce qu'il avait réellement vu. Albus avait modifié ses souvenirs et les souvenirs modifiés avaient cet inconvénient que le sujet avaitparfois un peu plus de mal à y accéder qu'aux vrais.
Mais d'autres questions restaient sans réponse. Beaucoup d'autres. Comme par exemple, pourquoi Albus s'en était-il pris à ce type? Qu'avait-il vu qu'il faille lui en effacer le souvenir? Il fallait que l'enjeu soit de taille pour qu'Albus ait pris ce risque. Mais plus encore, comment se faisait-il que des Langues-de-Plomb qui avaient bien d'autres fonctions à remplir aient opportunément traîné dans les rues de Pré-au-Lard pour surprendre la petite bande en train de faire apparaître ou disparaître ou les deux, une inscription sur un mur?
Et au-delà de toutes ces considérations, pourquoi et de quoi Rose Granger-Weasley avait-elle peur? Elle qui semblait n'avoir peur de personne, elle qui n'avait même plus peur de moi depuis longtemps, avait eu indéniablement peur lorsque les Langues-de-Plomb avaient débarqué pour les confronter. En particulier, j'avais nettement perçu de la crainte dans son regard alors qu'elle observait Boswell. Pourtant, elle connaissait bien le chef du département des Mystères qui était l'un des principaux collaborateurs de sa mère, et je n'avais pas l'impression que la crainte qu'il la dénonce auprès de celle-ci ait pu la mettre dans un tel état d'inquiétude. Il y avait là une énigme qui était peut-être la clé de toute cette affaire.
(*) Voir «Le journal de Severus Rogue (3): les douze perles de minuit».
